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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, gt
leurs intérêts; que c’est en cette qualité seule qu’il avoit assisté à la dernière conférence ; qu'au reste, l’habit qu'il portoit n’étoit point un habit d’ordonnance, comme ils se le figuroient; qu’à la vérité , il étoit Propre et assez bien garni, mais qu’il n’étoit pas au-dessus de sa condition, indépendamment même de l'honneur qu'il avoit d’être oflicier dans nos troupes,
Notre gouverneur ayant appris la détention de M. de Saint-Casteins > écrivit aussitôt au gouverneur de Boston, pour lui en faire ses plaintes. Il ne reçut point de réponse à sa lettre, Mais à peu près vers le temps que le gouverneur anglais s’attendoit à en recevoir une seconde , il rendit la liberté au pri-
Sonnier , après l'avoir tenu renfermé pendant cinq
mois.
L'entreprise des Anglais sur moi-même, fut le second acte d’hostilité, qui acheva d’irriter à l'excès la nation abnakise, Un missionnaire ne peut guère manquer d’être, pour ces Messieurs, un objet de haine, L'amour de la religion, qu'il s'efforce de graver dans le cœur des Sauvages, retient fortement ces néophytes dans notre alliance , et les éloigne de celle des Anglais. Aussi me regardent-ils comme un obstacle invincible au dessein qu'ils ont de s'étendre Sur les terres des Abnakis, et de s'emparer peu à peu de ce continent, qui est entre la Nouvelle-Angleterre et l’Acadie, Ils ont souvent tâché de m’enlever à mon troupeau , et plus d’une fois ma tête a été mise à l’enchère. Ce fut vers la fin de janvier 1722, qu'ils firent une nouvelle tentative , qui n’eut d'autre succès que de manifester leur mauvaise volonté à mon épard,.
J'étois resté seul au village avec un petit nombre de vieillards et d’infirmes, tandis que le reste des Sauvages étoit à la chasse, Ce temps-là leur parut favorable pour me surprendre , et, dans cette vue , ils firent partir un détachement de deux cents hommes,
Deux jeunes Abnakis, qui chassoient le long de la mer, apprirent que les Anglais étoient entrés dans la rivière : aussitôt ils tournèrent leurs pas de ce côté-là pour observer leur marche. Les ayant aperçus à dix lieues du village, ils les devancèrent en traversant les terres, pour m'en donner avis, et faire retirer en hâte les vieillards , les femmes et les enfans. Je n’eus que le temps de consumer les hosties, de serrer dans un petit coffre les vases sacrés, et de me sauver dans les bois. Les Anglais arrivèrent sur le soir au village, et ne m'y ayant pas trouvé’, ils vinrent le lendemain me chercher jusqu’au lieu de notre retraite : ils n’étoient qu’à une portée de fusil, lorsque nous les découvrimes : tout ce que je pus faire fut de m’enfoncer avec précipitation dans la forêt. Mais comme je n’eus pas le loisir de prendre mes raquettes , et que d’ailleurs il m'est resté beaucoup de foiblesse d’une chute, où j’eus, il y a quelques années, la cuisse et la jambe cassées , 1l ne me fut pas possible de fuir bien loin. La seule ressource qui me resta, fut de me cacher derrière un arbre. Ils parcoururent aussitôt les divers sentiers frayés par les Sauvages , lorsqu'ils vont chercher du bois, et 1ls parvinrent jusqu'à huit pas de l’arbre qui me couvroit, et d’où naturellement ils devoient m’apercevoir , car les arbres étoient dépouillés de leurs feuillages ; cependant, comme s'ils eussent été repoussés par une main invisible, ils retournèrent tout à coup sur leurs pas, et reprirent la route du village. C’est ainsi que, par une protection particulière de Dieu , j'échappai à leur poursuite. Ils pillèrent mon église et ma petite maison: par là ils me réduisirent à mourir presque de faim au milieu des bois. Il est vrai que , quand on sut mon aventure à Quebec, on m'envoya aussitôt des provisions ; mais elles ne purent arriver que fort tard, et pendant ce temps-là je me vis dépourvu de tout secours et dans des besoins extrêmes.