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il se prosterna aussitôt devant elle; il la prit entre ]es mains, et l’élevant au-dessus de sa tête par respect, puis la serrant étroitement sur son sein ,.et élevant son cœur à Jésus-Christ: « Mon Seigneur et mon » Dieu, dit-il d’un ton de voix ferme et affectueux , » Vous qui sondez les cœurs, vous connoissez les » sentimens du mien; mais ce n’est pas assez, je » veux les manifester à ceux qui croient m’épou- » vanter par leurs menaces; qu'ils sachent donc que » ni les plus affreux tourmens, ni la mort la plus » cruelle ne pourront jamais me séparer de votre » amour, » El semble que la fermeté de ce vicillard eût fait passer dans l’âme des mandarins la frayeur qu'ils avoient voulu lui inspirer. Sans le questionner davantage, ils le renvoyèrent en prison avec les autres Chrétiens. Là il mit par écrit sa confessiou de foi mêlée de réflexions, par lesquelles il prouvoit qu'il n'y avoit point de véritable loi que celle de Jésus- Chnist, et qu’il falloit nécessairement la suivre pour sauver son âme, et mériter la béatitude éternelle. Cet écrit fut porté au tribunal des mandarins : ils le lurent, et ne purent s'empêcher d’avouer qu'il ne contenoit rien que de conforme à la droite raison ; ils jugèrent même que ce bon vieillard devoit être traité avec moins de rigueur. En effet sa vertu et son zèle le rendoient respectable jusque dans les fers ; et quoiqu’accablé du poids de ses infirmités et des incommodités d’une aflreuse prisor , se soutenant toujours par son courage, il ne cessoit de consoler ses Compagnons et d'animer leur ferveur. A l'égard des autres Chrétiens qu'il n’étoit pas à portée d’entretenir , il leur écrivoit des lettres remplies de l’esprit de Dieu, pour les exhorter à la constance dans les tourmens, et à la persévérance dans la foi. Le tyran Chua n’étoit qu'à demi satisfait, parce que nonobstant ses ordres et la ponctualité avec laquelle ils s’exécutoient, on n’avoit pu encore, de-
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spect, levant t mon ueux , ez les ez, je épouc que à plus votre illard ayeur )nner tutres le foi qu'il ésuspour Ile.
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 3x
puis nn an que duroit la persécution, se saisir d’aucun Missionnaire. Enfin il eut lieu d’être content, et ce fut pour lui un sujet de triomphe d'apprendre que les pères François-Marie Buccharelli et Jean-Baptiste Messari étoiènt arrêtés. Voici comme la chose arriva.
Les fatigues et les travaux que ces deux hommes apostoliques avoient à souffrir, leur causèrent une maladie lente qui les consumoit insensiblement. Le
ère Joseph Pires, provincial du Japon, qui fut inormé du triste état où ils se trouvoient , leur ordonna de passer à la Chine. Ils étoient déjà arrivés sur les confins de cet empire, dans un lieu qu'on appelle Lofeu, qui est tributaire des deux couronnes.
Quelque soin qu’ils prissent de se cacher , les infidèles furent bientôt instruits de leur arrivée; c’est ce qui porta les Missionnaires à se retirer ailleurs. Ils allèrent à trois lieues de là; on les ÿ poursuivit encore. Enfin pour éviter plus sûrement des persécutions si acharnées, ils se réfupièrent dans un bois, que d’épaisses broussailles rendoient presque impénétrable. 11 sembloit qu’ils étoient là en sûreté, et qu'ils n’avoient d’autres ennemis à craindre que les bêtes féroces; mais les gentils apptirent qu’un Chrétien avoit connoissance du lieu de leur retraites ils le contraignirent à force de tourmens de le manifester , et aussitôt les mandarins s’y transportèrent avec une troupe de soldats; ils surent si bien se partager dans le bois, qu'ils n’y laissèrent aucune issue propre à s'évader. Ils saisirent donc les deux pères, trois catéchistes qui les accompagnoient , et un jeune enfant qui étoit à leur service, et il les conduisirent en un lieu qu’on appelle 4r/oam. :
Ils y furent détenus pendant quelques jours, et durant ce temps-là on mit leur patience à de continuelles épreuves. Quelques petits mandarins cherchant à se divertir à leurs dépens, n’épargnèr nt ni
les termes méprisans, ni les railleries amères , ni les insultes et les affronts. Les Missionnaires n’opposèrent à ces outrages qu'un modeste silence, tant qu'il n’y eut que leurs personnes qui y fussent intéressées ; mais lorsque les mandarins portèrent l’insolence jusqu’à attaquer la loi de Jésus-Christ, et à vouloir contraindre les pères et les catéchistes à se prosterner devant leurs idoles , ce fut alors que les Missionnaires rompirent ce silence, et que leur zèle s’enflamma.
Le père Messari prit la parole, et avec un air grave et plein de feu : « Osez-vous bien, leur dit-il, » viles et méprisables créatures que vous êtes, in- » sulter à l’Auteur de votre être, et transporter aux » démons un culte et des adorations qui ne sont dus » qu'à Dieu seul! l'enfer qui est leur partage sera » aussi le vôtre. Pour nous qui sommes les ministres » du souverain Maître de l'univers, nous enseignons » aux hommes le chemin du ciel, et nous espérons » d'y arriver un jour, tandis que vons autres, si » vous ne renoncez à vos idoles pour suivre la loi » du vrai Dieu, vous serez en proie aux feux éter- » nels. » Des vérités si salutaires auroient pu faire impression sur des cœurs dociles ; mais les mandarins étoient engagés trop avant dans l'idolâtrie. Pour causer donc un nouveau chagrin aux pères, ils prirent le barbare dessein de faire donner en leur présence la bastonnade au jeune homme qui étoit à leur suite; mais le père Messari arrêta leurs bras, et les couvrit de confusion. « Qu’a fait de mal cet enfant, leur » dit-1l? la foiblesse de son âge ne prouve-t-elle pas » suffisamment son innocence? Si c’est un criîne, » selon vous, de pratiquer la loi de Jésus-Christ, » c’est moi qui la lui ai enseignée, je suis le seul » coupable, »
On persécutoit pendant ce temps-là les Chrétiens de Lofeu , et on ne faisoit grâce qu’à ceux qui pouvoient par argent se délivrer des prisons.
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, ni les >sèrent wil n’y essées ; ce jusir COnsterner inaires amma.
un air dit-il, 5 , in er aux ntdus je sera nistres gnons )érons es, Si la loi éter- 1 faire darins Pour rirent ssence suite; puvrit , leur le pas rime , hrist , » seul
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Nous
Nous avions une église à Vannim, à deux lieues
e distance de Lofeu : Chua lui-même nous en avoit accordé le terrain pour nous servir de sépulture ; c'est-là que reposent les cendres des pères Jean de Seghiera et François de Noghiera. Cette église fut détruite, On se donna de grands mouvemens pour découvrir les catéchistes qui y résidoïent; mais ils s'étoient réfugiés dans les bois, où ils souffrirent beaucoup, n'ayant ee nourrilure que des fruits sauvages, et étant dans un danger continuel d’être dévorés des tigres, qu'on trouve à foison dans cette contrée, Cependant on traina à la cour les prisonniers char. gés de fers. A leur arrivée ils CoOmparurent devant
les mandarins. On n’a rien appris de ce qui se passa
dans cette audience ; on sait seulement que du tri-
bunal on les mena dans deux prisons séparées, qu’ils y furent gardés nuit et jour par dés soldats, et qu'entre les durs traitemens qu'ils essuyèrent, on les laissa manquer des choses les plus nécessaires. Tel fut le soulagement qu’on procura à ces deux confesseurs deJ ésus-Christ, si fort affoiblis , et par les maladies
récédentes dont ils n’avoient pu se rétablir, et k t pénible voyage qu'on leur climat brûlant, et dans une Saison où les chaleurs sont excessives,
Ces exécutions tyranniques émurent de compas Sion jusqu'aux infidèles mêmes. Un mandarin de lettres, président du second tribunal de la cour, traitant de quelque affaire d’état avec le régent, fit tomber adroitement le discours sur la persécution présente , et se servant à propos de la liberté qu'il Paroissoit lui donner : « Seigneur, lui dit-il, l’édit ? que votre Altesse a publié contre la lo: chré ? apporte un grand préjudice au royaume » de prétexte aux plus violentes extorsions ;
» comme les grands s’en prévalent pour L, LE,
tienne, ; 1l sert les petits opprimer
» un peuple nombreux. Je connois à fond ces Chré- » tiens qu'on vexe d’une manière si étrange; ce sont » des esprits doux, paisibles , ennemis de toute dis- k » sension, exacts à payer le tribut : que leur de- \ 5 » mandez-vous davantage? J’entrerois volontiers à » dans un accord avec votre Altesse. Je lui donne 1 * » trois ans pour faire la guerre à feu et à sang aux ; à
» Chrétiens, et je m'engage à perdre la tête sur un L » échafaud , si ce terme expiré, elle vient à bout de 4 » détruire le christianisme, D’un autre côté je con-
» sens à subir la même peine, si les laissant vivre À à » en paix, et leur accordant le libre exercice de leur 3 « » religion, elle entend dire qu’ils aient excité le 1 :
» moindre trouble, et qu’on ait aperçu parmi eux » la plus légère étincelle de révolte. » Ce raisonnement si plausible ne fit qu’efleurer l'esprit du tyran, et il n’y répondit que par un silence affecté.
Une autre fois le même mandarin se trouvant au conseil avec les autres officiers de son tribunal , l’affaire des Chrétiens fut mise sur le tapis. Un de ces officiers, ennemi capital du nom chrétien , s’avisa de dire que le régent s'y prenoit mal, et qu'il ne
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réussiroi jamais à proscrire cette loiétrangère, qu'il £ A n’eût fait sauter les têtes d’un bon nombre de ses À
sectateurs. Le mandarin jetant sur lui un regard sé- 3 F vère: « Vous croyez donc, lui dit-il, que c’est un { ne » crime digne de mort que d’être Chrétien? » A k bn ces mots l'officier rougit, et changea de discours. 4 ü
Le tyran eut à essuyer de pareilles remontrances P
d'unautre mandarinson gendre,et général destroupes £ R dans la province du sud. « Je ne puis pas vous dis- | tot » simuler, seigneur , lui dit ce mandarin, que tout À Le » est en confusion dans ma province, et quon À ret » trouve de l'embarras à percevoir les tributs. Les M po: » officiers de différens mandarins, d’autres qui plu » prennent ce titre sans l’être, parcourent les mai- dar
» sons comme des furieux et mettent tout au pillage; M fidi
Chréce sont te disur de ontiers donne
ng aux sur un out de e con- | vivre de leur cité le mi eux sonne-
tyran,
ant au a] , l’afde ces s’avisa ul ne e,qu'il de ses ard sé est un n? » À DUFS.
trances troupes us dis ue tout : qu'on its. Les res qui les mai-
pillage ‘
» la crainte de tomber en des mains si barbares, dis. » perse de tous côtés ce Pauvre peuple, C’est un » triste spectacle de voir des vieillards , des femmes , » des enfans errer comme des étrangers dans le sein » même de leur patrie, Pour se soustraire à une si » cruelle oppression, les uns se font des demeures » SOuterraines, où ils s'enterrent tout vivans avec » leurs effets; les autres courent chercher un asile » dans le fond des forêts parmi les bêtes sauvages. » Des familles entières fugitives et dépouillées de » tout, sont réduites à périr de faim et de misère. » Les prisons de la cour et des provinces sont rem- » plies de Chrétiens; ceux qui ont pu échapper aux » perquisitions n’osent paroître dans les marchés pu- » blics, et le commerce dépérit sensiblement. Ah! » seigneur, laissez attendrir votre cœur à tant de » Calamités : un mot de votre bouche arrétera le > cours de ces injustices , et retablira le calme dans » nos provinces. Après tout, ces Chrétiens qu’on Op- » prime sont irréprochables dans leur couduite ils » sont fidèles au Roi, zélés Pour son service, et des » plus ardens à fournir aux dé enses de l’état. » À ce discours, le régent répondit, que ce n’étoit pas de son propre mouvement qu'il avoit entrepris d'abolir le christianisme et qu'il persécutoit les Chré.… tiens; qu'il y avoit été forcé par les plaintes des tri bunaux, et que ces plaintes étoient de nature à ne Pouvoir se dispenser d’user de sévérité.
Il n’y eut pas jusqu’au menu peuple qui ne füt touché de l’oppression où étoient les Chrétiens. Les gentils d’une bourgade convinrent ensemble de retirer chez eux quelqu'un des Missionnaires, sup posant que leurs maisons seroient pour lui l'asile le plus sûr, et qu’on n’auroit garde de les rechercher dans un village qu’on savoit n’être composé que d’infidèles, Ces offres furent reçues avec reconnoissance:
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mais on ne crut pas que, dans des conjonctures si délicates , il fût prudent de les accepter.
Il y avoit déjà plus de six mois que les deux pères languissoient dans les fers. Les incommodités du lieu, la disette, et les autres misères inséparables de leur captivité étoient devenues extrêmes. Les mandarins qui les appeloient souvent à leur tribunal, où on les traînoit les fers aux pieds parmi les huées de la populace , ne pouvoient ignorer leurs souffrances : elles étoient peintes sur leur visage hâve et exténué; mais ces juges barbares, qui repdtient les ministres de Jésus-Christ comme des victimes destinées à la mort, se mettoient peu en peine de leur procurer du soulagement. Cependant il s’en falloit bien que les forces du corps égalassent leur courage ; à la fin ils succombèrent à tant de maux, et furent attaqués l'un et l’autre d’une maladie violente; elle enleva le père Messari ; l'heure étoit venue où il plut à Dieu de couronner son invincible patience, et son zèle infatigable pour la conversion des infidèles.
Ce n’est pas ici le lieu de décrire en détail toutes les vertus de l’homme apostolique ; un volume entier n’y sufliroit pas : on pourra quelque jour donner l'histoire édiflante de sa vie et de ses travaux. Tout ce que je puis dire, pour me contenir dans les bornes d’une courte relation, c’est qu'il a poussé jusqu'à l’héroïsme la fermeté dans les plus grands périls, et la patience dans l’accablement de toutes sortes de maux, Îl essuya une infinité de dangers sur mer et sur terre pour porter le nom de Jésus-Christ aux différens peuples de cet Orient. Dans un de ces longs voyages, des voleurs le dépouillèrent, et le laissèrent étendu à terre et à demi mort des coups dont ils le chargèrent. Revenu à lui, il se trouva seul dans des lieux déserts et inhabités , sans vêtement, sans nourriture , couvert. de blessures, et destitué de tout secours humain; c'est dans de pareilles occasions que
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par son courage il s’élevoit au-dessus de lui-même ; et il avoit coutume de dire que les hommes apostoliques sont nés pour souffrir, et que les grands travaux sont leur aliment journalier.
Dans un autre voyage qu'il fit pour se rendre à la Cochinchine > il arriva à une bourgade nommée Tum-ké , qui confine avec ce royaume, Le gouverneur chinois avoit été autrefois chrétien, mais depuis plusieurs années il n’étoit plus qu’un indigne äpostat, À peine le père parut-il dans cette bour ade, que les gentils conspirèrent contre sa vie, Ils allèrent en foule chez le gouverneur, et le dépeignirent avec les plus noires couleurs : « C'est un homme détes- » table, lui dirent-ils; il prend les ossemens des » morts, 1l en compose une certaiu> sa dont les » eflets sont pernicieux; il la vers: sur la tête des » peuples : ceux à qui ce malhew: arrive ne sont » plus maîtres d'eux-mêmes, et par la ect de cette » eau enchantée, ils sont forcés de se faire Chré- » Liens. »
Cette ridicule accusation frappa l'esprit crédule du gouverneur; il fit emprisonner le père, et peu de jours après il le condamna à avoir la tête tranchée. La sentence étoit sur le point de s’exécuter, lorsqu'un bonze fit comprendre au gouverneur qu'il alloit s’attirer la plus fâcheuse affaire , et que le roi de la Cochinchine s’offenseroit vivement, s’il faisoit mourir un des frères du père Antoine Arnedo , que ce prince honoroit de son estime et de son amitié. Cette remontrance eut son effet; le gouverneur suspendit l'exécution de sa sentence, et après y avoir fait des attentions sérieuses, 1l rendit la liberté au pére, en lui ordonnant de sortir au plutôt des terres de son district, Le père obéit; mais il fut doublement afligé, et d’être à la porte de sa chère mission > après laquelle il soupiroit depuis long-temps sans pouvoir ÿ entrer, et encore plus, de se voir arracher la cou-
ronne du martyre qu’il tenoit presque entre les mains.
I lui fallut retourner pour la seconde fois à Macao ; mais il n’y demeura pas long-1emps, et il fit tant d’instances auprès de ses supérieurs, qu’il obtint la
ermission d'entrer dans le royaume du Tunquin. Eest là que des travaux immenses l’attendoient : la conversion d'un grand nombre d’infidèles en fut le fruit, et une mort glorieuse en a été la récompense ; elle arriva le 15 juin de l’année 1723. Ce père , âgé de cinquante ans, laisse à sa Compagnie les plus grands exemples de toutes les vertus religieuses et apostoliques, et la gloire de voir augmenter le nombre de tant d’autres de ses enfans, qui ont eu le bonheur de souffrir la mort pour la cause de Jésus-Christ.
Le régent ayant appris la mort du père Messari, ordonna que son corps fût porté hors de la ville. Ce père, le troisième jour de son décès, fut enterré avec les mêmes fers qu’on lui avoit mis aux pieds lorsqu'on l’arrêta prisonnier, Sept mois après , le père Stanislas Machado le fit tranférer dans l’église de Kene, qui avoit échappé aux profanations des infidèles; c’est là que repose ce précieux dépôt.
Cependant la maladie du père Buccharelli devenoit de jour en jour plus dangereuse , et l’on commençoit à désespérer de sa vie, Le mandarin qui étoit préposé pour sa garde, soit par un mouvement de compassion naturelle, soit quil craignit de s’attirer des reproches du régent, le tira de sa prison pour le mettre dans une autre moins incommode, et fit venir un médecin pour le soigner, ou plutôt pour empêcher que la mort ne le dérobât au supplice qui lui étoit préparé. :
Enfin après une année de la plus douloureuse détention, le père et les néophytes prisonniers apprirent que le tribunal venoit de les juger et de les condamner à mort. Transportés de joie à cette nouvelle, et pour rendre publique leur réjouissance , ils se vêtirent
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tôus d’habits neufs. Les Chrétiens accoururent en foule aux prisons, et baisant respectueusement les pieds de ces illustres confesseurs de Jésus-Christ , les félicitèrent de leur honneur » et leur dirent les derniers adieux avec ces tendres sentimens que la foi et la vraie charité inspirent. Tous se confessèrent, et reçurent la communion de la main d’un prêtre tunquinois, qui depuis plusieurs années étoit détenu dans la même prison en haine de Ja foi.
Le 11 d'octobre fut le jour de leur triomphe ; les Prisons furent ouvertes , et les prisonniers conduits dans une place vis-à-vis le palais du tyran. On les rangea sur une même ligne lg père Buccharelli à la tête ; suivoient les ChrétendMbes les gentils accusés de divers crimes. Un officier de la cour sortit du palais, et publia à haute voix que son Altesse, par un effet de sa haute piété, faisoit grâce à ceux qui étant fils uniques pourroient racheter leur vie par une somme d'argent. Il écrivit ensuite les noms de ceux qui étoient en état de financer » et en porta la liste au régent.
Un moment après, il revint pour une seconde fois, tenant à la main la sentence de mort contre
Chacun de ceux qui composoient cette troupe. IE
commença par le père Buccharelli, et s approcha de lui : « Vous, étranger, lui dit-il, parce que vous » avez prêché aux peuples la loi chrétienne, qui est » proscrite dans ce royaume, son Altesse vous con- » damne à avoir la tête tranchée. » Le père baissa modestement la tête, et dit d’un air content: Drew soit béni.
L’officier adressa ensuite la parole à Thadée Tho : « Vous êtes condamné au même supplice, lui dit-il, » parce que vous êtes disciple de cet étranger, et » que vous suivez la loi de Jésus-Christ; et de plus, » votre tête sera pendant trois jours exposée sur > Un pieu aux yeux du public. » Îl continua de lire
40 LETTRES à tous les autres leur sentence , qui étoit conçue en mêmes termes, et motivée de la même manière.
. Après avoir lu aux gentils leur condamnation, et les différens crimes pour lesquels ils devoient perdre la vie , il finit par la lecture de la sentence , qui condamhoit plusieurs autres Chrétiens à avoir soin des éléphans, les uns pendant toute leur vie, les autres pendant un certain nombre d'années, alléguant tou-
jours pour cause de leur condamnation , la profession.
qu’ils faisoient du christianisme.
Aussitôt que ces sentences furent prononcées, on. ramena (lans les prisons ceux qui s’étoient engagés à,
fournir de l'argent, di qu'on avoit condamnés à prendre soiiides éléphans. À l'égard de ceux qui étoient sentenciés à mort, on ne leur donna point de trève; sur le champ il furent conduits par une nombreuse escorte de soldats au lieu du supplice, éloigné d’une grande licue de la ville. Ils furent suivis d’une multitude innombrable de peuple, que la curiosité attiroit à ce spectacle ; le père Bucchareili marchoit à la tête, et ses néophytes le suivoient immédiatement, | |
À peine eurent-ils fait quelques pas, que l’un d’eux entonna les prières qui se chantent dans l’église et les litanies de la sainte Vierge; les autres lui répondirent sur le même ton, et avec les mêmes senüumens de piété; jusqu’au terme ils ne cessèrent de chanter les louanges de Dieu. Elles n’étoient interrompues que par de courtes exhortations que leur faisoit de temps en temps leur cher pasteur, pour soutenir et animer leur constance. « Encore quelques » heures, leur disoit-il, nous serons délivrés de ce » malheureux exil, et nous posséderons Dieu dans
» le ciel. » C’est ainsi qu’ils sanctifioient cette marche
pénible et ignominieuse. Cependant le père Buccharelli, qui n’étoit pas rétabli de sa maladie, et qui marchoit à jeun et sous la pesanteur de ses chaînes,
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