RELATION
Abrégée de la persécution élevée dans le royaume de Tunguin , et de la mort que deux Missionnaires jésuites et neuf Tunquinois chrétiens Y ont endurée pour la foi ; tirée de deux mémoires , l'un italien et l'autre portugats.
L, persécution qui s’alluma dans le Tunquin’, en 1721, est une des plus cruelles que le christianisme ait eu à souffrir dans ce royaume. On en jugera par la suite de cette relation , où l’on verra la religion proscrite , les Missionnaires et les Chrétiens recherchés , emprisonnés , mis à la torture, expirant sous le fer des bourreaux , et cela uniquement par le refus qu'ils font de renoncer à leur foi, et de fouler aux pieds l'image adorable de Jésus crucifié. Tel est le spectacle qui a attiré, ces dernières années, toute l'attention d’un grand peuple, et qui a procuré à de généreux confesseurs de Jésus-Christ, une couronne immortelle. On ne rapportera ici que ce qu'on a pu apprendre par la voix publique , et dont des personnes dignes de foi ont été témoins oculaires. On omet plusieurs circonstances édifiantes de la mort
de ces illustres néophytes, parce que les Mission naires, obligés de se cacher pour se dérober aux recherches des soldats , n’ont pas eu la liberté de s'en instruire avec assez de certitude,
La mission de Tunquin, l’une des plus florissantes de l'Orient, a été jusqu'ici, et est encore la plus persécutée. Cependant elle paroissoit assez paisible depuis quelques années ; les ouvriers évangéliques trouvoient moins de contradiction dans leurs travaux, et le fruit qu'ils en retiroient répondoit à l'ardeur de leur zèle, Une infinité d’âmes étoient enlevées au démon, et entroient en foule dans le bercail de Jésus-Christ. Ce calme ne dura pas longtemps; l'esprit de ténèbres ne put voir d’un œil tranquille tant de conquêtes arrachées à l’enfer.
L’instrument dont il se servit , fut une femme chrétienne , dont la foi étoit déjà bien altérée par la corruption de son cœur. Elle demeuroit dans une bourgade nommée Kesat, où il ÿ avoit une chrétienté nombreuse et fervente. Son libertinage outré et le déréglement de sa vie ÿ causoient un énorme scandale. Les avis, les reproches , les menaces, dont on usa tour à tour pour la faire rentrer dans la voie du salut , furent inutiles. Enfin » Ses désordres montèrent à un tel excès , que les fidèles ne voulurent plus avoir de communication avec elle, et que les Missionnaires la privèrent de l'usage des sacremens jusqu'à ce qu’elle eût repris un train de vie plus édifiante, Cette malheureuse , tournant en poison le remède qui devoit la guérir , mit le comble à ses crimes par l'apostasie et par la résolation qu’elle prit de tout entreprendre pour détruire absolument le christianisme. Elle communiqua son dessein à un apostat, et à un autre de ses amis , infidèle , qui détestoit le nom chrétien. Ils Convinrent de présenter une requête au régent du
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royaume , nommé Chua ; elle contenoit les accusations suivantes :