‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 3)Chapitre 26 sur 72 · ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, ELELELELEL SS LETTRE · texte numérisé non relu

ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, ELELELELEL SS LETTRE

Du père Sébastien Rasles, missionnaire de la Com-

pagnie de Jésus dans la Nouvelle-France, à I, son frère.

À Narantsouak, ce 12 octobre 1723.

MONSIEUR ET TRÈS-CHER FRÈRE ” La paix de N, S.

JE ne puis me refuser plus longtemps aux aimables instances que vous me faites dans toutes vos lettres, de vous informer, un peu en détail, de mes occupations, et du caractère des nations sauvages , au milieu desquelles la Providence m’a placé depuis tant d'années. Je le fais d’antant plus volontiers, qu'en me conformant sur cela à des désirs si empressés de votre part, je satisfais encore plus à votre tendresse qu’à votre curiosité.

Ce fut le 23 juillet 1689, que je m’embarquai à la Rochelle ; et après trois mois d’une navigation assez heureuse, j'arrivai à Quebec, le 13 octobre de la même a + Je m’appliquai d’abord à apprendre {a langue de nos Sauvages. Cette langue est très-difficile : car il ne suffit pas d’en étudier les termes et leur

signification, et de se faire une provision de mots et de phrases, il faut encore savoir le tour et l’arran-. gement que les Sauvages leur donnent, ce que l’on ne peut gnère attraper que par le commerce et la fréquentation de ces peuples. J’allai donc demeurer dans un village de la nation abnakise, situé dans une forêt qui n’est qu'à trois lieues de Quebec. Ce village étoit habité par deux cents Sauvages presque

86 LETTRES tous Chrétiens. Leurs cabanes étoient rangées à peu près comme les maisons dans les villes : une enceinte de pieux hauts et serrés, formoit une espèce de muraille, qui les mettoit à couvert des incursions de leurs ennemis. Ces cabanes sont bientôt dressées : ils plantent des perches qui se joignent par le haut, et ils les revêtent de grandes écorces. Le feu se fait au milieu; ils étendent tout autour des nattes de jonc, sur lesquelles ils s’asseyent pendant le jour, et prennent leur repos pendant la nuit. L’habillëèment des hommes consiste en une casaque de peau, ou bien en une pièce d’étoffe rouge ou bleue. Celui des femmes est une couverture qui leur prend depuis le cou jusqu’au milieu des jambes, et qu'elles ajustent assez proprement. Elles mettent sur la tête une autre couverture qui leur descend jusqu'aux pieds , et qui leur sert de manteau, Leurs Las ne vont que depuis le genou jusqu’à la cheville du pied. Des chaussons faits de peau d’élan et garnis en dedans de poil ou de laine, leur tiennent lieu de souliers. Cette chaussure leur est absolument nécessaire pour s’ajuster aux raquettes, par le moyen desquelles on marche commodément sur la EE Ces raquettes faites en figure de losange, ont plus de deux pieds de longueur, et sont larges d’un pied: et demi. Je ne croyois pas que je pusse jamais marcher avec de pareilles machines : lorsque j'en fis l'essai, je me trouvai tout à coup si habile, que les Sauvages ne pouvoient croire que ce fût la première fois que j'en faisois usage. L'invention de ces raquettes est d’une grande uülité aux Sauvages, non-seulement pour courir sur la neige, dont la terre est couverte une grande partie de l’année, mais encore pour aller à la chasse des bêtes et surtout de l’orignal. Ces animaux, plus gros que les plus gros bœufs de France, ne marchent qu’avec peine sur la neige; ainsi il n’est pas difiicile aux Sauvages de les atteindre. Souvent avec

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSRS,

avec un simple couteau attaché au bout d’ ils les tuent avoir bien passé leur peau (en quoi ils son ils en trafiquent avec les Français et le qui leur donnent en échange des Casaques vertures, des chaudières, des fusils, des des couteaux.

Pour vous donner l'idé sentez-vous un grand hom asané, sans barbe les dents sont plu voulez le voir dans

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lancs, les autres noirs, lesq sorte, qu'ils représentent diverses fi lières qui ont leur agrément, que nos Sauvages nouent e sur les orcilles et Par derriè dans d'oreilles, des colliers, de ceintures larges de Cinq: à six po sorte d'ornement, ils s’estiment beauc ne fait un Européen avec tout son o reries, L'occupation des hom Celle des femmes est de rester a avec de l'écorce, des Paniers, des $ des écuelles, des plats, etc, Elles avec des racines, et en font divers prément travaillés, Les c d’une seule écorce s guére contenir ques ces Canots, faits d’un seur d’un écu, qu'ils naviguent sur les plus Sur des lacs de quatre à

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