‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 3)Chapitre 46 sur 72 · REC T · texte numérisé non relu

REC T

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ma chère mission en parfaite santé, après cinq mois d'absence. Je ne vous dis pas la joie que nous eûmes tous de nous revoir; vous jugez assez combien elle fut grande de part et d'autre, Mais quand il fut queson de tenir la parole que j'avois donnée aux Peouarias, d'aller demeurer avec eux, les Français et les Sauvages s’y opposèrent, apparemment parce qu'ils étoient accoutumés à mes manières, et qu'ils ne se plaisoient point au changement. Ce fut done le père Deville qui y fut envoyé à ma place. Ce père qui étoit depuis peu de temps avec nous, fait voir maintenant par son zèle, par le talent qu'il a de gagner les Sauvages et par le progrès qu'il fait parmi eux , que Dieu le destinoit À cette mission, ne m'en ayant pas jugé digne.

Quand je fus de retour à ma mission, je bénis Dieu des faveurs dont il l’avoit comblée pendant mon absence, Il y eut cette année-là une récolte abondante de froment et de blé sauvage, Outre la beauté du lieu, nous avons encore des salines dans le voisinage, qui nous sont d’une grande utilité, On vient de nous amener des vaches qui nous rendront les mêmes services pour le labour, que les bœufs rendent en France. On s’est eftorcé d'apprivoiser les bœufs sauvages, mais on n’a Jamais pu y réussir. Les mines de plomb et d’étain ne sont pas loin d'ici: on en trouveroit peut-être de plus considérables , comme je l'ai dit plus haut, si quelque personne intelligente s’employoitàlesdécouvrir. Nous ne sommes qu'à trente lieues du Missouri, ou Pekitanoui, C’est une grande rivière qui se jette dans le Mississipi, et l'on prétend qu’elle vient encore de plus loin que ce fleuve. C’est au haut de cette rivière que sont les meilleures mines des Espagnols. Enfin nous sommes assez près de la rivière Ouabache, qui pareillement se décharge au-dessous de nous dans le Mississipi, On peut facilement, par le moyen de cette rivière,

Ro à Pme

230 LETTRES commercer avec les Miamis, et avec une infinité d’autres nations plus éloignées; car elle s'étend jusqu'au pays dés Erogr:ois,

Tous ces avantages favorisent extrêmement le dessem qu'ont quelques Français de s’établir dans notre village. De vous dire si ces sortes d’établissemens doivent contribuer au bien de la religion, c’est sur quoi il ne m'est pas facile de m'expliquer. Que les Français qui viendront parmi nous, ressemblent à ceux que J'y al vus autrefois, qui édifioient nos néophytes par leur piété et par la régularité de leurs mœurs; rien ne sera plus consolant pour nous, ni plus uule au progrès de l’évangile, Mais si par malhèur quelques-uns d'eux venoient à faire profession de libertinage, et peu: être d'ivréligion, comme il est à craindre, ce seroii fait de notre mission : leur pernicieux exemple feroit lus d'impression sur l’esprit des Sauvages que tont ce que nous pourrions dire pour les préserver des mêmes déréglemens : ils ne manqueroient pas de nous reprocher, comme ils Pont déjà fait en quelqu’endroit, que nous abusons de la facilité qu'ils ont à nous croire ; que les lois du christianisme ne sont pas aussi sévères que nous l'enseignons; qu'il n’est pas croyable que des personnes éclairées comme sont les Français, et élevées dans le sein de la religion, voulussent courir à leur perte, et se précipiter dans l'enfer, s'il étoit vrai que telle et telle action méritât un châtiment si terrible, Tous les raisonnemens que le missionnaire pourroit opposer à cette impression du mauvais exemple , n’auroient nulle force sur l'esprit d’un peuple qui n’est guère touché que de ce qui frappe les sens. Ainsi, mon révérend père, aidez-moi à prier le Seigneur qu'il rende mes appréhensions vaines, et qu’il continue à répandre ses bénédictions sur mes foibles travaux. Je me recommande à vos saints sacrifices, et suis avec respect, etc.

D. GABRIEL Makësr, missionnaire.

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