WEST MAIN STREET
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revenoit glorieux et triomphant de l'expédition dont on l’avoit chargé. A la tête d’un corps d'environ deux cents Sauvages , 1l avoit été détaché pour aller en parti vers le fort Lydis; il avoit eu le courage , avec un petit camp volant, d’en attaquer les retranchemens avancés, etle bonheur d’en enlever un principal quartier. Les Sauvages n’eurent que le temps d’emporter trente-cinq chevelures de deux cents hommes qu'ils tuërent, sans que leur victoire fit ensanglantée d'une seule goutte de leur sang , et leur coûtât un seul homme. L’ennemi , au nombre de trois mille hommes , chercha en vain à avoir sa revanche , en ies poursuivant dans leur retraite ; elle fut faite sans la moindre perte. On étoit occupé à compter le nombre des trophées barbares, c’est-à-dire des chevelures anglaises dont les canots étoient parés , lorsque nous aperçümes, d’un autre côté de la rivière, une barque française qui nous amenoit cinq Anglais liés et conduits par des Outaouacks , dont ils étoient les prisonniers.
La vue de ces malheureux captifs répandit la joie et l’alégresse dans le cœur des assistans ; mais c’étoit, dans la plupart , une joie féroce et barbare , qui se produisit par des cris effroyables et par des démarches bien tristes pour l'humanité. Un millier de Sauvages, tirés des trente six nations réunies sous l’étendard français, étoient présens et bordoient le rivage. Dans l'instant , sans qu'il parût qu'ils se fussent concertés, on les vit courir avec la dernière précipitation vers les bois voisins. Je ne savois à quoi devoit aboutir une retraite si brusque et si inopinée. Je fus bientôt au fait. Je vis revenir un moment après ces furieux , armés de bâtons, qui se préparoient à faire à ces infortunés Anglais la plus cruelle des réceptions. Je ne pus retenir mon cœur à la vue de ces cruels préparatifs. Les larmes couloient de mes yeux : ma douleur cependant ne fut point oisive. J’allai , sans
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délibérer, à la rencontre de ces bêtes farouches, dans l'espérance de les adoucir ; mais, hélas! que pouvoit ma foible voix , que pousser quelques sons que le tumulte , la diversité des langues , plus encore la férocité des cœurs rendéient inintelligibles? Du moins les reproches les plus amers ne furent-ils pas épargnés à quelques Abnakis qui se trouvèrent sur mon chemin. L'air vif qui animoit mes paroles , les amena à des sentimens d'humanité, Confus et honteux , ils se séparèrent de la troupe meurtrière , en jetant les cruels instrumens dont ils se disposoient à faire usage. Mais qu’étoit-ce que quelques bras de moins sur deux mille déterminés à frapper sans pitié? Voyant l'inutilité des mouvemens que je me donnois, je me déterminai à me retirer, pour n’être pas témoin de la sanglante tragédie qui alloit se passer. Je n’eus pas fait quelques pas , qu’un sentiment de compassion me rappela sur le rivage , d’où je’jetai les yeux sur ces malheureuses victimes dont on préparoit le sacrifice. Leurétatrenouvelaina sensibilité. La frayeur qui les avoit saisis , leur laissoit à peine assez de force pour se soutenir ; leurs visages consternés et abattus étoient une vraie image de la mort. C’étoit fait de leur vie ; en effet, ils alloïient expirer sous une grêle de coups, si leur conservation ne fût venue du sein même de la barbarie , et si la sentence de mort n’eût été révoquée par ceux mêmes qui, ce semble, devoient être les premiers à la prononcer. L’officier français qui commandoit dansla barque, s’étoitaperçu des mouvemens qui s’étoient faits sur le rivage ; touché de cette commisération si naturelle à un honnête homme à la vue des malheureux , il tâcha de la faire passer dans le cœur des Outaouacks , maîtres des prisonniers ; il mania si adroitement leurs esprits, qu'il vint à bout de les rendre sensibles , et de les intéresser en faveur de la cause des misérables. Ils s’y portèrent avec un zèle qui ne pouvoit qu’infaillible«
ment réussir. À peine la berge fut-elle assez près du rivage pour que la voix pût y porter, qu’un Outaouack, Prenant fièrement la parole, s’écriad’unton menaçant: Ces prisonniers sont à mot ; je prétends qu'on me res- PeCIe , en respectant ce qui m'appartient ; trève d'un Mauvais trailement dont tout l'odieux re arlliroit sur ma tête. Cent officiers français auroient parlé sur le même ton, que leurs discours n’auroient abouti qu'à leur attirer à eux des mépris , et à leurs capuifs des redoublemens de COUPS : mais un Sauvage craint son semblable , et ne craint que lui : leurs moindres disputes vont À la mort; aussi n’en viennent - ils guère là. Les volontés de l'Outaouack furent donc aussitôt respectées que notifiées : les prisonniers
furent débarqués sans tumulte et conduits au fort, |
Sans même que la moindre huée les y accompagnät, Ils furent d’abord séparés; ils subirent l'interrogatoire , où il ne fut pas nécessaire d’user d'artifices, Pour en tirer les éclaircissemens qu'en souhaitoit. La frayeur dont ils n’étoient pas trop bien revenus leur délioit la langue , et leur prétoit une volubilité qui apparemment n’auroit pas eu lieu sans cela. J'en visitai un dans un appartement du fort, occupé par un de mes amis. Je lui donnai par signe les assurances les plus propres à le tranquiiliser ; je lui fis présenter quelques rafraichissemens, qu’il me parut recevoir avec reconnoissance.
Après avoir satisfait ainsi autant À ma compassion qu'aux besoins d’un malheureux > je vins hâter l’embarquement de mes gens ; 1l se fit sur l'heure. Le trajet n’étoit pas long. Deux heures suffirent pour nous rendre. La tente de M. le chevalier de Levi, étoit placée à l'entrée du camp. Je pris la liberté de présenter mes respects à ce seigneur, dont le nom annonce le mérite, et dans qui le nom est ce qu'il y a de moins respectable, La conversation rouloit sur l’action qui avoit décidé du sort des cinq Anglais,