‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 3)Chapitre 48 sur 72 · PT · texte numérisé non relu

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couchämes, ou plutôt nous cabanâmes aux Allemands. C'est le quartier que l’on assigna au reste languissant de cette troupe d’Allemands qui avoient péri de misère, soit à Lorient, soit en arrivant à la Louisiane, C’est une grande pauvreté que leurs habitations. C'est ici proprement où l’on commence d'apprendre ce que c'est que voyager sur le Mississipi. Je vais vous en donner une petite idée , pour n’être point obligé de répéter toujours la même chose.

Nous étions partis dans le temps des plus grandes eaux ; le fleuve avoit monté à son ordinaire plus de quarante pieds : presque tout le pays est terre basse, et par conséquent 1l étoit inondé. Ainsi nous étions exposés à ne point trouver de cabanage, c’est-à-dire, de terre pour faire chaudière et pour coucher. Quand on en trouve, voici comme on couche. Si la terre est encore vaseuse , ce qui arrive lorsque les eaux commencent à se retirer , on commence par faire une couche de feuillage afin que le matelas n’enfonce point dans la vase. On étend ensuite par terre une peau , ou un matelas, et des draps si l’on en a; on plie trois ou quatre cannes en demi-cercle, dont on fiche les deux bouts en terre, et que l’on éloigne les unes des autres selon la longueur de son matelas ; sur celles-ci on en attache trois autres en travers ; on étend ensuite sur ce petit édifice son barre , c’està-dire une grande toile , dont on replie aveé soin les extrémités par-dessous le matelas. C’est sous ces tombeaux , où l’on étouffe de chaleur , que l’on est obligé de se coucher. La première chose que l’on fait en mettant à terre, c’est de faire son baire en diligence : les maringouins . permettent pas d’en user autrement. Si l’on pouvoit coucher à découvert, on goûteroit la fraicheur de la nuit, on seroit trop heureux. On est bien plus à plaindre quand on ne trouve point de cabanage : alors on amarre la pirogue à un arbre ; si l’on trouve un erubarras d'arbres, on

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fait chaudière dessus ; si l’on n’en trouve point, on se couche sans souper , ou plutôt on reste dans la même situation que pendant la journée , exposé pendant toute la nuit à la fureur des maringouins. Au reste, on appelle embarras un amas d'arbres flottans que le fleuve a déracinés > que son courant entraine continuellement , et qui se trouvant arrêtés par un arbre qui a la racine en terre > Où par une langue de terre , s'accumulent les uns sur les autres, et forment des piles énormes ; on en trouve qui fournirét@nt de bois votre bonne ville de Tours pendant trois hivers. Ces endroits sont difficiles et dangereux à passer, Il faut raser ces embarras , le courant y est rapide , et s’il pousse la pirogue contre ces arbres flottans , elle disparoit aussitôt elle est abimée dans les eaux sous l'embarras.

C’étoit aussi la saison des plus grandes chaleurs , qui augmentoient chaque jour. Pendant tout Le voyage, nous n'avons eu qu'un jour entier d’un temps Couvert; toujours un soleil brûlant sur nos têtes , Sans avoir pu pratiquer sur nos pirogues un petit tendelet qui nous fit un peu d’ombrage, D'ailleurs , la hauteur des arbres et l’épaisseur des bois qui sont dans toute la route aux deux bords du fleuve ne laissent pas soiüter le moindre soufle de vent, quoique le fleuve ait une demie-lieue de traverse; l'air ne 5e fait sentir qu'au milieu du fleuve , lorsqu’il faut le traverser pour prendre le plus court. Nous pompions sans cesse l’eau du Mississipi avec des cannes pour nous désaltérer ; quoique fort boueuse , elle ne fait aucun mal. Un autre rafraichissement que nous avions, c’étoient les raisins qui pendent des arbres presque partout, et que nous arrachions en Passant, ou que nous allions eneillir lorsque nous mettions pied à terre. Il y à dans ce pays, du moins aux Akensas, deux sortes le raisins ; dont l’un mürit en été, et l’autre en automne, C’est la même espèce ; #5.

les grains en sont fort petits , et rendent un jus fort épais. Il yen a encore d’une autre espèce , la grappe n’est que de trois grains qui sont gros comme des prunes de damas : nos Sauvages l’appellent as7 contai ( raisin-prune ).

Nos provisions de vivres consistoient en biscuit , lard salé et bien rance, riz, maïs, pois, et le biscuit nous manqua un peu au-dessus des Natchez. Nous n'avions déjà plus de lard à dix ou douze lieues de la Nouvelle-Orléans ; nous vécûmes de pois, ensuite de riz qui ne nous a manqué qu’à notre asfivée ici. L’assaisonnement consistoit en sel , huile d'ours, et dans un riche appétit. La nourriture la plus-ordinaire de ce pays, presque l’unique pour bien des gens, et surtout pour les voyageurs, c’est le grz. On pile le maïs pour lui ôter sa première pellicule, on le fait bouillir long-temps dans l'eau, les Français lassaisonnent quelquefois avec de l’huile : voilà ce que c'est que le gru. Les Sauvages pilant le mais bien menu le font cuire quelquefois avec du suif, et plus souvent avec de l’eau seulement, c’est de la sagamité, Au reste, le gru tient lieu de pain; une cuillerée de gru et un morceau de viande marchent ensemble.

Mais le plus grand supplice sans lequel tout le reste ne seroit qu'un jeu; mais ce qui passe toute croyance, ce que l’on ne s’imaginera jamais en France, à moins qu'on ne l'ait expérimenté , ce sont les m4ringouins , c'est la cruelle persécution des maringouins. La plaie d'Egypte, je crois, n’étoit pas plus | cruelle: dénittam in te et in servos tuos et in popu- | lum tuum et in domos tuas omne genus muscarum , et ièmplebuntur domus Ægyptiorum muscis diversi generts, etuniversa terra in qua fuerint. | y aici des

frappe-d'abord; i y adesbrälots; ce sontde très-petits moucherons , dont la piqûre est si vive ou plutôt si \ brûlante , qu'il semble qu’une petite étincelle est :

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