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i10 LETTRES.
larmes , faisant réflexion qu’un aussi grand pé= cheur que moi ne méritoit pas de posséder un st grand trésor. Cependant c’est pour les pécheurs ue Jésus - Christ est mort sur cette Croix, et c'est ce qui me console et qui ranime mon espérance. Je conserverai toute ma vie un souvenir respectueux de la charité que Dieu vous inspire pour nous.
» La princesse , ma belle-sœur (l'épouse du prince Louis }, et la princesse mon épouse, envient mon bonheur , et souhaitent ardemment que vous leur procuriez la même consolation. Elles me pressent de vous demander cette grâce ; jose vous diré que ces deux dames méritent votre attention. » Lorsque Jean Tchao s’en retourna à Pekin, je lui recommandai de vous demander le livre qui contient une instruction sur le sacrement de la pénitence, Ne l’oubliez pas , je vous en supplie. » Vous vous recommandez à nos prières; c’est un devoir des enfans à l'égard de leurs pères spirituels. Mais , qu'est-ce qu'une goutte £ eau peut ajouter à la mer ? Nous le ferons cependant pour vous donner une fire preuve de nos sentimens, pleins de la plus vive reconnoissance. Ne laissez passer, je vous prie , aucune occasion sans nous faire savoir de vos nouvelles , et de celles de tous les autres pères. Pour ce qui est de nous , la grâce
»# de Dieu et la protection de sa sainte Mère , nous
maintiennent dans une paix et dans une tranquillité d’esprit que nous n'avions jamais goûtées. »
Je reçus par la même voie la lettre du prince Paul;
c'est ainsi qu'il s'explique :
« Jai reçu à genoux, et les larmes aux yeux, le sacré bois de la Croix que vous avez eu la bonté de m’envoyer. Depuis que j'ai embrassé la loi du vrai Dieu, j'ai honte de me voir dépourvu de
mérites. Bien plus , que de fautes n'ar-je pas
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. tre » faites, soit par crgueil, soit par légéreté , et par » négligence! A peine fus-je baptisé , que j'allai & » la guerre , où j offensai souvent le Seigneur , qui » néanmoins a eu pitié de moi » et m'a délivré de » plusieurs périls. Je retournai à la cour, où j'eus » la liberté de me confesser , d'entendre Ja sainte »” messe, et d’être favorisé d’une infinité de grâces » par la fréquentation des sacremens. J'y reçus » trente-deux fois le corps adorable de Jésus-Christ. » Cependant mes vieilles habitudes se réveillèrent ; » et je fis encore des fautes : depuis que nous » Sommes ici, j'en ai fait de nouvelles qui me cou- » vrent du confusion. L'arrivée du père Louis m’a » comblé de joie, et m’a procuré le bonheur de » me confesser et de communier deux fois. Dans » le moment que je pleurois mes péchés, qui s’ac- » Cumulent chaque jour , le bois sacré est descendu » jusqu'à moi. En vérité, Paul pécheur ne peut » Supporter la grandeur d’un tel bienfait ; c’est le » Cœur qui vous parle ; oserois-je user avec vous » : d'artifice et de déguisement ? Comptez qu’il m’est » impossible de vous exprimer ce que je sens de » joie et de reconnoissance au fond u cœur, Vous » nous faites entendre que le père Louis Fan re- » fournera encore ici : faites en sorte, je vous prie, » que Ce soit au plutôt. »
Les autres princes , et entr’autres le nislas , nouvellement baptisé blables lettres: mais Comme elles contiennent À peu près les mêmes choses, je ne veux pas vous fatiguer par des redites ennuyenses.
Au commencement du mois d’ l'Empereur donna un ordre qui faisoit espérer qu'on alloit fixer l’état de ces illustres exilés ; il dit au président du tribunal des princes, que puisque Sou-nou
prince Sta- » Mm’écrivoient de sem
avril de cette année,
leur père étoit mort > 11 falloit délibérer snr le traià ses enfans , et il ne s’ex-
tement qu’on devoit faire
RÉ à
pliqua pas davantage. C’est la coutume des tribunaux c le prononcer des sentences sévères, afin de donner tr Len : l'Empereur d'user de clémence. Le président hi éi ses assesseurs décidèrent qu'il falloit envoyer ces se princes disgraciés auprès de la quatrième sœur de Sa k au Majesté, qui est mariée à un prince Kalka, au pays f et des Mongous. L'Empereur, qui ne fut pas de cet avis, 4 su prononça qu'il falloit les distribuer parmi les huit à bannières. Mais parce q®'il y a aussi à Fourdane des 4 ce soldats des huit bannières de Pekin , le tribunal pro- à be posa de les y incorporer , de leur donner des places < tre de cavaliers à mesure quelles vaqueroient. Cette Fs d'e proposition fut goûtée de l'Empereur , et l’ordre en . ds fut envoyé au général de, Fourdane , qui est prince F4 ré lui-même ; car son prédécesseur a été rappelé à Pe- Fa mc
kin pour un autre emploi. Ce général fit aussi signifier
l’ordre aux princes exilés à Sin-pou-tse , et leur as- dé signa dans les casernes, qui sont hors de Fourdane, Ses autant de bâtimens qu’il étoit nécessaire , pour loger et] commodément , chaque chef de famille avec toute sa Silk maison. été
Ce changement de fortune ne déplut point à ces VA: infortunés princes : ils crurent que la colère de l’Em- fût pereur commençoit à se radoucir , et d’ailleurs ils se déc voyoient enfin dans un état fixe, et en quelque sorte Sou à l’abri de nouvelles disgrâces. Les Chrétiens en re- jeté mercièrent Dieu ; les infidèles ne parurent pas même del être mécontens; car bien que .ce poste soit beaucoup les : au-dessous de leur naissance , ils se consoloient en se que disant lesuns aux autres, que tout Mant-cheou naïtsol- en dat ; et d’ailleurs ils avoient devantles yeux l'exemple niss assez récent des petits-fils de l'empereur Cang-hi, de | qui ayant eu le malheur de déplaire à Si Waesté, il pi avoient été dégradés , et réduits à la condition de les simples cavaliers. pros
Néanmoins leur état, qu'ils regardoient comme Il 1. c et arrêté, ne fut que de peu de durée; voici qu'o
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. LEE comime la chose arriva, Au vtiômie term s qu'on dis tribuoit les princes exilés dans les di érentes banc ñières , l'Empereur faisoit faire le procès à quatre de ses frères , au huitième , au neuvième > au dixième et au quatorzième, Cente affaire n’est pas encore finie, et je ne vous en dirai ici que ce qui a rapport À mo$ sujet.
Gomme la disprâce des grands entraîne d'ordinaire celle de beaucoup d'autres personnes , Tsi-ché, beau-père du nenvième frère de l'Empereur , s’ trouva mêlé, sans qu'on sache qu'il fût coupable d'autre faute que de celle d’être allié à un prince disgracié. I] fut exilé il y a deux ans avec sa fille > U même lieu où étoit de prince son gendre; mais il mourut en chemin de maladie et de vieillesse,
Ïl y à environ deux
mois qu'on donna ordre de déterrer sès os » deles b
rûler , et de les jeter au vent.
Ses biens furent confisqués, ses enfans emprisonnés;
et parce qu'il y en avoit deux qui avoient épousé les filles de Sou-nou, on prétendit que ce dernier avoit été lié d’uné amitié étroite avec si-ché ; sur quoi il ÿ eut ordre de Ini faire aussi son procès , quoiqu'il fit déjà mort. Cela se passa au mois de juin , et là décision du tribunal des princes, fut que les os de Sou-nou seroient pareillement déterrés, brûlés et jetés au vent; que ses fils et ses petits-fils , au-dessus de l’âge de quinze ans , seroient mis à mort , et que les autres qüi n’avoient pas encore atteint l'âge de qui ans , séroient dispersés dans les provinces, le même que les gens du peuple condamnés au bannissement, L'Empereur confirma le premier article de la sentence. Pour ce qui est du second article, il prononça qW'’il falloit en choisir quelques-uns pour les mettre À mort , et disperser les autres dans les provinces.
IL fallut donc enfin délibérer sur le choix de ceux
qu'on feroit Môurk, Cependant on dépécha un cour= 1, AXE 8
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rier pour porter cet ordre de l'Empereur au général de Fourdane , qui le reçut à l'entrée de la nuit, le cinquième de la sixième lune (le 4 de juillet). A l'instant, il envoya un officier appeler ces seigneurs qui étoient fort tranquilles dans les casernes , et qui ne s’attendoient à rien de semblable, Néanmoins, ils ne s’inquiétèrent point, dans la persuasion où ils étoient , que quelque courrier étoit venu de l’armée, et que le dessein étoit de les y envoyer, Un moment aprés , arriva un autre officier de Ja part du général, avec ordre de conduire à Fourdane, non-seulement les princes , mais encore tous leurs enfans mâles, quand même ils seroient à la mamelle; ce fut pour lors qu'ils ne douterent point qu’on ne voulût éteindre leur famille.
Je vous laisse à penser , mon révérend père , quelle fut dans ce moment la désolation des princesses. Elle s’augmentoit à mesure qu’elles entendoient les cris de leurs enfans ; qu’on arrachoit de leur sein, L'image que vous vous en formerez sera sans doute plus vive que tout ce que j'entreprendrois de vous dire.
L'ordre pressoit, et il fallut partir brusquement. Il n’y eut dans cette confusion que quelques domestiques qui suivirent leurs maîtres jusqu’au tribunal du général. Ils n’y furent pas plutôt arrivés , au nombre de trente-six, qu'on leur fit mettre des chaines , et parce qu’il n’ÿ en avoit pas un nombre suflisant pour en mettre neuf à chacun, deux ou trois furent attachés à la même chaîne; après quoi on les enferma tous dans un cabaret gardé per des soldats.
C'est à cette nouvelle épreuve qne Dieu attendoit le second fils de Sourniama. L’espérance chimérique de se voir rétabli dans sa première splendeur, l’avoit empêché jusque-là d’embrasser la foi; quand il se vit chargé de fers, il alla se jeter aux pieds de son frère le prince Paul, et lui demanda avec instance le
néral t, le ). À 1eurs t qui DINS ; ù 11s mée , éral, ment âles,
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1doit rique avoit il se son ce le
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 115 baptême : le temps présse, mon cher frère, lui dit-il, si vous attendez à demäin , il sera trop tard, II venoit d'apprendre le traitement qu'on devoit faire à leur ère, et il n’espéroit pas un meilleur Sort. Le prince Paul” qui savoit que son frère étoit Parfaitement instruit, lui fit faire des actes de contrition et le baptisa. Le septième prince et ses deux fils suivirent cet exemple, et reçurent la même grâce. Ils passèrent le reste de la nuit en prières , et comme ils récitoient leur chapelet à haute voix » les gardes les en reprirent, parce que, disoient-ils, les voisins pouvoient les entendre. « Y a-t-il quelqu'un, répondirent ces » seigneurs, qui ignore que nous sommes Chré- » üens, et doit-on être surpris que nous invoquions » le Dieu que nous adorons? Plût à Dieu , ajou- » tèrent-ils, que ce fût là la seule raison pour la» » quelle on nous traite si rudement, et que ce ne » fût pas pour les fautes prétendues de notre père!» Les chaînes que le général avoit commandées étant achevées, on en mit neuf à chacun de ces princes, et même aux plus petits enfans, pour qui On en avoit de conformes À leur âge. Comme on représentoit au général qu’il ouh user de modé-
ration à leur égard, il répondit que la loi étoit pré-
cise, et qu’il falloit S'y soumettre,
Les domestiques des prisonniers » et les nourrices des enfans, qu’on laissoit entrer dans la prison deux
fois le jour, apportèrent du linge et de la soie pour
» la passion de Notre -Seigneur on se fût mis en » devoir de desserrer les cordes dont il étoit lié et
s Lib sr aie LETTRES
H À ti" mA ‘ LÉLS TRE » de, mettre entr’elles et la chair .du linge au ,des
» .ftoffes pour le soulager?. C’étoit, un homme:Dieu, . » Ajoutæt-1l: quelle grandeur ! quelle majesté ! quelle î » innocence ! Il souffroit pour nous , Qui, SOMMES (4 : » pécheurs; nous, nous ne souffrons pas pour les À é » «aires , Mais POUT nOUS-MÉMES, »... sn. | é +1 Pendantque ces tristes scènes se-passoient à Four- * d -dane , on. délibéroit. au tribunal des princes.sur le ! | choix de ceux qui devoient, être, punis de mort, On É f -désigna le second prince, le quatrième, le nenvième, à d le dixième, le treizième, le fils ainé duyprince Xayier, 4 h et à la 1êLe de tons, les deux princes Joseph et Louis, 1 di +qui sont détenus dans Ja prison de Pekin depuis plus $ d d'un an, On ne fit auçune mention du troisième, 4 lé appelé le prince Jean , qui avoit.été comte : la raison 1 té
est,qu’avant, la délibération, l'Empereur, ayant. de- 1 à mandé,au regulo, qui préside à ce tribunal, ce qu'il L. p -pensoil de.ce seigneur et comment il.se compartoit, À
À ;: à Fr dt k ên
Je président répondit que c’étoit un. homme d'upe 1 1! Candeur et d'une.simplicité admirables , d’un esprit 4 dé doux et paisible , tout à fait incapable de remuer dans 4 be
l'état, et que, pendant sa jeunesse. il ayoit servi avec 4 aus .aèle. Cette réponse, tranquillisa l'Empereur. Lors- À lib qu'on lui présénta la liste des huit prinçes, que Je ne lis
-Wibunal condamnoit à la niort, il répondit, que le D. heu .sixième et le douzième, c’est-à-dire, les, princes 4 hu «Louis et Joseph, attendraient dans, leur prison la ton .Sentençe qui. seroit portée contre. le huitième et. le | que «neuvième, regula, frères de Sa Majesté, et, qu'elle À arte . leur, seroit commune ;. que le second. prince, le qua- 1 fin : :trième, le neuvième , le dixième , le treizième, et le 4 pou fils aîné du prince Xavier, seroient exilés dans les pro- 4 Peur tvinçes,,etséparés les uns des autres et de leur. famille; 4 dos «que les mandarins, les feroient garder étroitement * Hi “aps un coir.de leurs,tribunaux ; que, pour, ce qni M chat «est des.autres, ils resteroient à Fourdane en qualité M à lu
de simples cavaliers.
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DER ET Fowrsur, le rt, On age ’ RMICT »
Lauts, s plus ième ’ raison it deà qu'il jrloit , d'upe esprit r dans 1 avec Lorsque, Je que le ringes son , Ja et. le qu'elle e quaet le S promille; ment € qui ualité
Le général de Fourdane, LE reçü cet Ordre, Croÿoit què la chose toufneroit éntore plus mal ; et sonsiant bien ‘plus à n
5 Car ces
à ne pas donner la mMoitdre prise: Enfin > après avoir bien rêvé, il crut que la religion chrétienne qu'ils professoient , ‘étoit là principale cause de: leur disgrâce ; il Jes acéusa
de 5’y-assembler: plusieurs fois le lürs prières: L'Empereur ut
€‘Commühiquér ät tribunal sel jus qu’il avoit déjà terminé c ié voulût pas! què le motif de Cttferé 19 90 is : ‘Ainsi, pendant que le général attendoit la ré onse de Son accusation »1l'reçut, le i ordre’ dünt je viens dé parler, aux prisonniers qui étoient ab libres aux casernes; à l'égard laissa les chaînes, et on leur
quelques-uns d’eux plus diffici arrét de mort ; lequel.en term:
fin à leurs disgrâces. Rien en
domestiques : Car On ne leur P un ‘seul avec eux, On les
$ aCCompaonèrent, la séconde journée
ils rencontrèrent deux litières qui venoient à eux; ils reconnurent que c’étoit leur seizième sœur, mariée à Pekin au fils de Tchabina, tsong-tuu de Nankin, dont j'ai parlé dans ma lettre précédente. Un ordre secret avoit fait répudier cette dame, et on la renvoyoit à ses parens à Fourdane, bien qu’on n’eût à, lui reprocher d’autre faute que celle d’être née d’un tel père. La tristesse fut grande de part et d’autre : elle ne s’expliqua que par les gémissemens et les larmes; mais comme il n’étoit pas libre aux prisonniers de s'arrêter long-temps, le prince Paul qui savoit qu’un de ses gens le suivoit de loin, le fit approcher êt lui ordonna d'accompagner sa sœur jusqu'à Fourdane; puis:il continua sa route avec ses frères vers Pekin. |
Quand l'on apprit à Pekin que ces princes étoient sur le point d'arriver, quelques-uns de leurs gens allèrent au-devant d'eux. Les gardes firent difficulté de les laisser approcher; mais après s’être assurés qu'il n’y avoit parmi eux que des domestiques, ils leur permirent de monter sur les charrettes pour parler à leurs maitres. |
Les princes chrétiens me dépéchèrent d’abord un de ces domestiques, avec une lettre qu’ils écrivoient au père Suarez et à moi, pour nous prier d'envoyer un Missionnaire au-devant d'eux dans un logis qu'ils indiquoient , afin que pendant la nuit ils pussent se confesser : « Nous aurons, disoient-ils, cette facilité * avec nos gardes; ils ferment les yeux sur beau- >» coup de choses, et ne cherchent point à nous » chagriner; 1l n'en sera pas de même à Pekin, où » l'on nous traitera avec la dernière rigueur. »
Quand nous reçûmes cette lettre, nous eûmes uné vraie douleur que le père Louis Fan ne fût pas encore de retour de la mission de Leao-Tong, où il est allé depuis quatre mois; il était le seul qui püt aller trouver ces seigncurs sans aucun risque, Nous
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