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454 LETTRES pourroit devenir aussi nombreuse que celle de Kourou.
Voilà, mon révérend père , une vaste carrière ouverte aux travaux apostoliques de dix ou douze missionnaires. Plaise au Seigneur d'envoyer au plutôt ceux qu'il a destinés à recueillir une moisson si abondante ! Comme c’est à vos soins et à votre zèle que nous devons la perfection de ce premier établissement, dont je viens de vous entretenir, les secuurs abondans que vous nous avez accordés, nous mettent en état d'avancer la conversion de tant de peuples barbares. Je suis avec beaucoup de respect en l’union de vos saints sacrifices, etc.
Du père Lombard, de la Compagnie de Jésus, supérieur des missions des Sauvages de la Guyane, au révérend père Croiset, provincial de la méme
. Compagnie dans la province de Lyon.
À Kourou, dans la Guyane , ce 23 février 1750.
MON RÉVÉREND PÈRE, La paix de N.S5.
JE ne saurois trop tôt marquer à votre révérence combien cette mission lui est obligée d’ÿ avoir envoyé le frère du Molard. Il est arrivé dans les circonstances les plus favorables, vu le dessein que nous avons formé d'établir au plutôt plusieurs missions, non-seulement à Kourou, mais encore à Ouyapoc. Habile et plein de bonne volonté comme il est, son secours nous étoit très-nécessaire pour
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la construction et l’ornement des églises que nous devons élever dans toutes ces contrées barbares,
La dernière lettre du père Fauque vous aura déjà fait connoître VOuyapoc : c’est une grande rivière au-dessus de Cayenne. Le Roi vient d'y établir une colonie, dont il nous a confié le soin pour ce qui regarde le spirituel, en nu: chargeant en même temps de faire des missions aux environs de cette rivière, où les nations indiennes sont en bien plus grand nombre qu’à Kourou, Le frère du Molard va d'abord travailler à l’embellissement de l’église de Kourou, et à Ja construction d’une maison pour les missionnaires : car Jusqu'ici nous n'avons logé que dans de petites huttes à l’indienne. Après quoi, lorsqu'il s'agira de former des peuplades, il n’aura guère le temps de respirer,
Je prévois ce qu'il en coûtera le dangers et de fatigues aux missionnaires , pour aller chercher les Indiens épars cà et Ià dans les retraites les plus sauvages où ils se cachent, et pour les rassembler dans un même lieu: je l'ai éprouvé plus d’une fois , et tout récemment une excursion que j'ai faite chez les Maraones, m'a mis dans un état où, pendant quelques jours, on a appréhendé pour ma vie. Je croyois ne Pouvoir jamais me tirer des bois et des ravines; et Pour surcroît de disgrâce, étant tout couvert de sueur, il me fallut essuyer une pluie continuelle pendant une partie de Ja nuit. A denx heures du matin , j’arrivai tont transi de froid à Ja case, et dès le lendemain la pleurésie se déclara : heuréusement la fièvre étoit intermittente » et me donnoit quelque relâche.
Ce fut dans un de ces intervalles > qu'on m'apprit que deux missionnaires étoient morts le même jour à Cayenne, au service de la garnison qui étoit attaquée d’une maladie contagieuse , et qu’il n’y en restoit plus qu’un seul d’une santé chancelante, Tout 20,
malade que j'étois, je pris le parti d’aller au seconrs de cette colonie, qui se voyoit tout à coup privée de presqne tous ses pasteurs: je partis donc d'Ouyapoc , et ayant fait ce trajet en moins de vingt-quatre heures, j'arrivai avec le père Catelin à Cayenne. Quelques Indiens de la mission de Kourou me té moignèrent en cette occasion leur zèle et leur attachement. À peine fus-je abordé, qu'ils se présentèrent à moi pour me porter sur leurs épaules jusqu'à notre maison, qui est éloignée d’une demi-lieue d l'endroit où j'avois débarqué. Le violent accès de fièvre que j'avois eu toute la nuit, m’avoit tellement abattu , que je ne pouvois me soutenir qu'avec peine, L'affection de ces bons Indiens me consoloit; je les entendois se dire les uns aux autres : « Ayons grand » soin de notre Baba, n'épargnons pas nos peines : » Car que deviendrions-nous s’il venoit à manquer ? » Qui est-ce qui nous instruiroit ? qui nous confes- » seroit? qui nous assisteroit à la mort? »
La consternation étoit générale à Cayenne quand jy arrivai, à cause de la perte qu'on venoit de faire tout à la fois de trois missionnaires. Une pareille mortalité étoit extraordinaire, et l’on n’avoit rien vu de semblable depuis t;ue nous y sommes établis, La bonté de l'air qu’on y r‘spire et des alimens dont on se nourrit, fait que communément il y a très-peu de malades. Vous comprenez assez, mon révérend père, quels sont nos besoins, et combien il est important de remplacer au plutôt ces pertes. Dix nouveaux missionnaires, s'ils arrivoient, auroient peine à suffire au travail qui se prés"nte.
Le peu de temps que j'ai demeuré à Ouyapoc, ne m'a pas permis de faîre autant de découvertes que j'aurois souhaité ; le pays est d’une vaste étendue, et
habité par quantité de diverses nations indiennes. On
vient depuis peu d’en découvrir une qui est trèsnombreuse, et qui est établie à deux cents lieues du
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 43" fort d'Ouyapoc ; c’est la nation des Amikouanes . que l'on appelle autrement les Indiens à longues ore;'°°s.
Us les ont effectiv: ment fort longues, et ell
pendent jusque sur les épaules. C'est à l'art, et on Pas à la nature, qu ls sont redevables d’un ornement si extraordinaire, et qui leur plaît si fort, Ils s’y prennent de bonne heure pour se procurer cet agrément; ils ont grand soin de percer les oreilles à leurs enfans : ils ÿ insèrent de petits bois, pour empêcher que l'ouverture ne se ferme : et de te ips en temps
ils y en mettent d’autres toujours plus gros lee uns que les autres, jusqu’à ce que le trou de: eZ grand à la longue, pour y insinuer certai rages
qu'ils font exprès , et qu ont deux à troi uces de diamètre
Cette nation , qui a été inconnue Jusqu'ici, est ex-
èmement sauvage : on n’y a aucune connoissance du feu. Quan: Indiens veulent couper leur bois, ils se servent ue certains cailloux qu'ils aiguisent les uns contre les autres pour les affiler , et qu’ils insèrent dans un manche de bois, en guise de hache, J'ai vu à Ouyapoc une de ces sortes k haches : le manche a environ deux pieds , et au bout:il ÿ à une échancrure pour y insérer le caillou : je l’examinai; mais bien qu'il soit mince, il me parut peu tranchant: j'ai yu aussi un de leurs pendans d'oreille; c’estun rouleau de feuilles de palmiste d’un pouce de large : ils gravent sur le tranchant quelqne figure bizarre qu’ils peignent en noir ou en rouge, et qui, attachée à leurs oreilles, leur donne un air tout-à-fait risible ; mais, à leur goût, c’est une de leurs plus belles parures.
En-deçà des Amikouanes il y a plusieurs autres nations. Quoiqu’elles soient fort différentes, et même qu'elles se fassent quelquefois la guerre les unes aux
autres, 1] n’y a point de diversité pour la lanyue ,
qui est la même parmi toutes ces nations, Tels sont