‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 3)Chapitre 38 sur 72 · partie par le ni les force s fré- Telle eurs , able, périls · texte numérisé non relu

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 183 que j'aperçus un mouvement général dans tous les quartiers de notre camp. Chaque corps s'ébranloit , Français , Canadiens et Sauvages ; tous couroïent aux armes , tous se préparoïent à combattre : le bruit de l'arrivée du secours tant attendu de l'ennemi , produisoitcettesubiteetgénéraleévolution.Danscesmomens d'alarme, M. de Montcalm , avec un sang-froid qui décide le général, pourvut à la sûreté de nostranchées, auservice de nosbatteries,età la défense denosbateaux. Il partit ensuite pour aller se remettre à la tête de l'armée. J’étois assis tranquillement à la porte de ma tente, d'où je voyois défiler nos troupes, lorsqu'un Abnakis vint me tirer de ma tranquillité. H me dit sans façon : Mon père, tu nous as donné parole , qu'au péril de ta vie méme , tu ne balancerois pas à nous fournir les secours de ton ménistère ; nos blessés pourroïent-ils venir te chercher Zc1 à travers les montagnes qui te séparent du lieu du combat ? nous partons et nous attendons l'effet de tes promesses. Une apostrophe si énergique me fit oublier mes fatigues. Je doublai le pas, je perçai au-delà des troupes réglées : enfin après une marche forcée , j'arrivai sur une terre , où mes gens , à la tête de tous les corps, attendoient le combat, Je députai sur le champ quelques-uns d’entr’eux , pour rassembler ceux qui étoient dispersés. Je me préparois à leur suggérer les actes de religion propres de la circonstance , et à leur donner une absolution générale à l'approche des ennemis; mais ils ne parurent point. M. de Montcalm , pour ne pas perdre le prix de tant de démarches , s’avisa d’un stratagème qui auroit pu faire naître l’occasion d’une action que nous étions venus chercher à si grands frais : il se proposa d'ordonner aux Francais et aux Canadiens de se livrer mutuellement un combat simulé. Les Sauvages cachés dans les bois devoient faire face aux ennemis ; qui ne manqueroient pas de fure une

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vigoureuse sortie. L’expédient exposé à nos Iroquois parut d'une invention admirable ; mais ils se retranchèrent sur ce que le jour étoit trop avancé, Le reste des Sauvages eurent beau appeler de ce jugement , l’excuse fut jugée de mise et acceptée ; ainsi chacun s'en retourna dans son poste sans avoir vu autre chose que l'appareil d’un combat. Enfin le lendemain, veille de la Saint-Laurent , le septième jour de notre arrivée , la tranchée poussée jusqu'aux jardins , on se disposoit à établir notre troisième et dernière batterie, La proximité du fort faisoit espérer que, dans trois ou quatre jours, ou Pourroit donner un assaut général , à la faveur d’une brèche raisonnable ; mais les ennemis nous en épargnèrent la peine et les périls; ils arborèrent pavillon français, et demandèrent à capituler.

Nous touchons à la reddition de la place, et à la

sanglante catastrophe qui l’a suivie, Sans doute que

tous les coins de l'Europe ont r'tenti de cette triste scène, comme d’un attentat dont l’odieux rejaillit peut-être sur la nation , et la flétrit, Votre équité va juger dans le moment, si une imputation si criante porte sur d'antres principes que sur l'ignorance ou la malignité, Je ne rapporterai que des faits d’une publicité et d’une authenticité si imcontestables , que Je pourrois, sans crainte d’être démenti les appuyer du témoignage même des officiers anglais qui en ont été les témoins et les victimes, M. de Montcalm, avant que d’entendre à aucune composition , jugea devoir prendre l'avis de toutes les nations sauvages, afin de les adoucir par cette condescendance » et de rendre inviolable le traité par leur agrément, Il en fit assembler tous les chefs, à qui il communiqua les conditions de la capitulation, qui accordoient aux ennemis le droit de sortir de Ja place avec tous les honneurs de la guerre , et leur imposoit, avec l’obligation de ne point servi de dix-huit mois

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contre la France, celle de rendre la liberté à tous les Canadiens pris dans cette guerre. Tous ces articles furent universellement applaudis : muni du sceau de l'approbation générale, le traité fut signé par les généraux des deux couronnes. En conséquence l'armée française en bataille s’avança vers la place, pour en prendre possession au nom du Roi; tandis que les troupes anglaises rangées en bel ordre, en sortoient pour aller se renfermer jusqu’au lendemain dans les retranchemens. Leur marche ne fut marquée par aucune contravention au droit des gens. Mais les Sauvages ne tardèrent pas à y donner atteinte. Pendant le cérémonial militaire, qui accompagna la prise de possession, ils avoient pénétré en foule dans la place par les embrasures de canons pour procéder au pillage qu’on étoit convenu de leur Lvrer, mais ils ne s’en tinrent pas à piller : il étoit resté dans les casemates quelques malades, à qui leur état n’avoit pas permis de suivre leurs compatriotes dans l'honorable retraite accordée à leur valeur. Ce furent là les victimes sur lesquelles ils se jetérent impitoyablement, etqu'’ilsimmolèrent à leur cruauté. Je fus témoin de ce spectacle. Je vis un de ces barbares sortir des casemates, où il ne falloit rien moins qu’une insatiable avidité de sang pour entrer, tant l'infection qui en exhaloit étoit insupportable. Il portoit à la main une tête humaine, d’où découloient des ruisseaux de sang, et dont il faisoit parade comme de la plus belle capture dont il eût pu se saisir. Ce n’étoit là qu'un bien léger prélude de la cruelle tragédie du lendemain. Dès le grand matin les Sauvages se rassemblèrent autour des retranchemens. Ils débutèrent par demander aux Anglais les marchandises, les provisions, toutes les richesses en un mot que leurs yeux intéressés pouvoient apercevoir : mais c’étoient des demandes faites sur un ton à annoncer un coup de lance pour prix d’un refus. On se des-

saisit, on se dépouilla, on se réduisit à rien pour acheter au moins la vie Par ce dépouillement universel. Cette condescendance devoit adoucir les es- Prits; mais le cœur des Sauvages ne semble pas fait comme celui des autres hommes : vous diriez qu'il est, par sa nature, le siége de l’inhumanité. Ils n’en furent pas moins disposés à se Porter aux plus dures extrémités, Le corps de Quatre cents hommes de troupes françaises, destiné À protéger la retraite des ennemis, arriva et se rangea en haie. Les Anglais commencèrent à défiler, Malheur à tous ceux qui fermèrent la marche, ou aux traîneurs que l’'indisposition ou quelqu’autre raison séparoit tant soit peu de la troupe. Ce furent autant de morts dont les cadavres Jonchèrent bientôt Ja terre, et couvrirent l'enceinte des retranchemens. Cette boucherie qui ne fut d’abord que l'ouvrage de quelques Sauvages, fut le signal qui fit de presque tous autant de bêtes féroces. Ils déchargeoient à droite et à gauche de grands coups de hache à ceux qui leur tomboient sous la main, Le massacre ne fut cependant pas de durée, ni aussi considérable que tant de furie sembloit le faire craindre; il ne monta guère qu’à quarante ou cinquante hommes. La patience de Anglais qui se contentoient de plier leur tête sous le fer de leurs bourreaux, l’apaisa tout d’un COUP, mais elle ne les amena pas à la raison et à l'équité, En poussant toujours de grands cris, ils se mirent à faire des prisonniers.

J'arrivai sur ces entrefaites, Non, je ne crois pas qu'on puisse être homme et être insensible dans de si tristes conjonctures. Le fils enlevé d’entre les bras du père, la fille arrachée du sein de sa mère, l'époux séparé de l'épouse, des officiers dépouillés jusqu’à la chemise, sans respect pour leur rang et pour la dé. cence , une foule de malheureux qui courent à l’aventure, les uns vers les bois, les autres vers les tentes

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