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dont je viens de détailler là périlleuse aventure : j'étois bien éloigné d’en savoir les circonstances ; elles auront de quoi surprendre. Les voici.
M. de Corbièse, officier français, servant dans les troupes de la colonie , avoit été commandé la nuit précédente pour aller croiser sur le lac Saint- Sacrement, Sa troupe se montoit environ à cinquante Français , et à un peu plus de trois cents Sauvages,
u premier point du jour , il découvrit un corps de trois cents Anglais, détachés aussi en parti dans une quinzaine de berges. Ces sortes de bateaux hauts de bord, et fonts en épaisseur , en concurrence avec de frêles canots, Compensoient suffisamment » et audelà, la petite supériorité que nous pouvions avoir du côté du nombre, Cependant nos gens ne balancèrent pas à aller engager l’action ; l'ennemi parut d’abord accepter le défi de bonne grâce ; mais cette résolution ne se soutint pas. Les Français et les Sauvages, qui ne pouvoient raisonnablement fonder l'espérance de la victoire que sur l'abordage que leur nombre favorisoit, et qui d’ailleurs, risquoient tout à se battre de loin, se mirent à serrer de près l'ennemi, malgré la vivacité du fen qu’il faisoit. L’ennemi ne les vit pas plutôt à ses trousses > Que la terreur lui fit tomber Îles armes des mains. Il ne rendit plus de combat ; ce ne fut plus qu’une déroute, De tous les partis , le moins honorable sans contredit , mais, qui plus est, le plus dangereux , étoit de gagner la grève. C’est celui auquel ils se déterminèrent. Dans l'instant on les voit tirer avec précipitation
vers le rivage : quelques-uns d’entre eux , pour arriver plutôt, se mettent À la nage , en se flattant de pouvoir se sauver à la faveur des bois ; entreprise mal concertée , dont ils eurent tout le temps de pleurer la folie. Quelque vitesse que les efforts redoublés des rameurs pussent donner à des bateaux que l'art et l’habileté de l’ouvrier avoient rendus
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susceptibles de célérité » elle n’approchoit pas ; à beaucoup près, de la vitesse d’un canot d’écorce ; il vogue , ou plutôt il vole sur l’eau avec la rapidité d’un trait. Aussi les Anglais furent-ils bientot atteints. Dans la première chaleur du combat , lout fut massacré sans miséricorde ; tout fut haché en pièces. Ceux qui avoient déjà gagné les bois, n’eurent pas un meilleur sort, Les bois sont l’élément des Sauvages ; ils y coururent avec la légèreté des chevreuils. Les ennemis y furent joints et coupés par morceaux. Cependant les Outaouacks voyant qu'ils n'avoient plus affaire à des combattan®, mais à des gens qui se laissoient égorger sans résistance , pensèrent à faire des prisonniers: Le nombre en monta à cent cinquante-sept , Celui des morts à cent trenteun ; douze seulement furent assez heureux pour échapper à la captivité et à la mort. Les berges, les équipages , les provisions, tout fut pris et pillé. Pour cette fois , Monsieur , vous vous attendez > Sans doute , qu’une victoire si incontestable nous coûta cher. Le combat se donna sur l’eau » C'est-à-dire , dans un lieu tout à fait découvert; l'ennemi n'y fut pas pris au dépourvu. Il eut tout le temps de faire ses dispositions ; il combattoit de plus de haut en bas, pour ainsi dire ; du haut de ses berges , il déchargeoit la mousqueterie sur de foibles écorces , qu'un peu d'adresse, ou plutôt qu'un peu de sang froid auroit aisément fait submerger avec tous ceux qui les défendoient. Cela est vrai : cependant un succès si complet fut acheté au prix d’un seul Sauvage blessé, dont le poignet fut démis par un coup de feu. :
Tel fut le sort du détachement de l'infortuné M. Copperelh , qui en étoit le commandant, et que le bruit général dit avoir péri sous Jes eaux. Les ennemis ne s'expriment sur les désastres de cette journée , qu’en des termes qui marquent également et
t pas, à icorce ; il rapidité s bientôt bat , tout haché en n’eurent vent des des cheupés par int qu'ils ais à des ce, pennn monta it'itrenteux pour rges, les lé, Pour 2 , Sans us coùta -à-dire , n'y fut de faire haut en , 1l dé- COTCES , de sang US CetIX dant un ul Sauun coup
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et leur douleur et leur surprise. Ils conviennent in génument de la grandeur de leur perte. Il seroit , en effet, difficile de s'inscrire en faux contre la moindre particularité : les cadavres des officiers et de leurs soldats , en partie flottans sur les eaux du lac Saint-Sacrement , €n partie encore étendus sur le rivage, déposeroient contre ce désaveu, Quant à leurs prisonniers, la plus grande partie gémit encore dans lesfers de M. le chevalier de Levi. Je les vis défiler par bandes , escortés de leurs vainqueurs , qui, occupés en barbares de leur triomphe , ne paroissoient guère d'humeur à adoucir la défaite des vaincus. Dans l'espace d’une lieue qu'il me fallut faire pour rejoindre mes Abnakis, je fis rencontre de plusieurs petites troupes de ces captifs. Plus d’un
de mes applaudissemens, L'amour de la Ie permettoit pas d’être insensible à des succès qui intéressoient la nation. Mais le titre de malheureux est respectable ,| non-seulement à la religion , mais
à la simple nature, Ces prisonniers d'ail
leurs s’offroient à moi sous un appareil si triste , les yeux baignés de larmes , le visage Couvert de sueur ét
même de sang , la corde au cou. A cet aspect , les sentimens de compassion et d'humanité avoient bien droit sur mon cœur. Le rhum dont s’étoient gorgés leurs nouveaux maîtres, avoit échautfé leurs têtes et irrité leur férocité naturelle. Je craignois à chaque instant de voir quelque prisonnier , victime et de la cruauté et de l'ivresse, massacré sous mes yeux, tomber mort à mes pieds ; de sorte que j'osois à peine lever la tête, de peur de rencontrer les regards le quelqu’un de ces malheureux. 11 me fallut bientôt être témoin d’un spectacle tout autrement horrible. que ce que j'avois vu jusque-là,
4 lente avoit été placée au milieu du ca
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patrie ne
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Outaouacks. Le premier objet qui se présenta à mes yeux , en y arrivant, fut un grand feu; et des broches de bois plantées à terre désignoient un festin. C’en étoit un, Mais 6 ciel ! quel festin ! Les restes d’un cadavre anglais , écorché et décharné plus d’à moitié. J'aperçus un moment après, ces inhumains mangeant, avec une famélique avidité, de cette chair humaine ; je les vis puiser à grandes & leur détestable bouillon , et ne pouvoir s’en rasifsier, On n’y apprit qu'ils s’étoient disposés à ce régal , en buvant à pleins crânes le sang rte leurs visages encore barbouillés , et leurs lêvres teintes assuroient Ja vérité du rapport. Ce qu’il y a de plus triste , c’est qu'ils avoient placé toutauprès une dixaine d’Anglais, pour être spectateurs de leur infâme repas. L'Outaouack approche de l’Abnakis ; je crus qu’en faisant à ces monstres d'inhumanité quelque douce représentation , je gagnerois quelque chose sur eux. Je me flattois. Un jeune déterminé prit la parole, et me dit en mauvais français : Tof avoir le goût frangais , moi Sauvage, cette viande bonne pour moi. Il accompagna son discours par l’offre qu'il me fit d'un’ morceau de grillade anglaise. Je ne répliquai rien à son raisonnement digne d'un barbare; quant à ses offres , on s’imagine aisément avec quelle horreur je les rejetai.
Instruit par l'inutilité de cette tentative , que mes secours ne pouvoient qu'être tout à fait infructueux pour les morts, je me tournai du côté dés vivans , dont le sort me paroissoit cent fois plus à plaindre. J’allai aux Anglais : un de la troupe fixa mon attention : aux ornemens militaires dont il étoit encore paré, Je reconnus un officier ; sur le champ mon parti fut pris de l’acheter , et de lui assurer sa liberté avec la vie. Je m’approchai dans cette vue d’un vieillard outaouack , persuadé que le froid de la vivillesse ayant modéré sa férocité , je le trouverois
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a à mes broches n, C’en es d’un moitié.
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ue mes ctueux ivans , aindre.
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plus favorable à mon dessein ; je lui tendis la main, en le saluant poliment, dans l'espérance de le gagner par ces manières prévenantes ; mais ce n'étoit pas un homme avec qui j'avois à traiter, c’étoit pis qu’une bête féroce , qu’on adoucit au moins par de caresses, Non, me du-il, d’un ton foudroyant et menaçant, tout propre à me remplir de frayeur , si J'avois été dans ce moment susceptible d’autres sentimens que ceux qu'inspirent la Compassion et l’horreur , 207, Je ne veux point de tes amitiés s retire toi. Je ne crus pas devoir attendre qu’il me réitérât un compliment de cette espèce ; je lui obéis.
J’allai me renfermer dans ma tente » €t m'y livrer aux réflexions que la religion et l’humanité peuvent suggérer dans ces sortes de circonstances. Je ne
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Le lendemain , à mon réveil » je comptois qu'il ne reSteroit plus autour de ma tente aucun vestige du repas de la veille, Je-me flattois que les vapeürs de la boisson dissipées , et l'émotion inséparable d’une telle action étant apaisée , les esprits seroient devenus plus rassis > etles cœurs plus humains. Je ne COnnoïssois pas le génie et le goût outaouack. C étoit par choix » par. délicatesse » par friandise , qu'ils se hourrissoient de chair humaine. Dès l’au-
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rore ils n’avoient rien eu de si pressé que de recommencer leur exécrable cuisine. Déjà ils n’attendoient
lus que le moment désiré où ils pussent assouvir has faim plus que canine , en dévorant les tristes restes du cadavre de leur ennemi. J'ai déjà dit que nous étions trois missionnaires attachés au service des Sauvages. Durant toute ia campagne , notre logement fut commun , nos délibérations unanimes 1 nos démarches uniformes, et nos volontés parfaitement conformes. Cette intelligence ne servit pas peu à adoucir les travaux inséparables d’une course militaire. Après nous être concertés , nous jugeâmes tous que le respect dû à la majesté de nos mystères ne nous permettoit pas de célébrer le sacrifice de l’Agneau sans tache dans le centre même de la barbarie; d'autant mieux que ces peuples adonnés aux plus bizarres superstitions , pouvoient abuser de nos plus respectables cérémonies ; pour en faire la ma
tière ou même la décoration de leurs jongleries, :
Sur ce fondement |, nous abandonnâmes ce lieu proscrit par tant d’abominations , pour nous en foncer dans les bois. Je ne pus faire ce mouvement sans me séparer tant soit peu de mes Abnakis. J'y étuis autorisé , ce semble ; j'eus presque lieu cependant de regretter mon premier campement ; vons en jugerez par les suites. Je ne fus pas plutôt établi dans mon nouveau domicile , sd je vis se renouveler dans les cœurs de mes néophytes leur ardeur à: s'approcher du tribunal de la pénitence. La foule en grossit si fort, que j'avois peine à suffire à leut empressement, Ces occupations jointes aux autres devoirs de mon ministère , remplirent si bien quelques-unes de mes jouraées, qu'elles disparurent presque sans que je m’en aperçusse. Heureux si jé n’eusse eu à me prêter qu'à de si dignes fonctions ! tout mon sang, ce n’auroit pas été trop pour payer ee bonheur ; mais les Per des ministres de
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ue les succès des travaux entrepris pour la gloire re leur maître ne le sont pas. Trop d’ennemis cons. pirent à les traverser , pour ne pas jouir enfin du triste triomphe d'y réussir,
Tandis que plusieurs de mes Abnakis ménageoient en chrétiens leur réconciliation et leur grâce auprès du Seigneur, d’autres cherchoienten téméraires dirriter sa colère et à provoquerses vengeances. La boisson est la passion favorite , le foible universel de toutes les nations sauvages ; el par malheur , il n’est que tro de mains avides qui la leur versent, en dépit des lois divines et humaines. Il n’est pas douteux que la présence du missionnaire » par le crédit qu'il tient de son caractère , n’obvie à bien des désordres. Par les raisons que j'ai déduites plus haut , je m'étois un peu éloigné de mes gens; j'en étois séparé par un petit bois, Je ne pouvois m'aviser de le franchir de nuit pour aller observer si le bon ordre régnoit dans leur camp ; sans m'exposer à quelque sinistre aventure, non-seulement de la part des froquois attachés au
‘part anglais, lesquels , à la porte même du camp, avoient enlevé , quelques jours auparavant , la chevelure à un de nos grenadiers ; mais encore de la part de nos idolâtres, sur lesquels l'expérience m’avoit appris qu’on ne pouvoit faire de fonds. Quelques ;eunes Abnakis, joints à des Sauvages de différentes nations , profitèrent de mon absence et des ténèbres de la nuit pour aller , à la faveur du sommeil géné al, dérober à Ja sourdine de la boisson dans lestentes françaises. Une fois nantis de leur pernicieux trésor , ils se hâtèrent d’en faire usage , et bientôt les têtes furent dérangées. L'ivresse sauvage est rarement tranquille , presque toujours bruyante. Celle-ci éclata d'abord par des chansons, par des danses , par du bruit en un mot, et finit par des coups. À la pointe du jour elle étoit dans le fort de ses extravagances ;
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ce fut la première nouvelle dont je fus servi À mon réveil. J'accourus Promptement à l’endroit d’où partoit le tumulte, Tont ÿ étoit dans l'alarme et dans l'agitation. C’étoit l'ouvrage des ivrognes. Toutientra bientôt dans l’ordre par la docilité de mes gens. Je les pris sans façon par la main l’un après l’autre. Je les conduisis sans résistance dans leur tente, où je leur ordonnai de reposer.
Le scandale paroissoit apaisé , lorsqu'un Moraigan , naturalisé Abnakis, et adopté cu nation , renouvela la scène sur un ton un peu plus sérieux. Après s'être pris de paroles avec un iroquois, son Compagnon de débauches , ils en vinrent aux mains. Le premier , beaucoup plus vigoureux , après avoir terrassé son adversaire , faisoit pleuvoir sur lui une grêle de Coups , et qui plus est, lui déchiroit les épaules à belles dents. Le combat étoit le plus échaufté lorsque je les atteignis : je ne pouvois emprunter d'autres secours que celui de mes bras pour séparer les combattans , les Sauvages se redoutant trop mutuelle. ment pour s’ingérer jamais, à quelque prix que ce soit, dans les disputes les uns des autres. Mais mes forces ne répondoient point à la grandeur de l'entreprise , et le victorieux étoit trop animé pour relàcher sitôt sa proie. Je fus tenté de laisser ces furieux se punir par leurs mains de leurs excès ; mais je cratgnois que la scène ne füt ensanglantée par la mort d’un des champions: je redoublai mes efforts. À force de secouer l'A bnakis, il sentit enfin qu’on le seconoit; il tourne alors la tête : ce ne fut qu'avec bien de la peine qu’il me reconnut ; 1] ne se mit pas néanmoins à la raison , il fallut quelques momens pour se remettre ; après quoi 1l donna à l’Iroquois le cham libre pour s'évader, dont celui-ci profita de bonne grâce, |
Après avoir pris des mesures pour obvier au renoucment de la partie, je me retirai plus fatigué
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von ne sauroit croire , de la course que jé venois de faire ; mais il me fallut bientôt recommencer. Je fus averti qu’une troupe de mes guerriers assemblés sur le rivage , autour des bateaux où étoit le dépôt des poudres, s’y amusoit à faire le coup de fusil, en dépit de la garde , et au mépris même des ordres, on plutôt des prières des officiers : car le Sauvage est son maître et son roi, et il porte partout avec lui son indépendance, Je n’avois pas pour cette fois à lutter contre l'ivresse; il ne s’agissoit que de réprimer la jeunesse inconsidérée de quelques étourdis; aussi la décision fut prompte, Inaginez-vous une foule d’écoliers qui redoutent les regards de leurs maîtres. Tels furent à ma présence ces guerriers si redoutables : ils disparurent à mon approche, au grand étonnement des Français. À peine pus-je en joindre un seul à Le je demandai , d’un ton d’indignation , s’il étoit las
e vivre, ou s'il avoit conjuré notre perte? II me répondit d’un ton fort ge hr Non, mon père.
Pourquoi donc, ajoutai-je, pourquoi allez-vous vous exposer à sauter en l'air , et nous faire sauter nousmêmes par l’embrasement des poudres? Taxe-noùs d'ignorance, répliqua-t-il, mais non de malice. Nous ignotions qu’elles fussent si près. Sans faire tort À sa probité, on pouvait suspecter la vérité de son excuses mais c’étoit beaucoup qu'il voulût descendre à une justification , et plus encore qu’il voulût mettre fin à son dangereux badinage, ce qu'il exécuta sur le champ.
L'inaction à laquelle je voyois condamnés nos Sauvages chrétiens, jointe à leur mélange avec tant de nations idelâtres , me faisoit trembler , non pour Ja religion, mais pour leur conduite, Je soupirois après le jour où les préparatifs nécessaires pour l’expédition une fois consommés , on pourroit se mettre en mouvement, L'esprit occupé, le cœur est plus en sûreté, Îl arriva enfin ce moment si désiré, M. le
chevalier de Levi, à la tête de trois mille hommes, avoit pris la route par terre, le vendredi 2) juillet, afin d'aller protéger la descente de l'armée, qui devoit aller par eau, Sa marche n’eut aucune de ces facilités que fournissent en Europe ces grands chemins faits avec une magnificence royale pour la commodité des troupes. Ce furent d’épaisses forêts à percer, des montagnes escarpées à franchir, des marais boueux à traverser. Après une marche forcée de toute une journée , c’étoit beaucoup si on se trouvoit en avant de trois lieues , de sorte qu'il fallut cinq jours pour en faire douze. Sur ces obstacles , qu'on avoit bien prévus , le départ de ce COrps avoit précédé de quelques jours. Ce fut le dimanche seulement que nous nous embarquâmes avec les Sauvages , qui pouvoient faire alors un gros de douze cents hommes, les autres étant partis par terre.
Nous n’eûmes pas fait quatre à cinq lieues sur le lac, que nous aperçümes des marques sensibles de notre dernière victoire : c’étoient des berges anglaises abandonnées, qui > après avoir flotté long-temps au gré des eaux et es vents, éloient enfin allées échouer Sur la grève. Mais le spectacle le plus frappant fut une asséz grande quantité de cadavres anglais, étendus sur le rivage, ou épars çà et IA dans les bois. Les uns étoient hachés par morceaux, et presque tous étoient mutilés de la facon la plus affreuse, Que la guerre me parut un fléau terrible ! Il auroit été bien consolant pour moi de procurer de ma main les honneurs de la sépulture à ces tristes restes de nos ennemis ; mais ce n’étoit que par condescendance qu'on avoit débarqué dans cette anse. Ce fut un devoir et une nécessité pour nous de nous remettre incessamment en route, conformément aux ordres qui nous pressoient de nous rendre. Nous abordämes sur le soir au lieu qui nous avoit été assigné pour camper. C'étoit une côte semée de ronces et d’épines,
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