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qu'il exige, se réduit à des amendes pécuniaires; il ne contraint personne de renoncer au christianisme ,ni d'adorer les idoles: il ordonne seulement de tenir les assemblées plus secrètes, et de cacher avec plus de soin les marques extérieures de religion, comme sont les croix, les chapelets, les médailles, etc. que le Roi a défendus dans ses états.
Les amendes qu'on impose aux Chrétiens ne laissent pas d'être un grand obstacle à la propagation de l’évangile. De pauvres gens qui ont à peine de quoi vivre, s’exposent difficilement à être long-temps en prison; car on les y retient jusqu'à ce qu’ils aient payé, et l'amende à laquelle ils ont été condamnés, et les autres frais de justice. Quand ils sont insolvables , ce qui arrive très-souvent , ils doivent s'attendre à languir plusieurs années dans les prisons. C'est ce qui détourne un grand nombre d’idolâtres d’embrasser le christianisme, et ce qui fait que plusieurs Chrétiens n’osent en faire une profession ouverte. Des villages entiers refusent quelquefois de recevoir un Missionnaire , de peur d’être découverts, et déférés aussitôt au prince.
Malgré cette accusation faite en général contre tous les Missionnaires, et contre moi en particulier ,
1l n'y à eu aucune année où les Chrétiens aient fait
paroître plus d’ardeur pour approcher des sacremens ;
et où les conversions aient été plus nombreuses. J'ai
entendu les confessions de Quatorze mille et onze
néophytes; j'ai conféré le baptême à mille soixante-
dix-sept adultes et à neuf cent cinquante-cinq enfans. Outre cela, plusieurs païens de différens villages que J'ai parcourus, m'ont fait inviter À les aller voir; et ils se disposent maintenant au baptême, 4 Lé à À . . ,
Ces bénédictions que Dieu à daigné répandre sur mes foibles travaux, ont été traversées au mois de pis dernier par la malice de quelques infidèles,
tant arrivé près d’un village où il ÿ avoit beaucoup
de familles chrétiennes, j'envoyai savoir si tout ÿ:
étoit tranquille, et si je pouvois y faire ma visite. Quelques officiers du gouverneur étoient alors dans le village pour lever le tribut. Celui qui gardoit l'église, au lieu de m’en donner avis, se contenta de me faire dire qu'il étoit à propos que je demeurasse quelque temps dans mon bateau, où je pouvois entendre les confessions des fidèles. J’en confessai un grand nombre pendant toute la nuit. Mais un païen ayant reconnu quelques-uns de mes catéchistes, alla aussitôt avertir le principal officier du gouverneur , qu'il y avoit près du village un Missionnaire étranger. L'oflicier ne voulut point faire de bruit pendant la nuit; il posta seulement des gardes aux environs de mon bateau, pour observer mes démarches, afin de m'arrèter plus sûrement en plein jour.
Dès le grand matin, on vint me prier de donner les sacremens à une personne dangereusement malade , qui étoit dans une barque voisine. J’entrai dans cette barque : mais à peine eus-je commencé d'entendre la confession du malade, que l'officier, qui crüut que je voulois m’évader , se mit à crier et à faire ramer les gens de son bateau pour me joindre. Le maître de la barque où j'étois rama aussi de son côté, pour me dérober à leur poursuite. Je fus heureux de n'être trouvé hors de mon bateau; car si j'y avois été surpris, on m'auroit enlevé ma chapelle, mes ornemens , un grand nombre de livres sur la religion , et les provisions nécessaires pour l'entretien de mes catéchistes.
Tandis que l'officier me poursuivoit, les catéchistes eurent le temps de faire avancer mon bateau et de le mettre en lieu de sûreté. Ils confièrent à quelques pêcheurs chrétiens les meubles de ma chapelle et les livres : après quoi ils se dispersèreut en différens bateaux de néophytes, pour voir ce que je deviendrois, et les mesures qu’il y auroit à prendre.
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Cependant l'officier eut bientôt atteint 1
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mon bateau, combien j’avois de disciples, et où étoient mes meubles et mes livres. Comme Je ne lui faisois aucune réponse, une Chrétienne prit la parole : « Ne » voyez-vous pas, lui dit-elle, que vous perdez votre » temps à interroger un pauvre étranger, qui ne » Sait qu'imparfaitement notre langue, et qui-appa- » remment ne comprend rien à ce que vous lui » dites? »
L'oficier, après quelques discours, se mit en devoir de me faire passer dans son bateau, pour me conduire au gouverneur. Je crus alors devoir parler , et n'étant approché de lui, Je lui dis à l'oreille que j'étois fort pauvre, qu’il ne Sagneroit rien à m’arrêter, et que s’il vouloit, sans faire de bruit, recevoir quelque petite somme, les Chrétiens ne feroient nulle difficulté de la fournir, pour me tirer du mauvais pas où je me trouvois. Il goûta la Proposition, et se contenta de huit taëls, qui lui furent livrés sur le champ, et que j'ai rendus depuis à ceux qui les avoient avancés, ne voulant être à charge à personne.
C'est pour la seconde fois que j'ai été arrété depuis que je suis au Tunquin. Dieu n’a pas permis qu’il me soit arrivé rien de plus fâcheux, J ‘avois à craindre qu'on ne me traitât avec la même rigueur qu'a été traité un de,nos pères, qui ayant été pris il n’y a que peude temps, fut livré au gouverneur, et par ordre du Roi chassé du royaume, Un père de Sant-Dominique eut l’année passée le même sort. Des prêtres tunquinois ont été enfermés plusieurs mois dans d’étroites prisons, d’où ils ne sont sortis qu'après avoir payé des sommes considérables. Si le Seigneur me réserve à d’autres travaux, que son saint Nom soit béni. Je. suis entre ses mains Pour souffrir ce qu'il lui plaira
d’ordonner pour sa gloire, et pour le salut de ce 2 LX, à
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peuple. Ego non solum alligari, sed et mori paratus sum propter nomen Domini Jesu. (Act. XXI, 19.)
TROISIÈME LETTRE Du père le Royer, missionnaire.
Au Tunquin, en l’année 1714.
Csrre chrétienté jouissoit d’une paix profonde ; mais un édit du Roi, publié le 10 mai 1712 , l’a mise dans une agitation extrême. Les Missionnaires ont été obligés de se tenir cachés , sans pouvoir visiter leurs néophytes. Un frère coadjuteur de notre Compagnie , nommé Pie-Xavier , tunquinois : un de nos catéchistes, et trois autres catéchistes de M. l’Evêque d’Auren , furent arrêtés quelques jours avant la publication de l’édit. Ils ont été bâtonnés plusieurs fois, et ils ont reçu de grands coups de massue sur les genoux ; ils sont encore en prison ; il y a bien de l'apparence qu’on les y laissera jusqu’à leur mort. On assure que le Roi a été engagé à porter cet édit par les pressantes sollicitations de sa mère , qui est dévouée aux pagodes , et d’un mandarin lettré , qui a beaucoup de crédit.
Le plus grand éclat qu’ait produit ce nouvel édit, a été la sortie de MM. les Evêques d’Auren et de Basilée, et de M. Guizain , venu au Tunquin avec moi. Ils demeuroient ici publiquement en qualité de facteurs de la Compagnie du commerce de France. On savoit qu'ils étoient chefs des Chrétiens , et Fon n’avoit jamais parlé d’eux dans les édits précédens ; mais dans celui-ci, ils ont été désignés nommément, et il y a eu ordre an gouverneur de la province du midi de les faire sortir du royaume , sans qu’il leur soit jamais permis d’y rentrer. [ls ont fait de grands
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présens à des personnes considérables » qui leur promettoient de les servir, mais inutilement, Le gou= verneur devoit à ct; prélats sept cents taëls » qu'il leur avoit empruntes dans un besoin. Cette dette > qu'il étoit ravi de ne pas payer , l’aura sans doute porté à exécuter promptement les ordres de la cour, Nous nous persuad'ons qu'on ne voudroit pas EXpO= ser aux vents et aux tempêtes de la mer M. l'Evêque d’Auren, qui a plus de quatre-vingts ans, et qu'on le laisseroit finir ici tranquillement ses jours; mais On n'a eu nul égard à son âge. On a construit deux barques pour les transporter : l'embarras étoit de leur fournir des matelots et un capitaine, Un navire anglais, venu de Madras, qui avoit échoué au port de Tunquin , a levé cette difficulté. Comme les ofliciers anglais cherchoient à s’en retourner , ils ont été ravis de trouver cette occasion. Les prélats s’embarquèrent à Hien , et de A ils ont dû être conduits à Siam.
On a saisi quantité de terres qu’ils avoient en différens endroits , avec les contrats d'achat, et ce qui se trouva dans leur maison. Leur séminaire de Hien , avec leurs jardins , étangs, etc, , ont été donnés au gouverneur de Hien, qui étoit chargé de les chasser du royaume, Une belle maison qu'ils avoient à la cour , et qu'ils avoient achetée trente barres d'argent , a été sauvée par les soins d’une dame chrétienne , qui a déclaré qu’elle avoit loué cette maison, On avoit transporté à la cour leurs papiers , leurs livres et d’autres meubles semblables, qu'on leur a rendus dans la suite, Ces Messieurs passoient ici pour être riches, et ils ne cachoient pas les sommes d’argent qu ils recevoient > afin qu’on fût convaincu qu'ils ne venoient pas au Tunquin pour y chercher de quoi vivre. -
Un des articles de l’édit qui fait le plus de peine, c’est que les Chrétiens qui seront découverts, seront dre
condamnés à payer soixante taëls au profit de l’accusateur. Cette récompense rendra les païens trèsattentifs à surprendre les Chrétiens et les Missionnaires, Chacun se cache où il peut. Pour moi, je demeure dans des forêts de mon district avec quelques catéchistes, en attendant un temps plus favorable, Les Chrétiens viennent m'y trouver. J'ai eu jusqu'à présent la consolation de dire la messe tous les jours, ce qui n’a pas été possible à quelques autres Missionnaires.
Une famine générale , qui est arrivée dans le royaume , a fait dire aux paiens mêmes , que c’étoit un châtiment du Dieu du ciel, qui a puni ce royaume toutes les fois qu’on a persécuté les Chrétiens. Cette pensée a procuré du repos à nos n£ophytes dans plusieurs villages.
Comme le dernier édit, aussi-bien que les édits précédens , n’ont jamais nommé la loi chrétienne , loi du Dieu ou du Maitre du Ciel, mais qu'ils l'ont défendue sous le nom de /o; Hoalang , c’est-à-dire, doi portugaise , les mandarins ont fait la distinction de ces deux lois, quand ils ont voulu favoriser quelque Chrétien. En voici un exemple tout récent : Üne dame fort riche ayant assemblé plus de deux cents Chrétiens pour accompagner le corps de sa mère au lieu de sa sépulture, le chef du village alla aussitôt trouver le gouverneur de la province , et l’accusa de suivre la /o7 Hoalang , que le Roi venoit de défendre. Cette dame étant citée au tribunal, répondit qu’on ne prouveroit jamais qu'elle eût suivi d'autre loi que celle du Dieu du ciel. Le gouverneur se contenta de cette réponse , et il fit fustiger l’accusateur , qui ne, pouvoit donner aucune preuve qu'elle eût embr. ssé la /oi Hoalang. Mais la plupart des ministres païens ne recevoient pas cette distinction , qu'ils regardoient comme une suhtilité dont on se sert pour éluder l’édit du Roi. Tel est Pétat présent de cette
de l’acns très- Aissionnoi, je uelques vorable.
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t qu'on loi que ontenta Ir, qui ût eministres ils rert pour le cette
mission affligée. Je la recommande à vos saintes prières.
P. 5. Depuis ma lettre écrite, nous avons appris que M. l'Evêque d’Auren est allé seul à Siam , et que M, l'Evêque de Basilée, avec M. Guizain , avoient relâché dans une province nommée Ngean , et sétoient retirés dans un village chrétien , où des prêtres et des catéchistes leur avoient ménagé une retraite.
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