‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 2)Chapitre 16 sur 35 · SET TS · texte numérisé non relu

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 49 calomnies contre la religion et contre les Mission naires , qu’en l’année 1630 » ils les firent: ser du Tunquin , et déporter à Macao.

IL fallut céder à ce premier orage qui fut bientôt calmé par le départ des hommes a ostoliques. Leur exil ne fit pas abandonner cette Eglise naissante. Le 18 février 1631 , trois autres Missionnaires jésuites, les pères Gaspard de Amaral, Antoine de Fontes, et Antoine Cardin , s’embarquèrent à Macao pour le Tunquin , et y arrivèrent le 7 mars. Ils furent reçus desnouveaux fidèlesavec des'transports de joieextraordinaires, Mais ce qui consola infiniment ces pères, ce fut de voir que pendant la courte absence des pasteurs , qui ne fut que de dix mois » le troupeau de Jésus - Christ s’étoit accru de deux mille trois cent quarante néophytes, que trois catéchistes avoient pris soin d'instruire , et auxquels ils avoient conféré le baptême. La moisson devint si abondante , que les Missionnaires étoient occupés jour et nuit à la recueillir. En l’année 1639, on Couptoit déjà quatre-vingt-deux mille cinq cents Ch.étiens; et dans la province de Ghéan , soixante - douze bourgades où il ne restoi presque plus d’infidèles.

D’anciennes lettres du père Jean Cabral nous apprennent qu'en 1045 et 1646 le nombre des Tunquinois, qu, pendant ces deux années avoient reçu le bapièéme, ntoit à vingt-quatre mille ; et dans les quatre province. . il se trouvoit déjà deux cents églises fort grandes et fort propres , que ces {ervens néophytes avoient bâties à leurs frais.

Un si peut nombre d'ouvriers ne -uffisoit pas dans un champ si fertile ; aussi virent-ils bientôt venir à leur secours différentes recrues d'hommes apostoli-

nes , qui se succédèrent les uns aux autres , et qui remplacèrent ceux que la mort enlevoit , ou dont les forces étoient affoiblies par le grand âge , et par ue continuelles fatigues.

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5o LETTRES

Dans la suite , des Missionnaires de différens ordres vinrent partager leurs travaux , et l’on y voit maintenant une chrétienté très-nombreuse et très-florissante. 11 s'y est élevé de temps en temps de rudes

ersécutions ; mais elles n’ont servi qu'à éprouver a foi des nouveaux fidèles , et à les y affermir de plus en plus.

Une des plus cruelles qui ait agité l’Eglise du Tunquin , arriva en l’année 1721. La religion fut proscrite par un édit public. Les Missionnaires et les Chrétiens furent À » emprisonnés et mis à mort, uniquement pour avoir refusé de renoncer à leur foi , et de fouler aux pieds l’image adorable de Jésus crucifié. Le père Messari , italien, mourut de misère dans les prisons; le père Buccharelli , pareillement italien , et neuf Chrétiens tunquinois souffrirent une mort glorieuse ; cent cinquante autres néophytes furent condamnés à prendre soin des éléphans , ce qui est à peu près la même peine au Tunquin , que celle d’être condamné aux galères en Europe. (On en peut voir la relation ci-dessus , p. 21).

Cette violente persécution s’est renouvelée dans ces derniers temps. De six Missionnaires jésuites qui tout récemment ont pénétré avec bien de la peine dans le Tunquin , quatre ont été arrêtés par les gentils , et après neuf mois de prison ont eu la tête tranchée en haine de la foi, le 12 janvier 1737. Ce sont les circonstances de leur prison et de leur mort que je vais décrire sur les mémoires les plus fidèles. Ces mémoires ont été dressés par des catéchistes intelligens et témoins oculaires , qui, selon l'ordre que leur avoit donné le père François de Chaves , supérieur de cette mission , écrivoient jour par jour ce qui arrivoit aux confesseurs de Jésus- Christ. Leur journal a été traduit de leur langue en portugais, par le père Joseph Dacosta.

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quin demandoient de nouveaux Missionnaires , pour le soulagement des anciens qui étoient accablés d'années et de travaux. Plusieurs Jésuites pleins dé zèle , étoient venus à Macao , dans le dessein d'aller à leur secours ; mais la difliculté étoit de les ÿ transporter. On ne pouvoit plus, comme autrefois, traverser la province de Quang-tong , qui est limitrophe du Tunquin. Depuis que les Missionnaires de la Chine ont été exilés de Canton à Macao , cette voie, qui étoit la plus courte et la plus sûre, est absolument fermée. La voie de la mer étoit aussi peu pra+ ticable. Quoique des sommes (barques chinoises ) partent assez souvent du port de Canton, pour aller faire leur commerce au Tunquin, il n’y en avoit aucune qui osût les admettre. En l’année 1734, le capitaine d’un de ces bâtimens s’engagea à les conduire | moyennant une grosse somme d'argent qu’il exigea et qu'il reçut : mais peu âprès , ayant fait ses réflexions , il rétracta sa parole, et ne voulut point en courir les risques.

Enfin , après bien des mouvemens qu’on se donna, on trouva dans la petite ville d’Ancan un maître de barque , qui s’offrit à mener les Missionnaires au Tunquin , mais à un prix excessif, à cause du péril auquel il s’exposoit , s’il venoit à être découvert, et déféré aux mandarins chinois. Il en fallut passer par où il voulut : mais lorsqu'il étoit sur le point de venir chercher les pères à Macao, parut un décret impérial , qui défendoit à tout Chinois de se mettre en mer, sans avoir un passe-port des premiers mandarins de Canton. Ainsi il fut obligé de se rendre en cette ville.

Cet incident qu’on ignoroit à Macao , et qui retardoit le départ des Missionnaires , y causa de nouvelles inquiétudes. On craignoit que le maître de barque , par timidité ou autrement, n'eût changé de résolution , ainsi qu'avoit fait le capitainé de la

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barque chinoise. On ne fut détrompé qu’au mois de mars 1735, qu'ii vint de sa part un exprès à Macao, pour avertir les Missionnaires de se rendre dans un lieu écarté qu'il leur désignoit , afin de s’y embarquer hors de la vue du peuple. Cette agréable nouvelle transporta de joie les Missionnaires : ils partirent aussitôt avec trois Tunquinois, pour se rendre au lieu marqué, et ils s'embarquèrent le 18 avril de la même année,

Quoique les vents fussent contraires , le maître de la barque força tellement de voiles et de rames, qu'en assez peu de jours il arriva dans un parage qui n'étoit pas fort éloigné des terres du Tunquin. Il y demeura quelque temps pour attendre un vent favorable , au moyen duquel il pût passer rapidement un petit détroit, et tromper la vigilance des gardes qui ÿ sont postés pour faire la visite des barques. Mais comme le temps étoit toujours le même, il se lassa d'attendre , se flattant que moyennant une petite somme qu’il donneroit aux soldats, ils ne feroient leur visite que superficiellement , et qu'ils le laisseroient continuer sa route. Malheureusement il se trompa : les soldats arrêtèrent la barque an passage ; et sans égard aux offres qui leur furent faites, ils procédèrent à la visite avec tant d’exactitude, qu'ils eurent bientôt découvert les Missionnaires , quoique placés à l'écart, afin de n’être pas si aisément aperçus. On les conduisit aux tribunaux des mandarins d'armes, qui gardoient cette plage. Ils y subirent un long interrogatoire , après lequel on les enferma dans un petit fort, jusqu'à ce qu’on eût pu savoir les intentions du principal mandaria de tout le pays , qui demeuroit à six lieues de là. Celui-ci les fit aussi comparoître à son tribunal ; et après les avoir long-temps questionnés , il les renvoya à leur barque, nour y être gardés jusqu à nouvel ordre. Ii informa aussitôt de cette affaire les premiers man-

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darins de la province qui résident à Canton, afin de savoir leurs résolutions, et de s’y conformer. La réponse qui vint de la capitale , fut un ordre de renvoyer sûrement à Macao les Européens et les Tunquinois; et pour cela, de les y faire conduire de ville en ville par des officiers des tribunaux : et à l'égard du maître de la barque , de le remettre à son mandarin, afin qu’il le fit châtier. Ainsi ces pères, après bien des inquiétudes et des fatigues , eurent la douleur d'arriver le 24 décembre au même lieu d’où ils étoient-partis plus de six mois auparavant.

Un si mauvais succès, loin de ralentir leur zèle pour une mission après laquelle ils soupiroient depuis tant d'années , ne servit qu’à le rendre plus vif et plus animé. Ils songeoient continuellement aux moyens de vaincre les obstacles qui les écartoient d'une terre siardemment désirée. Un jour qu’ils s’en entretenoient avec plus d'ardeur et de vivacité que jamais, en présence d'un Chinois de confiance, celui-ci leur fit part d’un projet qu'il avoit imaginé, et qu'ils agréèrent, bien qu’ils doutassent fort du succès : 1l s’offrit d'aller à Canton, où il espéroit gagner quelques officiers des tribunaux , et employer leur adresse et leur crédit pour obtenir un passeport , en ajoutant que, s’il obtenoit , il auroit plus de facilité à louer une barque à Ancan , et qu’il les conduiroit lui-même jusqu’à Lofeou , ville frontière du Tunqnin.

Quelque difficile que parût l'exécution de ce projet, le Chinois partit pour Canton, et il s'y conduisit avec tant de prudence et de dextérité, qu’en assez peu de temps on fui mit en main un écrit signé des premiers mandarins, qui permeltoit aux trois T'unquinois de traverser la province de Quang-tong , pour retourner dans leur patrie avec les Européens qui les accompagnoient.

Le Chinois muni de cette permission se rendit à

54 LETTRES Ancan, où il eut bientôt loué une barque , sur laquelle les Missionnaires s'embarquèrent le 10 mars 1736. Ils étoient au nombre de six : savoir , le père Jean Gaspard Crats, allemand; les pères Barthelemi Alvarez ; Emmanuel de Abreu , Christophe de Sampayo ; Emmanuel Carvalho, et Vincent Dà Cunha ; tous cinq portugais.

Ils arrivèrent la première journée à un village nommé Se-lie , où 1ls passèrent la nuit. Le lendemain , ils mirent à la voile de grand matin , avec un vent si favorable, qu’il les porta en deux jours à un port nommé Chanxa, où les autres barques n’arrivent d'ordinaire qu'en cinq ou six jours. Là, ils uittèrent leur grande barque , et continuèrent leur route, parte par eau, et partie sur terre; ils passérent par Yeng-pin, par Se-tan , par le territoire de Yong-tsong, et après quatre jours d'un chemin irès-rude au milieu des montagnes , ils arrivèrent enfin à Muy-loc.

Comme ils approchoient du district où ils avoient été arrêtés et renvoyés à Macao , et où par conséquent tout étoit à craindre pour eux , leur guide eut recours à une ruse qui lui réussit. Il fit sonner bien haut sa qualité d’envoyé de la capitale, et l'honneur que les grands mandarins lui avoient fait, de Jui confier laconduite de ces Européens. Aussi fut-il reçu ‘ans toute cette contrée-là avec de grands égards et beaucoup de politesse, Le commis de la douane de Muy-loc, ne s’abstint pas seulement de visiter leurs ballots, mais encore il leur donna un billet > qui les affranchissoit de tous les droits qui se payent aux autres petites donanes du district. I1 leur fallut demeurer un jour entier dans ce village , afin de faire reposer ceux qui portoient leurs bagages , et de se pourvoir de vivres pour les sept jours de marche qui leur restoient à faire jusqu’à la ville de Lien-tcheou. Le lendemain matin ils partirent de Muy-loc , et

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