‹ Lettres écrites par les souverains des Pays-Bas aux états de ces provincesChapitre 9 sur 31 · PHILIPPE IV AUX ÉTATS GÉNÉRAUX ASSEMBLÉS A BRUXELLES · texte numérisé non relu

PHILIPPE IV AUX ÉTATS GÉNÉRAUX ASSEMBLÉS A BRUXELLES

Il répond à leur lettre du 11 mai précédent.— 11 tient à service ce qu'ils ont traite avec les Hollandais; mais l'insolence de ceux-ci ne permet pas qu'il autorise de nouvelles négociations, et il leur ordonne de retourner dans leurs provinces. — Il leur fait un long exposé des motifs qu'il a eus d'ordonner l'arresîation du duc d'Arschot à Madrid.

Madrid, 18 juin 1654.

Le Roy.

Très-révérendz, révérendz pères en Dieu, vénérables, nobles, chers et feaulx, chers et bien amez, nous avons veu vostre lettre de l'onziesme de may (1), et estimons fort vostre promptitude et fidélité, et tenons à service ce que jusques ores vous avez traicté touchant la trefve à la conclusion de laquelle nous désirions parvenir; et les dilays qu'il y a eu en adjuster les poincts d'icelle, sont procédez de l'importance et multitude d'iceulx, et des papiers qu'il a fallu veoir et examiner en une matière si grave et si prolixe, qui contenoient aulcunes propositions exorbitantes de noz rebelles, èsquelles estoient intéressez tous nos royaulmes; et, ce nonobstant, nous envoyasmes nos lettres de procuration au marquis d'Aytona, afin de faire traicter et conclure selon l'instruction que nous luy envoyasmes, conforme à ce qui s'estoit peu adjuster. Mais, ayant depuis entendu ce qui s'est traicté avecq Charnassé, ambassadeur du roy de France (2) , et que les

(1 ) Voy. ci-dessus , p. 36.

(2) Voy. la Conspiration de la noblesse belge contre l'Espagne, par M, Théodore Juste, p. 61 et suivantes.

rebelles ont serré la porte à toute sorte de Iraiclez pour le terme de huict mois, il nous a semblé qu'il ne convient faire de nostre part nouvelles diligences, parce qu'elles ne serviroienl que pour les rendre plus insolens, et nous faire passer par une indécence si grande , sans espoir de conclure la trefve C'est pourquoy nous vous ordonnons de vous en retourner en voz provinces, desfaisant l'assemblée générale, et nous espérons de nous servir de vous déans peu de temps, et de parvenir à une bonne paix ou trefve par les moyens que nous allons disposant.

Quant à la détention du duc d'Arschot, nous vous asseurons qu'elle n'a esté faicte, pour avoir iceluy mancqué à son debvoir en ce qu'il a traicté joinctement avec vous. Le motif et la cause principale en a esté qu'estant arrivé ledict duc d'Arschot à Madrid, et nous ayant donné compte de ce que feue nostre bonne tante la sérénissime infante madame ïsabel luy avoit enchargé, et faict particulière relation de l estât de la trefve et des verbaux et conférences tenues, dès le commencement du traicté, entre les députez et commissaires de noz provinces obéyssantes et ceulx des Provinces-Unies, qui sont hors de nostre obéissance, nous commandasmes aussitost que les papiers fussent veuz, et à nous faict rapport sommaire de la substance d'iceux, et prinse forme pour encheminer la matière et dépescher ledict duc. Et, combien qu'incontinent l'on y recognût des grandes diiHcultez et inconvéniens , néant m oins le désir que nous avons tous jours eu et avons du bien et repos commun de nosdictes provinces obéissantes, nous meut d'encharger à noz ministres de considérer et nous consulter tous les moyens possibles et décens pour conclure ladicte trefve avecq seureté, et que, communicquant avec le mesme duc les doubles qui se présentoyent en ladicte matière, iiz ouyssent ses responses et son ad vis sur icelles, afin de par ce moyen faciliter tant plus Injustement du traicté et la satisfaction de nosdictes provinces, en tant qu'il leur pourroit estre utile, sans respondió iceluy duc. en leur nom, à ce que sur aucuns poincts l'on luy demandoit.

disant qu'il n'estoit venu avec procure desdides provinces, sinon envoyé par nostre bonne tante la sérénissime Infante, sans avoir eu remède de le faire respondre, comm'il luy convenoit et l'affaire requéroit; s'affirmant tousjours n'estre venu au nom des provinces , ny avec procure ou direction d'icelles, ains seulement envoyé par nostredicte tante.

Durant ces dispositions, et ayant ledict duc asseuré que les mouvemens que la trahison et desloyauté du comte Henry de Berghes pouvoit avoir causé n'estoient plus à craindre, nous recelâmes divers advis, les ungs confirmans les autres, et tous de grand crédit et authorité, que les secrets complices dudict comte Henry de Berghes fomentoyent sa rébellion, et machinoyent nouveaux mouvemens, aspirans à surprendre et se souslever avecq quelques places, au préjudice de la religion catholique et à la turbation générale de nos bons et fidelles vassaux. Et, encores que cela nous ait causé le soin que de raison, nous avons toutesfois voulu espurer davantage les notices et circonstances d'icelle, et, peu à peu, et avec meure considération, soigner du remède qu'il convenoit y mettre, eonfîans en Dieu que la fidélité desdictes provinces et de tant de bons et prudens subjectz que nous avons en icelles, zéîeux du service de Dieu , du nostre et de leur propre conservation , prévaileroit contre toute sorte de desloyauté. Aussy nous meut à confiance ladicte affirmation dudict duc d'Arschot qu'il n'y avoit plus à craindre; et partant, nous nous contenlasmes de faire grosses provisions et assistences pour par noz armes tenir en bride noz ennemis, et disposer, tant au faict de la police que de la milice, ce que nous sembîoît convenir, jusques à ce que nous eusmes derechef des nouveaulx et importans advis que la conjuration dudict comte Henry de Berghes estoit le jourd'huy plus vive que jamais en tous les complices d'icelle, et qu'estant nostre armée engagée en la compagne, ilz entreprendroyent de mettre en exécution leurs pernicieux desseins. Et, parce que ce mal requéroit remède opportun et efficaz, et le pouvoit estre la notice indi»

viduelle de tous les complices de ladicte conjuration que nous avions desjà d'aulcuns, afïin de pouvoir coupper le mal dès sa racine, et préserver noz provinces obéyssantes du dommage qui! leur pourroit causer, ayant sceu de vray que le duc d'Arschot sçavoit ceulx qui Festoient et leurs desseins, et se pouvant inférir le mesme de ce que ledict duc nous en avoit dict et autres avoyent entendu de luy, nous sembla néanlmoins convenable, pour l'estime que nous faisons de sa personne et de sa maison (combien que d'avoir célé une conjuration sceue contre la quiétude et conservation de nos vassaux, et pour les séparer de leur naturelle fidélité et de nostre souveraineté et obéyssance, est une coulpe de telle qualité, comme se peult veoir, de son propre naturel irréparable), de traicter ledict duc avec telle démonstration de faveur et confiance qu'il ne nous céleroit rien, pour la crainte que luy pourroit causer sa propre faulte du silence passé, ni laisseroit de cognoistre que nous luy ouvrions les portes de nostre clémence, et l'obligions par icelle nous ayder à sauver noz Estatz, en nous déclarant ce que, sans coulpe très-grande, il ne pouvoit ny devoit nier à son propre seigneur naturel; et partant nous-mesmes, en personne, avec parolles de grand amour et d'estime, Fadvertissant combien il luy convenoit monstrer en ceste occasion sa fidélité et zèle à nostre service, combien il nous obligeroit en cela, combien il aventureroit ne le faisant poinct, luy demandasmes ce que nous désirions sçavoir de luy, et dont avions des fundamens et grandes notices de croire qu'il ne pouvoit ignorer, nous eslargissant si avant que de lui exprimer verbalement que les principaux et plus grands poincts de ses notices et actions en ceste affaire résultoient de papiers origináis, de la propre main de feue nostre bonne tante la sérénissime infante madame Isabel, pour ostenter tant ledict due la faveur et confiance que nostredicte bonne tante faisoit de luy : au moyen dequoy, nous jugeasmes luy oster entièrement l'occasion de se pouvoir perdre, niant ce que ceste authorité de Son Altesse, sy partiale sienne, confirmoit. Et, affin de nous pou-

voir mieux satisfaire à tout, luy donnasmes par escrît ce que faïsoit à la matière, après l'avoir exhorté à part, comme dict est, de prendre esgard à soy, et n'embarrasser la clémence que nous lui estions tesmoignant.

Ses responces furent générales; et nous, désirans trouver chemin pour le sauver , et nous condolans fort qu'il se fust si mal prévalu du temps et de l'occasion que nous luy avions donné pour pouvoir réparer sa faulte, et nous obliger d'user de grâce et faveur envers luy, ordonnasmes au gouverneur de nostre conseil de Castille et à nostre conseil d'Estat, et à trois conseillers dudict conseil de Castille, de veoir si, avec les notices et advis précédens, et ce que ledict duc avoit respondu par escrit, obmettant partie de ce qu'il nous avoit dict verbalement, l'on pourroit, avecq ceste occasion, lui ouvrir derechef avec dignité les portes de nostre piété, l'interrogeant aultre fois en présence du gouverneur de nostredict conseil, du comte-duc et du duc d'Alve, afin que tous l'aydassent, et luy se peust ayder d'eulx, qui ne désiroyent que son bien. Et, nonobstant que tous travaillèrent le persuader, et luy ouvrirent le chemin en nostre présence, l'espace d'environ trois heures, afin qu'il s'en prévalust, tout cela ne soufïit.

Sur ce, nous remismes à tous ces ministres-là, qui estoient en une chambre joignante à celle où nous estions, de voir si, avec les notices précédentes, il estoit convenable et juste de le constituer prisonnier, ou point; et, ayans uniformément jugé qu'ouy, et sur ce nous consulté, le samedy sainct, au soir, quinziesme d'avril, nous résolusmes de le faire appréhender, et ceux de sa suitte et ses serviteurs, ainsy qu'en semblables cas on a accoustumé de faire, exceptant de la forme générale de l'emprisonnement le pensionnaire Schot (!), pour estre venu de vostre part et authorisé par vous, encores que, pour estre venu

(I) Charles Schotte, pensionnaire de Bruxelles. Voyez, sur la conduite qu'il tint à Madrid, la Lettre à messieurs les questeurs, ci-dessus citée, p. 26,

en çompaignie dudict ducq, il esloil nécessaire de s'asseurer de sa personne en quelque manière, pour ce que ledict duc luy pouvoit avoir communicqué. Nous l'enchargeasmes au marquis de Gelves, de nostre conseil d'Estat et capitaine de nostre garde espaignolle, et que, selon le stil ordinaire, il le mist entre les mains du licentié don Juan de Quiñones, alcalde de nostre maison et cour, pour estre par luy mené à la maison-forte de YA\meda, par nous à ce choisie, comme la plus voisine de nostre cour, et faict prévenir, avec la décence et commodité convenable, à la personne dudict ducq; d'où, le jour ensuivant, sans luy rien demander, nous ayant demandé congé de pouvoir escrire (lequel Ton luy difficultoit), luy estant accordé, il envoya un papier dirigé au conte-duc, que nous-mesmes ouvrismes, par lequel il déclare les incitations, incitateurs et autres particulières actions mauvaises par luy commises, pour n'en avoir donné compte, et, les recognoissant pour telles, nous demande pardon: au moyen de quoy, il se va disposant à meilleur advis. Et nous serons toujours bien aise qu'en la satisfaction publicque qu'en semblables cas nous debvons désirer , l'on puist veoir les effects de nostre volunté et clémence envers ledict ducq, et l'estime que faisons de la fidélité et mérites de sa maison , et l'esgard que nous aurons en tout temps à ce que vous nous suppliez. A tant, très-révérendz, révérendz pères en Dieu, vénérables, nobles, chers et féaulx , chers et bien amez, Nostre-Seigneur vous ait en sa saincte garde. De Madrid, le xvur6 de juin 1654.

PHILIPPE

J. OSW. DE BrITO.

Suscription : À très-révérendz, révérendz pères en Dieu, venérales, nobles, noz chers et féaulx, chers et bien amez, les députez des estatz de nos pays d'embas assemblez en nostre ville de Bruxelles.

Archives du Royaume : MS. Estatz généraulx de 1632, fol. 254-259. — Archives des étals de Hainaut : Recueil des actes de* étals généraux, 1632, )655, 1634. fol- (¡07-610.

PHILIPPE IV AUX ÉTATS DES DIFFÉRENTES PROVINCES

Il les informe qu'il a nommé gouverneur général des Pays-Bas, par provision, don Francisco de Mello, comte d'Assumar, et leur ordonne de lui obéir en celle qualité.

Madrid, 6 décembre 1641.

Le Roy.

Vous aurez assez recognu le soin et l'amour que

nous avons tousjours eu pour noz bons et fidèles subjectz de par delà, et que, pour vous en faire veoir plus de preuve, nous avons, passées quelques années, commis le gouvernement général de noz Pays-Bas et de Bourgogne entre les mains de nostre bon frère unieque, le cardinal-infant don Ferdinand. Or, comme il a pieu à Dieu de le retirer à soy par une mort vrayement chrestienne (1), et exemplaire à tous autres princes, et qu'en attendant que nous y puissions envoyer une autre personne royale de notre sang en sa place, nous ayons au gouvernement général de nosdicts Pays-Bas et de Bourgogne commis, par provision, nostre très-cher et féal cousin don Francisco de Melo , comte de Assumar, de noz conseilz d'Estat et de guerre, gentilhomme de nostre chambre et capitaine général de l'armée d'Elsace (2), et à qui, pour ses grandes qualitez et prérogatives, nous avons confié des charges les plus relevées de nos-

(1) Le 9 novembre 1641, à midi.

(2) Ses patentes sont du 6 décembre. Voyez, sur don Francisco de Mello j la note 2P, à la lettre XLVI.

lie monarchie, suivant les lettres patentes que luy en ont esté envoyées, nous avons bien voulu vous en advertir, vous requérans et ordonnans, tant en général qu'en particulier, de recognoistre ledict don Francisco de Melo , ce pendant , en qualité de gouverneur général susdict, par les tesmoignages de respect et d'obéyssance que vous avez accoustumé de rendre à celuy qui représente nostre personne. Et , comme vous pouvez vous asseurer que, nonobstant les travaulx que nous avons sur le bras, nous sommes recherchans tous les moyens possibles pour vous moyenner le repos tant désiré, aussy nous nous promettons, du zèle et promtitude qu'avez tousjours monstré à ce qui est de nostre service, que vous y continuerez, comme vous y exhortons, notamment dans la conjoncture que la nécessité y oblige pour la conservation de nosdicts pays. A tant, etc., Nostre-Seigneur vous ait en sa saincte garde. De Madrid, le vie de décembre 1641. M. Ls v\

PHILIPPE

Brecht.

Archives du Royaume : MS. Lettres des souverains aux états. — Archives des états de Hainaut : laye IV, vol. 4, 2e partie. — Archives de la ville d'Ypres : liasses aux lettres missives.

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