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» Certainement il faut bien aimer les souffrances, pour être content de l’état d’indigence où ils se trouvent, Ils assurent néanmoins que s'ils pouvoient avoir de temps en temps parmi eux un Missionnaire , ils n’auroient rien à désirer. Je trouvai leur chapelle fort propre , et je fus surpris qu'ils eussent pu si bien l’orner dans un lieu si désert et si solitaire. Je commençai d’abord par entenure leurs confessions et par les fortifier de la sainte eucharistie, que je leur distribuai à chaque messe à mesure qu'ils s’y étoient disposés : après quoi je baptisai les catéchumènes que ces seigneurs avoient très-bien instruits: je suppléai ensuite les cérémonies à ceux qui avoient été baptisés avant mor arrivée : il y avoit en tout plus de quarante FR > en comptant les maîtres , les maitresses , et les domestiques. De plus , le treizième et dernier fils de Sourniama me demanda instamment le baptême, et quoiqu'il ne dépende point de ses frères, je jugeai pourtant qu’il feroit sagement d'en dire un mot à son second frère , qui depuis la mort de Sourniama leur père , et du prince Xavier, étoit devenu le chef de la famille, Cette démarche lui fit de la peine , parce que , disoit-il , son frère, qu’une ep politique avoit empêché de recevoir le baptême , pourroit difficilement se résoudre à lui accorder une pareille permission, Ayez pour lui cette déférence, lui
. répliquai - je ; nous ferons de notre côté ce que
nous croirons être devant Dieu le plus à propos pour sa gloire , et pour le salut de votre âme.
» Son frère le reçut avec amitié , mais en même temps 1l se plaignit amèrement de ce qu'il venoit le consulter sur une affaire dans laquelle il ne vouloit point entrer, N’êtes-vous pas le maître de vos actions , lui dit-il ? Si je consens à ce que vous demandez, je me rends responsable des suites ; si
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» je le refuse, je me charge d’un grand péché; » faites donc ce qu'il vous plaira, et ne m’en parlez » point, Ce prince vint aussitôt me trouver pour » me demander le baptême ; il choisit le prince Jean ” Pour son parrain; celui-ci lui donna son nom " » et y ajouta celui de Sranislas, comme vous le » lui aviez recommandé , en lui envoyant le portrait » de ce saint, et sa vie écrite par le père Dorléans, » que vous aviez traduite en langue chinoise, Son » épouse reçut aussi le baptême , et dans les trans- » ports de sa joie , elle envoya à Pekin un domes. » tique pour presser son père de se faire instruire » dans la religion chrétienne par un catéchiste » qu'elle nommoit, Elle pria en même temps les » pères de lui envoyer ce catéchiste, Une des veuves » de Sourniama a reçu la même grâce. Je suppléai » les cérémonies de l'Eglise aux autres dames qui » avoient été baptisées par le prince Paul, Tous ces » Seigneurs m’assiégeoient de tous côtés pour avoir » des crucifix, des chapelets , des médailles » etc » Je n'avois pas de quoi leur en fournir À tous ; » mais j’apporte une liste de ce qu'ils demandent » avec le plus d'instance, »
Voilà une partie de ce que me raconta le père Louis , qui finit $on entretien en me disant que le prince Jean , le prince Paul et le prince François sont des modèles de la plus haute vertu , et qu'ils ont un zèle et un talent admirables pour prêcher Jésus-Christ , et toucher le cœur des infidèles.
Un mois ou environ après le retour du père Louis Fan, Thomas Tem » ce zélé médecin , dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre » fit encore deux voyages à Sin-pou-tse , pour porter au prince Paul des secours qui ne pouvoient guère se confier à d’autres. A son retour il ne manqua pas de venir me saluer de la part de ces seigneurs , et d'appuyer leur demande des plus vives sollicitations. « Si vous
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ne faites pas un effort pour contenter leur piété, me disoit-il avec sa franchise naturelle , ils se plaindront de moi; ils diront , ou que je n’ai pas eu le talent de persuader , ou que mes sollicitations ont été trop foibles. »
Voici quelques lettres de ces princes, que j'ai
traduites , et dont je vous envoie les originaux , que vous pourrez Conserver comme des monumens de leur piété ; je commence par celle que m’écrivit le prince Paul.
« Vous êtes mon père spirituel , et je vous salue avec respect. C'est par un effet de la bonté divine, et de la charité que vous avez pour nous, que le père Louis Fan a daigné venir ici nous délivrer du fardeau énorme de nos péchés : je n'en ai caché aucun, selon que la loi de Dieu me l'ordonne , et j'ai reçu deux fois le corps adorable de Jésus-Christ. Si cependant , ou par oubli, ou faute davoir assez bien examiné ma conscience , j'avois omis quelque péché que je n’eusse pas connu , je vous prie de demander à Dieu , au saint sacrifice , qu’il le pardonne à Paul , malheureux pécheur ; qu’il me fasse la grâce d'étoutter les mauvais désirs qui s'élèvent dans mon cœur ; qu'il augmente en moi la foi, l’espérance et la charité ; qu’il me donne l'esprit de componction, et un vif sentiment de douleur de mes fautes passées ; enfin qu’il me procure une sainte vie, qui soit couronnée d’une mort également sainte, et qu'un jour il me fasse jouir de ses libérales L4
récompenses.
» J'ai une autre grâce à vous demander ; ne me la refusez pas , je vous en conjure ; envoyez-moi un morceau du bois précieux de la vraie Croix, quelques images de Jésus-Christ crucifié, de la très-sainte Trinité , de la très-sainte Vierge por-
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 109 » la:: Jésus entre ses bras, de saint Joseph , de » Saint Antoine, etc, »
N'êtes-vous pas édifié, mon révérend père, de voir que ces princes , dans un pays où ils manquent de toutes choses , ne font nulle attention à ce qu’ils souffrent, pour ne penser qu'à ce qui peut entretenir leur piété ? Le prince Jean et le prince Fran çois nous écrivirent aussi des lettres de remerci ment, et nous envoyèrent une liste des estampes de dévotion qu’ils demandoient pour les distribuer aux nouveaux Chrétiens. Je ramassai tout ce que j'avois pu tirer de nos Missionnaires , exilés À Canton ; entrautres ; jenvoyai au prince Paul un reliquaire du feu père Cazier : un morceau de la vraie Croix s’y trouvoit au milieu de plusieurs autres reliques ; mais ce présent engagea le prince François à me faire de nouvelles demandes qui m’embarrassèrent. « Vous » m'avez répondu plusieurs fois , m'écrivit-il , que » le seul morceau de la vraie Croix que vous aviez, » Étoit destiné à mon frère Paul ; je ne me rebute »» Point pour cela , et je’ continuerai toujours de » Vous renouveler mes instantes prières ; l’Ecriture » mapprend qu'il faut frapfer jusqu'à ce qu'on » Ouvre; Je vous Importunerai si souvent, que vous » serez obligé d’en faire venir de près ou de loin » Pour contenter mes désirs. »
Le révérend père d'Entrecolles, Supérieur de cette maison, fut si touché des sentimens de ce princé, qu'il se priva de son propre reliquaire pour le lui envoyer. François Tcham , domestique du prince Jean, en fut le porteur, et À son retour à Pekin, il me remit la réponse suivante : |
« Quand François Tcham arriva ici avec le bois » Précieux de la sainte Croix , et qu’il me rendit » Votre lettre remplie d'instructions si touchantes » je fus transporté de joie et de vénération ; je recus » à genoux ce sacré bois , et je l’arrosai de mes