AUTRE LETTRE
Du père Parennin , missionnaire de la Compagnie de Jésus , au père***, de lu méme C ompagnie.
À Pekin, ce 24 août 1726.
MON RÉVÉREND PÈRE, La paix de N.S.
APRÈS les lettres que j'eus l'honneur de vous écrire le 20 d'août 1724, elle 20 de juillet de l'année suivante ; sur la piété et la ferveur des princes
chrétiens exilés à Fonrdane , il me sembloit que vous n'aviez plus rien à désirer , et qu’il seroit inutile de vous en parler davantage. Mais le changement de leur destinée ; et les exemples tout récens qu'ils viennent de donner de leur courage et de leur fermeté dans la foi, ne me permettent pas de vous laisser ignorer des faits si intéressans , et si capables d'instruire et d'édifier ceux à qui vous en ferez part.
Depuis la fin de juillet de l'année passée, jusqu’au
- mois de novembre , les domestiques de ces selgneurs , qui venoient de Sin-pou-tse à Pekin , ne cessoient de nous dire, que le triste état où ils étoient réduits ; ne leur faisoit nulle peine , qu'ils étoient contens de leur sort, et qu'ils passoient presque toute la jour-
née, où à prier Dieu dans la chapelle commune, ou bien à instruire ceux qui avoient nouvellement reçu le baptême , ou qui se disposoient à le recevoir.
Ge fut vers ce temps-là qu'ils nous écrivirent plu-
gnie
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 105 sieurs lettres , où ils nous Pressoient en des termes que la seule piété inspire , de leur envoyer du moins le père Louis Fan , jésuite chinois , Puisque dans les aflligeantes Conjonctures où l’on se trouvoit , la religion courroit trop de risque , si un Missionnaire européen entreprenoit ce voyage. Quoiqu'il y eut du danger à leur envoyer même un Chinois , nous ne pûmes cependant lêur refuser-cette consolation, el après avoir pris toutes les précautions que demandoit la prudence , on leur accorda ce qu’ils désiroient avec tant d’ardeur.
Aussitôt qu’ils en eurent connoissance » Hs dépé-
chèrent à Pekin un homme de confiance pour accompagner le père , qui partit en équipage de petit marchand , et arriva heureusement à Sin-pou-ste, Il n'y demeura que sept ou huit jours ; C'est-à-dire, autant de temps qu'il étoit nécessaire pour leur administrer les sacremens : car ils n'avoient besoin ni d'instructions ni d’exhortations pour s’affermir dans les vérités de la foi, ou Pour supporter constamment leurs disgrâces. En retournant à Pekin , le père Louis visita nos chrétientés du nord , comme on l'en avoit prié, savoir, celles de Suen-hoa-fou , de Ta-ton-keou et Sa-tching > til nous en rapporta des choses trèsédifiantes , dont je Pourrai vous faire part dans: la suite,
Je le priai, quelques jours après son arrivée, de me raconter en détail ce qui s’étoit passé pendant son séjour à Sin-pou-tse, « Que puis-je vous dire , ré- » pondit ce père? Ne Connoissez-vous pas ces $ei- ” Bneurs aussi bien que moi ? Leur zèle » leur fer- » veur , leur fermeté, leur humilité et leur morti- » fication m'ont fait cent fois rougir. Leur soin est » de cacher ce qu'ils souffrent , et d'en dérober la
» COnnoïssance par des dehors agréables et remplis
» d’une sainte gaieté, À les entendre , rien ne leur
” Manque , et ils auroient tort de s'échapper en la » moindre plainte.