‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 3)Chapitre 63 sur 72 · OR · texte numérisé non relu

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leur langue , soit pour assister au saint sacrifice de la messe, On ne les voit guère manquer au salut qui se fait le jeudi et le samedi , de même qu'il se pratique dans l’île de Cayenne. C’est par ces fréquentes instructions et de si saintes pratiques, qu’on verra croître de plus en plus la ferveur et la dévotion de ces nouveaux fidèles.

Tels sont, mon révérend père , les prémices d’une chrétienté qui ne fait que de naître dans le centre même de l'ignorance et de la barbarie. Je ne doute point que l'exemple de ces premiers Chrétiens ne soit bientôt suivi par tant d’autres nations de Sauvages , qui sont répandues de tous côtés dans ce vaste continent. C’est à quoi je pensois souvent pendant le séjour que j'ai fait au fort d'Ouyapoc (1), où j'ai demeuré un mois pour donner les secours spirituels à la garnison. Le pays est beau et excellent pour toute sorte de plantage ; mais ce qui me frappe encore plus , c’est qu’il est très-propre à y établir de nombreuses missions.

Un assez grand nombre d'Indiens qut sont dans le voisinage, sont venus me rendre visite, et ont paru souhaiter que je demeurasse avec eux ; je les aurois contentés avec plaisir, si j'en avois été le maître, et si mes occupations me l'eussent permis, Mais je les consolai en les assurant que la France devoit nous enyoyer un secours d'ouvriers évangéliques , et qu'aussitôt qu'ils seroient arrivés, nous n'aurions rien tant à cœur que de travailler à les instruire et à leur ouvrir la porte du ciel. Il est à croire que leur conversion à la foi ne sera pas si difficile que celle des Galibis. Quand je leur demandois s’ils avoient ur véritable désir d’être Chrétiens, ils me disoient en riant qu'ils ne savoient pas encore de quoi il s’agissoit , et qu'ainsi ils ne pouvoient pas ne Ne

(1) Il est à 5o lieues de i2 nouvelle peuplade de Kourou.

452 LETTRES me donner de réponse positive. Je trouvai cette

réflexion assez sensée pour des Sauvages.

Dans les momens que j'ai eus de loisir, j'ai dressé un peut plan des missions qu’on pourroit établir dans ces contrées , parmi les nations sauvages qu’on a découvertes jusqu’à présent. J'ai profité des lumières de M. de la Garde , commandant pour le Roi dans le fort d'Ouyapoc , qui a beaucoup navigué sur ces rivières : voici le projet de cinq missions que nous avons formé ensemble.

La première pourroit s'établir sur les bords du Ouanari : c'est une assez grande rivière qui se décharge dans l'embouchure même de l’Ouyapoc, à la droite , en allant de Cayenne au fort. Les peuples qui composeroient cette mission , sont les Tocoyènes, les Maraones et les Maourions. L'avantage qu'on y trouveroit, c’est que le missionnaire qui cultiveroit ces nations sauvages , ne seroit éloigné du fort que de trois ou quatre lieues; qu'il Y. pourroit faire de fréquentes excursions ; et que , d’ailleurs , il n’auroit point d'autre langue à apprendre que celle des Galibis. Que si l'on vouloit placer deux missionnaires au fort d'Ouyapoc , l'un d'eux pourroit aisément vaquer à l'instruction des Indiens » €t je puis assurer qu'en peu de temps il s'en trouveroit un grand nombre qui seroient en état de recevoir le baptême.

La seconde mission pourroit être composée des Palicours , des Caranarious, et des Mayets, qui sont répandus dans les savanes , aux Environs du Couripi : c’est une autre grande rivière , qui se décharge aussi dans l'Ouyapoc à la gauche , vis-à-vis du Ouanari. Ces nations habitent maintenant des lieux presque impraticables ; leurs cases sont submergées une partie de l’année : ainsi il faudroit les transporter vers le haut du Couripi. Ce qui facilitera la conversion de ces peuples, c'est que > Parmi eux , 1 on ne trouve pint des Pyayes ( espèce de magiciens ) ailleurs ,

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ÉDIFIANTÉS ET CURIEUSES, 433

ailleurs , et qu’ils n’ont jamais donné entrée à la polygamie, Ces deux missions n’étant pas éloignées du fort, fourniroient aisément les équipages nécessaires pour le service du Roi, ce qui seroit d’un grand secours ; car aujourd’hui, Pour trouver douze Ou quinze Indiens propres à conduire une pirogue , il faut qelquefois parcourir vingt lieues de pays.

En montant vers les sauts de l'Ouyapoc , on pourroit établir une troisième mission à quatre journées du fort; elle seroit placée à l'embouchure du Camopi, et seroit composée des nations indiennes qui sont éparses Çà et là depuis le fort jusqu’à cette rivière. Ces principales nations sont les Caranes, les Pirious et les Acoquas.

À cinq ou six journées au-delà, en suivant tou jours la même rivière , et entrant un peu dans les terres, On pourroit former une quatrième mission composée des Macapas, des Ouayes, des Tarippis et des Pirious.

Enfin, une cinquième mission pourroit être fixée à la crigue (petite rivière ) des Palanques » qui se jette dans l’Ouyapoc, à sept journées du rt Elle se for meroit des Palanques , a°5 Quens, des Tarippis, des Pirious, des Coussanis à d2s Macouanis. La même langue, qui est celle des terres, se parlera dans ces trois dernières missions. Je Compte d'amener ici vers Pâques, un Indien de la nation fiarave, qui sait le galibi, et avec lequel je commencera: à déchiffrer cette langue.

Nous avons encore dans notre voisinage un assez bon nombre d’Indiens Galibis, qui souhaitent qu'on les instruise des principes du christianisme : ils sont aux environs d’une rivière appelée Sinamart, Si ma présence n’eût pas été nécéssaire à Ouyapoc, je serois aller passer quelque mois avec eux. Le père Lombard, qui connoiît la plupart de ces Sanvages ; assure qu'une mission qu'on y établiroit,

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