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après l'avoir chargé , nous nous y embarquâmes pour continuer notre route. Nous ne fümes que deux jours à faire ce portage, qui est long d’une lieue et demie, Des pluies abondantes qui vinrent en cette saison, enflérent nos petites rivières, et nous délivrèrent des courans que nous appréhendions. Enfin nous aperçûmes notre agréable pays; les bœufs sauvages et les troupeaux de cerfs se Promenoient sur le bord de la rivière; et du canot on en tiroit de temps €n temps quelques-uns qui servoient à nos repas.
À quelques lieues du village des Peouarias , plusieurs de ces Sauvages vinrent au - devant de moi, pour me faire escorte, et pour me défendre des parts de guerriers qui courent dans les forêts : et quand j’approchai du village , ils y dépéchèrent l’un d'eux pour donner avis de mon arrivée. La plupart montèrent dans le fort qui est placé sur un rocher au bord de la rivière. Lorsque j’entrai dans le village, ils firent une décharge générale de leurs mousquets en signe de réjouissance : [a joie étoit peinte effectivement sur tous les visages , et c’étoit à qui la feroit éclater en ma présence, Je fus invité avec les Français et les chefs Illinois, à un festin que nous donnérent les plus distingués des Peouarias. Ce fat là
qu'un de leurs principaux chefs » Mme parlant au nom
de la nation, me témoigna la vive douleur qu'ils
ressentoient de la manière indigne avec laquelle ils avolent traité le père Gravier ; et il me conjura de l'oublier , d’avoir pitié d’eux et de leurs enfans , et de leur ouvrir la porte du ciel qu'ils s’étoient fermée à eux-mêmes, Pour moi je rendois grâces à Dieu au fond du cœur , de voir l'accomplissement de ce que je sonhaitois avec le plus d’ardeur : je leur répondis en peu de mots, que j'étois touché de leur repenür ; que je les regardois toujours comme mes enfans ; et qu'après avoir fait un tour à ma mission , je vien
drois fixer ma demeure au milieu d'eux, pour les
aider par mes instructions à rentrer dans la voie du salut , dont ils s’étoient peut-être écartés. À ces mots il s’éleva un grand cri de joie, et chacun à l’'envi me témoigna sa reconnoissance, Pendant deux jours que je demeurai dans ce village , je dis la messe en public, et je fis toutes les fonctions de missionnaire.
Ce fut vers la fin d’août que je m’embarquai pour retourner à ma mission des Cascaskias, éloignée de cent cinquante lieues du village des Peouarias. Dès le premier jour, nous trouvâmes un canot de Scioux crevé en quelques endroits, qui alloit à la dérive, et nous aperçûmes un campement de guerriers, où nous jugeâmes à l'œil qu'il y avoit bien cent personnes. Nous fûmes justement effrayés, et nous étions sur le point de rebrousser chemin vers le village que nous quittions, dont nous n’étions encore éloignés que de dix lieues. Ces Scioux sont ies plus cruels de tous les Sauvages; nous étions perdus, si nous fussions tombés entre leurs mains. Îls sont grands guerriers, mais c’est principalement sur l’eau qu'ils sont redoutables. Ils n’ont que de petits canots d’écorce faits en forme de gondoles, et qui ne sont guère plus larges que le corps d’un homme, où ils ne peuvent tenir que deux, ou trois au plus. Ils rament à genoux, maniant l’aviron tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, c’est-à-dire, donnant trois ou
uatre coups d’aviron du côté droit, et puis autant di côté gauche , mais avec tant de dextérité et de vitesse, que leurs canots semblent voler sur l’eau. Après avoir examiné toutes choses avec attention, nous jugeñmes que ces, Sauvages avoient fait leur coup, etse reliroient : nous nous tinmes cependant sur nos gardes , et nous marchâmes plus lentement, pour ne point les rencontrer. Mais quand nous eûmes une fois gagné le Mississipi, nous allâmes à force de rames. Enfin le 10 de septembre j'arrivai à
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