‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 4)Chapitre 11 sur 63 · ES YL · texte numérisé non relu

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» Mon maître m’en fit une sévère réprimande : Vous

»ne Connoissez pas le prix des souffrances, me dit-il, » el cependant vous êtes Chrétien ! apprenez qu’elles » sont le gage d’une éternité bienheurense : ne vous » découragez donc point, et, quoiqu'il en coûte, » Soyez toujours ferme dans la foi , et n’abandonne; » Jamais le service de Dieu, » Je suivis, continua le domestique , la charrette »* jusqu'au tribunal, et de Ià À Ja prison. On m'y » laissa entrer avec quelques autres, pour trans- » porter le peu de meubles qu'il lui avoit été per- » mis de garder : ils consistoient en trois coussins et » trois manteaux; on ne voulut point laisser entrer » autre chose. Je vis là trois petites chambres de » plain-pied, toutes dégarnies, sans chaisés , Sans » tables, sans armoires, sans livres ni papier à » écrire; ces chambres sont entre deux petites cours, » et le tout est enfermé de quatre murailles isolées, » dont on peut faire le tour par dehors. On nous fit » tous sortir au plus vite, À la réserve d’un jeune » Barçon qui y resta pour aider À soulever les » chaînes; je crois même qu'il sera changé de » temps en temps, On ferma aussitôt la porte, où » l'on plaça des gardes. Il ne reste plus de commu- *nication qu’un tour à hauteur d'appui dans le mur, » par où on lui fait passer à manger. Nous avons » loué près de là une chambre pour faire la cuisine; » des soldats viennent prendre les plats, et nous les » rapportent, sans qu'il soit permis à qui que ce soit » d'approcher du tour. Le prince Louis est logé de » la même manière dans une autre maison séparée, » Entre les prisons des deux princes, il y en a üne » troisième où depuis deux mois est resserré un » autre prince, qui étoit chef de bannière. Le tro: » sième regulo avoit fait construire autrefois ces pes » tits bâtimens pour différens ouvriers qu'il em- » ployoit; en a changé la destination par ordre

» de l'Empereur, et il y a enfermé les princes dont » on lui a confié la garde. »

Voilà tout ce que j'ai pu apprendre de ce fidèle domestique; mais sur la fin de juin François Tcheou, ce fervent chrétien, et si affectionné au service de son maître, vint me voir, et me confirma tout ce qui m’avoit déjà été rapporté. Je lui fis plusieurs questions , auxquelles il me fit des réponses que je vous raconterai simplement et sans garder aucun ordre. Ce fut donc ainsi qu’il me parla. « 1.0 Les domestiques de nos princes, hommes et femmes , fidèles et infidèles, sont tous rappelés à Pekin, Ces seigneurs avoient à leur suite les plus » honnêtes gens de leurs maisons. C’est parmi eux » qu'on choisissoit les secrétaires , les intendans, les maîtres d'hôtel et les autres personnes de con- » fiance. Il ne leur reste plus maintenant que des » esclaves qu’ils ont achetés, on quelques domes- » tiques qui leur furent donnés par les parens des princesses qu’ils épousèrent. +:

» 2.0 Depuis que je suis arrivé de Sin-pou-tse, j'ai évité d’aller à l'hôtel de mon maître ; je m'en tiens bien éloigné pour le mieux servir ; je sais que le trouble et la confusion règnent dans sa maison : en attendant que le calme y renaisse, je fais des efforts pour avoir des habits et un peu d'argent que je puisse lui envoyer. Des voleurs ayant fait une ouverture sous le seuil de sa porte, ont emporté, durant son sommeil , ses habits et tout l'argent qu’il avoit.

». 3.0 Les haras que Sourniama avoit en Tartarie, qui montoient à plusieurs milliers de chevaux, ont été dissipés par des Tartares - Monigous ses domestiques, auxquels il les avoit confiés, comme font les autres princes; un seul plus fidèle que les autres, en amena deux cents à Sin-pou-tse. Mais il apprit en arrivant que son maitre venoit de mou-

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» tir. Ses enfans partagèrent les chevaux ; et comme #” Un si grand nombre ne leur étoit pas nécessaire À » €t que d’ailleurs ils avoient des besoins plus pres- » Sans, ils les vendirent ; mais ils ne Purent retirer » que trois ou quatre taels pour chaque cheval, » 4.9 Les raisons pour lesquelles l'Empereur mal- » traite ainsi les princes Éouis et Joseph, sont les » mêmes qu'il prétexta il y a deux ans, quand il les » €nvoya à la guerre avec son neuvième frère. On » ne reprochoït autre chose au prince Joseph, que » d'avoir accompagné le prince Louis au palais , » lorsqu'il alla demander des instructions ayant son » départ; il a fallu trouver quelque nouvelle raison » de l’'emprisonner, Voici celle que l'Empereur a » alléguée: Qua: 4 J'envoyai, dit-il, Lessihin à la » guerre, son frère Ourt-chen me regarda de tra- » Vers, et avec des yeux : -enaçans ; 1l ne faudroit » pas le laisser vivre, cependant qu’on l’enferme de »» même que son frère.

» 5.9 Lorsqu'on interrogea l'eunuque au tribunal » Sur la religion de son maître , un des mandarins » (rouva cette question ridicule, Vous n'êtes pas au »> fait , répondirent les autres 5 c'est là un point » essentiel. Cette réponse fait croire que la princi- » Pale raison pour laquelle on a chassé les princes » de Fourdane, c’est que la garnison de cette place > Étant composée de Mant - cheoux et de Chinois » tartarisés , dont les uns sont de leurs amis , et les » autres ont été leurs créatures, on craignoit que » plusieurs , touchés de leur exemple et de leurs » discours , ne se fissent aussi chrétiens, » 6.0 La première femme titrée de Sourniama a » reçu le baptême , et s'appelle Anne ; la veuve du » Cinquième , qui est comte , et la femme dn prince 5 Louis ont aussi été baptisées, La même grâce a » été accordée à la belle - fille du prince Paul. Le »» dernier fils de Sourniama à âgé de dix-huit ans ,

» a des sentimens pleins de foi et de religion, >» quoiqu'il ne soit pas encore chrétien ; mais il se » met én état de le devenir par le soin qu'il prend » de se faire instruire, et dese disposer au baptême. »» La princesse Thérèse est toujours la même , pleine » de vertu et de zèle. Lorsque j'allai prendre congé » d'ell:, et que je lui offris mes services : Tout ce > que je vous demande , me dit-elle, c’est d'aller » Voir souyent ma fille qui est mariée à Pekin, et + de lui dire de ma part qu'elle ne me plaigne point, >» que je suis contente de ma destinée, et que je lui » recommande, sur toutes choses , de conserver » toujours la crainte de Dieu, et d'approcher tous » es mois des sacremens. Je vous recommande la »» mème chose à vous-même , m’ajouta-t-elle ; n’ou- » bliez jamais ce que vous avez promis à Dieu. La »» princesse Agnès s’oceupe des plus vils ministères

» de sa maison ; elle la tient propre , elle prépare à

» manger, elle prend soin des malades et des enfans ; » ah! qu'elle est différênte de ce que je l’ai vue.au- » trefois, lorsqu'elle étoit à la cour!

» 7° Comme il n’y a point d’endroit commode » pour s’assembler, et que chaque maison particu- » lière est trop petite , ils se sont tous cotisés , à Proportion du bien qui leur reste , pour bâtir une » Chapelle. Les bois Aolent déjà achetés quand je » Suis part, » Ici finit l'entretien de ce fidèle serviteur.

Il me fit comprendre que si leurs biens leur étoient conservés, ils pourroient suflire , nonobstant la mauvaise administration , à entretenir pendant quelques années cette nombreuse famille ; mais que s’ils venoien: à être confisqués , comme on le publioit, elle se trouvoit sans nulle ressource, Parens , amis ,alliés, tous abandonnent ces seigneurs , parce que l’Empes reur attaque encore la mémoire du vieux regulo , et ceux qui ont épousé ses filles,

9 Arno

L'Empereur dit il y a peu de jours, et la gazette a pris soin de le publier dans tout l'Empire, que Sou-nou, pe. «ant huit ans qu'il avoit été général dans la province de Leao - tong , en avoit perverti les plus sages coutumes ; qu’il donnoit toute liberté au peuple afin de se concilier les cœurs, et de se mettre en réputation d'homme affable et populaire ; et qu'il avoit porté la connivence À un tel excès , que quand même on pileroit maintenant ses os , le mal ne pourroit se réparer.

Tchabina qui est tsong-tou des provinces de Kiangnang et Kiang-Si, dont le fils a épousé la fille de Sourniama , avoit eu-ordre , il y a quelques mois, de faire le choix de gens capables d’être mandarins de guerre , et de les envoyer à la cour. Il en fit partir six à l'instant, dont il fit à peu près le même portrait, L'Empereur blâma hautement sa conduite. Comment se peut-il faire, dit-il » Que six personnes soient si semblables, qu’il ne se trouve presque point entre elles de différence ? ce n’est pas, ajouta-t-il, que Tchabina manque d'esprit ni de talent , c'est qu’étant fâché de ce que j'ai puni Sou-nou son allié , il fait peu d'attention à mes ordres ; qu'on l’en avertisse et qu’il réponde. Le tsong-tou s'est parfaitement bien justifié |, mais il est À craindre que ses raisons ne soient pas écoutées ; et c’est ce qui intimide tous les mandarins et les seigneurs de la cour.

Telle est , mon révérend père , la situation pré-

sente de cette illustre famille. Je ne doute point que

plusieurs personnes de piété qui s'intéressent en

Europe aux progrès de la JA parmi les nations

infidèles, ne soient touchées des souffrances de tant d'illustres persécutés , et édifiées de leur attachement

à la foi. Je les conjure de redoubler leurs prières

auprès du Seigneur , afin de leur obtenir Ja grâce de

persévérer dans cet esprit de ferveur qui les a sou-

tenus jusqu'ici dans les fers, et au milieu des plus

aflligeantes disgrâces. Je les recommande aussi à vos saints sacrifices , en vous priant de n’y pas oublier voire très-humble , etc.

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