‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 3)Chapitre 41 sur 72 · PRE EP ENT SERRE ANNEE RO ES PE ER ON SRE ESS QE · texte numérisé non relu

PRE EP ENT SERRE ANNEE RO ES PE ER ON SRE ESS QE

mort fut pour eux un sujet de triomphe. Ils s’assemblèrent autour de la croix qu’il avoit plantée; et là ils invoquèrent leur manitou en dansant, et s’attribuant chacun la gloire d’avoir tué le missionnaire; après quoi ils brisèrent la croix en mille pièces. C'est ce que j'appris quelque temps après avec douleur, Je crus qu'un pareil attentat ne devoit pas être impuni; c’est pourquoi je priai les Français de ne plus faire de traite avec eux , qu’ils n’eussent réparé l’insulte qu’ils avoient faite à la religion. Cette punition eut tout l'effet que je souhaitois; les principaux du village vinrent deux fois de suite me témoigner le sensible regret qu’ils avoient de leur faute , et ils m'engagèrent par cet aveu à aller de temps en temps les voir. Mais il faut l’avouer, un missionnaire ne fait pas grand bien auprès des Sauvages , à moins qu'il ne demeure avec eux, et qu'il ne veille continuellement à leur conduite. Sans cela , ils oublient bientôt les instructions qui leur ont été faites, et peu à peu ils retournent à leurs anciens désordres. C’est cette connoissance que nous avons de l’inconstance des Sauvages , qui dans la suite nous donna beaucoup d'inquiétude sur l’état de la mission des Peouarias : l'éloignement où nous étions de ce village , le plus grand qui soit dans ces quartiers , nous empêchoit d'y faire des excursions fréquentes. D’ailleurs , les mauvais traitemens qu’ils avoient faits au feu père Gravier , avoient obligé les gouverneurs du Canada et de la Mobile de défendre aux Français de faire la traite chez eux. A la vérité, plusieurs Chrétiens de ce village étoient venus se rendre auprès de nous ; mais il y en restoit beaucoup d’autres qui, n'étant pas soutenus par les instructions ordinaires, pouvoient chanceler dans la foi.

Enfin , dans le temps que nous pensions aux moyens de rétablir cette mission , nous apprimes de quelques Français qui y avoient fait la traite secrè-

tement, que ces Sauvages étoient fort humiliés de l'abandon où on les avoit laissés ; que, dans plusieurs rencontres , ils avoient été battus par leurs ennemis, faute de poudre dont ils n’étoient plus fournis par les Français ; qu’ils paroissoient vivement touchés de la manière indigne dont ils avoient traité le père Gravier , et qu’ils demandoient avec instance un missionnaire, Ces nouvelles nous firent juger , au père Mermet , au père Deville et à moi, qu'il falloit rofiter de la disposition favorable où étoient les eur > pour remettre la mission sur son ancien pied. La Providence nous en fournissoit un moyen tout naturel : il étoit nécessaire que l’un de nous fitun voyage à Michillimakinac , c’est-à-dire , à plus de trois cents lieues d'ici , pour conférer avec le père Joseph Marest, mon frère , sur les affaires de nos missions dont il est supérieur. En faisant ce voyage ;, ‘on ne pouvoit se dispenser de passer par le village des Peouarias ; et l’on espéroit que la présence d’un missionnaire les détermineroit à renouveler les instances qu'ils avoient déjà faites, et les marques de repentir qu'ils avoient données.

Comme j'étois parfaitement connu de ces Sauvages , le père Mermet et le père Deville me char- .&èrent de l’entreprise. Je partis donc le vendredi “à la semaine de Pâques de l’année 1711. Je n’eus qu'un jour pour me préparer à un si long voyage, parce que j'étois pressé par deux Peouarias, qui vouloient s'en retourner, et dont j'étois bien aise . d’être accompagné. Quelques autres Sauvages vinrent avec nous jusqu'au village des Tamarouas , où j'arrivai le second jour de mon départ. J'en partis le lendemain , n'ayant sur moi que mon crucifix et mon bréviaire , et n’étant accompagné que de trois Sauvages. Deux de ces Sauvages n’étoient pas chrétiens , et le troisième n’étoit encore que catéchumène. Je vous avoue, mon révérend père , que je fus

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