‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 35 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

subit des examens rigoureux avant que d'être promue aux trois degrés de littérature qui donnent droit aux charges et aux honneurs,

La noblesse n’est point léréditaire, et les enfans d'un père illustre ont besoin de s'illustrer eux-mêmes pour ne pas tomber dans l'obscurité,

La jurisprudence , la morale, les caractères chinois, sont les sciences qu'on cultive principalement dans les écoles chinoises ; et la doctrine de Confucius, ce célèbre philosophe qui vivoit environ cinq cents ans avant Jésus-Christ, est la base de toutes les études.

L'administration politique de la Chine roule uniquement sur les devoirs réciproques des pères et des enfans. L'Empereur est le père et la mère de l'empire. Un viceroi est le père de la province où il commande , comme un mandarin est le père de la ville qu’il gouverne.

Cette constitution de gouvernement est si naturelle, si douce à la Chine, les peuples y sont si accoutüumés, qu'ils n'imaginent pas qu'on puisse en avoir de meilleure.

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PRÉFACE. x) bonté, et quand il faut de la fermeté, c’est celle d'un père et non d’un despote. Il y a cependant, comme on le verra même daus ces lettres, quelques exceptions fâcheuses , et les rois et les peuples ont quelquefois éprouvé qu'il est bien difficile de ne jamais mal user du pouvoir absolu.

Tous les tribunaux de justice sont tellement subordonnés les uns aux autres, qu'il est presque impossible que la prévention, le crédit ou la vénalité dictent les jJugemens, puisque tout procès civil on criminel est sounus à la décision d’un et de plusieurs tribunaux supérieurs.

Lorsqu'il est question de condamner un homme à mort, il ny a pas de précaution qui paroisse excescive aux Chinois. Il faut pour le dernier du peuple, comme pour le plus grand seigneur, l’arrét de l'Empereur lui-même , et aucun juge ne peut fdire mettre à mort un citoyen, si ce n’est en cas de sédition ou de révolte.

Rien ne contribue plus à la tranquillité dont jouit ce vaste Empire, que la police qui s’observe dans les villes ; elle est exacte, vigilante, sévère, et les mandarins répondent, sous peine de perdre leur emploi, du

xi] PREFACE, moindre désordre qui règne dans leur département.

Malgré tant de sagesse, de précautions et de soins paternels, le peuple chinois est peuple comme par-tout. Il sy commet des fautes et même des crimes; mais 1ls y sont peut-être plus rares; ils n'y sont point tolérés, et le vice ne s'y montre point avec audace , surtout dans l’intérieur de l'Empire : car sur les côtes et dans les villes frontières, le commerce avec les étrangers a altéré le caractère du Chinois et la pureté de ses mœurs. Aussi ne faut-il point juger de cette nation par ce que nous en disent des étrangers qui ne l’ont vue que superfciellement , et aui n’en connoissent que les limites.

L'agriculture est en grand honneur à la Chine; le commerce y fleurit, et l’astronomie ainsi que la géométrie y ont été constamment cultivées. Il falloit bien qu'ils eussent des principes pour creuser et conduire ces immenses canaux qui traversent de grandes provinces , et servent à les préserver des inondations, et à faciliter les communications, si nécessaires dans un si vaste Empire.

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PRÉFACE. xii}

On reproche aux Chinois l’infanticide ou l'usage d'exposer leurs enfans. Cette af.

freuse coutume est effectivement tolérée à la Chine; mais le gouvernement a tâché de remédier à un si grand mal; il a établi des hôpitaux, où l’on reçoit ces malheureuses victimes de la pauvreté ou du libertinage de leurs parens. T'ous les jours, à une heure marquée , des voitures parcourent les différens quartiers des grandes villes pour y recueillir les enfans abandonnés. S'ils vivent encore , on les fait élever; s'ils sont morts, on leur donne la sépulture aux frais du gouvernement. Le luxe, et la pauvreté fille du luxe , sont la véritable cause de ce désordre affreux : ce n’est que dans Les grandes villes qu'il s’est introduit. Dans les campagnes , dans tous les endroits un peu éloignés des capitales de province, on n'expose pas les enfans vivans ; il est même rare qu'on expose les enfans morts, et cela n'arrive que lorsque les parens sont absolument hors d'état de leur procurer la sépulture.

Les Missionnaires , trompés quelquefois par des catéchistes peu fidèles et intéressés , ont pu exagérer le nombre des enfans qu'on baptise en danger de mort, et qui sont sou-

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