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tombée sur la partie qu'ils ont piquée. Il y a des moustiques ; ce sont des brûlots , À cela près qu'ils sont encore plus petits; À peine les voit-on , ils attaquent particulièrement les yeux ; il y a des guépes ; il y a des /aons ; il ÿ a en un motomnne genus muscarum : ma,s on ne parleroit point des autres sans les maringouins : ce petit animal a plus fait jurer depuis que les Français sont au Mississipi , que l’on n'avoit juré jusqu'alors dans tout le reste du monde. Quoi qu'il en soit, une bande de maringouins s’embarquent le matin avec le voyageur. Quand on passe à travers les saules ou près des cannes , comme il arrive presque toujours, une autre bande se jette avec fureur sur la pirogue, et ne la quitte point. Il faut faire continuellement l'exercice du mouchoir, ce qui ne les épouvante guère; ils font un petit vol, et reviennent sur le champ à l'attaque ; le bras se lasse plutôt qu’eux. Quand on met pied à terre pour diner depuis dix heures jusqu’à deux ou trois heures, c'est une armée entière que l’on a à combattre, On fait de la boucane , c’est-à-dire , un grand feu, que l’on étoufle ensuite avec des f'uilles vertes; 1l faut se mettre dans le fort de la fumée, si l’on veut éviter la persécution : je ne sais lequel vant mieux dn reméde où du mal, Après diné , on vendroit faire un petit sommeil au pied d’un arb:e : absoiu… ment impossible : le temps du repos s: passe à lutter contre les Mmaringouins. On se rembarque avec eux. Au soleil couchant on se remet à terre ; aussitôt il faut courir pour aller couper des cannes, du bois et des feuilles vertes pour faire son baire, la chaudière et la boucane : chacun y est pour soi. Alors ce n’est pas une armée , ce sont plusieurs armées que l’on a à combattre; c’est le temps des maringouins, on en est mangé, dévoré ; ils entrent dans la bouche » dans les narines , dans les oreilles; le visage , les mains, le corps en sont couverts; leur aiguillon pénètre
l'habit, et laisse une marque rouge sur la chair, qui enfle à ceux qui ne sont pas encore faits à leurs piqûres. Chicagon , pour faire comprendre à ceux de sa nation la multitude des Français qu’il avoit vus ,
leur disoit qu'il y en avoit autant dans le grand vil
lage (à Paris) que de fenilles sur les arbres et de naringouins dans les bors. Après avoir soupé à la hâte, on est dans l’impatience de s’ensevelir sous son baire , quoique l’on sache qu'on va y étoufler de chaleur. Avec quelque adresse, quelque subtilité qu’on se glisse sous ce baire, on trouve toujours qu'il y en est entré quelques-uns , et il n’en faut qu'un ou deux pour passer une mauvaise nuit,
Telles sont les incommodités du voyage mississipien. Combien de voyageurs les souffrent pour un gain souvent très-modique ! Il y avoit dans une pirogue qui montoit avec nous, une de ces héroïnes dont je vous ai parlé, qui alloit rejoindre son héros ; elle ne faisoit que babiller , que rire, que chanter, Si pour un petit bien temporel , si pour le crime même on fait un pareil voyage, des hommes destinés à travailler au salut des âmes doivent-ils le craindre!
Je reviens à mon journal. Le 31 nous fimes sept lieues : le soir point de cabanage ; de l’eau , du biscuit pour la collation, couchés dans la pirogue, mangés des maringouins pendant la nuit, Nota. C’étoit la vigile de la Pentecôte, jour de jeûne.
Le 1.** juin nous arrivimes aux Oumas à une habitation française, où nou$irouyâmes assez de terrain qui n’étoit pas inondé pour y cabaner. Nous séjournâmes le lendemain, pour donner du repos notre équipage. Le père Dumas et moi nous nous embarquâmes le soir sur une pirogue qui deveit faire pendant la nuit le même chemin que nous devions faire le lendemain; nous évitions par là la grande chaleur, Le 5 nous arrivämes en effet de bon matin aux Bayagoulas (nation détruite), chez M. du Buisson,
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directeur de la concession de MM. Pâris. Nous trou vämes des lits , dont nous avions déjà presque perdu l'habitude ; pendant la matinée, nous reprimes le repos que les maringouins ne nous avoient pas permis de prendre pendant la nuit. YT. du Buisson n’oublia rien pour nous soulager : ii nous régala d’un dindon sauvage ( ils sont en tout semblables aux dindons domestiques , mais d’un meilleur goût ). La concession nous parut bien arrangée et en bon état: elle vaudroit encore mieux si elle avoit toujours eu un pareil directeur. Nos gens arrivèrent le soir; et nous quittâmes les Bayagoulas le lendemain, char més des bonnes manières et des gracieusetés de M. du Buisson.
Framboise, chef des Sitimachas, qui a été esclave de M. de Bienville , nous y étoit venu voir et nous avoit invités à diner chez lui, où nous devions passer vers midi: il nous avoit déjà fait la même invitation lorsqu'il étoit descendu avec sa nation à la Nouvelle- Orléans, pour chanter le calumet au nouveau com mandant. Cela donna occasion à une aventure dont nous nous serions bien passés, et dont vous vous passeriez bien aussi de lire le récit; mais n'importe,
L'inondation avoit contraint les Sitimachas de s’enfoncer dans les bois; nous tirâmes un coup de fusil pour annoncer notre arrivée. Un coup de fusil dans les bois du Mississipi est un coup de tonnerre ; aussitôt voilà un petit Sauvage qui se présente. Nous avions un jeune homme avec nous qui savoit la langue ; il lui parle , et nous fait réponse que le petit Sauvage étoit envoyé pour nous conduire , que le village n’étoit pas éloigné. Il faut observer que ce jeune homme avoit bon appétit , et qu’il voyoit bien que nous ne pourrions faire chaudière à cause des eaux. Sur sa parole, nous nous mettons dans une pirogue sauvage qui étoit là; l’enfant nous conduit. Nous n’étions guère avancés, lorsque l’eau mançqua
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à la pirogue ; ce n’étoit presque plus que de la vase, Nos gens qui nous assuroient qu'il ny avoit plus qu'un pas, poussent la pirogue à force de bras; l’espérance de faire festin chez Framboise les encourageoit; mais enfin nous ne trouvâmes plus que des arbres renyersés, de la vase » €t quelques bas-fonds où l'eau croupissoit, Ce petit Sauvage nous laisse 1à et disparoït en un moment, Que faire dans ces bois sans guide? Le père Souel saute dans l’eau » nous en fimes autant; c'étoit quelque chose de plaisant de nous voir barboter parmi les ronces et les broussailles , ét dans l’eau jusqu'aux genoux ; notre plus grande peine étoit d’arracher nos souliers de la vase : enfin bien crottés, bien harrassés | nous arrivämes au village qui étoit éloigné du fleuve de plus d’une demi-lieue, Framboise fut surpris de notre arrivée ; il nous dit froidement qu'il n’avoit rien : à ce trait nous reconnûmes le Sauvage. Notre interprète nous avoit trompés , car Framboise ne nous avoit pas envoyé chercher , il ne nous attendoit pas, et avoit eru qu'il ne risquoit rien de nous inviter, persuadé que l’inondation nous e: 1pécheroit bien d’aller chez lui. Quoi qu'il en soit , su; “etournâmes bien vite et sans guide ; nous nous égarâmes un peu; nous retrouvêmnes la pirogue sauvage, nous nous remimes dedans et nous régagnâmes les nôtres comme nous pûmes. Ceux qui étoientrestés se divertirent de notre
équipage et de notre aventure ; jamais nous n’avong tant ri, ou plutôt, c’est la seule fois que nous ayons
ri. Îl n’y avoit pas terre pour faire chaudière , comme je l'ai déja dit, il fallut se contenter d’un morceau
de biscuit. Nous arrivämes le soir au-dessus de Man-
chat; c’est une branche du Mississipi qui se jette
dans le lac Maurepas: point de terre, point de chau-
dière , point de Cabanage , des millions de marin gouins pendant la nuit, Note iterèm : c’étoit un jour
de jeûne ; les eaux comme nçoient à baisser , ce qui
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| DIFIANTES ET CURIEUSES. 249 nous faisoit espérer que nous ne coucherions plus dans la irogue.
Les Sitimachas habitoicut le L:: du fleuve dans les commencemens de l: colonie : ils tuèrent alors M. de Saint-Côme , missionnaire. M. de Bienville, qui commandoit pour le Roi, vengea sa mort. La curte du Mississipi place mal la nation des Sitina-
has; ce n’est pas la seule faute qui s’y trouve, Aprèg ces petits traits d’érudition mississipienne , je revien à notre voyage.
Le 4 nous couchâimes au Bâton-Rouge, Ce lier ainsi appelé, parce qu'il y'a un arbre rougi pal Sauvages , et qui sert de borne pour la chasse nations qui sont au-dessus et au-dessous, Nou y vimes les restes d’une habitation française , abandonne à cause des chevreuils , des lapins, des chats
sa vages et des ours ravageoient tout, Quatre de nos gens allèrent à | sse, et revinrent le lendean sans autre gibier qu’un hibou. Nous dinâmes le 7
à la concession de M. Mezières : elle a l'air d'une ha bitation qui commence : nous y vimes une baraque , des Nègres, etun bon manant qui ne nous fit ni bien ni mal. Nous cabanâmes le soir à la Pointe- Juupée, devant la maison d’un habitant qui nous recut fort bien. La pluie nous y arrêta le lendemain, et ne nous permit de faire qu’une lieue ce jour-là, jusque chez un autre habitant. Sa maison » posée sur quatre fourches , nous mit, tant bien que mal, à couvert d’un orage affreux. Que ces bonnes gens ont besoin de consolation et spirituelle et temporel.
Le 9 , à peine fâmes-nous embarqués, qu’il sortit hors du bois une odeur exécrable : on nous dit qu’il y avoit à terre une bête que l’on appelle Zête puante, qui répand cette mauvaise odeur partout où elle est, Nous cabanâmes le soir aux Petits - Tonicas , dans les cannes : pendant l'hiver on y met le feu ; pendant l'été il faut les conper pour y pouvoir cabaner, Le
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