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Ces insultes réitérées firent juger aux Sauvages qu il n'y avoit plus de réponse À attendre, et qu'il étoit temps de repousser la violence, et de faire suc céder la force ouverte aux négociations pacifiques. Au retour de la chasse et après avoir ensemencé leurs terres, ils prirent la résolution de détruire les habi.. tations anglaises nouvellement construites , et d’éloigner de chez eux des hôtes inquiets et redoutables, qui empiétoient peu à peu sur leurs terres, et qui méditoient de les asservir. Hs députèrent dans les différens villages des Sauvages, pour les intéresser dans leur cause , et les engager à leur prêter la main, dans la nécessité où ils étoient d’une juste défense. La députation eut son succès. On chanta la guerre parmi les Hurons de Lorette, et dans tous les villages de la nation abnakise, Nanrantsouak fut le lieu destiné à rassembler les guerriers, afin d'y concerter ensemble leur projet,
. Cependant les Nanrantsouakiens descendirent la rivière : arrivés à son embouchure, ils enlevèrent trois ou quatre petits bâtimens des Anglais. Puis, remontant la même rivière, ils pillèrent et brûlèrent les nouvelles maisons que les Anglais avoient construites. Ils s’abstinrent néanmoins de toute violence à l’égard des habitans; ils leur permirent même de se reurer chez eux, à la réserve de cinq qu’ils gardèrent én Ôtage » jusqu’à ce qu’on leur eût rendu leurs compatriotes détenus dans les prisons de Boston. Cette modération des Sauvages n'eut pas l'effet qu'ils espéroient : au contraire, un parti anglais ayant trouvé seize Abnakis endormis dans une ile, fit sur eux une décharge générale, dont il y en eut cinq de tués et trois de blessés, C’est là un nouveau signal de la guerre qui va s’allumer entre les Anglais et les Sauvages. Ceux-ci n’attendent point de secours des Français, à cause de la paix qui règne entre les deux nations; mais ils ont une ressource dans toutes
les autres nations sauvages, qui ne manqueront pas d'entrer dans leur querelle, et de prendre leur défense.
Mes néophytes, attendris sur le péril où je me trouve exposé dans leur village, me pressent souvent de me retirer pour quelque temps à Quebec, Mais que deviendra le troupeau, s’il est destitué de son pasteur ? Il n’y a que la mort qui puisse m’en séparer. Ils ont beau me représenter qu’au cas que je tombe au pouvoir de leurs ennemis, le moins qui puisse m'arriver, c'est de languir le reste de mes jours dans une dure prison; je leur ferme la bouche avec les paroles de l’Apôtre , que la bonté divine a fortement gravées dans mon cœur. Ne vous inquiétez point, leur dis-je, sur ce qui me regarde : je ne crains point les menaces de ceux qui me haïssent sans avoir mérité leur haine, e/ Je n’estime point ma vie plus précieuse que moi-même , pourvu que J'achève ma course , et le ministère de la parole qui m'u été con- Sié par le Seigneur Jésus. (Act. 20, 24.) Priez-le,
mon cher neveu, qu'il fortifie en moi ce sentiment,
qui ne vient que de sa miséricorde, afin que je puisse vivre et mourir sans cesser de travailler au salut de ces âmes abandonnées, qui sont le prix de son sang, et qu'il a daigné commettre à mes soins.
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