T, IF
de leurs caprices et de leur grossiérelé ; son assiduité à les voir, à les instruire , à ranimer leur in dolence pour les exercices de la religion ; son zèle et sa charité, capables d’embraser leurs cœurs, s'ils eussent été moins durs et plus traitables ; et je me disois à moi-même , que le succès n’est pas toujours la récompense des travaux des hommes apostoliques, ni la mesure de leur mérite.
Ayant terminé toutes nos affaires pendant environ deux mois que je demeurai avec mon frère, il fallut nous séparer. Comme c’étoit Dieu qui ordonnoit cette séparation, 11 suten corriger toute l'amertume. J’allai rejoindre le père Chardon avec qui je demeurai quinze jours. C’est un missionnaire plein de zèle, et qui a un rare talent pour apprendre les langues : il sait presque toutes celles des Sauvages qui sont sur les lacs ; il a même appris assez d'illinois pour se faire entendre , quoiqu'il n'ait vu de ces Sauvages qu’en passant , lorsqu'ils viennent dans son village : car les Pouteautamis et les Illinois vivent en bonne intelligence , et se rendent visite de temps en temps. Leurs mœurs sont pourtant bien différentes : ceuxlà sont brutaux et grossiers ; Ceux - ci au contraire sont doux et affables.
Après avoir pris congé du missionnaire, nous montâmes la rivière de Saint-Joseph pour aller faire un portage à trente lieues de son embouchure. Voici ce que nous appelons faire portage. Les canots dont on se sert pour naviguer en Ce pays-ci, n'étant que d’écorce, sont fort légers, bien qu'ils portent autant qu'une chaloupe. Quand le canot nous à portés long-temps sur l'eau , nous le portons à notre tour sur la terre pour aller gagner une guire rivière;
et c'est ce que nous fimes en cet endroit. Nous transportâämes d’abord tout ce qui étoit dans le canot vers la source de la rivière des Illinois , qu'on appelle Huakiki ; ensuite nous y portâmes notre canot , et