‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 3)Chapitre 14 sur 72 · ES ES · texte numérisé non relu

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Thérèse mourut avec un grand regret de n’avoir pas reçu le baptême, et le reste de la troupe se mit en chemin Pour gagner le bas de la rivière , et se rendre aux habitations ae Après deux ou trois jours de marche , ils s’affoiblirent de telle sorte » faute de nourriture, qu'il ne purent plus avancer. Le désespoir leur inspira une étrange résolution : ce fut de tuer quelques-uns de la bande , afin de faire vivre les autres, On jeta les yeux sur la femme du Tsonnontouan et sur ses deux enfans, qui furent égorgés l’un après l'autre. Ce spectacle effraya Thérèse : elle avoit lieu de craindre le même traitement. Alors elle réfléchit sur le déplorable état de sa conscience ; elle se repentit de s'être engagée dans les forêts, sans s'être purifiée auparavant par une bonne confession ; elle demanda pardon à Dieu des désordres de sa vie; elle promit de s’en confesser au plutôt et d'en faire pénitence. Sa prière fut écoutée ; après des fatigues incroyables, elle arriva enfin au village avec quatre autres qui restoient de cette troupe. À la vérité, elle garda une partie de sa promesse; car elle se confessa aussitôt après son retour, mais elle fut plus lente à réformer ses mœurs > et à embrasser les rigueurs de la pénitence.

Un jour qu’elle considéroit la nouvelle église qu’on bâtissoit au Sault, lorsqu'on y transporta la mission qui éloit auparavant à la prairie de la Magdelaine, elle y rencontra Catherine qui regardoit aussi cet édifice : elles se saluèrent l’une et l’autre pour la première fois; et Pour entrer en conversation , Catherine lui demanda quel lieu de l'église étoit destiné pour les femmes. Thérèse lui montra l'endroit où elle Jugeoit qu’on les devoit placer. « Hélas! reprit Cathe- » rine en soupirant, ce n’est pas dans ce temple ma- » tériel que Dieu se plaît davantage à demeurer, » C’est au-dedans de nous-mêmes qu'il veut habiter : ? notre Cœur est le temple qui lui est le plus agréable,

» Mais, malheureuse que je suis, combien de fois » ai-je forcé d'abandonner ce cœur où il vouloit » régner lui seul? et ne mériterois-je pas que, pour » me punir de mon ingratitude , on me fermât à » jamais l'entrée de ce temple qui s'élève à sa » gloire ? y»

Ce sentiment d’humilité toucha vivement le cœur

de Thérèse : elle se sentit sro:sée en même ternps par les remords de sa cn ce, d'exécuter enfin

ce qu'elle avoit promis au Seigneur, et elle ne douta point que Dieu ne lui eût adressé cette sainte fille pour la soutenir de ses conseils et de ses exemples dans le nouveau genre de vie qu’elle vonloit embrasser. Elle s’ouvrit donc à Catherine sur les saints désirs que Dieu lui inspiroit, et insensiblement l’entretien les porta à se faire part de leurs pensées les plus secrètes. Pour s’entretenir plus commodément, elles allèrent s'asseoir au pied d’une croix qui est placée au bord du fleuve Saint-Laurent. Cette première enirevue, où se découvrit la conformité de leurs sentimens et de leurs inclinations, commença à serrer les liens d’une amitié sainte qui dura jusue la mort de Catherine, Depuis ce temps-là elles urentinséparables; elles alloient ensemble à l’église, dans les bois et an travail : elles s’animoient l’une et l’autre au service de Dieu par des discours de piété; elles se communiquoient leurs peines et leurs répugnances ; elles s’avertis oient de leurs défauts ; elles sencourageoient à la pratique des vertus austères , et par-là elles se servirent infiniment l’une l’autre à avancer de plus en plu; dans les voies de la perfection. |

Dieu préparoit ainsi Catherine à un nouveau combat que son amour pour ia virginité eut à soutenir, Des vues intéressées inspirèrent à sa sur le dessein de la marier. Elle crut qu'il n’y avoit point de jeune homme dans la mission du au! qui n’am-

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bitionnât le bonheur d’être uni à une fille si verlueuse ; et qu'ayant à choisir dans tout le village , elle auroit pour beau-frère quelqu. habile chasseur qui porteroit l'abondance dans la c-bane. Elle s’attendoit bien à trouver des difficultés de la part de Catherine ; car elle n'ignoroit pas les persécutions que cette généreuse fille avoit déjà souflertes, et la Constance avec laquelle elle les avoit soutenues ; mais elle se persuada que la force de ses raisons l'emporleroit sur sa résistance, Elle la prit donc un jour en particulier , et après lui avoir témoigné beaucoup plus d'affection qu’à l'ordinaire, elle Ini parla avec celte éloquence qui est si naturelle aux Sauvages, quand il s’agit de leur propre intérêt, « Il faut » l'avouer , ma chère sœur » lui dit-elle ay » plein de douceur et d’affabilité ; vous » grandes obligations au Seigneur de vous avoir » tirée aussi bien que nous + notre malheureuse » patrie, et de vous avoir conduite à la mission » du Sault, où tout vous porte à la piété. Si vous » avez de la joie d’y être, je n’en ai pas moins de VOUS avoir auprès de moi : vous l'augmentez tous » les jours cette joie par la sagesse de votre con- ». duite qui vous attire l'estime et l'approbation gé- » nérale. il ne vous reste plus qu’une chose à faire » qui mettra le comble à notre bonheur, c’est de » SOnger sérieusement à vous établir par un bon et » solide ma outes les filles prennent parmi ” nous ce paru; : us êtes en Âge de le prendre » Comme elles, et vous y êtes @ligée plus particu- » licrement que d’autres, soit pour éviter les occa- » sions du péché, soit Pour : :bvenir aux nécessit » de la vie. Il est vrai que nous nous faisons un » plaisir, votre beau-frère et ; 1, de vous les four » Mir, mais vous savez qu'il est st le penchant de » l’âge, et que nous Sommes chorgés d’une nom- » breuse famille, Si nous venic xs à vous manquer,

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» à qui aurigz-vous recours ? Croyez-moi, Cathe- » rine, mettez-vous à couvert des malheurs qui ac- » Compagnent l'indigence ; pensez au plutôt à les » prévenir pendant que vous pouvez le faire si ai- » sément, et d’une manière si avantageuse pour vous » et pour notre famille, »

Catherine ne s’attendoit à rien moins qu'à une prop ion de cette nature : mais sa complaisance.et e respect qu’elle avoit pour sa sœur lui firent dissimuler sa peine, et elle se contenta de lui répondre, en la remerciant de ses avis, que la chose étoit de conséquence , et at ge ÿ penseroit sérieusement, C'est ainsi qu'elle éluda cette première attaque. Aussitôt elle vint me trouver, pour se plaindre amère ment des importunes sollicitations de sasœur. Comme je ne paroïssois pas me rendre tout à fait à ses raisons, et que pour l’éprouver j’appuyois sur celles qui pouvoient la faire pencher vers le en à : «Ah! » mon père, me dit-elle, je ne suis plus À moi, je » me suis donnée toute entière À Jésus-Christ; il » ne m'est pas possible de changer de maître. La » pauvreté dont on me menace ne me fait pas peur : » 11 faut si peu de chose pour fournir aux besoins » de cette misérable vie, que mon travail peut y » suflire, et je trouverai toujours quelque méchant » haillon pour me couvrir. » Je Ja renvoyai en lui disant qu’elle se consultât bien elle-même, que la

chose méritoit qu’elle y fit des attentions sérieuses. À peine fut-elle de retour à la cabane, que sa sœur , impatiente @e l’amener à son sentiment , la pressa de nouveau de fixer ses irrésolutions par un établissement utile. Mais ayant jugé par la réponse de Catherine, qu’il n’y avoit rien à gagner sur son esprit, elle sut mettre dans ses intérêts Anastasie, que l’une et l’autre regardoient comme leur mère. Celle-ci crut aisément que Catherine prenoit trop légèrement sa résolution, et elle employa tout l’ascendant

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 49 cendant que son âge et sa vertu lui donnoient sur l'esprit de cette jeune fille , pour lui persuader que le mariage étoit le seul parti qu'elle eût À prendre, Mais cette démarche n’eut pas plus de succès que l'autre, et Anastasie qui avoit trouvé jusque-là tant de docilité dans Catherine, fut extrêmement surprise du peu de déférence qu'elle avoit pour ses conseils. Elle lui en fit des re roches amers, et la menaça de m’en porter ses | Ste Catherine la prévint ; et après m'avoir raconté les peines qu’on hi faisoit pour la déterminer à prendre un parti qui étoit si peu de son goût, elle me pria de l'aider à consommer le sacrifice qu’elle vouloit faire d'elle. même à Jésus-Christ, et de Ja mettre à couvert des contradictions qu’elle avoit à souffrir de la part d'Anastasie et de sa sœur. Je louai son dessein, mais en même temps je lui conseillai de prendre encore trois jours pour délibérer sur une affaire de cette importance, et de faire, pendant ce temps-là, des prières extraordinaires, afin de mieux connoître la volonté de Dieu : après quoi si elle persistoit dans Sa résolution , je lui promis de mettre fin aux impor. tunités de ses parentes. Elle acquiesça d’abord à ce que je lui proposois, mais un demi-quart-d'heure après, elle revint me trouver. « C’en est fait, me » dit-elle en m’abordant, il n’est plus question de » délibérer, mon parti est pris depuis long-temps ; » non, mon père, je n’aurai jamais d’autre époux » que Jésus-Christ, » Je ne crus pas devoir m’opposer davantage à une résolution qui me paroissoit ne lui être inspirée que par le Saint-Esprit : je l’exhortai donc à la persévérance, et je l’assurai que je prendrois sa défense contre tous ceux qui voudroient désormais l'inquiéter sur cet article. Cette réponse lui rendit sa première tranquillité, et rétablit dans

son âme cette paix intérieure qu'elle conserva jusqu'à la fin de sa vie.

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À peine se fut-elle retirée, qu'Anastasie vint se plaindre à son tour de ce que Catherine n’écoutoit aucun conseil , et ne suivoit que sa propre fantaisie. Elle alloit continuer , lorsque je linterrompis , en lui disant que j'étois instruit de son mécontentement, mais que Je m’étonnois qu’une ancienne Chrétienne comme elle désapprouvât une action qui méritoit les plus grands éloges ; et que si elle avoit de la foi, elle devoit connoître quel est le prix d’un état aussi sublime que celui de la virginité , qui rend des hommes fragiles semblables aux anges mêmes. A ces paroles, Anastasie revintcomme d’unprofondassoupissement; et comme elle avoit un grand fonds de piété, elle se bléra aussitôt elle-même ; elle admira le courage de cette vertueusefille, et dans la suite elle fut la première à la fortifier dans la sainte résolution qu’elle avoit prise. C’est ainsi que Dieu tourna ces différentes contradictions au bien de sa servante. Ce fut aussi pour Catherine un nouveau motif de servir Dieu avec plus de ferveur ; elle ajouta de nouvelles pratiques à ses exercices ordinaires de piété; toute infirme qu'elle étoit, elle redoubla son application au travail, ses veilles, ses jeûnes , et ses autres austérités.

C’étoit alors la fin de l’automne , où les Sauvages ont accoutumé de se mettre en marche pour aller chasser pendant l'hiver dans les forêts. Le séjour que Catherine y avoit déjà fait , et la peine qu'elle avoit eue de se voir privée des secours spirituels qu'elle trouvoit au village, lui avoit fait prendre la résolution, comme je l'ai dit, de n’y jamais retourner de sa vie. Je crus cependant que le changement d'air et la nourriture, qui est meilleure dans les forêts, pourroient rétablir sa santé, laquelle étoit fort altérée : c'est pourquoi je lui conseillai de suivre sa famille et les autres qui alloient à la chasse. Elle me répondit, avec cet air plein de piété qui lui étoit si naturel : « Il est vrai, mon père, que le corps est

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» traité plus délicatement dans les bois ; mais l'âme » y languit, et ne peut y rassasier sa faim ; au con- » traire, dans le village , le corps souffre, J'en con- » viens, mais l’âme trouve ses délices auprès de » Jésus-Christ, Eh bien, j'abandonne volontiers ce » misérable corps à la faim et à la souffrance , pour- VU que mon âme ait sa nourriture ordinaire, » Elle resta donc pendant tout l'hiver au village, où elle ne vécut que de blé d'Inde » et où elle eut effectivement beaucoup à souffrir, Mais non contente de n’accorder À son Corps que des alimens insipides, qui pouvoient à peine le soutenir, elle se livra encore à des austérités et À des pénitences excessives, sans prendre conseil de personne , se persuadant que lorsqu'il s’agissoit de se mortifier elle pouvoit s’abandonner à tout ce que lui inspiroit sa ferveur. Elle

étoit portée à ces saints excès par les grands exemples

de mortification qu'elle avoit sans cesse devant les yeux. L'esprit de pénitence régnoit parmi les Chrétiens du Sault; les jeûnes, les disciplines sanglantes, les ceintures garnies de pointes de fer » Étoient des austérités communes. Quelques-uns d’eux se dispo sérent, par ces macérations volontaires, à souf-

rir constamment les plus affreux supplices,

La guerre s’étoit allumée entre Iroquois : ceux-ci invitèrent leurs compatriotes , qui étoient à la mission du Sault, à revenir dans leur pays, oùils leur Promettoient une entière liberté pour l'exercice de leur religion, Le refus qui suivit de sem blables offres, les tranSporta de fureur , et les Chré tiens iroquois qui demeuroient au Sault furent déclarés aussitôt ennemis de la patrie, Un parti d”’r0quois , qui en Surprit quelques-uns à la chasse , Les amena dans leur pays : ils y furent brûlés à petit feu. Ces généreux fidèles > au milieu des plus cuisantes douleurs , prêchoient Jésus-Christ À ceux qui les Jourmentoient si cruellement » €t les Conjuroient

les Français et les

52 LETTRES d’embrasser au plutôt le christianisme pour se délivrer des feux éternels. Un entr’autres , nommé Etienne , signala sa constance et sa foi : il étoit environné de flammes et de fers ardens ; sans cesse il encourageoit sa femme , qui souffroit le même supplice, à invoquer avec lui le saint nom de Jésus. Etant près d’expirer , il ranima tout ce qu’il avoit de force, et à l'exemple de son saint patron, il pria le Seigneur à haute voix pour la conversion de ceux qui le traitoient avec tant d’inhumanité. Plusieurs de ces barbares , touchés d’un spectacle qui leur étoit si nouveau, abandonnérent leur pays et vinrent à la mission du Sault pour demander le baptême, et y vivre selon les lois de l’évangile.

Les femmes ne cédoient en rien à leurs maris touchant l’ardeur qu’elles faisoient paroître pour une vie pénitente; elles alloient même à des excès que nous avions soin de modérer quand ils venoient à notre connoissance, Outre les instrumens ordinaires de mortfication qu’elles employoient , elles trouvoient mille inventions de se faire souffrir. Quelquesunes se mettoient dans la neige lorsque le froid étoit le plus piquant ; d’autres se dépouilloient jusqu’à la ceinture, dans deslieux écartés, et demeuroient longtemps exposées aux rigueurs de la saison , sur les bords d’une rivière glacée , où le vent souflloit avec fureur. Il y en a eu qui, après avoir rompu la glace des étangs, s’y plongeoïent jusqu’au cou, autant de temps qu'il en falloit pour réciter plusieurs dixaines de leur rosaire. Une entr’autres s'y plongea trois nuits de suite, ce qui lui causa une fièvre si violente , qu’elle en pensa mourir, Une autre me surprit extrêmement par sa simplicité : j'appris que non contente d’avoir usé de cette mortificaton , elle avoit aussi plongé sa fille , qui n’avoit que trois ans , dans une rivière glacée , et l’en avoit retirée à demi-morte. Comme je lui reprochois

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vivement son indiscrétion, elle me répondit avec une naiveté surprenante, qu’elle n’avoit pas cru mal faire, et que dans la pensée où elle étoit que sa fille Pourroit bien un jour offenser le Seigneur, elle avoit Voulu lui imposer par avance la peine que mériteroit son péché.

Quoique ceux qui faisoient ces mortific fussent attentifs à en dérober la connoissance au public, Catherine, qui avoit Pesprit vif et pénétrant, ne laissa pas, sur diverses apparences, de conjecturer ce qu'ils tenoient si secret; et comme elle étu dioit tous les moyens de témoigner de plus en plus Son amour à Jésus-Christ, elle s'attachoit à exami. ner tout ce qui se faisoit d'agréable au Seigneur , pour le mettre aussitôt en pratique. C’est pour cela qu'ayant passé quelques jours à Montréal , Où elle vit pour la première fois des religieuses , elle fut si charmée de leur piété et de leur modestie » qu’elle s'nforma curieusement de la manière dont vivoient ces saintes filles, et des vertus qu’elles pratiquoient, Ayant appris que c’étoit des vierges chrétiennes , qui s’étoient consacrées à Dieu par un vœu de conünence perpétuelle, elle ne me donna aucun repos que je ne lui eusse accordé la permission de faire le même sacrifice d'elle-même > NON plus par une sim ple résolution de garder la virginité , comme elle laroit déjà fait, mais Par un engagement irrévocable, qui lobligeât d’être à Dieu sans retour, Je ne lui donnai mon consentement qu'après l'avoir bien éprouvée, et m'être assuré de nouyean que c'étoit l'esprit de Dieu qui agissoit dans cette bonne fille, et qui lui inspiroit un dessein dont :il wy avoit jamais cu ‘exemple parmi les Sauvages. Elle choisit Pour cette grande action le jour qu'on célèbre la fêté de VAnnonciation de la très-sainté Vierge. U

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rable , le vœu qu’elle faisoit de virginité perpétuelle; elle s’adressa ensuite à la sainte Vierge, à qui elle avoit une dévotion très-tendre, pour la prier de présenter à son Fils Poblation qu’elle venoit de lui faire d'elle-même ; après quoi elle passa plusieurs heures aux pieds des autels, dans un grand recueillement d'esprit, et dans une parfaite union avec Dieu.

Depuis ce temps-là Catherine ne tint plus à la terre , et elle aspira sans cesse au ciel, où elle avoit fixé tous ses désirs. Il sembloit même qu’elle goûtoit par avance les douceurs de ce bienheureux séjour; mais son corps n’étoit pas assez robuste pour soutenir le poids de ses austérités , et l’application continuelle de son esprit à se maintenir dans la présence de Dieu. Il lui prit une maladie violente, dont elle ne s’est jamais bien rétablie ; il lui en resta toujours un mal d'estomac, accompagné de fréquens vomissemens , et d’une fièvre lente qui la mina peu à peu, et la jeta dans une langueur qui la consuma insensiblement. Cependant , on eût dit que son âme prenoit de nouvelles forces à mesure que son corps dépérissoit : plus elle approchoit de son terme, plus on voyoit éclater dans elle les vertus éminentes qu'elle avoit pratiquées avec tant d’édification. Je ne m'arrèterai ici à vous rapporter que celles qui ont fait le plus d'impression , et qui étoient comme la source et le principe de toutes les autres. Elle avoit un tendre amour pour Dieu. Son unique plaisir étoit de se tenir recueillie en sa présence ; de méditer ses grandeurs et ses miséricordes ; de chanter seg louarges, e* de cherchc: :ontinuellement les moyens de lui plaire, C’étoit principalement pour n’être pas distraite par d’autres pensées , qu’elle se plaisoit si fort à la solitude, Anastasie et Thérèse étoient les deux seules Chrétiennes avec qui elle se trouvât volontiers , parce qu'elles parloïent bien de Dieu'4

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