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terroir de ce quartier est médiocre, surtout ce qui est le long de la mer, où les fonds sont maigres et salineux. Ïl est assez propre pour l'indigo ; mais les cannes à sucre n’y viennent pas trop bien. Les terrains sont meilleurs au voisinage des montagnes, C'est dans ces quartiers que nous avons une habitaton qui est en sucrerie. Îl y a d'ordinaire un Jésuite résident qui en est comme procureur, La paroisse est à un bon quart de lieue en tirant vers la mer. L'église paroissiale est assez belle et fort bien ornée. On a bâu un presbytère à côté, sur le bord d’une rivière qu'on appelle Z2 Materie , qui est les deux tiers de l’année à sec,
Le Fort-Dauphin et Ouanaminte terminent du côté de l’est la dépendance du Cap pour la juridiction spirituelle. Autrefois toutce quartier s’appeloit Baya, nom qui lui avoit été donné par les Espagnols, à cause d'une baie célèbre, une des meilleures , des plus sûres et des plus spacieuses de toute l’île. Les Espagnols ÿ avoient autrefois un fort à l'endroit qu'on nomme /4 Bouque , dont j'ai vu le plan ; on y a même , depuis quelques années, trouvé quelques peutes médailles dans les ruines qu'on a fouillées pour faire les ouvrages de fortifications qui y sont aujourd'hui. C’est une ville qui est encore petite , mais qui pourra s’augmenter dans la suite. Ce fut M. de la Rocharard , général de cette colonie , qui, en 1726, fit tracer le plan du fort qu'on y voit à présent. Il est situé sur une langue de terre qui s’avance dans la baie ; on en a construit un autre à l'entrée du goulet par où la mer entre, et forme ens’élargissant ce beau port, Il faut nécessairement que les vaisseaux passent par-là pour entrer dans le port, ce qu'on ne peut faire qu'à la demi-portée du canon du port de la Bouque.
U y a à la ville du Fort-Dauphin un état-major , composé d’un lieutenant de roi, commandant de
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ÉDIFIANTES ET CURIUSES. 387
tout ce quartier , qui s'étend depuis le Trou jusqu’:
l'Espagnol. Il est subordonné au gouverneur du Cap. Il ÿ a aussi un major et quelques compaynies françaises et suisses, une juridiction qui est du conseil supérieur du Cap. L'église fait face sur la place d’armes qui est spacieuse. On en bâtit actuel. lement une en maçonnerie, qui ne le cédera à aucune des plus belles de la colonie, Il n’y a présentement qu'un curé Jésuite , qui seul est chargé du soin de la paroisse , et qui est en même temps au— mônier du fort, où il va dire une première messe les fêtes et dimanches , après quoi il revient faire l'office à la paroisse. Les ins de la ville , les soldats et les habitations , à trois ou quatre lieues aux environs , surchargent trop un missionnaire ; mais la disetie de sujets ne permet pas de faire autrement.
Il y a peu d'années que le curé du Fort-Dauphin étoit chargé de tout ce que les Français possèdent jusqu’à l'Espagnol ; ce qui faisoit une paroisse immense de plus de vingt-cinq lieues de circuit. On a formé pour sun soulagement une paroisse plus proche de la frontière espagnole ; elle s'appelle Ozanaminte. On y a bâti une église et un presbytère. Le père de Vaugien , Jésuite de la province de Champagne, a été le premier missionnaire qui ait desservi cette paroisse dans l’année 1729 : mais il n'y fut pas longtemps , car il mourut quatre mois après son arrivée dans la mission.
Il y a quelques quartiers situés dans l'épaisseur des montagnes, qui répondent à ceux que je viens de vous décrire , ce qui est commun à toute la côte de Saint-Domingue , soit celle du nord , Soit celle du sud. Pour vous mettre au fait de ceci , mon révérend père , il est bon de savoir que l’île de Saint Domingue , dans sa longueur , qui s'étend de l’est à l'ouest , est partagée par une chaîne de montagnes qui occupent le milieu de l'ile, en ou de part
et d'autre jusqu’au bord de la mer une côte qui est plus ou moins large , suivant que ces montagnes s'approchent ou s’éloignent plus du bord de la mer.
C'est le long de ces côtes et dans la plaine, que sont situées les meilleures habitations , et les plus beaux établissemens , tant des Français que des Espagnols. Ces chaines de montagnes qui occupent le milieu de l'ile, ont quelquefois jusqu’à trente et quarante lieues de largeur. Ce sont pour la plupart des pays inhabitables ; cependant il y a d’espace en espace des vallées considérables , dont les terrains sont très-bons , et où l’on a formé des établissemens, des quartiers et des paroisses. Ainsi, au quartier de la Petite - Anse , que je vous ai décrit ci - dessus , répond le quartier du Dondon, qui est dans l’épaisseur de la montagne , au sud de la Petite-Anse. Il n'y a pas bien des années que ce n’étoit qu’un pays de chasse ; ce n’est que depuis vingt ans qu’on j'a culuvé, et qu'il s’y est formé quantité d'habitations qui font aujourd’hui un beau quartier. 11 y a une paroisse établie , et un curé résident , qui est un religieux du grand ordre de Cluny.
C'est dans cette paroisse que mourut , il y a huit ans, le père le Pers, un des plus célèbres et des plus laborieux missionnaires de cette dépendance. Il étoit le doyen de la mission, y étant venu en 1705. Le père le Pers, sous un extérieur très-simple et extrémement négligé, cachoit un très-bon esprit, une mémoire heureuse, un jugement sain, mais sur-tout beaucoup de candeur et un cœur extrêmement charitable. Pendant trente ans qu’il a vécu dans la mission, il y a peu d’endroits où il n’ait travaillé et laissé des monumens de son zèle. Son attrait particulier étoit de se confiner dans les endroits les plus sauvages et les moins habités, qu’il prenoit plaisir à former. Sitôt qu’il avoit mis les choses en bon train, que les églises et les presbytères étoient dans un
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arrangement convenable, il demandoit aussitôt un successeur, et passoit à un autre quartier, pour y continuer le même travail. Cela marque, comme vous le voyez, mon révérend père, un homme bien détaché de lui-même ; car on aime naturellement à jouir du fruit de ses travaux. Le père le Pers ne se réservoit que la peine, et laissoit aux autres la douceur d’un établissement qu’ils n’avoient plus qu'à perfectionner. Son caractère étoit une espèce de philosophie, dont le fond étoit la religion. Indifférent pour tout ce qui regardoit la vie temporelle, il sembloit ignorer tout ce qui y a rapport, ou n’y faire attention qu’autant que les besoins extrêmes l’'avertissoient d’y pourvoir. On ne voyoit dans les lieux où il faisoit résidence aucune espèce de cuisine, Presque toujours en voyage, il ne portoit pour toute provision que quelques œufs durs et du fromage. Il s’arrétoit en route sur le bord du premier ruisseau , où il prenoit sa frugale réfection; et souvent emporté par le plaisir d’herboriser, qui le faisoit errer dans les bois et dans les montagnes, 1l falloit que son nègre l'avertit qu’il étoit temps de prendre quelque nourriture, Il joignoit à cela un grand zèle pour le salut des âmes, surtout un attrait et un talent particulier pour la direction des Nègres; une grande affabilité qui le rendoit aimable dans le commerce de la vie, quoiqu'il fût cependant naturellement très-retiré, et qu'il n’entretint commerce avec les séculiers qu’autant qu'il le croyoit nécessaire pour leur salut, ou pour satisfaire à la curiosité qu’il avoit de se mettre au fait de l’histoire du pays.
Cette étude étoit le seul délassement qu'il se permit au milieu de ses travaux apostoliques. Comme il arriva de bonne heure dans la mission , il ÿ trouva quantité d'anciens colons, quelques flibustiers, et d’autres personnes, témoins oculaires des événemens tout récens, passés depuis le commencement des
établissemens des Français dans cette colonie. Ce fut sur leurs mémoires, corrigés et éclaircis les uns par les autres, qu’il dressa une histoire de Saint-Domingue. Il trouva dans Oviedo et dans d’autres historiens.espagnols, ce qui regardoit les temps antérieurs, c’est-à-dire , la narration de tout ce qui s’est passé depuis l'entreprise de Christophe Colomb, jusqu'au commencement de l’arrivée des Français, et de leurs premiers exploits à la côte. Il ajouta à cela l’état présent de l’île, dont il avoit parcouru une bonne partie, et l’histoire naturelle, autant qu'il l'avoit pu étudier par lui-même, en profitant des lumières d’Oviedo, d’Acosta, et d’autres sources. Il garda long-temps cette histoire manuscrite, se défiant de son style, qui effectivement avoit bien des défauts. Il se détermina enfin à envoyer ses papiers au père de Charlevoix, qui, dans son histoire de Saint-Domingue, rend compte de l’usage qu’il a fait des mémoires du père le Pers.
Ce missionnaire, peu satisfait de la manière dont il avoit traité l’histoire naturelle, se mit en tête de s'appliquer à la botanique. La méthode de M. de Tournefort lui étant tombée entre les mains, l'ardeur d'herboriser le saisit et lui tint désormais, après les fonctions de son ministère, lieu de toute autre occupation. Il composa, suivant les principes de la nouvelle méthode, quantité de mémoires sur les plantes de Saint-Domingue. Ce travail l’occupoit encore quand il mourut. Il avoit demandé au père supérieur de la mission d'aller desservir la paroisse du Dondon, nouvellement établie » Où pas un Jésuite n'avoit encore été, C’étoit là, comme j'ai dit, son attrait : il pouvoit encore y en trouver un particulier par la situation de ce quartier, qui est un pays haut, coupé de montagnes, où il y a bien plus de fraicheur . et d'humidité ; par conséquent très-favorable à la botanique, Il jouit bien peu de temps de cet avan-
tage si conforme à son inclination. Comme il étoit déjà sur l’âge , affoibli par ses grands travaux et par le peu d'attention qu’il avoit pour sa santé, accoutumé d’ailleurs aux grandes chaleurs, la fraîcheur de ce: quartier lui fut mortelle, et il y termina sa carrière âgé de cinquante-neuf ans. M. Desportes , médecin, son ami, et botaniste de profession, se trouvant auprès de lui quand il mourut, profita, avec la permission du père Levantier, supérieur général, des manuscrits du défunt, dont il est à croire qu’il rendra
avec le temps compte au public,
Au bas des montagnes du Dondon est situé le ques de la Grande-Rivière , où il y aune paroisse, ont sainte Rose est la patrone. Cette paroisse est à une égale distance de Limonade , du quartier Morin et de la Petite-Anse, environ à deux lieues de ces trois quartiers. Celui-ci est une gorge qui se prolonge fort avant entre deux chaînes de montagnes. Il peut avoir sépt à huit lieues de longueur , sur une demi-lieue et quelquefois moins de largeur. Toute cette gorge n'est proprement que le lit d’une assez belle rivière, qui prend sa source dans la double chaine des montagnes qui sont sur le terrain éspagnol, et qui, après avoir coulé long-temps entre des fa- Jaises très-hautes, vient arroser ce quartier; de là elle fait différens tours dans ceux de Saint-Louis et de Limonade, d’où elle se décharge dans la mer visà-vis du nord. Il n’y a de plaine en ce quartier que ce que la rivière , dont le lit change à chaque débordement, veut bien y laisser. Les habitations sont placées sur l’un et l’autre bord. Il la faut passer et repasser à chaque moment quand on veut parcourir le quartier, ce qui est fort incommode et très-dangereux , surtout pour les missionnaires que leur mi-
nistère appelle sans cesse en divers lieux.
1 y a vingt ans que ce quartier étoit un des plus
peuplés et des plus florissans. Les habitans, quoique
du médiocre étage, y étoient fort à leur aise, L'indigo et le tabac, dont les manufactures avoient de la réputation, les faisoient vivre commodément. Cette félicité fut troublée par un des plus furieux débordemens de la rivière, dont on eût encore entendu parler. Il arriva le 22 octobre 1722. Elle descendit comme la foudre du haut des montagnes d'où elle prend sa source : ses eaux enflées se répandirent de part et d'autre, et entraînèrent maisons , jardins , hommes et bestiaux. Son cours, quoique moins gêné à la sortie de ce défilé, n’en fut pas moins violent. Elle se joignit à tous les ruisseaux et ravins qui se trouvèrent sur son passage, et les ayant gonflés , elle se répandit avec eux dans la plaine : le quartier Morin , la Petite-Anse et Limonade, furent en partie inondés. Elle arracha les cannes, déracina les haies, abatut les arbres, démolit les maisons, entraîna jusqu'aux énormes chaudières de cuivre et de potin où l'on fait le sucre , et causa, dans tous ces lieux-là, des dommages inestimables. Les habitans de la Grande- Rivière, comme les plus voisins et les plus foibles, furent aussi les plus maltraités. Grand nombre de blancs, surpris par cette inondation subite et nocturne , y périrent; il s’y no a encore un bien plus grand nombre de Nègres, et quantité de bestiaux de toute espèce. Les habitans qui échappèrent à un si cruel désastre, de riches qu’ils étoient la veille, se trouvèrent le lendemain sans Nègres, sans terres, sans argent, et quelques-uns sans famille et sans logement. La charité des fidèles éclata fort dans cette occasion, On fit des quêtes dans tous les quartiers de la dépendance du Cap. Les aumônes furent abondantes. On les fit distribuer par les mains des missionnaires , suivant l'estimation de la perte que chacun pouvait avoir faite. Ce soulagement, quoique prompt et général , ne put cependant réparer le dommage que le débordement avoit eausé au quartier.
Comme les chemins étoient rompus, les jardins couverts de galet ou ensevelis sous l’eau, les propriétaires furent obli tés, partie d'abandonner leurs habitations, partie de les vendre presque pour rien, Ceux qui restèrent, instruits par leurs malheurs, ont depuis porté leurs établissemens sur les cérières des montagnes,
Le père Méric étoit dans ce temps-là curé de cette paroisse. Son zèle apostolique le faisoit souvent déclamer avec force contre deux vices communs alors en ce quartier, l’ivrognerie et l’impudicité. Ce n'est pas qu'il n’y eût des gens de bien qui gémissoient avec le missionnaire de quantité d’excès et de scandales publics, que rien ne pouvoit arrêter. Le père Méric , qui faisoit de ces excès le sujet le plus ordinaire de ses discours à ses paroissiens, voyant que tout cela profitoit peu, se sentit un jour extraordinairement animé par quelques nouvelles impiétés qui s’éloient commises ns un cabaret assez voisin
de l’église. Il en parla avec plus de véhémence dans
un prône de la messe paroissiale, un jour que le saint sacrement étoit exposé. Il prit Jésus-Christ à témoin des outrages qui lui avoient été faits ; ettransporté tout à coup par un mouvement intérieur, dont il ne se sentit pas le maître : Hé bien, leur dit-il, puisque mes discours et mes remontrances ont été Jusqu'à présent si infructueux , sachez que, dans peu, Dieu vous fera sentir qu'on ne l’outrage pas toujours impunément, Trois ou quatre jours après arriva cet horrible débordement, qui bouleversa ce quartier d’une manière à ne jamais s’en relever. C’est de lui-même que j'ai su cette circonstance, qui m'a été confirmée depuis par quantité d’habitans qui y étoient présens.
En pariant du Cap et retournant à l’ouest, partie opposée à celle que nous venons de parcourir, on trouve à deux lieues et demie de cette ville, le quar-
tier de la plaine du nord. Le terroir y est fort; mais un fond 4 terre glaise le rend humide et moins Propre aux cannes que les autres terrains qui environnent le Cap. Les sucres qu’on y fabrique sont gros, mais en récompense ce sol est de nature à souffrir moins dans les sécheresses, La paroisse , il y a vingt ans, étoit à une demi-lieue plus proche du Cap, au quartier appelé le Morne-Rouge : l’église fut transportée où elle est maintenant, pour être plus au centre du quartier. Quoiqu’elle ne soit que L bois, elle est cependant solide et d'assez bon goût, bien propre et bien entretenue, Le presbytère est un des plus beaux de la mission : tout le terrain en est cultivé avec goût et intelligence. Il y a quentité d’allées | d'arbres fruitiers des meilleurs du pays, disposés avec symétrie, et qui joignent l’agréable à l'utile, et un fort joli jardin potager, où la plupart des légumes et des racines d'Europe viennent parfaitement bien. On peut dire que c’est un des plus agréables déserts de la colonie.
Le quartier de l'Accul, à deux lieues dé la plaine du nord , borne la plaine du Cap du côté du Cap. Nos insulaires Américains appellent Accul une barrière que les montagnes opposent aux voyageurs. Ce quaruer, où il y a une jolie paroisse , n’a qu'une lieu de large sur sept de longueur; et se termine au nord par une baie qu’on appelle Camp de Louise. Le terroir en est médiocre, quoiqu’on y fasse en plusieurs endroits de très-beau sucre. L'église qui est de maconnerie est belle et fort bien ornée, et le presbytère dans une agréable situation. Dans les gorges des montagnes , ke long desquelles ce quartier s'étend, il y a quelques vallons cultivés, tels que sont ceux de la Soufrière , de la Coupe-à-David et quelques autres.
Toutes les autres paroisses qui sont au-delà de l’Accul en tirant à l’ouest, sont dans des pays montueux et difficiles, Telle est d’abord celle du Lime.
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gros, affrir vingt ), au ans— s au bois, bien | des cul-
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Ce quartier a été nommé ainsi par une assez mauvaise allusion aux limbes, parce qu'après avoir franchi une haute montagne , on se trouve à la descente de l’autre côté dans un pays profond, tel à peu près que celui où l’on se figure que sont les limbes. Ce qensr qui est très-étendu en longueur , et de plus
e huit lieues, n’en a pas une de largeur, et dans quelques endroits beaucoup moins. Ce n’est qu’un vallon au milieu duquel coule une belle rivière qui prend sa source dans les doubles montagnes et qui n'a point de lit fixe; ce qui, dans les débordemens qui sont fréquens., incommode beaucoup les habitans de ce quartier, Cette rivière après l'avoir parcouru se jette dans la mer au nord. L'église paroissiale, dont saint Pierre est le patron, est située au milieu du quartier , qui est aujourd’hui un des plus peuplés, quoiqu'ii s’y fasse beaucoup plus d’indigo que de sucre. La paroisse est fort difficile à desservir à cause de cette rivière qu'il faut sans cesse passer et repasser , et toujours avec quelque danger,
À deux lieues plus haut, un peu plus proche de la mer, est le Port-Margot, quartier moins considérable que le Limbé et bien moins riche. L'église a pour patrone sainte Marguerite ; elle est desservie par un père Cordelier. Une dépendance de cette paroisse , qui la rend difficile, est un quartier nommé le Borgne, qui en est séparé par une montagne âpre et difficile, C’est encore un vallon , mais plus étroit, où il y a cependant plus de soixante habitations établies; on ÿ demande une paroisse, et on a déjà pris pour cela toutes les mesures nécessaires; mais nous manquons tellement d'ouvriers , qu’on a de la peine à remplir les plus anciennes.
En partant du Limbé et prenant plus à l’ouest, on se trouve, après deux lieues , au pied d’une haute montagne qu'il faut doubler pour arriver au quartier
nommé Plaisance , sans doute par antiphrase, C'est
un lieu nouvellement établi, semblable À ceux que nous venons de parcourir, mais bien moins bon, et où il ÿ a peu d'habitations considérables. On n’a que de l'indigo et du café dans ces vallons, où la trop grande humidité et l’incommodité des voitures empêche qu'on ne fasse du sucre, 1] y aune paroisse à Plaisance , où l’on a aussi le même inconvénient de
asser sans.cesse une rivière qui serpente dans toute ‘étendue de ce quartier,
Après Plaisance est le Pilate, C'étoit autrefois une paroisse ; mais depuis bien du temps elle est vacante de même que Plaisance, faute de missionnaires. Un quartier nommé /e gros Morne confine au Pilate : il y a plus de quarante habitations, mais aucune sucrerie, Le terrain n’en est pas des plus féconds. Une grande partie est en savanes (1) naturelles, Il y pleut tous les jours pendant l'été ; mais il y fait fort sec pendant l'hiver, I] y à une église et une paroisse desservie par un père Cordelier, Ces trois derniers quartiers, sont de la dépendance du Port-de-Paix , où il y à un lieutenant de roi commandant. On compte, du gros Morne au Port-de- Paix, environ douze lieues. Le chemin pour y aller est un plat pays, couvert de savanes et entrecoupé de bocages. Il seroit fort beau et fort commode, sans l’obligation où l’on est de passer souvent et avec danger une grosse rivière qu’on appelle £s Trois- Rivières , parce qu'elle est effectivement composée de trois rivières qui se réunissent dans une, Son lit est parsemé de grosses roches, que les £nevaux ont bien de la peine à franchir. Outre cela cette rivière est assez souvent grossie par les pluies qui tombent
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(1) Les Français du Canada appellent savanes les forêts d'arbres résineux, et dont le Fe a humide et couvert de mousse : ceux des Antilles donnent aux prairies le nom de savanes,
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dans les montagnes. Cela cause des débordemens su: bits qui surprennent le voyageur. On se voit alors arrêté sans pouvoir avancer ni reculer, parce que la rivière n’est plus guéable; ainsi c’est une néces-. sité d'attendre que les eaux aient baissé; ce qui se fait par bonheur assez promptement , À cause de l'extrême rapidité de cette rivière, qui coule comme un torrent,
À douze lieues du gros Morne, à l’ouest de la
laine du Cap, on trouve enfin la ville du Port-de- Paix, qui est très-peu de chose, quoique ce soit un des plus anciens établissemens de la colonie, Il n’y a plus aujourd’hui qu’un lieutenant de roi commandant , de la dépendance du Cap, et une juridiction. L'église quiest en maçonnerie, est petite, mais jolie.
À deux lieues du Port-de-Paix est un quartier nommé Saint-Louis, où nous avons une ER «pps dans un fort mauvais terrain, Tous ces quartiers-là sont fort vastes, parce que le sol n’en est que médiocrement bon. Le curé du Port-de-Paix s’est vu plus de trente lieues de pays à desservir. Cela est présentement un peu plus partagé. C’est encore uu père Cordelier qui dessert cette cure. Le Jésuite , procureur de notre habitation de Saint-Louis, est en même temps curé de ia paroisse, et a un vicaire qui est un père Carme.
Jean Bubel, à l'ouest du Port-de-Paix, est ane peute plaine, presque toute environnée de mornes , excepté du côté de la mer. Il y a une petite rade où les bateaux peuvent entrer. Ce quartier, qui n’étoit d’abord qu'un £owcan de chasseur , s’est établi en paroisse depuis quelques années, C’est encore un père Cordelier qui en est le desservant.
Vous voyez, mon révérend père, qu'il s’en faut beaucoup que nous ayons assez de missionnaires pour pouvoir en mettre dans toutes les paroisses qui sont qe la dépeudance du Cap. Mais comment faire?
Cette île est une terre qui dévore ses habitans. Les premières maladies sont terribles à essuyer, et la plupart y succombent. Voilà cinquante-six Jésuites morts depuis la fondation de cette mission, c’està-dire, depuis 1703. Ce qui reste ici de missionnaires Jésuites , sont presque tous gens âgés, infirmes et proches de leur fin.
Cependant, mon révérend père, cette mission est une des plus belles que nous ayons. Rien de plus florissant que l’état des colonies françaises de Saint- Domingue , qui font tous les jours de nouveaux progrès. Je ne parlerai point du bien qu'il y a à faire ici, parce que je me suis assez expliqué ailleurs sur ce sujet. Je terminerai cette lettre par le juste éloge qui est dû à la mémoire du père Pierre-Louis Bouün, que la mission a perdu le 22 décembre de l’année précédente. Tout le monde le regarde avec justice comme l’apôtre de Saint-Domingue. Il y
vint, comme nous l’avons dit, en 1705, et pendant
trente-sept ans qu’il a passés dans la mission , il ya donné constamment des exemples d’une vertu hé-
")ique , qui, bien loin de se démenür un seul moment, a paru aller en augmentant jusqu’à la fin de ses jours. La réputation de son mérite et de sa sainteté s’étoit répandue par toute la France, bien des années avant son décès, surtout dans les ports de mer et parmi les marins aie il avoit un rapport
plus spécial, s'étant chargé du soin de la rade où il faisoit toutes les fonctions curiales. Les matelots ne parloient que du père Boutin , qui étoit leur père et leur directeur.
Ce saint missionnaire étoit natif de la Tour-Blanche en Périgord, et avoit été reçu Jésuite dans la province de Guyenne. Tout annonçoit dans lui une sainteté éminente: un visage pâle et exténué, un regard extrêmement modeste , des yeux cependant vifs , qui s’allumoient quand il préchoit ou parloit
de D metli mani Il pa à cor plaire éloqu éclats endu respi étoile toute à Jés des o nuell dès la écout
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de Dieu, une voix plus forte que ne sembloit promettre un Corps aussi maigre et aussi décharné, Sa manière de prêcher étoit simple et peu recherchée, IL parloit de l'abondance du cœur , et cherchoit plus à corriger les mœurs, qu’à flatter les oreilles ou à plaire aux esprits, Il avoit cependant des saillies d’une éloquence forte, qu’animoient encore des tons de voix éclatans , qui portoient la frayeur dans l'âme des plus endurcis. Sa morale étoit sévère , et son extérieur ne respiroit qu’austérité; mais les pécheurs pénitens étoient sûrs de trouver dans lui toute la charité et toute la douceur qui pouvoient achever de les gagner à Jésus-Christ. Aussi le confessional faisoit-il une des occupations les plus pénibles et les plus continuelles de sa vie, Il se rendoit à l’église paroissiale dès la pointe du jour , et se tenoit toujours prèt pour écouter ceux qui vouloient s'adresser à lui. On le voyoit, surtout les fêtes et les dimanches , assidu au tribunal. Les matelots et les Nègres étoient ceux à qui il donnoit plus volontiers son attention ; il les écoutoit avec patience , et ne finissoit point avec eux qu'il ne les eût instruits suivant leurs besoins.
Les premiers essais de son zèle à son arrivée à la mission , furent d’abord employés à lAccul, et ensuite dans les quartiers les plus éloignés, c’est-àdire , les plus pénibles, Je vous ai raconté une partie de ce qu’il avoit fait au Port-de-Paix et à Saint Louis, où il avoit été pendant quelque temps chargé seul du soin de ces deux immenses quartiers. On ne peut se figurer la fatigue que lui causa la construction de l'église de Saint-Louis, Il eut le malheur de trouver le commandant de ces quartiers prévenu contre lui par de faux rapports; de sorte que, bien loin d'en être soutenu ou aidé dans l'entreprise du bâtiment de l’église, il en fut sans cesse contrarié et molesté., Mais le caractère naturellement ferme du
père Boutin, quand il s’agissoit de la gloire de Dieu
et du bien spirituel du prochain, le soutint au milieu de ces contradictions. Et d’ailleurs M. le comte de Choiseul, alors gouverneur général de la colonie, ayant pris connoissance de ces différends, plein lui-. même de zèle pour la religion et d'amitié pour le missionnaire Jésuite , les fit cesser par son autorité, et ordonna que le père ne fût plus troublé dans ses pieux travaux. Il les continua donc, et vint à bout d'achever cette église, non-seulement par ses soins, mais encore par ses épargnes sur sa nourriture , ayant pour cet effet obtenu une permission spéciale de notre révérend père Général. Ces travaux et les courses continuelles qu'il fut obligé de faire dans des pays difficiles et. si étendus, donnèrent une atteinte fàcheuse à sa santé, qui étoit naturellement assez robuste.
Ce fut singulièrement au Cap (où il se trouva fixé par l’obéissance, neuf années après avoir travaillé dans différentes paroisses des environs), qu'il eut occasion de faire éclater son zèle et ses talens apostoliques. En qualité de curé du Cap, il se trouva, comme je l'ai dit, chargé du détail de la conduite de l'église que les habitans firent alors bâtir. Il n’eut pas peu à souffrir de la part de certains génies, qui n'aiment point à faire le bien, et qui sont jaloux lorsqu’ils le voient faire aux autres. Le saint missionnaire, après avoir rendu raison de ses démarches à ceux qui vouloient bien l’entendre , n’opposoit aux autres qu'une patience inaltérable et une application contnuelle à pousser l'ouvrage entrepris, Il n’en étoit pas moins assidu à l’église, ni auprès des malades, pour l'assistance desquels Dieu lui avoit donné un talent particulier. On a demandé cent fois et on est encore à comprendre comment il étoit possible qu’un seul homme pût suffire à tant d’occupations si die rentes. Il n’en paroissoit cependant pas plus ému,
quelque affaire qu’il eût; et son extérieur toujours composé
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compost étoit le signe dela tranquillitéintérienre dont il jouissoit at: milieu des plus accablantes OCCupations. Ce ne pouvoit être que le fruit d’une union avec Dieu qu'il avoit toujours présent, et qu'il n’a jamais paru perdre de vue tant qu’il a vécu. On peut assurer qu’ih Pratiquoit à la lettre le précepte évangélique de prier sans cesse, Toujours levé À l’heure marquée par la règle , après son oraison > il se rendoit à la chapelle domestique , où, après avoir éveillé les Nègres de la maison, il leur faisoit la prière; après quoi, rendn à l'église paroissiale, il y restoit à genoux jusqu’à ce que quelqu'un se présentât à son confessional., Il
: passoit en cette posture quelquefois deux ou trois
heures, dans un recueillement et une dévotion ( LUE étoient d’un grand exemple, On disoit qu'il falloit qu'il eût le corps de fer pour tenir si long-temps, dans un pays si chaud, une posture si gênante, Quelques raisons d’obéissance lui ayant fait quitter la cure du Cap, il se borna alors aux soins des Nègres et à 1 des marins. Ce n’est que depuis peu qu'on a porté un règlement pour les marins malades, qui épargne bien de la peine à celui qui est chargé de ce soin. Ce règlement est que les commandans des bâtimens doivent, sitôt qu’ilsont des malades à boul , les faire transporter dans un magasin au Cap, pour leur faire administrer les derniers sacremens, s’il est besoin , et de Ià les faire porter à l'hôpital. Avant cela,ilfalloitquele missionnaireallâtprèsd’unelieueen rade , et se rendît en canot à bord de chaque bâtiment où 1l y avoit des malades; de sorte qu'il arrivoit souvent qu'à peine le missionnaire étoit de retour d’un bâtiment , qu'il falloit repartir pour se rendre à un autre , et cela jour et nuit, Le soin des Nègres est au Cap d’un détail bien fatigant. Il y en a plus de quatre mille , soit dans la ville, soit dans la dépendance de la paroisse , qui s'étend à une grande liene aux environs, dans des montagnes où il ÿ a quantité
d'habitations les unes au-dessus des autres très-difficiles à aborder.
Le père Boutin s’étoit fait une étude particulière pour la conduite et l'instruction des Nègres, ce qui demande une patience et un zèle à toute épreuve, Ces gens-là sont grossiers , d’une conception dure, ne s'exprimant qu'avec difficulté dansunelanguequ'ils n’entendent guër® , et qu'ils ne parlent jamais bien. Mais le saint missionnaire, qui regardoit ces malheureux comme des élus que la Providence tire de leur pays dans la vue de leur faire gagner le ciel, par la misère et par la captivité à laquelle leur condition les assujettit, étoit venu à bout, par un travail long et opiniâtre, de les entendre et d’en être
lui-même entendu. Il avoit acquis une connoissance.
suffisante des langues de tous les peuples de la côte de Gumée qu’on transporte dans nos colonies, con+ noissance infiniment difiicile àacquérir, parce que ces langues barbares, qui n’ont aucune afhinité avec les langues connues, sont encore très-différentes entre elles, et qu’un Sénégalois, par exemple , n’entend en aucune manière un Congo, etc.
Ï1 se servoit de ces connoissances pour les Nègres nouveaux, qui, tombant malades avant que d’avoir appris assez de français pour être disposés au baptème , n’auroient pu autrement recevoir cette grâce avant leur mort. Quant à ceux qui, après un séjour de quelque temps dans ces colonies, commençoient à entendre un peu le français, le père Boutin, dans les instructions publiques qu’il leur faisoit , proportionnoit le style de ses. discours à leur manière de
s’exprimer , qui est une espèce de baragouinage dont.
ils ne se défont jamais, et suivant lequel il est néces-
saire de leur parler, si l’on veut en être entendu. Cette méthode d’instruire est très-rebutante, parce.
que le Nègre, qui a une intelligence bornée, demande, pour faire quelque fruit, qu’on lui rebatie en cent
ÉDIFIANTÉS ET CURIEUSES, 403 façons différentes, et dans sa manière de pénser, les premiers principes de la religion.
C'est le père Boutin qui le premier a mis les chefs dé famille qui ont des Nègres à baptiser , sur le pied dé les envoyer tons les soirs sur le pérron de l’église, où 1l leur faisoit le catéchisme pour lés disposer à recevoir le saint baptême, cé que l’on continne encore aujourd’hut. Il sé conformoit pour le baptême dés adultes à l’ancienne coutume de l'Eglise ; c'est-àdire, qu’excepté quelques circonstances particulières : il ne faisoit ces sortes de baptêmes que deux fois l’année : le samedi-saint et la veille de la Pentécôte. C'étoient pour lui dés jours d’une fatigue incroyable, n'ayant guère moins à la fois de déux ou trois cents adultes, C'est aussi lui qui a établi, les fêtes et les dimanches , une messe particulière pour les Nègres, laquelle se dit quelque temps après la grand’messe paroissiale, [} commençoit cetté messe par des cantiques spirituels sur le saint sacrifice » qu'il chantoit, et dont il leur fäisoit répéter après lui chaque vers; il leur faisoit faire la prière ordinaire du matin. Après J'évangile de sa messe il leur expliquoit l’'évangile du jour ; le tout suivant leur stylé, mais en y mélant de temps en témps bien des choses pour l'instruction des blancs, qui assistent à cette messe. Il la terminoit par le catéchisme ordinaire, ce’ qui le tenoit tous ces jours-là presque jusqu'à midi, et cela si régulièrement, que pendant vingt-trois ans qu'il a été au Cap, à peine y a-t-i manqué uné fois; sans doute par une bénédiction: particulière dn Seigneur, qui, malgré la foiblesse apnarenté de sa complexion, le Soutenoit ainsi dans un travail si continuel , et dans un climat où les chaleurs vicieites épuisent et abattent ceux mêmes qui sont dans l'iscction.
Il s’'étoit rendu l'absüinence si familière , qu’on peut dire que toute l'année étoit nn carême perpétuel pour lui, Il étoit raie de lui voir prendre quel-
que chose avant midi. Il ne se rendoit que vers cette heure-là à la maison , épuisé par ses fonctions ordinaires ; mais il ne se plaignoit jamais. Il n’usoit aux repas que des viandes les plus communes, et ne buvoit que de l’eau rougie. Après le repas, et surtout le soir, il se rendoit à la chapelle et passoit à genoux devant le saint sacrement le temps que la règle même permet de donner à quelque récréation; mais ce saint homme ne connoissoitaucune espèce de délassement. I terminoit la journée par la prière aux Nègres domestiques , qu'il leur faisoit tous les jours soir et matin, :
Le zèle du fervent missionnaire, toujours attentif au bien spirituel de la colonie , lui faisoit sans cesse former des projets , dont on ne pouvuit venir à bout que par une patience aussi laborieuse que la sienne, Quantité de malades ne trouvant point place dans l'hôpital du Roi, qui n’étoit pas aussi rangé qu’il l'est actuellement , le père Boutin en forma un dans la ville même et y recut tous les malades qui s’y présentèrent, [ls y étvient traités avec le secours des charités qu'il pouvoit obtenir. Cet établissement inquiéta les religieux de la Charité chargés du soin. de l'hôpital du Roi : il y eut à ce sujet des plaintes et des représentations. Le père, qui ne cherchoit qne le soulagement des pauvres, ne demanda pas , Mieux qu'à s'épargner les frais et les peines de soutenir un hôpital à ses dépens , p' rvu que les reli= gieux de l’hôpital du Roi consentissent à recevoir tous les malades nécessiteux de la ville, On fit donc une assemblée de notables , à laquelle présidèrent le général , l’intendant , le gouverneur du Cap, et où se trouvèrent avec les religieux de la Charité ; le père Boutin , et le père supérieur de la mission, qui étoit pour lors le père Olivier. Les religieux de la Charité ayant consenti À recevoir tous les maludes de la ville qui se présenteroient , le père Boutin
ÉDIFIANTES ET CURICUSES, 405
renonça à son hôpital , et ne pensa plus qu'à tourner son zèle vers d’autres objets de charité,
Il y avoit alors grand nombre de filles orphelines, qui avoient peine à trouver des personnes charitables qui les fissent subsister. Le père Boutin ne crat pas Pouvoir employer plus utilement les fonds qu'il pouvoit avoir acquis , soit par le casuel que des priviléges particuliers permettent à nos missionnaires de recevoir pour les employer en œuvres pies , soit par des aumônes qu'on lui mettoit entre les mains, I avoit dans cette vue , acheté des emplacemens au Cap, sur lesquels il fit bâtir, Il ne fut pas long-temps Sans ÿ avoir une quinzaine de petites orphelines. Deux personnes dévotes se consacrèrent à leur con duite, Elles se chargèrent ontre cela de l’école pour. les petites filles du Cap, qu'elles ÿ enseignoient gra tuitement, On formoit dans cette mission ces jeunes filles | non-seulement à la piété , mais encore à Ja lecture et à l'écriture. On jes irstruisoit à travailler à tous les petits Ouvrages qui sont du ressort du sexe ; et qui pouvoient leur servir par la suite, ou à gagner leur vie, ou à se rendre utiles dans un ménage. On à VU quantité de ces orphelines s'établir avantageusement, et porter avec elles dans les familles les fruits d’une éducation chrétienne, Cet établissement: n'étoit que le prélude d’un projet plus solide et plus étendu , et qui tenoit fort au cœur du vertueux MIS sionnaire, C’étoit de faire venir des religieuses d'Europe pour faire élever ici les jeunes filles créoles. Les habitans de Saint-Domingue, isolés dans leurs habitations , n’ont ni les moyens , ni peut-être le conrage d'élever leurs enfans comme il fant. Les plus aisés prenoient le parti de les envoyer en France ; mais ce qui est utile et nécessaire aux garçons est rempli d’inconvéniens pour les filles, parce que le retour, à un certain âge où il faut les confier à des marins , devient tout à fait hasardeux : dangers irop réels,
406 LETTRES et dont nous n’avons malheureusement va que trop d'exemples.
La colonie sentoit vivement ce besoin. Le père Boutin eut seul le courage d'entreprendre d’y remédier. Il en falloit beancoup pour surmonter toutes les difficultés qui se présentoient dans l'exécution. C'est pourtant de quoi il est heureusement venu à bout. I] crut que personne n’étoit plus convenable pour cela que les filles religieuses de la congrégation de Notre-Dame , dont le premier établissement s’est fait à Bordeaux , et qui ont plusieurs maisons dans la Guyenne, dans le Périgord et autres provinces de France. Le père Boutin qui les avoit connues particulièrement , leur écrivit plusieuis lettres pour leur proposer son projet et pour les déterminer à accepter ses offres. En leur faisant envisager le bien qu'il ÿ avoit à faire , il ne leur dissimula pas ce
u'elles auroient à souffrir. Il n’eut pas de peine à décider ces saintes filles, qui ne cherchant, suivant leur institut, que la gloire de Dieu et lesalut des âmes, parurent ravies de se prêter à une aussi sainte œuvre que celle qu'on leur proposoit.
Le père Boutin avoit cependant disposé toutes choses de longue main. Il s’étoit hâté d’accommoder la maison des orphelines, et de la mettre en état, par les augmentations ct des arrangemens qu'il y fit, de recevoir la communauté qu’il attendoit et les pen- Sionnaires qu’on ne pouvoit manquer d’avoir. Dans une assemblée des puissances du pays et des notables, il passa un acte de donation entière de tout ce qu'il avoit en fonds de terre, en maisons et autres choses, aux dames religieuses de Notre-Dame. Cet acte signé de lui et du supérieur de la mission, et accepté par la colonie, fut envoyé à la cour, qui expédia les lettres-patentes pour établissement de ces filles au Cap. Elles arrivèrent enfin. Le choix n'en pouvoit être mieux fait, La plupart étoient d’une
trop
père mé utes au à able tion s'est dans nces nues Jour er à bien s ce ne à vant nes , LVre
utes oder tat , y fit, )Jen— Dans Lotatout itres Cet , et qui t de hoix une
ÉDIFIANTES ET CURIF" ‘Us, 407 condition distinguée , et d’un âge mûr. C’étoit leur maison de Périgneux qni avoit fourni ces premiers sujets. On admira avec raison le courage de ces saintes filles , qui paroissoit bien au-dessus de leur sexe. Elles ne tardèrent pas de mettre la main à l'œuvre, On vouloit de toutes parts leur envoyer des
ensionnaires ; mais faute de bâtimens , il fallut se . à un nombre assez médiocre. Le père Boutin, comme leur fondateur , prit le soin de les diriger dans le temporel comme dans le spirituel, I se chargen encore du soin des pensionnaires , cequ'il a continué jusqu à la fin de ses jours. H ne cessa, depuis l’arrivée de ces religieuses , de faire travailler à augmenter: ou à réparer leurs bâtimens ; en quoi, comme je l'ai déjà dit, ila fait plus paroître de zèle que d’intelligence. Ce n’est pas qu'il manquât de lumières pour l'architecture ; mais cette maison » Commencée pour d’autres desseins , et augmentée pièce à pièce suivant les besoins, ne pouvoit guère prendre une forme bien régulière, Aussi l'intention du Roi est-elle que ces dames , laissant là tous ces bâtimens qu'elles occupent présentement, en commencent un autre plus commode pour elles et pour les pensionnaires ; c’est à quoi elles travaillent en ce moment.
Le père Boutin eut la consolation de goûter pendant les dernières années de sa vie le fruit de ses travaux. Il vit les religicuses établies et s'appliquant avec courage à l’éducation de la jeuncsse ; il vit quantité de ces pensionnaires , après y avoir fait leur temps , s'établir dans le monde, et faire honneur À l'éducation qu’elles ÿ avoient reçue : mais ce ne fut pas sans essuyer bien des croix et des contradictions. La liberté apostolique de ses discours, ses démarches pour s'opposer au vice , son activité pour l'exécution de ses pieux desseins , lui suscitèrent des ennemis de tout état et des persécutions de plus d’une sorte, La prudence charnelle blâma plus d’une fois sa façon
408 LETYRES d'agir , et l'envie particulière, masquée de l’appareuce du bien public , s’attacha à décrier ses projets et à noircir sa réputation. Le saint missionnaire u' ‘opjoe junais à tout cela que sa fermeté à soutenir cs intérêts de Dieu et à soulfrir les effets de la malice des hommes, C'est ainsi qu'ilsurmonta tout, et qu'il força enfin tout le monde à lui rendre justice »età convenir que le zele de la gloire de Dieu éioit le seul ressort qui le fit agir. Il y avoit déjà plusieurs années que ses adversaires étoient devenus ses admirateurs €t ses panégyristes, tant la vertu solide et soutenue a de force et d’ascendant sur l'esprit de ceux mêmes qui lui sont le moins favorables.
Pour nous , qui étions à portée de voir de plus près je fond d’une vertu dont les personnes du dehors n'apercevoient qu un éclat qui paroissoit malgré lui , nous avons toujours été infiniment édifiés de ses verlus vraiment religieuses. Nous avons admiré en lui une régularité qui ne s’est jamais démentie, un amour singulier de la pauvreté > une mortification continuelle , une charité tendre pour ses frères, enfin une union intime et continuelle avec Dieu ; ce qui ne l’empêchoit cependant pas de cultiver , à quelques momens perdus , les plus hautes sciences, et paruculièrement celle du mouvement des corps célestes ; le tout, par l'utilité que cette étude peut avoir pour la religion. Il observoii .xactement toutes les éclipses et les autres phénomènes célestes. Les mémoires de Trévoux sont rémplis de ses observations.
Le père Boutin avoit paru jouir d’une assez bonne santé pendant une longue suite d'années. Depuis vingt-trois ans qu'il, étoit au Cap , à peine l’avoit-on vu s’aliter une ou deux fois ; us que les tempéramens les plus robustes de quantité de nos missionnaires nouveaux venus, cédoient tous les jours à La vioicuce des maladies qui emportent tant de
mo qui me tan!
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peu quil Die cess dur œil
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monde en ces colonies, C'étoitune espèce de prodige, qui jetoit tout le monde dans l’étonnement : com ment un homme si sec, si décharné , accablé de tant de travail, et n’usant à l'égard de lui-même d'aucun ménagement , pouvoit-il se soutenir et vaquer à cette multiplicité d’occupations qui auroient donné de l'exercice à plusieurs autres ?
Mais enfin son heure arriva, On s’apercevoit depuis quelques mois qu'il tomhoit, gt ne se plaignit de rien , et qu'on ne vit aucun c angement à son train de vie ordinaire. Il fut attaqué tout À coup d’une espèce de pleurésie , qui ne parut pas extrémement dangereuse les premiers jours. On le crut mème tiré d'affaire , lorsque tout d'un coup il tourna à la mort. Elle fut semblable À sa vie : le peu de jours qu'il fut alité, ce fut la même tranquillité , la même patience, et la même union avec Dieu; ne parlant aux hommes qu'autant que la nécessité ou la bienséance l'exigeoit. Sa maladie ne dura que quatre ou cinq jours, Il vit la mort d’un œil tranquille , et l’accepta avec une parfaite résignation, Sa vie entière n’avoit été qu'une préparation à ce dernier passage. Il y avoit peu de temps qu'il sortoit de la retraite qu'il ne manquoit jamais de faire suivant nos règles chaque année, Il reçut les derniers sacremens avec les sentimens qu'il avoit lui-même tant de fois inspirés aux autres. De Jà jusqu'à ce qu’il eût absolument perdu la parole , il ne cessa de prier : il le fit même pendant le délire qui précéda son agonie , tant étoit grande l'habitude qu'il en avoit contractée, Ce fut ainsi qu'il plût au Seigneur de couronner une vie que nous croyons tous ici n'avoir point été inférieure à tout ce que notre compagnie a eu de plus respectable et de plus édifiant, Il mourut le vendredi 21 novembre 1742» âge de soixante-neuf ans et quelques mois.
Comme on s’étoit flatté que sa maladie ne tireroit
point à conséquence , ayant paru hors de danger le vendredi au soir, la nouvelle de sa mort ui fut annoncée le samedi matin , et qui se répendit partout en un moment, causa une Consternation générale dans toute la ville, Connu partout, partout aimé et respecté , il fut universellement regretté, Il n'y eut en cela aucune différence entre les blancs et les nègres : tous en gémissant sur la perte que faisoit la colonie , ne tarissoient point sur son éloge, et ne palançoient point à le mettre au rang des âmes bienhceureuses les plus élevées dans le ciel, Son corps ayant été exposé dans notre chapelle domestique, ce fut toute la journée un concours prodigieux de personnes de tous les ordres qui s'empressoient à lui donner non - seulement des marques de regret , mais encore plus des témoignages de vénération ; et l’on vit se renouveler tout ce qui arrive d'ordinaire À la mort des saints ; surtout cette ardeur d'obtenir quelques pièces de ses pauvres vêtemens , ou quelque autre chose qui eût été à son usage.
Comme nous nous trouvâmes peu de missionnaires au Cap , et qu’on se préparoit à faire les obsèques avec peu d'appareil dans notre chapelle domestique , il n’y eut pas moyen de tenir contre les cris du public et les instances réitérées de tous les marguilliers de l’église paroissiale , qui demandoient au nom de tous que , si on ne vouloit pas leur accorder le corps du père Boutin pour l’inhumer dans leur église, on ne leur refusât pas au moins la consolation de sa présence pendant l’oflice de ses funérailles. Le supérieur général crut devoir se rendre àun empressement si unanime et en même temps si honorable à la mémoire du défunt. L'aflluence fut grande ; elle Fauroit été bien plus si les habitans de la plaine avoient eu le temps de s’y rendre ; mais ceux qui ne purent point y assister des quartiers éloignés , ne
ver Îe marquèrent pas moins combien ils étoient sensibles ni fut à cette perte, On peut dire qu'il n'y a pas en denx par- | voix à ce sujet, Toute la colonie lui a dressé dans géné- ; son cœur et dans sa ménoire ua monument plus Irtout précieux que ceux qu'on élève si souvent avec tant té. Il | de frais à la politique et à la vanité. Je suis, etc, lancs Au Cap, ce 20 juillet 1745.
que loge, EE , des ciel LETTRE pelle ours D'un Missionnaïre de la Compagnie de Jésus , écrite qui de Cayenne en l'année 1718.
des té C’EST avec une sensible doulenr que je vous apprends veler la perte que nous venons de faire <l1 père de Creüilly. ints ; 11 a passé trente-trois années daus : vie miSSION ; et, s de ce qu'on a de la peine à comprendre, c’est qu'avec qu une complexion aussi délicate que la sienne , il ait pu fournir une carrière si pénible , et se livrer à des aires travaux continuels , et qui étoient beaucoup au-dessus ques de ses forces, nes- Aussitôt qu'il arriva dans cette île , son premier PART soin fut d'instruire les peuples , et de les porter à mar - la pratique des vertus chrétiennes. Il ne se contenat ant toit pas des instructions générales qu'il faisoit les rder dimanches, il partoit tous les lundis, et s'embarquoit leur dans un canot avec quelques Nègres. Comptant pour «ton rien et les périls qu'il avoit À courir sur une mer . Le souvent orageuse , et l'air étouflant qu’on respire en esse- ce climat, il faisoit le tour de l’île , 1l parcouroit les le à habitations qui y sontrépandues, et portant partout elle la bonne odeur de JÉSUS-CHRIST, il instruisoit chacun me plus en particulier des deyoirs de son état, Il ne Re revenoit d'ordinaire de cette course que sur la fin , ne
de la semaine , épuisé de fatigues , mais se soutenant
car PR
par Son Courage et par la douce consolation qu'il avoit d’avoir rempli les fonctions de son ministère,
Bien que sa charité fût universelle , il s'employoit encore , ce semble , avec plns d’ardeur et d’aftection auprès des pauvres ; ei pour s’attirer davantage leur confiance, il entroit dans leurs peines, il les consoloit dans leurs souffrances , il étoit ingénieux à trouver des moyens de soulager leur indigence. Pour cela, il faisoit cultiver leurs terres par les Nëgres qui l’accompagnoient, il travailloit à ré parer leurs cabanes à demi-ruinées , il abattoit lui-même le bois nécessaire pour ces sortes de réparations et il en chargcoit ses épaules comme auroit fait un esclave, Une charité si vive et si agissante ne manquoit pas de lui gagner tous les cœurs; chacun l’écoutoit avec docilité , et il n’y avoit personne qui ne le respectàt comme un saint , et qui ne l’aimât comme son père.
La conversion des Indiens fat le second objet de son zèle : rien ne le rebuta, ni les difficuhtés qu’il avoit à vaincre , nt les dangers auxquels il falloit continuellement s’exposer. Il commença d'abord par apprendre leur langue , dont on n’avoit jusque-ià nulle connoissance. C’est Ini qui , le premier, l’a réduite à des principes généraux , et qui, par un travail aussi pénible qu'ingrat , en a facilité l'étude aux autres missionnaires.
Il vivoit, de même que ces Sauvages , de poisson et de cassave (c'est un pain fait de la racine de manioque ). Il logeoit avec eux dans un coin de ce qu'ils appellent le carbes (c’est ne espèce de longue grange faite de roseaux , exposée aux injures de Pair, et remplie d’une infinité d'insectes très-importuns) ; mais il étoit moins sensible à ces incommodités , qu'au peu de disposition qu'il tronvoit dans ces peuples à pratiquer les vérités qu'il leur annonçoit. Leur extrême indolence et leur inconstance naturelle s’opposoient au d'air qu'il avoit de leur conversion.
Cest un pe quels Dapti:
Mais chem ouvra plusie et qu sainte To Népre charit cation aux ai tinuel de la Nègre quelq tribuo quelq en éc] jour, uon, plus g du tra les ph Par jen’en tre l’é étoit e de ce Le pèr de sac long-t à l’entr bes pis
u’il ur, Dyoit on leur olott UvVer la ,
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ÉDIFIANTÉS ET CURIEUSES. 413
Cest pourquoi il ne conféra le saint baptême qu’à un petit nombre d'adultes, sur la persévérance desquels 4 pouvoit compter , et 1l borna son zèle À baptiser les enfans qui étoient en danger de mort, Mais par ses sueurs et par ses travaux , il fraya le chemin à d’autres missionnaires qui ont achevé son ouvrage ; et l’on a aujourd’hui la consolation de voir plusieurs peuplades d’Indiens quiont reçu le baptême, et qui mènent une vie édifiante et conforme À la sainteté du christianisme,
Toutes ses vues se tournèrent ensuite du côté des Nègres esclaves. L'humiliation de leur état excita se charité : il a travaillé près de vingt ans à leur sanctification, [l étoit presque toujours en course, exposé aux ardeurs d’un soleil brûlant, ou à des pluies continuelles qui sont très-incommodes en certains temps de l’année, S'il se trouvoit dans un canot avec des Nègres, il ramoit souvent en leur place; et quand quelques-uns d'eux étoient incommodés , il leur distribuoit ses provisions, se contentant pour vivre de quelques morceaux de cassave qu’il recevoit d’eux en échange. Lorsqu’après s'être bien fatigué tout le jour, ilarrivoit le soir dans quelque pauvre habitaon, son plaisir étoit d'y manquer de tout, jamais plus gai ni plus content que quand il se voyoit accablé du travail de la Journée, et dans la disette des choses les plus nécessaires à réparer ses forces.
Parmi plusieurs traits extraordinaires de son zèle , je n’en choisirai qu'un seul, qui vous en fera connoïtre l'étendue. I] apprit qu'un esclave s’étoit blessé et étoit en danger de mourir sans confession. La cabane de ce malheurenx étoit fort éloignée de la maison. Le père de Creüill ysuivant les mouvemens ordinaires de sa charité, parut sur l’heure à pied , et après avoir long-temps erré dans un bois où il s'égara , ilse trouva à l'entrée d’une prairie toute inondée, remplie d’herbes piquantes et de serpens dont la morsure est très-
414 LETTRES dangereuse. Il aperçut alors une misérable cabane, qu'il crut être la derneure de ce pauvre esclave, Aussntôt, sans hésiter un moment, it se jette dans la prairie, et la traverse ayant dé l’eau jusqu'aux épaales, Lorsqu'il en sortit, il sé trouva tout ensanglanté , etileutle chagrin de ne rencontrer personne dans: là cabane qui étoit abandonnée. Tout trempé qu'il étoit, il ne laissa pas de continuer sa route avec la même ardeur vers l'endroit qu’on lui avoit désigné. Enfin il arrive à la cabane’ du Nègre, qu'il trouva dans nn état digne de compassion. Ile confessa, il le consola, ét fournit à ses besoins antant que sa pauvreté pouvoit le lui permettre. Lorsqu'il retourna le soir à la. maison, à peine pouvoit-il se soutenir. Personne ici ne doute que ces sortes de fatigués, jointes à'ses jeûnes et à ses continuelles anstérités, n’aient abrégé ses jours et hâté le moment de sa mort. Nous n'oublierons jamais les grands exemples de vértu qu'il nous a laissés, Bien qu’il fût d’une complexion vive et pleine de feu , il s’étoit tellement vaincu luimème, qu'on l’eût crw d’un tempérament froid et modéré. Son visage et son air ne respiroient que la douceur. Tous les emplois lui étoient indifférens, et il ne marquoit d’inclination que pour les plus humilians et les plus pénibles , s'estimant toujours inférieur à ceux qu’on lui confioit. Comme il se croyoit le dernier des missionnaires , il lés regardoit tous avec une singulière vénération. Ces bas sentimens qu’il avoit de lui-même , lui ont fait réfuser constamment la charge de supérieur de cette mission, dont il étoit plus digne que personne, son humilité lui suggérant toujours des raisons plausibles pour le dispenser d'accepter cet emploi. La délicatesse de sa conscience le portoit à se confesser tous les jours , quand il en avoit la commodité, Son union avec Dieu étoit intime, Tout le temps qui n’étoit pas rempl par les fonctions de son ministère , il l'employoit
à la pri dant le de la nt ne pou:
aux yet avec ur vers les lui pour A c l'idée q On acc avec en respect chapele quelque miracul sieurs p sionnail à son é, sion. P d’autres comme
à la prière, et il s’en occupoit non-seulement pendant le jour , mais encore durant une grande partie de la nuit. Une vie si pleine de vertus et de mérites ne pouvoit guère finir que par une mort précieuse aux yeux de Dieu. Il reçut les derniers sacremens avec une piété exemplaire, et ce fut le 18 août, vers les huit heures du matin, que Dieu l'appela à lui pour le récompenser de ses travaux.
À ce moment , on connut mieux que jamais l'idée que nos imsulaires avoient conçue de sa sainteté. On accourut en foule à ses obsèques, on se jetoit avec empressement sur son: corps, on le baisoit avec respect, on lui faisoit toucher des médailles et des chapelets, et on se croyoit heureux d’avoir attrapé quelques lambeaux de ses. vêtemens. Les guérisons miraculeuses dont il a plu à Dieu de favoriser plusieurs personnes qui implorèrent l'assistance du missionnaire , augmentèrent de plus enplus la vénération. à son égard, et la confiance qu'on a en son.interces— sion. Plusieurs viennent prier sur son tombeau, d’autres lui font des neuvaines, tous. le regardent comme un puissant. protecteur qu’ils ont dans le ciel.
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