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nee ee
d'en rien prendre, Un des chasseurs , par inadverlance sans doute , s'étant mis en devoir d’en couper un morceau, le chef sur le champ le tua d’un coup de fusil, Ce chef reçoit les Français avec beaucou de distinction ; il ne les fait manger qu'avec lui seul , Où avec quelque chef de nation étrangère , s'il s'en rencontre, Il honore du titre de soleil le Français le plus misérable qui se trouvera dans son village; eten conséquence il dit que le ciel est toujours serein tant que le Français y séjourne. I] n'y a qu’un mois qu'il est venu saluer notre commandant : je suis allé exprès au fort de Chartres > à six lieues d'ici, Pour le voir. C’est un parfaitement bel homme. I m'a fait politesse à sa manière » et m'a invité à aller donner de l'esprit à ses gens, c'est-à-dire, à les instruire. Son village, à ce que rapportent les Fran-
çais qui y ont été , peut fournir neuf cents hommes en état de porter les armes.
Au reste, ce pays-ci est d’une bien plus grande importance qu’on ne s’imagine. Par sa position seule il mérite que la France n'épargne rien pour le conserver. Il est vrai qu'il n’a pas encore enrichi les coffres du Roi , et que les convois sont coûteux ; mais il n’est pas moins vrai que la tranquillité du Canada et la sûreté de tout le bas de la colonie en dépendent. Certainement sans ce poste plus de communication par terre entre la Louisiane et le Canada. Autre considération : plusieurs quartiers du Canada : et tous ceux du bas fleuve se trouveroient privés des vivres qu'ils tirent des Illinois , et qui souvent sont pour eux d’une grande ressource. Le Roi > En faisant ici un établissement solide » pare à tous ces inconvéniens : il s'assure de la possession du plus vaste ; du plus bean pays de l'Amérique Septentrionale,
Pour s’en convaincre > il suffit de jeter les yeux sur la carte si connue de la Louisiane , et de considérer
la
inadver-
A couper un coup eaucoup lui seul , re , s'il le Franvillage; s Serein in mois je suis s d'ici, ame. Il à aller les ins- Franpommes
yrande 1 seule e conhi les LteUX ; té du le en comnada.
nada , ‘is des sont usant iconaste , nale, X sur lérer la
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 32t
la situation des Illinois > et la multitude des nat
auxquelles ce Poste sert communément de barrière, Je suis en Funion de vos saints sacrifices , etc,
Du père Margat , m de Jésus, au père
ions
Issionnaire de la Compagnie *** de la méme Compagnie.
A Notre-Dame de Ja petite Anse, côte de
Saint-Domingue, dépendante da Cap, ce 27 février 1725,
MON RÉVÉREND PÈRE, La paix de N, $.
J'AI reçu la lettre que v de m'écrire , et je ne puis s'attendrisse, Je vous avou
ous m'avez fait l'honneur la lire que mon cœur ne erai même que les grands
+ auquel Dieu, Par son infinie miséricorde > à daigné m'appeler. Il
ÿ à long-temps , me dites-vous > que vous soupirez après. les missions : votre attrait seroi
laborieuses , et pour celles où il y:
une seule difficulté vous arrête ; Position que vous vous sentez àa étrangères. Cet Obstacle | m° trouve point dans nos missi dionale , et c’est ce qui vou rablement aux autres, Mais
savoir à quels travaux elles engagent, le bien qu’il
ÿ a à faire pour avancer la gloire de Dieu et procurer
le salut des âmes + €t enfin çe qu'on Y trouve à TI, IF,
c’est le peu de dis- Pprendre des langues ajoutez-vous , ne se ons de l'Amérique méris les feroit choisir préfé-
vous, êtes bien aise de
souffrir dans l'exercice de nos fonctions. C’est sur quoi je vais vous satisfaire sans vous rien déguiser, et avec toute la sincérité que vous me connoissez,
Quand nous n’aurions d'autre occupation que celle d’être chargés de la conduite spirituelle des Français: que la richesse du commerce attire ici de toutes les provinces , il y auroit , ce me semble , de quoi contenter le zèle d’un homme apostolique. Précher , confesser , catéchiser | administrer les sacremens : visiter , consoler les malades, assister les moribonds ‘ entretenir la paix et l’union dans les familles : voilà à quoi engage notre ministère. Mais ce n’en est qu'une partie : les Nègres esclaves ne sont pas un moindre objet de notre zèle ; nous pouvons même les regarder comme notre couronne et notre gloire. En effet, il semble que la Providence ne les ait tirés de leur pays , que pour leur faire trouver ici une véritable terre de promission , et qu'il ait voulu récompenser la servitude temporelle , à laquelle le malheur de leur condition les assujettit, par la véritable liberté des enfans de Dieu, où nous les mettons avec un succès qui ne peut s’attribuer qu’à la grâce et aux bénédictions du Seigneur.
Vous ne serez pas fâché de connoître le caractère et le génie d’une nation , à la conversion de laquelle vous travaillerez peut-être un jour. L'idée que je vais vous en donner ne sera pas tout à fait conforme à celle que se forment quelques-uns de nos commerçans, quicroient leur faire beaucoup d’honneur de les distinguer du commun des bêtes , et qui ont de la
eine à s’imaginer que des peuples d’une couleur si différente de la leur, puissent être de la même espèce que les Européens, Il est vrai qu’à parler en général, ils sont communément grossiers, stupides, brutaux, plus ou moins , selon la différence des lieux où ils ont pris naissance ; mais le commerce qu'ils ont avec les Européens et avec leurs compatriotes anciens
t sur iser, sez.
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dans la colonie , les civilise et les rend dociles. Il s'en trouve même plusieurs Parmi eux qui ont de Pesprit et du talent pour les arts auxquels on les applique , et où souvent ils réussissent mieux que les Français. Leur simplicité naturelle les dispose en quelque sorte à mieux recevoir les vérités chré. tiennes. Îls sont peu attachés aux Superstitions de leur pays, et la plupart arrivent ici sans aucune teinture de religion. Comme il n’ÿ a point de préjugés à vaincre, leurs esprits sont plus capables des impressions du christianisme , et c’est ce que l'expérience nous apprend tous les jours. Le baptême , pour peu qu’il leur soit connu , devient l’objet de leurs désirs, Ils le demandent avec des empressemens incroyables, et ils témoignent une vénération profonde pour tout ce qui y a du rapport. Le jour où ils ont le bonheur d'y être admis, est le plus sacré de leur vie, Ceux qu'ils ont choisis pour parrains et marraines » aCquièrent sur eux un droit auquel ils se feroientun scrupule de n’être pas soumis, À certains vices près , qui se ressentent du climat où ils sont nés » et qui sont fomentés par la licence de leur éducation et par les mauvais exemples qu’ils ont souvent devant les eux, on ne trouveroit presque point d'obstacles à leur parfaite conversion. Mais quand on les a une fois fixés par les engagemens d’un légitime mariage , ces obstacles cessent d'ordinaire , et ils deviennent d’excel. lens Chrétiens.
Ce sont ces pauvres esclaves , au nombre d’environ cinquante mille , qui nous Gccupent continuellement dix - huit missionnaires que nous sommes. Quand nous ne trouverions d’autre bien à faire , que de baptiser les enfans d’une nation qui multiplie beaucoup, et qui s'accroît chaque année par la multitude des vaisseaux qui en transportent un grand nombre dans cette colonie , le zèle d’un ouvrier évangélique auroit de quoi se satisfaire ; il ne se passe
guère de semaines qu’on n’en apporte cinq ou six à l'église, et quelquefvis davantage, Ces enfans nés dans le sein.de la religion , en apprennent de bonne heure les principes ct les maximes; ils n’ont presque rien de la grossièreté de leurs pères; ils ont plus d'esprit, et parlent notre langue plus purement et avec plus de facilité que la plupart des paysans et des artisans de France. Quand ;ls sont parvenus à un certain âge , et qu'on les a fixés par le mariage, il n’est pas rare de trouver parmi eux de saintes familles , où règnent la crainte de Dieu , l'attachement constant à leurs devoirs , l’assiduité à la prière et aux plus fervens exercices du christianisme. On a vu de jeunes esclaves donner des preuves éclatantes de leur fermeté , et s’exposer aux plus rigoureux traï-temens , plutôt que de consentir aux sollicitations de ceux qui cherchuient À les séduire, Quoique les Nègres nouvellement aitives de Guinée, n’aient pas, géns.1lement parlant , d'aussi heureuses dispositions , on ne Jaisse pas de les tourner assez aisément an bien, Il est vrai que le caractère de leur dévotion est conforme à la grossièreté de leur génie; mais on yÿ tronve cette précieuse simplicité si vantée dans l'évangile. Croire un seul Dieu en trois personnes , le craindre et l'aimer , espérer le ciel, appréhender l'enfer ; éviter le péché, réciter les prières , se confesser de temps en temps, communier lorsqu'on les en juge capables : voilà toute leur dévotion. Du reste » 1ls ont une docilité entière ; ils nous écoutent avec attention » et pourvu que ce qu'on leur dit soit à leur portée, ils profitent insensiblement de nos instructions. Ils en confèrent ensemble à leur manière ; les plus savans instruisent leurs compatriotes nouveaux venus , et leur donnent une grande idée du baptême. Ce sont des semences qui fructifient avec le temps. Ils les présentent ensuite au missionnaire afin qu'il les examine; ils leur
Ar
font répéter en sa présence ce qu'ils leur ont appris ; et lorsqu'on les trouve suffisamment instruits , et
ue d’ailleurs on est informé de leur bonne conduite » on détermine le jour qu’on les admettra au baptême,
On ne peut rien ajouter à la confiance et au respect que ces pauvres gens ont pour les missionnaires: 1ls nous regardent comme leurs pères en Jésus-Christ, Cest à nous qu'ils s'adressent dans toutes leurs peines , c’est nous qui les dirigeons dans leurs établissemens , e. jui les réconcilions dans leurs querelles ; c’est par notre intercession qu’ils obtiennent souvent de leurs maîtres le pardon des fautes qui leur auroient attiré de sévères châtimens ; ils sont Convaincus que nous avons leurs intérêts À cœur , et que nous nous employons à adoucir la rigueur de leur captivité, par tous les moyens que la religion et l'humanité nous suggèrent ; ils y sont sensibles , et ils cherchent en toute OCCasion à nous en marquer leur reconnoissance. Si nous étions un plus grand nombre d'ouvriers , nous pour: ions parcourir plus souvent pendant l’année les diverses habitations qui sont quelquefois éloignées de quatre Ou cinq lieues de l’église; nos instructions plus fréquentes produiroient de plus grands fruits , et ranimeroient la ferveur de ces bonnes gens : mais comme chacun de nous est seul dans son district, il ne nous est guère possible de nous éloigner de notre église . de crainte que pendant notre absence , on ne vienne nous chercher pour des malades qui sont toujours
en grand nombre.
Voilà, mon révérend père , une légère idée de ce qui se peut faire ici d'avantageux pour la gloire de Dieu et le salut des âmes : venons aux peines attachées à notre ministère, On n’en manque point, et ceux qui se consacrent à ces missions , doivent s'attendre à diverses épreuves, Il y en a que cause
l'intempérie du climat , d'autres qui sont attachées à la nature des emplois. Il y en a de particulières pour les nouveaux venus , d’autres qui sont le fruit des travaux et du long séjour. Il y en a enfin qui crucifient le corps et altèrent la santé , et d’autres qui tourmentent l'esprit et aflligent l’âme. Dans les unes et les autres on trouve de quoi exercer la patuence,
Je ne vous dissimulerai pas que cette ile présente d'abord un coup-d'œil charmant à un missionnaire nouvellement débarqué, Une vaste plaine , de vertes prairies, des habitations bien cultivées » des jardins Plantés , les uns d'indigo , et les autres de cannes à sucre, rangés avec art et symétrie ; l’horizon borné Où par la mer, ou par des montagnes couvertes de bois, qui, s’élevant en amphithéâtre , forment une perspective variée d’une infinité d'objets différens ; des chemins tirés au cordeau » bordés des deux côtés par des haies vives de citronniers et d'orangers ; mille fleurs qui réjouissent la vue et parfument l'air : ce spectacle persuade à un nouveau venu, qu'il a trouvé une de ces îles enchantées qui ne subsistent que dans l'imagination des poètes. Mais toute riante qu'est cette image, mettez-vous dans l'esprit qu’il n'y a qu'une grande envie de faire fortune , ou un zèle ardent de travailler au salut des âmes ) Qui puisse faire trouver quelque agrément dans ce séjour.
Je regarde comme une des plus grandes incommodités de cette île la chaleur excessive du climat, dont j'atiribue en partie la cause à la situation même de l’ile. Ses côtes sont assez basses ; et comme elle est partagée dans toute sa longueur par une chaîne de hautes montagnes , elle recoit par réflexion tous les rayons du soleil qui l'échauffent extrémement. Gette conjecture me paroît d'autant mieux fondée , que plus la plaine s'élargit, moins la chaleur est sensible, Au contraire dans les anses, et dans les
ichées lières > fruit n qui autres ns les
la pa-
‘sente inaire vertes rdins nes à orné es de tune rens s côtés ers 5 l'air :
u’il a stent jante qu'il u un uisse
ommat, ême elle aine tous, lent.
lée , est s les
autres endroits plus serrés , tels que sont le Cap, le petit Goave , etc. les chaleurs y sont presque insupportables. Il est vrai que par une disposition admirable de la Providence , cette violente chaleur est modérée par deux sortes de vents qui soufllent régu- Lièrement chaque jour ; l’un qu’on appelle àrise , se lève vers les dix heures du matin, et souflle de l’est à l’ouest jusqu’à quatre ou cinq heures du soir ; l’autre qu’on nomme sent de terre , se lève de l’ouest sur les six ou sept heures du soir , et dure jusqu'à huit heures du matin. Mais comme l’action de ces vents est souvent arrêtée ou interrompue par diverses causes , il reste toujours assez de chaleur pour fatiguer extraordinairement ceux que leurs affaires appellent hors de la maison , surtout depuis neuf heures du matin jusqu’à quatre heures du soir de l'été , qui dure presque neuf mois entiers, C’est dans ce tempslà qu’on est exposé à recevoir ces violens coups de soleil , qui causent des fièvres accompagnées de transports et de douleurs de tête inconcevables : elles mettent le sang et les esprits dans un trèsrand mouvement. d’en ai vu à qui l’on avoit mis sur la tête des bouteilles d’étain remplies d’eau ; l'agitation des esprits la faisoit bouillonner comme si la bouteille avoit été sur le feu. Si l'impression du soleil se fait sur la main ou sur la jembe , elle y cause une inflammation semblable à un érysipèle. Nos habitans ont la précaution de ne sortir que rarement dans ces heures critiques, ou bien ils ne voyagent qu’en chaise : c’est une voiture qui est devenue très-commune , et ce n’est plus une distimction de s’en servir. On nous a souvent pressés d’en user comme d’autres religieux qui ont leurs mussions dans cette partie de l’île qui dépend de Léogane : mais nous n'avons pas cru jusqu'ici devoir nous procurer cette commodité , et nous nous contentons de quelques chevaux , souvent assez mauvais , à cause
de la rareté des bons , et du prix excessif où les fait monter la quantité des chaises roulantes, Cependant notre ministère nous engage à de fréquens et pémibles voyages : il nous est même impossible de garder certaines mesures que la prudence sembleroit exiger , Pour être en état de rendre de plus longs services. On nous vient « e; le jour et la nuit » quelqueiois pour plusieurs endroits éloignés les uns des autres » Soit pour confesser, soit pour administrer le baptême, A peine de retour d’un Quartier , Gn nous appelle dans un autre. Souvent , après une course fatigante , lorsque ücus i0yons prendre un pen de repos , on vient au milieu de la nuit interrompre notre sommeil, pour courir À un prétendu moribond , qui se porte quelquefois mieux que nous, Encore est-on heureux » lorsque pendant ces courses on n'est point accueilli de ces orages soudains et violens > Qui se forment presque toutes les après-dinées depuis le mois d'avril jusqu’au mois de novembre, Les rayons du soleil élevant le matin les vapeurs de la terre , les ramassent , et en forment le soir des espèces d'ouragans , toujours accompagnés d’éclairs, de tonnerre > t d’un vent impétueux. La pluie tombe alors si abondamment . qu’en un instant on est tout percé. Ce ne seroit ailleurs qu'un rafraichissement ; mais ici ces sortes d’accidens son suivis d'ordinaire de quelques accès de fièvre, ou de quelqu’autre fâcheuse incommodité.
Quoique les chaleurs sc. nt moins vies dans les maisons, on ne laisse pas d’en souffrir beaucoup ; elles vous jettent dans l'abattement, et vous êtent les forces et l'appétit. Une quantité prodigieuse de mouches achèvent de vous désoler. Il faut porter à tout moment le mouchoir au visage pour le: chasser,
toute heure , et
OU pour en essuyer la sueur qui déc xle : x abondance, Peut-être croirez-yous qu'on:
lorsque le soleil est sur son déclin :
er soulagé, pouit « ü tout,
s fait dant | pée de éroit on gs , et roits soit d’un ent , ons e la Lun eux jant ages Les nOÏS atin ent paux.
un ‘un DH ou
Le vent qui tombe tout à coup avec le oleil, vous laisse respirer un air étouffant produit pu. es vapeurs de la terre échauffée , qui ne sont plus dussipées par la bise. Si vous voulez sortir pour jouir de la fraicheur des soirées , vous vous trouvez investi d’une armée de maringouins , qui vous obligent de rentrer au plus vite dans la maison, et de vous y renfcrmer. Il y a des temps où , quelques précautions qu’on prenne , on en est tourmenté pendant toute la nuit, Le bruit importun de leur bourdonnement et la pointe aigue 4 leur trompe, vous agitent sans cesse, et vous causent de longues et de dangereuses insommes, Ce qu'il ÿ a d’extraordinaire , c’est que vers le minuit le temps change , et que le vent de terre qui souflle pour lors avec plus de force , amène la fraicheur. On seroit tenté d’en jouir: nais il faut bien s'en donner de garde , il faut même avoir soin de se couvrir, si l’on ne veut s’exposer à de fâcheuses maladies.
Ce n’est pas dire que le soleil ait la même force pendant toute l’année : les vents du nord qui soufflent depuis le mois de novembre jusqu’au mois de mars, modèice:t les chaleurs et amènent des pluies qui rafraîchissent l'air ; mais ces pluies sont si abon- : ae q les rivières débordent , que les chemins se rompeont et evicinent presque impraticables. Comme l'air hu, de et grossier cause dans cette saison une infinité de maladies, c’est le temps où un missionnaire est le plus occupé au dehors. Il est obligé de passer des rivières à la nage, de se trai-ner dans les boues, de grimper des montagnes , de traverser des forêts, de s’exposer : mille incommodités, dont la moindre est d’avoir toute la journée la plie sur le corps. Ce fut dans :ne semblable saison que nous perdimes le père Vauhove. Ce missionnaire , que son zèle entrainoit au-delà de ses forces, étant appelé pour yn malade, s’ob tina à
vouloir passer une rivière que l'orage avoit grossie, La violence des eaux l'emporta , et ce ne fut que le lendemain qu’on trouva son corps fort loin de l’endroit où il étoit tombé, C’est ainsi que , victime de sa charité, il couronna une vie sainte, par une mort que nous avons regardée comme une espèce de martyre,
Il est difficile qu'un air toujours embrasé , ou épaissi par des Vapeurs malignes, ne cause de fréquentes maladies; mais c’est principalement aux MOUVEaux venus qu'il est contraire, On n'en voit guère qui , à leur arrivée , ne payent le tribut. I] y en a qui s’en défendent, les uns trois mois, les autres six, quelques-uns un an et même deux ans; mais il y en a peu wa s’en exemptent, L'attaque est
vive et rusque les huit premiers jours que la mala-
die se déclare; si elle traîne en longueur, c’est un signe certain de guérison, Le défaut de soins et de ménagement est plus à craindre que la malignité du mal, Si la maladie du Pays s’y mêle , le malade tombe
ans une mélancolie profonde, dont on a bien de la peine à le tirer. Ajoutez les chaleurs excessives , qui étant si fâcheuses aux personnes saines, ne peuvent être qu’insupportables À ceux que le poids du mal acCable, J'ai passé par cette épreuve , et je crus un temps que je deviendrois absolument inutile à cette Mission : mais grâce à Dieu ma santé s’est aflermie , etje suis plus en état que personne d'en supporter les travaux,
Îl ne faut que considérer le petit nombre de missionnaires que nous sommes » Pour comprendre qu’il n'est pas possible de ménager la santé des convales- CEnS , autant qu’il seroit nécessaire pour leur parfait rétablissement. Lorsque j’arrivai ici accompagné de plusieurs autres missionnaires > On ne songea d'abord qu'à profiter d’un secours attendu depuis long-temps. À peine fümes-nous débarqués, qu'on destina les
grossie, t que le de l’entime de ne mort èce de
sé, ou de frént aux en voit ut, [l y les au- IX ans; que est | malaest un s et de ité du tombe à de la 8, qui 'uvent u mal ‘us un | cette rmie , ter les
> MIS- > qu'il valesarfait né de
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uns à remplir les postes vacans , et les autres à desservir les quartiers nouvellement établis. Le district qui m'échut en partage , étoit le plus étendu de toute la mission. Je ne tardai guère à être attaqué de la maladie ordinaire, L'éloignement où j'étois du centre de la mission , fit que je m'obstinai à continuer mes fonctions plus long-temps que la violence du mal ne le permettoit, Je me trainois, le mieux qu’il n'étoit possible, en allant assister les malades ; et quand je ne pouvois souffrir le cheval ni marcher à pied, je me faisois porter dans un hamac, et souvent il arrivoit qu’en administrant les sacremens je tombois en foiblesse, Enfin il fallut me transporter à notre maison du Cap, où ma vie fut quelque temps en danger. Le père de la Verouillère étant parti pour remplir le poste que je laissois vide, fut pris de la même maladie, et en mourut. Mes forces n’étoient pas encore bien rétablies, qu’il me fallut le remplacer, Ce retour précipité produisit plusieurs rechutes ui reculèrent ma guérison. C’est cette complication é travail et de maladie qui a mis au tombeau les pères de Baste, Lexi, Allain, et Michel, Si l’on eût pu ménager les nouveaux venus, et leur laisser essuyer les premières maladies dans notre maison du Cap, où l’on ne manque d'aucun secours nécessaire, Nous n'aurions pas perdu d’excellens sujets que la mort a enlevés à la fleur de l’âge. Mais cette sorte d'épreuve ne regarde point les personnes d’un âge avancé: au contraire ce climat est favorable pour les vieillards, et ils y trouvent de quoi réchauffer les glaces de l’âge, Nous en avons quelques-uns qui sont venus fort âgés dans cette île. Ils s’y sont sentis comme renaître, et ils soutiennent encore aujourd’hui tout le poids du travail avec plus de courage et de vigueur que les plus jeunes d’entre nous. Une autre épreuve qui peut étonner un nouveau missionnaite acoutumé au tumulte des villes d'Eu-
E e a À sie À RES A no A nanas
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rope et à la vie sociale de nos maisons, c'estla solitude : elle est extrême, lorsque son ministère ne l'appelle Point au dehors: ils se trouve seul dans une maison isolée et environnée de bois et de mon tagnes , loin des secours dont on Peut avoir besoin à toute heure : livré à la merci de deux Nègres, dont toute l’attention est quelquefois de nuire à leur maître, Dans Je temps des grandes pluies et des débordemens de rivières très-fréquens, on Passe quelquefois jusqu’à huit jours entiers sans voir personne, C’est alors que
le don de la prière et de l'étude est absolument néces- ° > A :
i Ce n’est pas Pation sans sortir
et l’entretien de son église €n peuvent fournir; on peut aussi s'appliquer avec
agrément et utilité À Ja culture d’un petit jardin. Les légumes de France ÿ viennent bien communément, Un pareil amusement ôte à un désert cet air triste et Sauvage qui en rendroit le séjour moins Stipportable, C’est de plus l'unique ressource qu'on ait pendant le cours de l’année, pour subsister le carême et les jours d'abstinence, le poisson étant ici fort rare, moins Par la stérilité des rivières ou de
la mer, que par la né ligence des habitans.
Mais, me direz-vous
éloignées les unes de
>, Où est la mission Principale, Mais ce plaisir, le seul que nous puissions goûter, est bien modéré par
la peine du voyage, et par l’appréhension continuelle que ; pendant notre absence, on
mander pour quelque malade.
grand nombre dont le départe de difficile accés, dans de do
ne vienne nous de- Il y en a d’autres en ment est dans des lienx ubles montagnes sou-
solitude :
l'appelle e maison es, Join e heure, l’atten- Dans le nens de jusqu’à lors que tnécesl'est pas Is sortir n église er avec jardin.
imunécet air moins ‘qu'on ster le | étant Ou de
Iles si e voir IX qui OIs ou 2e en— antau ir, le é par uelle s de-
»s en
lieux sou-
vent environnées de rivières dangereuses: ceux-là, ne sortent que rarement, et il y en a tel que je n'ai pu voir qu'une fois depuis six ans que je suis dans cette mission. Il est vrai qu'on pourroit égayer sa solitude par le commerce qu’on entretiendroit avec quelques-uns des habitans: mais, pour de bonnes raisons, nons nous sommes mis sur le pied de ne sortir de chez nous que lorsque la bienséance ou la charité nous appelle au dehors.
Enfin, mon révérend père, sans parler de beaucoup d’autres incommodités particulières à ces îles, telles que sont une multitude d'insectes de toute espèce, dont les uns sont venimeux et les autres trèsimportuns, je m’arrête aux seules peines attachées à notre emploi. Ce n’en est pas une petite que le dégoût causé par notre assiduité continuelle auprès des Nègres. On en confesse quelquefois plus de cent en une matinée. L’odeur du tabac en fumée dont ils ne peuvent se passer, jointe à celle de l’eau-de-vie de. cannes , dont ils sont très-friands, compose un par+ fum qui ait soulever le cœur à ceux qui n’y sont pas encore accoutumés. Îl en coûte encore plus à la nature, lorsqu'on les assiste dans leurs maladies. On les trouve dans leurs cabanes, étendus par terre sur un méchant cuir qui leur sert de lit, au milieu de
la fange et de l’ordure, souvent*couverts d’ulcères
depuis la tête jusqu'aux pieds. La chaleur étouffante de ces réduits fermés de tous côtés, et où il y a toujours du feu ; la fumée épaisse et la mauvaise odeur qui y règnent , sont un rude exercice pour un missionnaire obligé d'y passer les heures entières, afin de les disposer à recevoir les sacremens , et de les aider à mourir saintement. D'ailleurs, comme ils sont la plupart extrêmement grossiers, ils demandent une application infinie; et ce n’est qu’à force
e leur rebattre les principes de la religion, qu'on peut les instruire,
C’est surtout dans l'exercice de la confession qu'on ale plus à travailler, La plupart s’y présentent comme des statues qui ne disent rien > À Moins qu'on ne les interroge. D'autres vous accablent pâr le détail ennuyeux de mille inutilités, qu'on est obligé d'écouter avec patience pour ne les pas rebuter. La discussion de leurs intérêts est une autre source d’embarras :
Nous sommes les juges nés de leurs différends, et il faut une extrême patience pour les é
à souffrir de Ja Part de leurs maîtres :
comme en Europe, des Personnes d’un plaire et édifiante , il ÿ en a d’autres dont la conduite peu réglée est une source d'inquiétude et d’affliction pour ceux à qui Dieu a confié le soin de leurs âmes.
Voilà, mon révérend père, un exposé fidèle des travaux et des souffrances que cette mission présente à ceux qui s’y consacrent, Je me flatte que vous vien drez bientôtles Partager avec nous, et que l'exemple d’un zèle aussi ardent que le vôtre, ranimera notre ferveur , et nous aidera à Soutenir avec plus de cou-
rage les peines attachées à notre ministère. Je suis avec respect, etc.
n qu'on comme nne les tail enécouter CUSssion
)arras :
ls, et il et les qu’on a a ici, exem- À cont d’afin de
le des isente vienmple notre cou > suis
Du père Margat, missionnaire de la Compagnie de Jésus, au père de la Neuville, de la méme Compagnie , procureur des missions de l Amérique.
À Notre-Dame de la 2er Anse à Saint
Domingue , dépendante du Cap, ce 20 novembre 1730.
MON RÉVÉREND PÈRE, Lo paix de N. 5,
Les mémoires de Trévoux , de l’année 1229, me tombèrent, il y a peu de jours, entre les mains. En lisant l’article 59 du mois de juin , je fus arrêté par une dissertation sur la pintade , dont on donne l’extrait : cette dissertation est de M. Fontanini, archevêque titulaire d’Ancyre. Il Pa composée en expliquant une agate antique , sur laquelle est gravée la tête de la déesse Isis,
Parmi les ajustemens qui ornent la tête de la déesse, et dont l’illustre dissertateur donne des explications aussi ingénieuses que savantes , il insiste particulièrement sur un oiseau qui orne la partie supérieure du front de la déesse. Cet oiseau est, selon les antiquaires, celui que les Romains appeloient 4fra avis , et que l’on appelle indifféremment en Europe, poule d'Afrique, de Barbarie, de Guinée , de Numidie , de Tunis, de Mauritanie, et le plus ordinaïrement encore pintade.
Le savant prélat qui convient de tous ces noms , prétend que quelques auteurs lont confondu mal à Propos avec un autre oiseau appelé zéleugride,
Comme vous n’ignorez pas, mon révérend père, que JS les pintades sont ici très-communes , vous vous per-
Suadez aisément que nous sommes plus en état de juger de la vérité des faits énoncés dans la disserta- n tion, qu’on ne peut l'être en Europe. Je me suis p donc imaginé que je ferois plaisir aux naturalistes , LE de donner, par manière d'examen critique, quelques S éclaircissemens sur cette dissertation. Les savans sont e: sujets à se tromper comme les autres ; c'est un apa- £ nage de l’humanité, et ce que j'ai à dire ne peut rien L diminuer de l'estime que l’on fait avec tant de justice N d'un mérite aussi solidement établi que l’est celui du l' Savant prélat dont je réfute le sentiment, Mon des- v: sein est de faire voir dans cette Courte dissertation , fe que M. Fontanini n’est pas suflisamment fondé à p: chercher une différence spécifique entre la pintade n et la meleagride, B Parmi un assez grand nombre d’auteurs qui ont se parlé de la pintade et de la meleagride , il y en a qui les ont confondues et n’en ont fait qu'une espèce : ti tels sont Varron, Columelle et Pline. D’autres les ont p! distinguées, et en ont fait deux diverses espèces , de tels que Suétone et Scaliger ; avec cette diffé su rence, que Scaliger prétend metre Varron de son le côté, en quoi il est abandonné du savant prélat qui to critique son opinion. I! est à propos de rapporter L 60 d’abord Je passage de Varron, dont le texte est comme | fé: la base de cette question , et donne lieu à la dispute pa qui est entre M. Fontanini et Scaliger. Varron , au be: iX.€ chapitre du 3. livre de l'Agriculture , distingue qu trois espèces de poules différentes, par autant de to noms distingués : il nomme la première v/Uatica , la pr seconde ruséica et la tr:….1ème africana. C’est en sée parlant de cette troisième espèce qu'il s'explique gri ainsi : Gallinæ sunt aliæ » grandes , variæ , gtbberæ, sot quas meleagrides appelant Græci. He novissime in Ë ail {ricliniun gallearium introierunt à culina propter SI Jastid'um
re, que us perétat de sserta- 1e suis listes , elques 1s sont n apant rien justice lui du 1 desation , ndé à intade
u ont a qui >èce = s ont èces , lité e son t qui orter mme pute |, au ngue it de a, la ten ique er"æ , Lè ir pter TL)
Jastidium hominum : veneunt > Propter penuriarn , mnagnè.
La simple lecture de ce texte fait voir que Varron ne pouvoit s'expliquer ni plus clairement, ni plus précisément , pour faire entendre que la pintade et la meleagride sont de la même espèce. Cependant Scaliger à cru y trouver deux espèces distinguées , €n supposant qu'il devoit y avoir un point après 8'bberæ , et qu'on devoit lire ensuite : Quas medeagrides appellent Grœci, be novissime ; etc. Mais outre que cette Ponctuation est uniquement de l'invention de Scaliger, et qu'on n’en trouve aucun vestige dans les diflérens exemplaires , c’est qu'elle feroit tomber Varron dans une contradiction palpable, en ce qu'après avoir posé pour principe qu'il n'y à que trois espèces de poules, il y en ajouteroit là même une quatrième ; ce qui est absurde, au sentiment de M. Fontanini. ;
Comme mon unique but est d’éclaircir cette queston, avant que de réfuter le sentiment du savant prélat, je crois devoir faire un commentaire abrégé de ce texte de Varron. En premier lieu, ga/linæ sunt, dit-il; la Pintade doit être en effet rangée sous le genre des poules; elle en a tous les attributs et toutes les qualités : crête » bec, plumage , ponte , couvée , soin de ses peuts. En second lieu, les ditférences des poules pintades sont fort hien désignées par Varron, dans ces paroles : grandes, variæ, gibberæ, Grandes : elles sont effectivement plus grosses
que les poules communes. Fariæ : leur plumage est
L] L] o tout moucheté. Il ÿ en à ici de deux couleurs : les
premières ont des taches noires et blanches , disposées en forme de rhomboïdes ; d’autres sont d’un gris plus cendré. Les unes et les autres sont blanches sous le ventre , au-dessou: » Ct aux extrémités des ailes. Grbberæ : leur dos, en s’élevant, forme une
, €spèce de bosse , et reprcsente assez naturellement le