SECONDE LETTRE
Du Père le Royer, supérieur des missions du Tunquin.
Au Tunquin, le 15 décembre 1707.
J E vous ai parlé, dans la dernière lettre que je vous écrivis l’an passé, d’une requête qu’un apostat avoit présentée au Roi contre les Evêques, et contre les Missionnaires de ce royaume, dans laquelle il faisoit de moi une mention expresse : car il ÿ marquoit le temps de mon entrée dans le pays, les moyens que j'avois pris pour me cacher, les provinces que j’avois parcourues , et celles que je parcourois actuellement, Cette affaire, qui commença le 19 octobre 1705, ne se termina que le 8 septembre 1706, par une sentence que porta le gouverneur , chargé par le Roi du soin d'examiner cette accusation, Il n’en a coûté que quelque argent aux Evêques, aux Missionnaires, et à quelques villages accusés de les avoir reçus. L’apostat n’avoit point parlé du lieu de ma retraite, parce qu'il n’avoit pu le découvrir, malgré les perquisitions qu’il avoit faites, et parce que véritablement, depuis quatre ou cinq ans, je n’ai point de demeure fixe , ayant passé tout ce temps-là dans mon bateau à parcourir mon district qui est fort étendu. Ainsi, nul village n'a été cité, n1 n'a eu à souffrir à mon occasion, Maintenant tout est assez paisible. Il n’y a eu depuis peu que quelques accusations inten-
tes contre des villages chrétiens d’une des principales.
provinces. Comme le gouverneur de cette province a obtenu tout récemment ce poste, il écoute volontiers ces sortes de plaintes qu'on vient lui faire, parce qu’elles lui procurent de l’argent. Du reste, tout ce
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