‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 3)Chapitre 47 sur 72 · MON RÉVÉREND PÈRE · texte numérisé non relu

MON RÉVÉREND PÈRE

RECEVEZ les complimens d’un pauvre Mississipien qui vous a Lo,ours estimé, et si vous lui perinettez de le dire, qui vous à aimé autant que le meilleur de vos amis. La distance des lieux où la Providence nous a placés tous deux n’affoiblira jamais en moi ces sentimens à votre égard, non plus que la reconnoissance que j'ai de l'amitié que vous avez bien voulu avoir pour moi pendant que nous avons vécu ensemble, La grâce que je vous demande désormais, c’est de penser un peu à moi, de prier Dieu pour moi, et de me donner de temps eu temps de vos chères nouvelles. Je ne suis pas encorc assez au fait du pays et des mœurs des Sauvages, pour vous en donner des nonvelles; je vous dirai seulement que le Mississipi ne présente au voyageur rien de beau, rien de rare que lui-même. Rien ne le dépare que la forêt continuelle qui est sur ses deux rives, et la solitude affreuse où l’on est pendant tout le voyage. N'ayant donc rien de curieux à vous mander de ce pays, permettez-moi de vous entretenir de ce qui m'est arrivé depuis que je suis dans le poste auquel la Providence m’a destiné.

Deux jours après mon arrivée, le village des Sauthouis me députa deux Sauvages pour me demander si je trouvois bon qu'ils vinssent me chanter le calumet : ils étoient en habit de cérémonie , bien matachés , c'est-à-dire, tout le corps peint de différentes couleurs, ayant des queues de chats sauvages aux

endroits où l’on peint des ailes à Mercure, le calumet à la main , et.sur le corps des grelots qui m’annoncérent de loin leur arrivée. Je leur répondis que je n'étois point comme les chefs Français qui commandent aux guerriers, et qui viennent avec du butin pour leur faire des présens ; que je n'étois venu que pour leur faire connoître le grand esprit qu'ils ne connoissent pas, et que je n'avois apporté que les choses nécessaires à ce dessein; que, cependant, j'acceptois leur calumet pour le jour où il seroit monté quelque pirogue pour moi: c’étoit les remettre aux Calendes grecques : is me passèrent le calumet sur le visage et s’en retournèrent porter ma réponse. Deux jours après les chefs vinrent me faire la même demande , ajoutant que c’étoit sans dessein qu’ils vouloient danser devant moi le calumet : sans dessein signifie parmi eux qu'ils font un présent sans aucune vue de retour ; j'étois prévenu sur tout cela, je savois que l'espérance du butin les rendoit fort empressés, etque quand le Sauvage donne, même sens dessein, il faut lui rendre au double, ou bien on le mécontente; aussi leur fis-je la même réponse qu'aux députés. Enfin, ils revinrent encore à la charge pour me demander si je trouvois bon que du moins leurs jeunes gens vinssent danser chezmoi , sans dessein ‘ la danse de la découverte (c’est celle qu’ils font lorsqu'ils envoient à la découverte de l'ennemi ) : je leur répondis que je ne m’ennuyois point, mais que leurs jeunes gens pouvoient venir danser, que je les verrois avec plaisir. Tout le village , excepté les femmes, vint le lendemain à la pointe du jour : ce ne fut que danses, que chants, que harangues jusqu’à midi. Leurs danses, comme vous pouvez bien l’imaginer, ont quelque chose de bizarre : l’exactitude avec laquelle ils observent la cadence est aussi surprenante que les contorsions et les efforts qu'ils font. Je vis bien qu'il ne falloit pas les renvoyer sans leur faire

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chaudière haute. J'empruntai d’un Français une chaudière semblable à celles qui sont à la cuisine des

Invalides; je leur donnai du maïs à discrétion : tout se passa sans confusion. Deux d’entr’eux firent l’oflice de cuisiniers, ils firent les parts avec la plus exacte égalité, et les distribuèrent de même : on n’entendoit que l’exclamation ordinaire Ao, que chacun prononçoit lorsqu'on lui présentoit un morceau. Jamais je n'ai vuamanger de si mauvaise grâce et de meilleur

appéut. Ils s’en retournèrent fort contens ; mais au— paravant un des chefs me parla encore de recevoir

leur calumet : je les amusai comme j'avois fait jus-

qu'alors : car c’est une dépense considérable que de

recevoir leur calumet, Dans les commencemens où

il falloit les ménager , les directeurs de la concession

de M. Laws et les commandans qui recevoient leur

calumet, leur faisoient de grands présens : ces Sau—

vages ont cru que j'allois ramener l’ancienne mode ;

mais, quand je pourrois le faire, je m'en garderois

bien, parce qu'il y auroit du danger que dans la suite

ils ne m’écoutassent parler de religion que par in-

térêt; que d’ailleurs nous savons par expérience , que plus on donne aux Sauvages, moins on a sujet

d’en être content, et que la reconnoissance est une

vertu dont ils n’ont pas la moindre idée,

Je n’ai pas encore eu jusqu'ici le loisir de m'appliquer à leur langue; cependant, comme ils me rendent de fréquentes visites, Je les questionne : talon jajai? Comment appelles-tu cela? J'en sais assez pour me faire entendre dans les choses les plus communes : 1l n’y a ici aucun Français qui la sache à fond : ils n’en ont appris, encore fort superficiel lement, que ce qu’il leur est nécessaire d’en savoir pour le commerce : j'en sais déjà autant qu'eux. Je prévois qu'il me sera très-difficile de l’apprendre autant qu'il faut pour parler de religion à ces Sauvages. J'ai lieu de croire qu'ils sont persuadés que je sais

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parfaitement leur langue, Un Français parlant de moi à un d’entreux, celui-ci lui dit : je suis qu'il 67 un grand esprit, qu'il sait tout : Vous voyez qu’ils me font infiniment plus d'honneur que je ne mérite, Un autre me fit une longue harangue: e n’entendois que ces mots : Zrdatar (mon père) za (mon fils).

Je lui répondis à tout hasard, quand je voyois qu'il m'interrogeoit : 47, oui, galon, cela est bon. Puis 1] me passa la main sur le visage et sur les épaules, et ensuite 1l en faisoit autant sur lui-même : après tous ces 4gios il s'en alla d’un air content, Un suure vint quelques jours après pour la même cérémonie. Aussitôt que je m’en aperçus je fis venir un Francais, et le priai de m'expliquer ce qu’il me diroit sans qu'il parût qu'il me servit d’interprète. J'étois bien aise de savoir si je m'étois trompé en répondant à l’autre. Il me demandoit si je voulois bien l’adopter pour mon fils ; que quand il reviendroit de la chasse, il jetteroit sans dessein son gibier à mes pieds; que je ne lui demanderois pas comme les autres Français, de quoi as-tu faim ? (cela veut dire : que veux-tu que je donne pour cela); mais que je le ferois asseoir, que je lui donnerois à manger comme à mon fils, et que quand il reviendroit une autre fois me voir, je lui dirois : assieds-toi, mon fils; tiens, voilà du vermillon, de la poudre, Vous voyez le génie du Sauvage ; 1l veut paroître généreux en donnent sans dessein, et ne veut cependart rien perdre. Je ré

pondis à son discours : igaton thé (cela est trèsbon, je l’approuve, j'y consens ) : après quoi il me passa la main comme l’autre avoit fait, Voici encore

un trait qui marque combien ils sont généreux : je reçus avant hier la visite d’un chef; je lui présente à fumer : y manquer, ce seroit manquer à ‘pr esse, Un moment après il va prendre une pe n che-

vreuil #atachée quil avoit laissée dans l'allée de la maison Où je suis, et me la met sur les épaules ; c'est

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leur manière quand ils font ces sortes de Ésens. Je priai un Français de lui demander, sans qu’il parût

ue ce fût de ma part, ce qu'il vouloit que je lui F4 nasse : j'ai donné sans dessein, répondit-il, est-ce que je traite avec mon père? (traiter signifie ici rendre ). Cependant quelques momens après 1] dit au même Français que sa femme n’avoit point de sel, et son üls de poudre : son but étoit que ce Français me le redit, Le Sauvage ne donne rien pour rien, et il faut observer la même maxime à leur égard, sans quoi on s'expose à leur mépris. Une peau matachée est une peau peinte par les Sauvages de différentes couleurs, et sur laquelle ils peignent des calumets, des oiseaux , des animaux. Celles de chevreuils peuvent servir de tapis de table, et celle: de bœufs de couvertures de lit,

L'établissement français des Akensas seroit considérable , si M, Laws avoit encore été en crédit quatre Ou cinq ans. Sa concession étoit ici dans une prairie à perte de vue, dont l'entrée est à deux portées de fusil de la maison où je suis, La compagnie des Indes lui avoit concédé seize lieues en carré ; cela fait bien,

crois , cent lieues de tour, Son dessein étoit d'y bâur une v!e, d'y établir des manufactures , d'y avoir quantiié de : ssaux, des troupes , d’y fonder un duché, Il ne c. nca | ouvragé qu'un an avant sa chute, Les effets qu’il voya alors dans ce pays, montoient à plus de quinze cent mille livres. Il \ avoit entr'autres choses de quoi armer et équiper Superbement deux cents hommes de cavalerie. Il avoit aussi acheté trois cents Nègre, Les Français ngagés pour cette concession, étoi gens de toutes

rites de métiers, Les directeurs et les ibalternes ,

vec cent hommes , montèrent le fleuve sur cinq b:

(AUX , pOur venir ici commen établissement ils devoient d’abord faire des vivres pour être tat de recevoir ceux qu'ils avoient sés au bas du

fleuve, L’aumônier mourut en chemin » et fut enterré sur une batture du Mississipi, Douze mille Allemands étoient engagés pour cette concession, Ce n’étoit pas mal s'y prendre pour une première année; mais M. Laws fut disgracié, De trois ou quatre mille Allemands quiavoient déjà quitté leur pays , une grande parte moururent à Lorient, presque tous en débarquant dans le pays; les autres furent contremandés : la Compagnie des Indes reprit la concession , et l’abandonna peu après : tout s’en est allé ainsi à la débandade. Environ trente Français sont restés ici; la seule bonté du climat et du terrain les a retenus : car, du reste , ils n’ont reçu aucun secours, Mon arrivée leur a fait plaisir , parce qu ils ont jugé que la Compagnie des Indes n’avoit pas dessein d'abandonner ce quartier , comme ils se l’étoient imaginé , puisqu'elle y envoyoit un missionnaire, Je ne saurois vous explimer avec quelle joie ces bonnes gens m'ont recu. Je les ai trouvés dans une grande disette de toutes choses. Cette misère , avec les chaleurs excessives et extraordinaires de cette année, à mis tout le monde sur le grabat. Je les ai soulagés autant que j'ai pu. Le peu de remèdes que j'ai apportés avec moi leur est venn fort à propos. L'occupation que m'ont donnée les malades ne m'a point empêché de faire , chaque dimanche et chaque fête, une exhortation pendant la messe, et une instruction après les vêpres. J’ai cu la consolation de voir que la plupart en ont profité pour s'approcher des sacremens , et que les autres sont disposés à en profiter. On est bien dédommagé des plus grandes peines, quand elles ne seroient sui-vies que de la conversion d’un seul pécheur.

Les fatigues de la mer , et celles du Mississipi qui sont encore plus grandes , le changement de climat, de, nourriture , de tout, n’a nullement altéré ma santé, Je suis le seul des Français qui ait été préservé de maladie depuis que je suis ici; on me plaignoit

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cependant sur la foiblesse de ma complexion , lorsque je quittai la France ; l’on ne plaignoit pas , par la raison contraire, le père Souel, qui a déjà été trois fois malade depuis qu’il est dans le pays. Priez Dieu qu’il me fasse la grâce de consacrer ce que j'ai de force à la conversion des Sauvages: à en juger humainement , il n’y a pas grand bien à faire parmi eux , du moins dans les commencemens. J'espère tout de la grâce de Dieu. J'ai l'honneur d’être avec respect, etc.

Du père du Poisson, missionnaire aux Akensas , au père ***,

Erss-vous curieux, mon cher ami , d'apprendre la chose du monde la moins curieuse , et qui coûte le plus d'apprendre par expérience ? c’est la manière de voyager sur le Mississipi ; ce que c’est que ce pays si vanté , si décrié tout à la fois en France » et quelle espèce de gens on y trouve. Je n’ai rien autre chose à vous mander à présent, Si la relation que je vais Vous faire de notre voyage n’est pas intéressante , prenez-vous-en au pays ; si elle est trop longue > prenez. Vous-en à l'envie que j'ai de m’entretenir avec vous.

Pendant notre séjour à la Nouvelle-Orléans, nous ÿ aVOns vu la paix et le bon ordre rétablis par les Soins et la sagesse du nouveau commandant général, Il y avoit deux partis parmi ceux qui étoient à la tête des affaires; on appeloit l’un la grande bande, et l’autre la petite bande, Cette division est dissipée, et il y a tout lieu d'espérer que la colonie s’établira plus solidement que jamais. Quo: qu’il en soit, On atteudoit chaque jour l’arrivée de la pirogue qui

238 LETTRES portoit les pères Tartarin, Doutreleau , un de nos frères et les religieuses: c’est ce qui fit précipiter notre départ pour épargner au père de Beaubois un surcroît d'embarras, quoique ce fût la mauvaise saison pour voyager sur le Mississipi. D'ailleurs ce père avoit sur les bras le frère Simon, qui, avec quelques engagés » Étoit descendu des Illinois, et nous attendoit depuis trois ou quatre mois. Simon est un donné de la mission des Illinois: on appelle ici ergagés des gens qui se louent pour ramer dans une pirogue ou un bateau, et l’on pourroit ajouter , pour faire enrager ceux qu'ils conduisent,

Nous nous embarquâmes donc le 25 mai 1727, les pères Souel, Dumas et moi , Sous la conduite du bon homme Simon. Les pères de Guienne et le Petit devoient peu de jours après prendre une autre route ; le premier , comme vous savez, pour les Alibamons, et le second, pour les Chasses. Notre bagage et celui de nos engagés faisoient un volume de plus d’un pied au-dessus des bords de nos deux pirogues ; nous étions perchés sur un tas de cofffes et de ballots , sans avoir la liberté de changer de posture. On nous prophétisa que nous n'irions pas loin avec cet équipage. En remontant le Mississipi on va terre à terre, parce que le courant est trop fort. À peine avions-nous perdu de vue la Nouvelle-Orléans qu'une branche qui s’avançoit, et quine fut point aperçue par celui qui gouvernoit, accroche un coffre , le renvêrse , fait faire la culhute à un jeune homme qui étoit auprès, et frappe rudement le père Souel. Par bonheur elle se rompit dans ce premier effort, sans quoi, et le coffre et le jeune homme étoient dans l'eau. Cet accident nous détermina, lorsque nous

fûmes arrivés aux Chapitulas, à trois lieues de la Nouvelle-Orléans , à dépêcher au père de Beaubois, pour lui demander une plus grande pirogue.

Pendant ce temps-là nous étions en pays de con-

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noissance. Le nom barbare qu'il porte marque qu'il a été autrefois habité par des Sauvages : on appelle à présent de ce nom cinq concessions qui sont le long du Mississipi. M. Duübreuil , parisien , nous reçut dans la sienne, Les trois suivantes appartiennent à trois frères Canadiens qui sont venus dans ce pays, le hAton blanc à la main et le brayer autour des reins, pour s’y établir , et qui ont plus avancé leurs affaires que les concessionnaires de France qui ont envoyé des millions pour fonder leurs concessions , lesquelles sont fondues à présent pour la plupart. La cinquième est à M. de Koli , Suisse de nation, seigneur de la terre de Livry, près de Paris, un des plus honnêtes hommes qu’on puisse voir. Il avoit passé dans le même vaisseau que nous , afin de voir par lui-même l’état de la concession pour laquelle il a équipé des vaisseaux et fait des dépenses infinies. Il y a dans chacune de ces concessions au moins soixante Nègres : on y cultive le maïs , le TIZ , lindigo , le tabac : ce sont celles de la colonie qui ont je mieux réussi, Je vous parle de concession ; J'aurai encore occasion d’en parler aussi-bien que d'établissement et d'habitation ; vous ne savez peut être pas ce que c’est que tout cela , ayez donc la patience d’en lire l'explication, |

On appelle concession une certaine étendue de terrain concédé par la Compagnie des Indes à un particulier ou à plusieurs qui ont fait société ensemble pour défricher et faire valoir ce terrain. C’est ce que l’on appeloit, dans le temps de la plus grande vogue du Mississipi, les comtés , les marquisats du Mississipi : ainsi, les concessionnaires sont les gentilshommes de ce pays. La plupart n’étoient point gens à quitter la France : ils ont équipé des vaisseaux remplis de directeurs, d’économes, de garde-magasins, de commis , d'ouvriers, de différens métiers, de

vivres et d'effets de toutes les sortes, Îl s’agissoit de

s’enfoncer dans les bois , d'y cabaner , d'y choisir un terrain, d'en brûler les cannes et les arbres. Ces commencemens paroissoient bien durs à des gens nullement accoutumés à ces sortes de travaux. Les directeurs et leurs subalternes s’amusèrent pour la plupart dans des endroits où il y avoit déjà quelques Français établis , ils y consommèrent leurs vivres ; à peine l'ouvrage 'étoit-il commencé , que la concession étoit déjà ruinée ; l’ouvrier mal payé ou mal nourri refusoit de travailler | ou se payoit par lui-même ; les magasins étoient au pillage : ne reconnoissez-vous pas là le Français ? C’est en partie ce qui à empêché que ce pays ne s’établisse comme il devoit l'être , après les dépenses prodigieuses que l'on a faites pour cela.

On appelle Aabitation une moindre portion de ‘terre accordée par la Compagnie. Un homme avec sa femme ou son associé défriche un petit canton, se bâtit une maison sur quatre fourches qu'il couvre d’écorce , sème du maïs et du riz pour sa provision ; une autre année 1l fait un peu plus de vivres et une plantation de tabac : sil vient enfin à bout d’avoir trois ou quatre Nègres , le voilà tiré d'affaire; c’est ce que l’on appelle 4abitation, habitant : mais combien sont aussi gueux que lorsqu'ils ont commencé ?

On appelle établissement un canton où il y a plusieurs habitations peu éloignées les unes des autres , qui font une espèce de village.

Outre les concessionnaires et les habitans , il ya encore dans ce pays des gens qui ne font d'autre métier que de courir : 1.° femmes ou filles tirées des hôpitaux de Paris, de la Salpétrière on autres lieux d'aussi bon renom , qui trouvent que les lois du mariage sont trop dures , et la conduite d’un ménage trop génante : les voyages de quatre cents lieues ne font pont peur à ces héroïnes; j'en connois déjà deux dont les aventures feroient la matière d'un

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 24t

dan roman. 2.0 Les voyageurs : ce sont pour la plupart des jeunes gens envoyés pour cause au Mississipi par leurs parens ou par la Justice , et qui, Wouvant que la terre est trop basse pour la piocher , aiment mieux s'engager pour ramer et courir d’un bord à l’autre, 3.0 Les chasseurs : ceux-ci remontent le Mississipi sur la fin de l'été jusqu’à deux ou trois cents lieues , dans le pays où il y a des bœufs ; As font des plats côtés , c'est-à-dire , qu'ils font sécher au soleil la chair qui est sur les côtes du bœuf ; ils salent le reste , et font de l’huile d'ours ; ils descen. dent vers le printemps » €t fournissent de viande la colonie. Le pays qui est depuis la Nouvelle-Orléans jusqu'ici , rend ce métier nécessaire » parce qu'il n’est pas assez habité ni assez défriché pour y élever des bestiaux. A trente lieues d'ici seulement on commence à trouver les bœufs ; ils sont par troupeaux dans les prairies ou sur les rivières. Un Canadien descendit l’année passée à la Nouvelle-Orléans quatre cent quatre-vingts langues des bœufs qu'il avoit tués pendant son hivernement avec son associé seulement.

Nous quittûmes les Chapitoulas le 29. Quoiqu’on nous eût envoyé une plus grande pirogue , et malgré le nouvel arrimage de nos gens , nous avions presque autant d’embarras qu'auparavant. Il ne nous restoit que deux lieues à faire ce jour-là , pour aller coucher aux Cannes-Brüûlées ; Chez M. de Benac, directeur de la concession de M. d’'Artagnan ; il nous recut avec amitié , et nous régala d’une carpe du Mississipi, qui pesoit trente-cinq livres. Les Cannes- Brulées sont deux ou trois concessions le long du Müississipi : c’est un endroit à peu près comme les Chapitoulas ; la situation m’en parut même plus belle.

Le lendemain nous fimes six lieues ; on wén fait guère davantage en remontant ce fleuve > ét nous

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