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aller jouir, comme il y a lieu de le croire, du bon-
heur que la grâce de ce sacrement venoit de lui procurer,
Une autre mort d’un jeune homme nommé Remy
que j'ai élevé, me remplit de consolation toutes ies
fois que j'y pense. Il y avoit peu de temps qu’il étoit marié, et il avoit toujours fait paroître un grand : attachement à tous les devoirs de la religion. Attaqué d’un violent mal de poitrine, dont tous les remèdes que je lui donnai ne purent le guérir, je lui annon- Gai que sa mort n’étoit pas éloignée. « Il faut donc » profiter, me répondit-il, du peu de temps qui me
» reste à vivre. Oui, mon Dieu, ajouta-t-il, c’est » volontiers que je meurs, puisque vous le voulez ;
» je souffre avec plaisir les douleurs auxquelles » Vous me condamnez : je les mérite, parce que j'ai » été assez ingrat pour vous offenser. Aouerle , » disoit-il en sa langue, Aozerle Tamoussi yetombe » ea aroubou mappo cpelagame. » Ce n’étoient
pas là des sentimens que je lui eusse sugoérés : Je Saint-Esprit lui-même, qui les avoit imprimés dans son cœur , les lui mettoit à la bouche : il
les répétoit à tout moment, et je ne crois pas m’écarter de la vérité , en assurant qu’il les prononçoit plus de trois cents fois par jour; mais il les pronon- Çoit avec tant d’ardeur , que j'en étois comme interdit, et je n’avois garde de lui inspirer d’autres senmens. Dès qu’il se sentit plus mal qu’à l'ordinaire, il me demanda les sacremens. Après avoir entendu sa confession, qu'il fit avec des sentimens pleins de componction, j'allai lui chercher. le saint viatique. À la vue de son Sauveur, il parut ranimer toute la
ferveur de sa piété : il se jeta à genoux , et prosterné jusqu'à terre, il adora Jésus-Christ, qu'il reçut
ensuite avec le plus profond respect : je lui administral presque en même temps l’extrême-onction, qu'il reçut avec une foi également vive; après quoi
442 LETTRES il ne cessa de s’entretenir avec Dieu jusqu’au dernier soupir.
À une mort si édifiante , je joindrai celle de Louis- Remi Tourappo, principal chef de nos Indiens, et le premier de cette contrée qui ait embrassé la foi, C’étoit un homme d'esprit, parfaitement instruit des vérités de la religion , et qui m'a fourni en sa langue des termes très-propres et très-énergiques pour exprimer nos divins mystères. Il a été pendant toute sa vie ua modèle de vertu pour nos néophytes; presque tous les jours il assistoit au saint sacrifice de la messe. Le soir et le matin il ne manquoit jamais de rassembler tout son monde, et il faisoit luimême la prière à haute voix. Un flux de sang invétéré nous l’enleva. Aussitôt qu’il s’aperçut que son mal étoit sans remède, il ne songea plus qu’à se préparer à une mort chrétienne, Il reçut les derniers sacremens avec une dévotion qui en inspira au grand nombre de Sauvages dont sa case étoit remplie ; je jugeai à propos, pour l'instruction et l'édification de cette multitude d’Indiens, de lui faire faire sa profession de foi, avant de lui donner le saint viatique. Je prononçai donc à haute voix tous les articles de notre croyance. À chaque article il me répondoit avec une présence d'esprit admirable et d’un ton assuré : Qui, je le crois ; ajoutant toujours quelque chose qui marquoit sa ferme adhésion aux vérités chrétiennes. Ce fut dans ces sentimens pleins de foi et d'amour pour Dieu qu'il finit sa vie.
Comme je consolois sa fille aînée de la perte qu’elle venoit de faire , elle m'apprit que son père, peu de jours avant sa mort, avoit assemblé tous ceux sur qui il avoit de l’autorité, pour leur déclarer ses dernières volontés, « Je meurs, nous a-t-il dit, et je » meurs Chrétien : aidez-moi à en rendre grâces » au Dieu des miséricordes. Je suis le premier capi- » taine qui ai reçu chez moi les missionnaires : vous
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