‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 3)Chapitre 65 sur 72 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y

les Aromagatas, les Palunks , les T urupis , les Ouays, les Pirius, les Constumis, les Acoquas et les Caranes. Toutes ces nations sont vers le haut de la rivière Ouyapoc. Il y en a un grand nombre d’autres sur les côtes, comme les Palicours, les Mayes, les Karnuarious, les Coussaris, les T oukouyanes, les Rouourios et les Maraones. Voilà, comme vous voyez, un vaste champ qui s'ouvre au zèle des ouvriers évangéliques.

Vous souhaitez, mon révérend père, que je vous informe du progrès que fait la religion parmi ces

euples , et des œuvres extraordinaires de piété qu'on LE voit pratiquer. Îl me seroit diflicile de vous rien mander de fort intéressant. Vous savez que cette mission n’est encore que dans sa naissance. On vous a déjà fait connoitre le caractère de ces nations sauvages, leur légéreté, leur indolence, et l’aversion qu'elles ont pour tout ce qui les gêne. Nous ne pouvons guère espérer de fruits solides de nos travaux, que quand nous les aurons réunis dans différentes peuplades, où l’on puisse les instruire à loisir, et leur inculquer sans cesse les vérités chrétiennes. Le cœur de ces barbares est comme une lerre ingrale, qui ne produit rien qu’à force de culture.

Il a été un temps où leur inconstance naturelle, et la difficulté de les fixer dans le bien me rebutoient extrêmement. Je craignois de m'être laissé tromper par des apparences , et d'avoir conféré le baptême à des gens qui étoient indignes de le recevoir. Une espèce de dépit qui me paroissoit raisonnable, me fit presque succomber à la tentation qui me prenoit de les abandonner. J’écoutai néanmoins de meilleurs conseils ; d’autres pensées, plus justes et plus conformes au caractère des peuples que Dieu avoit confiés à mes soins en m’appelant à cette mission, succédèrent aux premières idées qui me décourageoient;

le Seigneur, malgré mes défiances et mes dégoûts, me donna la force de m’appliquer avec encore plus d'ardeur à cultiver un champ qui me sembloit tout à fait siériie, et ce n’est que depuis quelques années que j'ai enfin reconnu, par le succès dont Diet a béni ma persévérance, que la religion avoit jeté de profondes racines dans le cœur de plusicurs de ces barbares. J'en ai été encore mieux convaincu par la sainte et édifiante mort de plusieurs néophytes que j'ai assistés en ce dernier moment. Je ne vous en rapporterai que trois ou quatre exemples. Je sais, mon révérend père, qu'ils n’auront pas de quoi vous frapper : vous avez reçu les derniers ue d’une infinité de personnes, dont la vie passée dans l'exercice de toutes sortes de vertus, a été couronnée par la mort la plus sainte; mais enfin quand les mêmes choses se rapportent d’un peuple sauvage et barbare , dont le naturel, les mœurs et l'éducation sont si opposées aux maximes du christianisme, on ne peut s'empêcher d'y reconuoître le doigt de Dieu et la puissance de la grâce, qui des rochers les plus durs, fait, quand il lui plait, de vériables enfans d'Abraham.

Je commence par un infidèle, que je baptisai, il y a quelque temps, à l’article de la mort; c’étoit un Indien plein de bon sens , appelé Sany. J'allois sou-

‘vent à J#karoux, qui est le premier endroit où je

m'’étois établi avec le père Ramette, Ce bon Sauvage ne manquoit pas de nous rendre de fréquentes visites, et nos entretiens rouloient toujours sur la religion chrétienne , et sur la nécesité du baptême. Nos discours, aidés de la grâce, firent de vives impressions sur Son Cœur , et ces impressions se réveillèrent aux approches de {a mort. Il s’étoit retiré dans un lieu très-sauvage , où ses ancêtres avoient demeuré autrefois, et où étoit leur sépulture. Ce fut par un coup d'une providence particulière de Dieu que j'allai le

voir dans un temps où ma présence étoit si nécessaire à son salut. Mon dessein étoit d'aller à cinq ou six lieues visiter un Indien, dont j'avois appris la maladie depuis peu de jours. Je passai por un carbet voisin, où Ja plupart des Sauvages qui l’habitoient étoient Chrétiens : à peine fus-je arrivé qu'ils se mirent autour de moi, et me demandèrent où je portois mes pas. À yant satisfait à leur demande : « Tu vas cher- >» cher bien loin, me dirent-ils, ce que tu as auprès » de toi; ton ami Sany , qui demeure à une demi. » lieue d'ici, est à l'extrémité ; ne ferois-tu pas » mieux de l'aller voir ? » J'y consentis très-volonüers, ‘et deux Indiennes, Parentes du moribond, s’offrirent à être mes guides. Nous nous mîmes en chemin , elles, mon peut Nègre et moi, Nous arrivâmes bientôt à une savane presque impraticable : les herbes et les joncs étoient montés si haut, qu’on auroit eu de la peine à y découvrir un homme à cheval. Ces bonnes Indienne; marchèrent devant et me frayèrent le chemin, en foulant aux pieds ies joncs et les herbes : enfin elles me conduisirent à la pointe d’un bois épais où le malade s’étoit fait transporter , et où on lui avoit dressé une pauvre cabane, Aussitôt qu'il m’aperçut, il s’écria tout transporté de joie : « Sois le bien venu, Baba , je savais bien » que tu viendrois me voir aujourd’hui; je l'ai vu » €n songe toute la nuit, et il me sembloit que tu » me donnois le baptême, » Sa femme et sa mère qui étoient présentes, m’assurèrent qu'en effet il n’avoit cessé de parler de moi toute la nuit, et qu'il leur avoit dit positivement que j'arriverois ce jour-là même, Je profitai des momens de connoissance qui lui restoient, et des heureuses dispositions que le Ciel avoit mises dans son cœur ; et comme il étoit déjà très-instruit des vérités de la Religion, je le préparai au baptême, qu’il reçut avec une grande piété, Il expira entre mes bras la nuit suivante » pour

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