OI1- SS
pour le meilleur du pays. C’est un canton fort élevé ; de là on voit serpenter le Mississipi comme dans un abime ; ce sont des buttes continuelles et des basfonds; le terrain des concessions est plus uni et plus beau. La chaleur excessive nous empêcha d'y aller, aussi-bien qu’au village sauvage. Ce village est éloigné d’une lieue des Français : c’est la seule, ou presque la seule nation où l’on voit une espèce de gouvernement et de religion. Ils entretiennent un feu perpétuel , et ils savent par tradition que , s’il venoit à s’éteindre , il faudroit l’aller allumer chez les Tonicas. Le chef a beaucoup d’autorité sur ceux de sa nation , et 1l s’en fait obéir. Il n’en est pas ainsi de la plupart des autres nations; ils ont des chefs qui n’en ont que le nom ; chacun est maître, et l'on ne voit cependant jamais de sédition parmi eux. Quand le chef des Natchez meurt, un certain nombre d'hommes et de femmes doit s’immoler pour le servir dans l’autre monde : plusieurs se sont déjà dévoués à la mort pour le temps que celui-ci mourra; on les étrangle dans ces occasions. Les Français font ce qu'ils peuvent pour empêcher cette barbarie , mais ils ont bien de la peine à en sanver quelqu’un. ls disent que leurs ancêtres ont passé les mers pour venir dans ce pays : des personnes qui connoissent leurs mœurs et leurs usages mieux que moi, prétendent qu’ils sont venus de la Chine.
Quoi qu’il en soit , les Tonicas et les Natchez sont deux nations considérables , qui devroient avoir chacune un missionnaire. Le chef des Tonicas est déjà Chrétien , comme je vous l’ai dit ; il a beaucoup d'autorité sur les siens , et d’ailleurs tout le monde convient que cette nation est très- bien disposée pour le christianisme. Un missionnaire trouveroit le même avantage aux Natchez , s’il avoit le bonheur de convertir le chef ; mais ces deux nations sont dans le district des pères Capucins , qui, jusqu'ici, n'ont appris aucune langue sauvage,
, ap cg
RER ER PORN
Nous quittâmes les Natchez le 17, el nous nous embarquâmes , le père Dumas et moi, sur une pirogue qui partoit pour la chasse, Les nôtres n’avoient pas encore fait leurs vivres , c’est-à-dire , acheté et fait piler du maïs. Les battures commençoient à se découvrir ; nous y trouvions des œufs de tortue , nouveau régal pour nous. Ces œufs sont un peu plus gros que ceux de pigeons ; on les trouve dans le sable des battures ; le soleil les fait éclore ; les traces que les tortues ont laissées » font découvrir les endroits où elles ont caché leurs œufs ; on en trouve en quantité , et l’on en fait des omelettes qui sont bonnes pour des gens qui ne mangent que du gru.
On compte de la Nouvelle-Orléans aux Natchez, près de cent lieues, et des Natchez aux Yatous, quarante, Nous fimes cette seconde traversée , Sans autre aventure , sinon que nous fümes surpris pendant une nuit d’un orage violent avec des éclairs et du tonnerre : jugez si l’on est bien à couvert de la pluie sous une toile. Le lendemain un Sauvage qui remontoit avec nous, mit pied à terre pour aller à Ja chasse ; nous continuâmes nctre route. Nous n'eûmes pas fait une demi-lieue » qu'il parut sur le rivage avec un chevreuil sur les épaules ; nous cabanämes sur la première batture pour faire sécher nos hardes et pour faire chaudière haute. Ces repas
que l’on fait après une bonne chasse > Sont tout à
fait à la sauvage ; rien n'est plus plaisant : la bête est
en pièces dans un moment : rien n’est perdu ; nos voyageurs tirent du feu ou de la marmite , Chacun selon son goût ; leurs doigts et quelques petits bâtons leur tiennent lieu de toutes sortes d'instrumens de cuisine et de table, A les voir couverts seulement d'un brayér, plus hâlés , plus boucanés que des
Sauvages , étendus sur le sable ou accroupis comme
des singes, dévorer ce qu'ils tiennent en main , on
ne sait si c’est une troupe de Bohémiens ou de gens qui font festin au sabat,
st Je um © en nn oo fn bem © ln Em A P bén
IS NOUS ne pivoient 1eté et it à se >rtue , u plus ans le traces es en— rouve 1 sont L gru.
chez, tous , sans penrs et de la e qui ler à ur le $ Cacher ‘epas ut à e est nos icun tons > de nent des ime on ENS
Le 33 nous arrivâmes aux Yatous ; c’est un poste français à deux lieues de l'embouchure de la rivière de ce nom , qui se jette dans le Mississipi. Ii y a un officier sous le nom de commandant , une douzaine ! de soldats et trois ou quatre habitans. C’est là qu’étoit la concession de M. Leblanc, qui s’en est allée en décadence comme bien d’autres. Le terrain est élevé par buttes ; il est peu découvert ; l'air y est, dit-on, mal-sain. Le commandant à notre arrivée fit tirer toute l'artillerie du fort, qui consiste en deux pièces de très - petits canons. Ce fort est une baraque où loge le commandant , entourée d'une palissade, mais bien défendue par la situation du lieu. Le commandant nous reçut chez lui avec beaucoup d'amitié ; nous Cabanâmes dans sa cour. Nos deux pirogues, dont l’une portoit le père Souel , missionnaire des Yatous , arrivèrent deux jours après nous ; le fort lui fit les mêmes honneurs qu’à nous. Ce cher père avoit été dangereusement malade pendant la traversée des Natchez aux Yatous ; il commençoit à se rétablir ; il m’a écrit depuis mon arrivée ici qu’il étoit retombé malade , et qu'il étoit en convalescence lorsqu'il m'écrivoit. Pendant notre séjour aux Yatous il acheta une maison, ou plutôt une cabane à la française , en attendant qu'il prit ses arrangemens pour se placer parmi les Sauvages qui sont à une lieue du poste français. Il y a trois villages qui parlent trois langues différentes et qui composent une nation peu nombreuse : je ne les connois pas davantage.
Le 26 nous nous rembarquâmes , le père Dumas et moi. Des Yatous aux Akensas, on compte soixante lieues , nous y arrivâmes le 7 juillet, sans autre aventure que d’avoir fait une fois chaudière haute d’un ours qu'un de nos gens avoit tué à la chasse. Les villages des Akensas sont mal placés sur la carte. La rivière à son embouchure fait une fourche, Dans la
branche d'en haut , se jette une rivière que les Sa vages appellent Nrska ( eau blanche ), qui n’est point marquée sur la carte , quoiqu’elle soit consi.. dérable, Nous entrâmes par la branche d’en bas. De l'embouchure de cette branche À l'endroit où la rivière se sépare en deux , il y a sept lieues; de là il y a deux lieues au Premier village qui renferme deux nations , les Tourimas et les Tou ingas. De ce premier village au second , 1l y a deux lieues par eau etune lieue par terre; on l’appelle le village des Southouis. Le troisième village est un peu plus haut du même bord de la rivière, ce sont les Kappas ; de l'autre bord et vis-à-vis de ce dernier village , sont les habitations francaises, Les trois villages sauvages qui renferment quatre nations de noms différens , n'en font qu’une sous le nom commun d'Akensas que les Français ont aussi donné à la rivière , quoique les Sauvages l’appellent »; gitai ( eau rouge }; ils parlent la même langue , et font en tout environ douze cents âmes.
Nous étions peu éloignés de ces villages, lorsqu'une bande de petits Sauvages nous ayant aperçus, fit un grand cri et cournt au village. Une pirogue française qui nous avoit précédés d’un jour, avoit averti de notre arrivée. Nous trouvâmes tout le vil- Jage assemblé au débarquement. Aussitôt que nous eûmes mis pied à terre , un Sauvage demanda à nn de nos gens qu’il connoissoit et qui savoit la langue , combien de lunes Z Cef noïr demeureroit parmi eux; toujours, répondit ce Français; tn mens, répartit le Sauvage; le Français lui répondit que non, qu'il ÿ en auroit toujours parmi eux pour leur apprendre à connoître le Grand Esprit, comme il yena aux Illinois. Le Sauvage le crut et lui dit: Mon cœvr rit quand tu dis cela. Je me fis conduire par ce même Francais au village des Southouis , par terre.
Avant que d’y arriver, nous trouvâmes le chef sous
son
les Sas
ui n’est
t cons:
bas. De t où la ; de là nferme s. De ce par eau es Souaut du as ; de > , Sont uvages érens , sas que uoique >); ils
Aviron
. Jorserçus , rogue avoit e vilnous à um ngue , parmi ss, r'énon, prenen a cœur ar ce erre.
‘sous
son
son an/ichon ( c’est le nom que les Français donnent à une espèce de cabane ouverte de tous côtés, que les Sauvages ont à leur désert (à leur campagne } et où ils vont prendre le frais). Il m'invita à me coucher sur sa nalte, et me présenta de la sagamité ; il dit un mot à son petit enfant qui étoit là ; celui-ci fit aussitôt le cri sauvage, et cria de toutes ses forces : panianga Sa, pantanga sa (le chef noir , le chef noir ). Dans un instant tout le village entoura l’antichon. Je leur fis dire dans quel dessein j'étois venu; je n’entendois de tous côtés que ce mot, gaton ; mon interprète me dit qu'il signifioit ce/a est bon. Toute cette troupe me conduisit au bord de l’eau en poussant de grands cris. Un Sauvage nous fit traverser la rivière dans sa pirogue , et après avoir marché un demiquart de lieue , nous arrivâmes aux habitations françaises. Je me logeai dans la maison de la compagnie des Indes, qui étoit celle des commandans lorsqu'il ÿ en avoit ici, et je sentis bien de la joie d’être au bout des deux cents lieues que j'avois à faire; j’aimerois mieux faire deux fois le voyage que nous avons fait sur mer dans la même saison > que de recommencer celui-ci. Le père Dumas n’étoit qu'au milieu de sa route pour se rendre aux Illinois ; il se rembarqua le lendemain de son arrivée. On ne trouve
pas la moindre habitation d'ici aux Illinois; mais on
ne manque guère de tuer quelques bœufs, qui accommodent bien des gens qui n’ont que du gru pour vivre,
Me voici au bout de ma longue et ennuyeuse re. lation, Je n’ai écrit que pour vous et pour un ami aussi indulgent que vous, c’est le père Bernard , à qui je vous prie d'adresser cette lettre ; il est à Dijon ; je tâcherai de contenter davantage votre curiosité F lorsque je connoîtrai mieux les mœurs des Sauvages de ce quartier, Vous n’avez pas la même excuse que
moi; vous êtes sur le grand théâtre qui change de LE 17, 17
se
ee UNS
SRE 2 SN ESC,
EE
scène tous les jours, et fournit matière aux lettres les plus longues et les plus curieuses. Je vous ai écrit de la Nouvelle-Orléans : avez-vous reçu ma lettre ? Je vous prie de faire mes honneurs au père de Fontenai, et de me recommander à ses saints sacrifices ; je me recommande aussi aux vôtres ; vous êtes tous deux dans tous mes menento. Présentez aussi mes respects au père ri et au frère Talard ; je price ce cher frère de m’adresser , dans le premier envoi qu'il fera au père de Beaubois, le plus qu’il ourra d’estampes , et surtout celles qui représentent is différens mystères de la vie de Notre-Seigneur. M. Cars lui en donnera , en le saluant de ma part; il m'en a promis. C’est un des grands moyens que l’on puisse prendre pour donner quelqu’idée des mystères de notre religion aux Sauvages. Ils sont tout extasiés quand ils voient l’image de saint Régis que j'ai dans ma chambre, qui a été gravée par M. Cars; ils se mettent la main devant la ax , c’est un signe d’admiration parmieux:ovakantaqué, s’écrientils, c’est le Grand Esprit. Je leur dis que non; qu’il a été chef à robe noire comme moi; qu’il a bien écouté et observé la parole du Grand Esprit pendant sa vie, et qu'après sa mort il est allé au ciel avec lui. Quelques-uns passent leur main en différentes fois sur le visage du saint et puis la portent sur leur visage ; c’est une cérémonie qu'ils font quand ils veulent donner une marque de vénération à quelqu'un ; puis ils se mettent en différens endroits de ma chambre, et disent à chaque fois en riant : 7/ me regarde, 1l parle presque, il ne lui manque que la parole. Voilà bien des minuties ; il est temps que nous reprenions haleine tous deux. Adieu , etc.
Aux Akensas, ce 3 octobre 1727.
JR CU | ln on. HouLe 1H0r. || || EE ES
en ob
ettres | écrit ettre ?
re de sacris êtes aussi lard ; emier
qu'il ntent neur.
rt; 11 e l’on myst tout s que Cars; st un rient- ; qu'il | bien ndant 2 lui.
s fois ir Vi- | veuu’un ; chamarde , arole.
1S re—
mms LETTRE
Du père le Petit, missionnaire, au père d'Avau=
gour , procureur des missions de l'Amérique Septentrionale,
A la Nouvelle-Orléans, le 12 juillet 1930,
MON RÉVÉREND PÈRE, La paix de N. 5,
… Vous n’avez pu ignorer le triste événement qui à désolé cette partie de la colonie française établie aux Natchez, sur la droite du fleuve de Mississipi, à cent vingt lieues de son embouchure, Deux de nos missionnaires, occupés à la conversion des Sauvages, ont été compris À à le massacre presque général que cette naton barbare a fait des Français, dans le temps même qu’on n’avoit nulle raison de se défier de sa perfidie, Unesigrande perte que vientd’éprouver cette mission naissante, sera long-temps l’objet de nos plus vifs regrets. Comme vous n'avez pu savoir que d’une manière confuse, les suites d’une si noire trahison , je vais vous en développer toutes les circonstances ; mais auparavant je crois devoir vous faire connoître le caractère de ces perfides Sauvages appelés Natchez. Quand je vous aurai d{crit la religion, les mœurs et les coutumes de ces bürbares, je viendrai à l’histoire du tragique événement dont j'ai dessein de vous entretenir, et je vous en raconterai toutes les particularités dans un détail , dont je m’assure que vous n’avez eu nulle connoissance,
Cette nation de Sauvages habite un des plus beaux et des plus fertiles climats de l'univers. Ce sont les
seuls de ce continent-là qui paroissent avoir un culte réglé, Leur religion, en certains points , approche assez de celle des anciens Romains: ils ont un temple rempli d'idoles; ces idoles sont différentes figures d'hommes et d'animaux , pour lesquels ils ont la plus profonde vénération. La forme de leur temple res-. semble à un four de terre qui auroit cent pieds de circonférence ; on y entre par une petite porte haute de quatre pieds, et qui n’en a que trois à largeur ; on n’y voit pas de fenêtre, La voûte de l'édifice est couverte de trois rangs de nattes posées les unes sur les autres , afin d'empêcher que les pluies ne dégradent la maçonnerie. Par-dessus et en dehors sont trois figures d’aigles de bois peints en rouge, en jaune et en blanc. Au-devant de la porte est une espèce d’appentis avec une contre-porte, où le gardien du temple est logé. Tout autour règne une enceinte de palissades , sur laquelle on voit exposés les crânes de toutes les têtes que leurs guerriers ont rapportées des combats qu’ils ont livrés aux ennemis de leur nation,
Dans l'intérieur du temple, il y a des tablettes posées à certaine distance les unes sur les autres, On y a placé des paniers de canne de figure ovale, où sont renfermés les ossemens de leurs anciens chefs, et à côté, ceux des victimes qui se sont fait étrangler pour suivre leurs maîtres dans l’autre monde. Une autre tablette séparée porte plusieurs corbeilles bien peintes , où se conservent leurs idoles : ce sont des figures d'hommes et de femmes faites de pierre et de terre cuite, des têtes et des queues de serpens extraordinaires , des hiboux empaillés, des morceaux de cristal, et des mâchoires de grands poissons. Il ÿ avoit en l’année 1699 une bouteille et une patte de verre, qu’ils gardoient précieusement,
Is ont soin d'entretenir dans ce temple un feu
culte oche nple rures plus res-« ls de aute eur ; e est s sur grasont , en une garens les rapis de
ettes tres, ale, lens fait utre eurs idomes
des emires une ré
feu
ÉDIFIANTES ET CURIEUSRS. 261
perpétuel , et leur attent.on est d'empêcher qu'il ne flambe : ils ne se servent pour cela que de bois sec de noyer ou de chêne, Les anciens sont obligés de por, chacun à son tour, une grosse bûche dans enceinte de la palissade, Le nombre des gardiens du temple est fixé , et ils servent par quartier, Celui qui est en exercice est comme en sentinelle sous l’appeutis , d’où il examine si le feu n’est pas en dange: de s’éteindre : il l’entretientavec deux ou troiggrosses bâches, qui ne brûlent que par l'extrémité , et qui ne se mettent jamais l’une sur l’autre , pour éviter la flamme.
De toutes les femmes , il n’y a que les sœurs du grand chef qui aient la liberté d’entrer dans le temle : l'entrée en est défendue à toutes les autres, aussi- Bien qu’au menu peuple , lors même qu’ils apportent à manger aux mânes de leurs parens, dont les ossemens reposent dans le temple. Les mets se donnent au gardien, qui les porte à côté de la corbeille où sont les os du mort: cette cérémonie ne dure que pendant une lune. Les plats se mettent ensuite sur les palissades de l'enceinte, et sont abandonnés aux bêtes fauves.
Le soleil est le principal objet de la vénération
de ces peuples. Comme ils ne conçoivent rien qui
soit au-dessus de cet astre, rien aussi ne leur paroit plus digne de leurs hommages ; et c’est par la même raison que leur grand chef, qui ne connoit rien sur la terre au-dessus de soi-même, prend la qualité de frère du soleil. La crédulité des peuples le maintient dans l'autorité despotique qu’il se donne. Pour mieux les y entretenir , on élève une butte de terre rapportée , sur laquelle on bâtit sa cabane, qui est de même construction que le temple : la porte est exposée au levant, Tous les matins , le grand chef honore de sa présence le lever de son frère aïiné , et le salue de plusieurs hurlemens dès qu'il paroit sur
l'horizon; ensuite il donne ordre qu'on allume son calumet (1), et il lui fait une offrande des trois preimières gorgées qu’il tire ; puis élevant les mains audessus A la tête , et se tournant de l’orient à l'occident, il lui enseigne la route qu’il doit tenir dans sa course. |
Il y a dans cette cabane plusieurs lits à gauche en entrant : mais sur la droite il n'y a que le lit du rand'chef , orné de différentes figures peintes. Ce fe ne consisté que dans une paillasse de cannes-et de jones foft durs, avec une büclie carrée qui lui sert de chevet, Au milieu de la cabane on voit une petite borne : personne ne doit approcher du lit qu'il n'ait fait le tour de la borne. Ceux qui entrent saluent par un hurlement, et avancent jusqu’au fond de la cabane , sans jeter les yeux du côté droit où est le chef: ensuite on fait un nouveau salut en élevant les bras au-dessus de la tête et hurlant trois fois. Si €’est une personne que le chef considère , il répond par un petit soupir et lui fait signe de s'asseoir ; on Je remercie de sa politesse par un nouvel hurlement, À toutes les questions que fait le chef, on hurle une fois avant que de lui répondre : et lorsqu'on prend Cangé de lui, on fait traîner un séal hurlement jusqu'à ce qu'on soit hors de sa présence, Lorsque le grand chef meurt, on démolit sa cabane; puis on élève une nouvelle butte où l’on bâtit Ja cabane de celui qui le remplace dans sa dignité , et qui ne loge jamais dans celle de son prédécesseur, Ce sont les anciens qui enseignent leurs lois au reste du peuple : une des principales est d’avoir un souveraln respect pour le grand chef, comme étant frère du soleil, et le maître du temple. Ils croient
(:) Le calumet est une grande pipe dont se servent les Sauvages.
REPRRRE red
ne son Is pre- N$ AU— l'occians sa
he en ht du es. Ce nes-et qui lui t une t qu'il iluent de la est le levant is. Si pond r;on mént.
e une prend
t jus-
A Ca bâtit ., 2 nité , Sera reste SOU
LA étant oient
nent
nt les
limmortalité de l’âme. Lorsqu'ils quittent ce monde, ils vont , disent-ils, en habiter un autre, pour y être récompensés ou punis. Les récompenses qu'ils se promettent consistent principalement dans la bonne
chère , et le châtiment, dans la privation de tout
plaisir. Ainsi ils croient que ceux qui ont été fidèles observateurs de leurs lois, seront conduits dans une région de délices, où toutes sortes de viandes les plus exquises leur seront fournies en abondance ;
qu’ils y couleront des jours agréables et tranquilles .
au milieu des festins , des danses et des femmes, enfin qu'ils goûteront tous les plaisirs imaginables ; qu’au contraire les infracteurs de leurs lois seront jetés sur des terres ingrates et toutes couvertes d’eau: qu'ils n’auront aucune sorte de grains , qu'ils seront exposés tout nus aux piauantes morsur®s des maringouins; que toutes les nations leur fer. la guerre; qu'ils ne mangeront jamais de viande , et qu'ils ne se nourriront que de la chair des crocodiles , de mauvais poissons et de coquillages.
Ces peuples obéissent aveuglément aux moindres volontés du grand chef; ils le regardent comme le maître absolu, non-seulement de leurs biens, mais encore:de leur vie , et il n’y a pas un d’eux qui osût lui refuser sa tête lorsqu'il la demande. Quelques travaux qu’il leur ordonne , il leur est défendu d’en exiger aucun salaire. Les Français , qui ont souvent besoin de chasseurs où de rameurs pour des voyages de long cours , ne ‘s'adressent qu’au grand chef. Celui-ci fournit tous les hommes qu’on souhaite , et reçoit le payement sans en faire part à ces malheureux , à qui il n’est pas même permis de se plaindre. Un des principaux articles de leur religion , sur-tout pour les domestiques du grand chef , est d’honorer ses funérailles en mourant avec lui pour aller le servir dans l’autre monde ; ces aveugles se soumettent volontiers à cette loi , dans la folle persuasion
où 1ls sont, qu’à la suite de leur chef » ils vont jouir du plus grand bonheur. 4
Pour se faire une idée de cette isanglante cérémonie , il faut savoir que, dès qu'il nait au grand chef un héritier présomptif, chaque famille qui a un enfant à la mamelle doit lui en faire hommage, Parmi tous ces enfans, on en choisit un certain nombre, qu’on destine an service , et dès qu'ils ont l’âge compétent, on leur donne un emploi conforme à leurs talens: les üns:passent leur vie ou à la chasse , ou à la pêche, pour le service de sa table; les autres sont employés à l'agriculture ; d’autres ne servent qu’à lui faire cortége ; s’il vient à mourir, tous ces domestiques s’immolent avec Joie pour suivre leur cher maître. Ils prennent d’abord leurs plus beaux ajustemens , et se rendent dans la place qui est visà- vis le temple et où tout le peuple est assemblé,
Après avoir dansé et chanté assez long-temps , ils
$€ passent au cou une corde de poil de bœuf avec un nœud coulant, et aussitôt les müiistres préposés à cette sorte d'exécution, viennent les étrangler, en leur recommandant d'aller rejoindre leur maitre , et de reprendre dans l’autre monde des emplois encore plus honorables que ceux qu'ils occupoient en celuici. Les principaux domestiques ayant été étranglés de la sorte, on décharne leurs 0$, surtoul ceux «les bras et des cuisses ; on les laisse se dessécher pendant deux mois dans une espèce de tombeau ; après quoi on les en retire pour les renfermer dans des corbeilles , et les placer dans le temple à côté de ceux de leur maître, Pour ce qui est des autres do mestiques , leurs parens les emportent chez eux , et les font enterrer avec leurs armes et leurs vêtemens. Cette même cérémonie s’observe pareillement à la mort des frères et des sœurs du grand chef, Les femmes se font toujours étrangler pour les suivre, à moins qu'elles n'aient des enfans à la mamelle :