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y arriva vers le temps de la semaine sainte ; et c’est pour la première fois qu'elle assista aux cérémonies de ces saints jours.
Je ne m’arrêterai pas, mon révérend père, à vous décrire ici combien elle fut attendrie d’un spectacle aussi touchant que celui des douleurs et de la mort un Dieu pour le salut des hommes ; elle répandit des larmes presque continuelles , et elle forma la résolution de porter le reste de ses jours dans son corps la mortification de Jésus - Christ. Depuis ce temps-là elle chercha toutes les occasions de se morüufer, soit pour expier des fautes légères qu’elle regardoit comme autant d’attentats contre la Majesté divine , soit pour retracer dans elle l’image d’un Dieu crucifié pour notre amour. Les entretiens d’Anastasie , qui lui parloit souvent des peines de l'enfer et des rigueurs que les saints ont exercées sur eux - mêmes, fortifièrent l'attrait qu’elle avoit pour les austérités de la pénitence. Elle s’y sentit encore animée par un accident qui la mit en grand danger de perdre la vie. Elle coupoit un arbre dans le bois, qui tomba plutôt qu'elle ne l’avoit prévu : elle eut assez de temps pour éviter en se retirant le gros de l'arbre qui l’auroït écrasée par sa chüûte ; mais elle ne put échapper à-une des branches , qui lui frappa rudement la tête et qui la jeta évanouie par terre. Elle revint peu après de son évanouissement, et on lui entendit prononcer doucement ces paroles : Je vous remercie, 6 bon Jésus, de m'avoir secourue dans ce danger. Elle ne douta point que Lit ne l’eût conservée pour lui donner le loisir d’expier ses péchés par la pénitence : c’est ce qu’elle déclara à une compagne qui se sentoit appelée comme
elle à une vie austère , et avec qui elle fut dans une Haison si intime , qu’elles se communiquoient l’une à,
l'autre ce qui se passoit de plus secret dans leur in té— ricur. Cette nouvelle compagne a eu tant de part à
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44 LETTRES la vie de Catherine, que je ne puis me dispenser
cesse devant les yeux, lui firent bientôt oublier les €ngagemens de son baptême, Le séjour même qu’elle faisoit depuis quelque temps à la mission du Sault, où elle étoit venue demeurer avec sa famille, n’avoit produit qu’un médiocre Changement dans ses mœurs, Une aventure des plus étranges qui lui arriva, opéra enfin sa conversion. Elle étoit allée à la chasse avec son mari et un jeune neveu » Vers la rivière des Outaouacs. Quelques autres froquois les joignirent en chemin, et ils formèrent une troupe composée de onze personnes : quatre hommes, quatre femmes et trois jeunes gens. Thérèse seule étoit Chrétienne, La neige, qui ne tomba que fort tard cette année-là, les mit hors d’état de chasser : leurs provisions furent bientôt consommées, et ils se virent réduits à manger quelques peaux qu’ils avoient apportées pour se faire des souliers : ils mangérent ensuite leurs sou liers mêmes; et enfin > pressés par la faim, ils ne se nourrirent plus que des herbes et de l'écorce des arbres. Cependant le mari de Thérèse tomba dan- &ereusement malade, et obligea les chasseurs à s’arrêter. Deux d’entre eux > Savoir, un Agnié et un Tsonnontouan, prirent le parti d'aller un peu au loin pour y chercher quelque bête , avec promesse d’être de retour au plus tard dans dix jours. L’Agnié revint effectivement au temps marqué; mais il revint seul, et assura que le Tsonnontouan avoit péri de faim et de misère, On le Soupconna de l'avoir tué, et d’avoir vécu de sa chair; car il avouoit qu’il n’avoit trouvé aucune bête, et cependant il étoit plein de force et de santé. Peu de Jours après le mari de
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