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» ment de religion, puisque nous en faisons un ins- » trument de comédie, »
Le père Bouvet étant ‘e retour , le prince lui demanda s'il étoit enfiu “trompé. Le père lui répondit qu'il voyoit bien que ce pien pouvoit servir à différens usages; mais que comme il avoit lu dans quelque livre de l’histoire de la Chine > Qu'on avoit employé de pareils instrumens à des choses que notre religion déteste , il avoit eu licu de craindre que celui - ci ne fût de la même espèce , et que le peuple n'eût encore sur la vertu de ces sortes d'armes des erreurs grossières.
Ces nouvelles instances du père Bouvet irritérent extrêmement le prince. Il s’imagina que le Missionnaire vouloit opposer à son autorité, celle de quelque roman, ou des gens de la lie du peuple. « Vous » -n'êtes qu'un étranger , lui dit-il d’un ton sévère, » et vous prétendez savoir mieux les sentimens et » les coutumes de la Chine que moi, et que tous ” Ceux qui n’ont point fait d'autre étude dès leur » enfance ? Or, je déclare que ni moi ni le peuple » de la Chine , nous ne reconnoissons aucune vertu » particulière dans cette sorte de sceptre , et qu'il » n'y en à aucun de semblable qui soit un instru- » ment d'idole. Comme je veux bien vous l’assurer , » quelle fausse délicatesse peut vous arrêter , lorsque » je vous ordonne d'y travailler ? parce que Fo , et » les autres idoles sont représentés avec des habits, » cela vous empêche-t-il d’en porter vous-même ? » Quoiqu’ils aient des temples, n’en bâtissez-vous » pas aussi à votre Dieu ? On ne blâme pas votre a!- » tachement à votre religion , mais on blâme avec » raison votreentêtement sur des choses que vous ne » Savez pas » (1),
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(1) La délicatesse de ces Missionnaires est une preuve du
mens qu'ils ne favorisoient pas l’idolâtrie comme on les en a accusés,
Après ces paroles, le prince se retira pour aller instruire l'Empereur de tout ce qui s’étoit passé. En même temps il donna ordre qu'on fit venir inces- Samment tous les Missionnaires des trois églises de Pekin. J'ai admiré , et je ne cesserai d'admirer toute ma vie , que la colère de ce prince idolâtre ne lui fit jamais dire une seule parole contre la loi chrétienne , quoique nous n’eussions point d’autres raisons à apporter que la crainte de la violer : preuve évidente de l'estime qu'il fait de notre sainte religion.
Comme il étoit fort tard, on nous renvoya dans notre logis , le seul père Bouvet eut ordre de rester, I demeura donc comme prisonnier , et passa toute la nuit, qui fut extrémement froide , sous une cabane de nattes, où on lui permit de se retirer.
Le lendemain matin, quelques personnes me vinrent trouver, pour me dire que le père Bouvet étoit condamné au châtiment des esclaves. Je leur répondis que ce père seroit heureux de mourir pour n’avoir pas voulu trahir sa conscience ; mais que si on le punissoit, la faute étant commune à trois » il étoit de la justice que trois fussent punis.
J'aperçus en même temps l’eunuque du prince, qui venoit nous demander de sa part, si le sceptre de Salomon , gravé sur la boîte de sa montre, n’étoit pas la même chose que le sien ? « Vos rois ont un » pien , nous dit-il ; vous n’en êtes pas scandalisés, » et celui du prince vous fait peur; d’où vient cette » différence ? » Je lui appris ce que c’étoit que le sceptre de nos rois , et je lui expliquai l'histoire du Jugement de Salomon , qui étoit gravé sur cette boite, Enfin , les Missiounaires des trois églises arrivèrent sur les huit heures » déjà instruits de toute celte affaire par le père Gerbillon.
Le mandarin nommé Tchao > Qui a tant contribué à l'édit qui permet l'exercice de la religion chré-
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tienne dans tout l'Empire , nous assembla tous dans un lieu éloigné des appartemens du prince. Là , e présence du premier eunuque , et de plusieurs au personnes , il nous parla à peu près en ces term « Vous avez irrité contre vous le meilleur de tb » les princes: il m'ordonne de poursuivre vivem » Ja faute du père Bouvet comme un crime de lèz8 : » majesté. Si vous ne lui faites satisfaction , j'irai » moi-même accuser le coupable à la cour des » crimes, pour y être jugé et puni selon la sévérité » des lois. Vous êtes des étrangers ; vous n’avez » d'appui que la bonté de l'Empereur , qui vous » protége , qui permet votre religion parce qu'elle » est bonne, et qu’elle n’ordonne rien que de rai- » sonnable, De quels biens, et de quels honneurs » ne vous a-t-1l pas comblés à la cour et dans les » provinces ? Cependant le père Bouvet a eu l’inso- » lence de contredire le prince héritier , et malgré » Îles assurances et les éclaircissemens qu'il a eu la » bonté de lui donner , il a voulu soutenir son » propre sentiment contre celui du prince, comme » s'il se fût défié de sa droiture et de sa bonne foi. » Je vous fais les juges de son crime, et de la peine » qu'il mérite. Qu’en pensez-vous ? Répondez, père » Grimaldi, vous qui êtes le supérieur de tous. » Le père qui s’étoit attendu à tous ces reproches, et qui, après avoir toutexaminé , avoit désapprouvé la résistance opiniâtre du père Bouvet , répondit que ce père avoit eu grand tort de ne pas déférer au témoignage et à l'autorité du prince ; et que par là il î s étoit rendu indigne de paroître jamais devant Sa | Majesté, et devant son Altesse.
Le mandarin, sans répondre au père Grimaldi, s’adressa au père Bouvet , et lui dit que le prince héritier juroit , foi de prince , que l’instrument dont il s’agissoit , n’étoit point le sceptre de Fo, ni des génies ; que s’il savoit le contraire , il fit une croix
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12 LETTRES 1 u Sur la terre, et qu’il jurât sur cette croix. Le père À ce Bouvet répondit qu'il soumettoit son jugement à Î st celui du prince, « Si vous reconnoissez votre faute, À rl » reprit le mandarin , frappez donc la terre du front le » Comme coupable, Le père obéit sur le champ , et » le mandarin alla faire son rapport à l'Empereur. » al
Nous louâmes Dieu du témoignage public que ce G mandarin venoit de donner 4 notre sainte religion , et au nom de l'Empereur et du prince son fils ( car | tr nous savions biea qu'il ne disoit pas un mot de lJui- 1 su même), témoignage que nous aurions acheté au 3 el prix de tout notre sang. Ce courtisan que le seul À respect humain retient dans l’infidélité > lit bien va- ï qt loir ce témoignage , auquel 1l savoit que nous étions ! ar infiniment sensibles : il ne se contenta pas de le dire { m une fois , il le répéta bien haut et Je prononça d’un co ton et d’un air à lui donner toute l'autorité que nous il désirions. au
Quelque temps après, ce témoignage du prince, qu si avantaueux à la religion , nous fut encore con- Ju firmé par un autre ollicier , qui vint nous dire de » Sa part ces paroles bien consolantes pour nous : » « Est-il possible qu'on m'ait soupçonné d’avoir » » voulu vous tromper, en vous faisant violer votre » » loi que je juge bonne ? Sachez qu'un tel dessein î » » est indigne d’un prince comme moi , et que dans | » » tout l’Empire vous trouveriez peu de personnes 1 . » capables de ce procédé, qui ne peut convenir | > » qu'à un mal - honnête homme. Si je Suis si fort | »
» irrité, ce n’est pas pour le sceptre dont il s’agit, ï » » Car je m'en mets fort peu en peine ; c’est à cause » de l'outrage qu on me fait, et auquel je suis d’au- » tant plus sensible, qu'il me vient de personnes , » que Javois honorées de mon estime, »
Malgré tant de déclarations du Prince > Qui étoient suflisantes pour lever entièrement notre doute > Nous examinämes encore , et nous fimes examiner atten-
Le père ement à re faute, du front amp , et Dereur, »
c que ce eligion , ils ( car t de luiheté au le seul bien va- Is étions e le dire ça d’un ue nous
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tivement tous les différens rapports que pouvoit avoir ce Sceptre ; mais nous n’y trouvâmes pas l'ombre de superstition ; c'est un instrument dont le prince et l'Empereur lui - même se servent pour se déuouer les bras à la façon des Tartares.
Cependant le bruit se répandoit que le père Bouvet auroit le cou coupé. Les pères Grimaldi > Thomas, Gerbillon et Pereyra , après avoir conféré ensemble, et avec quelques mandarins de leurs amis , allèrent trouver l'Empereur pour lui témoigner leur chagrin sur le peu de déférence que le père Bouvet avoit eu pour le prince.
Sa Majesté leur répondit , qu'il étoit bien aise qu’ils reconnussent leur faute ; que depuis quarante ans qu’il se servoit des Missionnaires , il n’avoit jamais eu la pensée de leur rien ordonner qui fût contraire à leur loi qu'il jugeoit bonne ; que quand il avoit exigé d’eux quelque service, il s’étoit informé auparavant s'ils n’auroient pas de peine à faire ce qu'il souhaitoit ; qu’il avoit même porté les choses jusqu’au scrupule : « J’ai dans mon palais , dit Sa » Majesté, une femme qui joue excellemment bien » de la harpe; je voulus faire juge de son habileté » le père Pereyra , qui touche bien les instrumens : » mais faisant attention à la délicatesse des Mission- » naires , je craignis que le père ne fût tenté de me » refuser, Il me vint en pensée , qu’en tirant un ri- » deau entre les deux , le père n auroit peut - être » plus là même dificnlté : cependant je craignis ? encore que cet expédient ne lui déplût. Alors » quelques courtisans me proposèrent de faire ha- » biller cette femme en homme , et me promirent sur » Cela un secret inviolable, J’étois fort porté à le » faire, afin de contenter ma curiosité. Mais après » quelques réflexions, je jugeai qu’il étoit indigne » de tromper un homme qui se fioit en moi : ainsi » je me privai du plaisir que je m'étois propusé ,
14 LETTRES » pour ne point faire de peine au Missionnaire sur Li devoirs de sa profession. »
Sa Majesté ajouta que le grand Lama, qu’il considéroit si fort , l'ayant prié de faire tirer son portrait par M. Gherardini , il l’avoit refusé , dans la crainte qu’il avoit que ce peintre étant chrétien , n’eût de la répugnance à faire le portrait d’un prêtre des idoles, J1 dit ensuite qu’il ÿ avoit parmi nous des gens défians et soupçonneux , qui craignent tout, parce qu'ils ne connoissent pas assez la Chine , et qui aperçoivent de la religion où il n’y en a pas même l'apparence. Enfin , il conclut que , puisque le pèré Bouvet reconnoissoit sa faute, il suflisoit, pour le punir , qu’il ne servit plus d’interprète chez le prince son fils ; que du reste il pouvoit demeurer tranquille dans notre maison.
Les pères fléchirent les genvunx et se courbèrent neuf fois jusqu’à terre , selon la coutume, en action de grâces. Ils firent ensuite la même cérémonie devant la porte du prince héritier. Ainsi se termina cette affaire, après nous avoir donné durant cinq jours de cruelles inquiétudes.
Malgré cette alarme passagère , notre mission est, grâces à Dieu, dans un état à nous faire espérer dans la suite de grands progrès pour la conversion des Chinois , si l’œuvre de Dieu n’est point traversée. Des trente Jésuites que vous y avez laissés, il y en a douze qui n’ont plus besoin de maîtres dans les caractères , et qui lisent le chinois avec une facilité surprenante. M. l'évêque d’Ascalon, vicaire apostolique de Kiang-Si, est si étonné des progrès que font dans les lettres les pères de sa province , qu'il en a écrit à plusieurs personnes avec éloge.
Ce prélat a prié le père Supérieur-général de lui accorder un des plus anciens pour son provicaire , afin de se décharger sur lui d’une partie du soin de cette province , une des plus belles de la Chine.
Le LS Pie, ji = 2