partie sur la rivière , laquelle est pleine de courans
pertie en coupant par les terres. Dieu me conserva d’une façon toute particulière dans ce voyage. Un
parti de guerriers ennemis des Illinois ,» Vint fondre sur des chasseurs à une portée de fusil du chemin que je tenois : ils tuèrent l’un deux » eten emmenèrent un autre dans le village , qu’ils mirent dans la chaudière , et dont ils firent un festin de guerre. Comme j’approchois du village des Pouteautamis :
le Seigneur voulut bien me dédommager de toutes mes peines , par une de ces aventures imprévues , qu'il ménage quelquefois pour la consolation de ses servitenrs. Des Sauvages qui ensemençoient leurs terres, m’ayant aperçu de loin, allèrent avertir le père Chardon de mon arrivée. Ce père vint aussitôt au-devant de moi, suivi d’un autre Jésuite. Quelle agréable surprise, quand je vis mon frère qui se jetoit à mon cou pour n’embrasser! Il ÿ avoit quinze ans que nous étions séparés l’un de l’autre , sans espérance de nous revoir jamais, Il est vrai que j'étois parti pour le joindre , mais ce n’étoit qu’à Michillimakinac que devoit se faire notre entrevue , et non pas à plus de cent lieues en- deçà. Dieu lui avoit inspiré sans doute le dessein de faire en ce temps-là sa visite dans la mission de saint Joseph , afin de me faire oublier en un moment toutes mes fatigues passées. Nous bénîmes l’un et l’autre la divine miséricorde : qui nous faisoit venir de lieux si éloignés, pour nous donner une consolation, qui se seni beaucoup mieux qu'elle
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qu’elle ne s'exprime. Le père Chardon participa à la joie de cette heureuse rencontre > Et nous fit tous les bons traitemens que nous pouvions attendre de sa charité. Après avoir demeuré huit jours dans cette mission de Saint-Joseph , je m’embarquai avec mon frère dans son canot, pour nous rendre ensemble à Michillimakinac. Ce voyage me fut fort agréable, non-seulement parce que j'avois le plaisir d’être avec un frère qui m'est extrémement cher > Mais encore parce qu'il me procuroit le moyen de profiter plus long-temps de ses entretiens et de ses exemples.
Il y a plus de cent lieues de la mission de Saint- Joseph à Michillimakinac. On va tout le long du lac Michigan , que dans les cartes on nomme , sans aucun fondement , /e lac des Illinoïs > puisqu'il n'y a point d'Illinois qui demeurent aux environs. Le mauvais temps nous arrêta dix-sept jours dans ce voyage , qu'on fait quelquefois en moins de huit jours. Michillimakinac est situé entre deux grands lacs, dans lesquels se déchargent d’autres lacs, et plusieurs rivières. C’est ce qni fait que ce village est l’abord ordinaire des Français, des Sauvages , et de presque toutes les pelleteries du pays. Il s’en faut bien que le terroir y soit aussi bon que chez nos {linoïs. On n’y vit que de poisson durant la plus grande partie de l’année. Les eaux qui en font l’agrément pendant l’été , en rendent le séjour bien triste et bien ennuyeux durant hiver, La terre y est couverte de neiges depuis la Toussaint jusqu’au mois de mai.
Le génie de ces Sauvages se sent du climat sous lequel ils vivent : il est âpre et indocile; la religion n’y prend pas d'aussi fortes racines qu'on le souhaiterait, et 1l n’y a que quelques âmes qui se donnent de temps en temps véritablement à Dieu , qui consolent le missionnaire de toutes ses peines, Pour moi, j'admirois la patience avec laquelle mon frère supportoit leurs défauts ; sa douceur à l'épreuve