‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 4)Chapitre 15 sur 63 · FR · texte numérisé non relu

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, leur envoyämes deux Chrétiens , don de leur porte : c’étoit François T'chéou , que j'ai fait assez Connoître dans ma deuxième lettre. Ils étoient chargés de témoigner À ces seigneurs que le danger étoit trop grand ; non PaS par rapport à nos per sonnes, puisque nous n’aurions pas abandonné notre patrie, si de semblables périls eussent pu nous effrayer, mais par rapport à toute la chrétienté de la Chine, et surtout à celle de Pekin ; qu’au reste lorsqu’ils sortiroient de Pekin, pour aller aû lieu de leur exil, il leur falloit néces village , et devant la porte Compagnie; qu’ils pouvoient y descendre sous prétexte de prendre du thé ou de s’y délasser quelques

momens , comme cela se: pratique d'ordinaire, et qu'un Missionnaire les y attendroit.

t l’un avoit été

» Veille de saint es crimes, où l’on an Tchao, domestique du prince Paul, qui leur Portoit à manger, Le lendemairi matin, François Tchcou Falla présenter à la porte Pour entrer : « À quoi Pensez-vous, lui dit le man-

» darin de garde ? Vous n'êtes plus dans, la dépen-

» dance de ces seigneurs ; êtes - vous sage de venir

» de gaieté de cœnr vous jéter dans le précipice ? » Que ne demeurez-vons tranquille dans votre nou- » Veau poste ? » Tcheou lui répondit, que son père et lui avoient reçu tant de grâces de ces princes,

qu'ils étoient prêts à tout souffrir pour leur service, Le mandarin, touché de cette réponse, lui permit

‘entrer. Tcheou en profita pendant deux jours de suite; après quoi, il vint me faire le récit de tout ce qui s'étoit passé à Fourdane, et de là à Pekin, comme il lavoit appris du prince Paul et de ses autres frères. Thomas Tem , ce bon médecin dont Jai parlé, étoit allé à pied, et avec un habit tout en lambeaux, au-devant du prince Paul. On le prit pour un domestique, et en cette qualité il monta Sur Ja charrette : à son ‘retour il me oaonfirma tout ce que François m'avait rapporté,

: Î y a tant de naïveté dans ce que François Tcheou continua de me dire, que vous serez bien aise de l'entendre parler. lui-même. « Comme j'étois dans » la prison avec ces seigneurs, ajouta-t-il, le neu- » vième prince et le fils ainé du prince Xavier, » qui :étoient encore infidèles, me demandèrent » Comment j'ayois eu le courage de courir tant de » risques pour yenir les voir, tandis que ceux qui » élotént encore à leur service n'osaient le faire. » Jls n'osent, lui répondis-je , parce qu’étant infi- » dtles à Dieu, ils ne peuvent être fidèles aux » hommes. Croyez-moi, si je n’étois pas Chrétien, » je ferois comme eux , et c’est ce qui doit vous con- » vaiucre de l’excellence de la religion chréfenne, > qui inspire de si généreux sentimens. Tu nous » prêches toujours, me dirent-ils ; mais c’est encore » trop tôt, nous nous reverrons bientôt dans un > état plus tranquille : Je n’en sais rien, leur re- » pliquai-je; je m'aperçois depuis long-temps que » vous prenez plaisir à vous abuser vous-mêmes par » trop de confiance.

» Le prince Paul, qui étoit ravi que je leur tinsse

» ce langage, appuya ma réponse, et y applaudit : » mais comme , d'un discours à l’autre, ce seigneur » vint de son côté à me dire qu'il auroit souhaité

‘Eë #4 F3 ré

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infi- AUX tien, COn= enne, nous ncore 1s un r res que par

insse udit :

neur haité

» qu'on l'eût fait mourir à F ourdane : €, vous- ». même, lui dis-je, il me semble que vous. you- » driez toujours gagner avec Dieu, et en être quitte » au meilleur marché qu'il se pourroit, Tu ne com-

» prends point ma pénsée, répondit le prince Paul; » ce que je veux dire, c’est que je fais continuelle- ”. ment des fautes, et que je n'aurais plus d'occasion » de me confesser. Voulez-vous, lui répliquai-je, » que je vous parle franchement ? C'est ce que jus- *. qu'ici je n'ai jamais osé fre; peut-être que nous » 16 nous reverrons plus en cette vie. Mon ami » François, répondit le prince, dis-moi bardiment » tout ce quil te plaira; je t'écouterai avec plaisir.

» Hé bien, ConUunai-je, quand vous étiez libre dans votre hôtel, vous assistiez à là messe, vous * vous confessiez, yous communiez ; mais aussi il ”.Re:Yous manquoit aucune des commodités de la » vie, que celles que vons ne vouliez pas prendre : vous étiez bien logé, bien nourri, bien v tu, bien » MONIÉ ;. vous ne T que de grands sei- ?.:SReHrS ; une infinité de personnes venoient un * $enou en terre S'informer de l'état de votre santé, » el recevoir vos ordres, vous traitant de Orang- » Je (regulo) comme votre père. Pour lors je di- » Sois en moi-même : Voilà le chameau de l’éyan- » gile qui aura de la peine à passer par le trou de

‘aignille, À ce mot les princes se mirent à sou- » Jiréh parce qu'en effet le prince Paul est fort re- » plet. Je les Jaissai rire, et je poursuivis ainsi. Main- » lenant qre vous êtes habillé de toile, chargé de » Chaînes, que vous n'avez d'autre aliment que celui » des pauvres, que personne ne fait de cas de vous, > Vous voilà dans le droit chemin du ciel, où vous » arriverez bientôt pour peu que cela dure.

» À ces mois le prince Paul se frappant les bras » de ses chaînes : François, me dit - il, je hais ce » Corps depuis long - temps, et je ne m'embarrasse

122 LETTRES » pas de ce qui peut lui arriver; mais c’est l’état de

» craindre, repris-je, hélas ! que deviendrai-je, moi, » qui commets plus de péchés que vous, et dont » les souffrances comparées aux vôtres, sont trèslégères?» : | Charmé de la franchise de ce bon néophyte, je ne pouvois me lasser de l'entendre, Comme il songeoit à me quitter, je Ini demandai si ces seigneurs étoient si fort dépourvus de tout secours, et si on ne leur avoit pas permis de porter ce qui leur étoit nécessaire pour se ‘soulager dans la route : presque rien, me répondit-il; ils ont chacun un alien (espèce de besace”), où sont leurs habit et le petit lit qu'ils étendent sur leur charrette, et qui leur sert de matelas, pour prendre leur repos. Le prince Paul consérve dans son sein un petit paquet où est son crucifix, son reliquaire, le chapelét, un livre de prières et quélqnes images. Le prince Jean et le prince Stanislas ont la même chose : ils portent outré cela sous leurs habits üne ceinture, où ils ont serré de l’argent ‘pour athetér en chemin ce qui leur est

de leurs gardes. Il me demanda ensuite différentes choses qui'feroïent plaisir à ces seigneurs, et que je lui donnaï , entre autres une petite boîte de baume apoplectique. « Ce sera; lui dis-je, une marque qui » assurera que vous êtes venu me voir de leuf part; », dites-léur que nous ne cessons point de prier le » Seigneur qu'il les soutienne dans leurs afllictions. »

Deux jours après, François revint me voir. H me dit qu’il avoit eu beaucoup de peine à obtenir la per: mission de parler à ces seigneurs; mais qu'enfin on s'étoit rendu à ses importunités : qu'ils m'étoient mfiniment obligés de mon souvenir; surtout que les deux princes qui sont encore infidèles, admiroient que j'eusse daigné penser à eux.comme aux autres;

» mon âme qui m'inquiète. Si vous avez raison de

absolument nécessaire , ét pour adoucir la sévérité

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at de

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moi, dont très-

ee, je sonneurs si on étoit sque (esit it rt de Paul ‘son e de et le Jutré seTrÉ rest

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ntes que ume e qui art ; er le ns. »

| me pern OI tine les 1ént tres,

ue.

« Je suis pressé, m’ajouta- t-il ; il faut me rendre

», qeroit pas de n'arrêter comme déserteur; ce-

auprès de mon mandarin ; comme je ne parois pas depuis quelques jours, on lui a dit malignement que sans doute j'avois pris la fuite; il seroit homme à envoyer mon nom au tribunal , et l’on ne man-

pendant je ne puis m'empêcher de vous rapporter encore deux traits assez singuliers. |

» Le premier regarde le prince François. Vous savez quel est son zèle pour gagner les infidèles à Jésus-Christ. Il a trouvé un bon moyen de le satisfaire; il s’est fait médecin, et il passe pour

très-habile dans cètte profession. Comme sa sur-

dité l'a séparé depuis plusieurs années de tout commerce avec les hommes, il s’est amusé à la lecture des livres de médecine. Il essaya d’abord ses remèdes sur ses domestiques. Le succès qu'ils eurent le fit bientôt connoître au dehors : on venoit le consulter, et sa réputation augmentant chaque jour, on l’invitoit de tous côtés à venir visiter les malades. Les soins qu’il en prenoit gratuitement l'ont encore plus accrédité, Il a su profiter de l'accès que cette profession lui donnoit dans toutes les maisons à Fourdane pour exhorter les grands à se convertir, et pour bapuiser les enfans qu'il trouvoit en danger de mort. Ses occupations, auxquelles il ne pouvoit suffire, n’ont été interrompues que pendant le peu de jours qu’il a été enchaîné avec les autres à Fourdane,

» Le second trait regarde le prince Jean. Pendant qu'il étoit chargé de chaînes dans ce cabaret dont je vous ai parlé, il eut la consolation de voir son fils unique, le prince Ignace, guéri tout à coup d’une maladie bien extraordinaire. Il ÿa trois ans qu'il en fut attaqué, et les plus habiles médecins n’y pouvoient rien connoître : elle fut suivie d'une espèce de stupidité qui Jui faisoit garder un

silence opiniâtre; peu à peu elle dégénéra en folie,

en sorte qu'on eul beaucoup de pêine à lé con-

Vtt

; re) 1.7 1 CU IV} i L'PER: ‘ t excuse, et voulut absolument qu'il parût en sa 11h © 7 ft “2: HONSLECi) 29 ñ FF 2 D. C3 « présence , afin de pouvoir rendre un compté plus

! Lr5 Gi , 15 1 € exact de sa commission.

». Ignace parut, et accabla ce mandarin d’injures,

le traitant de vil esclave, et se’ donnant à luimême le titre de seigneur. Le mandarin n’en ‘demanda pas davantage, et se retira au plus vite, en disant qu’il falloit avoir compassion d’un malade : cependant dans le compté qu'il rendit au général, il n’oublia pas les injures qu'Ignacé lui avoit dites. Aussitôt 1l y eut ordre de se saisir de sa personne, de le garrotter , de le frapper d’une manière cruelle , et de le lier à la porte du tribunal. A nr

» Ce mauvais traitement ne fit point plier Tgnace comme on le prétendoit : cependant sà maladie devint sérieuse , et le troisième jour il fut réduit à l'extrémité. Les princes, son père et ses oncles, prièrent qu’on le remit entre leurs mains pour le soigner , ce qui leur fut accordé ; mais peu après arriva l’ordre du 4 juillet. Ignace fut chargé de

} » chaines comme les autrés, ét Sans qu on eût égard

» $ sa maladi ie, on le traila : avéc la même . ligueur, » Un] Jour qui il étoit étendu ] jar terre » et qu on » croyait qu fl alloit expirér de foiblesse, il se'mit » tout à COup sur son séant, ét ayant ‘regardé tous » .CeUx qui l'environnoïent : Par [a miséricrde de Dieu, dit-il, ‘je suis! guéri ; “grâces infinies luï'én » ” soient rendues : me voilà dans un état où je-puis désormais souffrir avec mérite, Ensuite il exhorta » ses frères à à persévérer dans la foi, etäs süpporter » constamment des peinés de péu de durée, et qui leyoient être pan d'üne Rs de bonheur.

ue n'ai- je une ‘meilleure mémoire > POürsuivit cheou !; Je vous raCOntérois uné infinité de choses » édifiantes d'Ignace que je n’ai pu retenir. »

Le r:

… Je ne vous. avois oint parlé de ce seigneur dans les deux lettres c que j'ai eu l'hnneñr de vous écrire; j'attendois sa’ guérison, et je ne doutois pas' que Dieu ne l’accordât enfin aux fervéntes” Prières d’ün

‘père, d ‘une mère , et d’üne ve qui sollicitoient

Sans’ cesse le rétablissement € Sa Santé, âvec' üñe entière confiance ( en la miséricorde du Seigneur. Ils ayoient raison de s ‘intéresser si fort Pour ce jeüne -Prince; c ’étoit célui de tous les petits-fils de Lie niama qui se distinguoit le plus par toutes les pèr- - fections de l'esprit et du Corps. Son air doùx et “honnête , ses manières aisées et Prévenantes le’ rén- .doient aimable à tout le monde, et surtout au viéüx . regulo son poid - père, qui ne ‘le’ prit en aversion ‘que .quand sut qu'il vouloit absolumént émbrasser la religion chrétienne ; il eut le bonheur de recevüir le baptême environ dans le même temps que le prince Jean son père. On’ rémarqua aussilôt ên lui une exactitude Scrupuleuse à remplir toutes les obli ligations du christianisme une ferveur une morüfication et ün “retuéillement’ ‘éxfraordinäites he

s'appliquant qu’à étudier la loi divine, et évitant avec soin tout frivole amusement, jusqu'aux conversations inutiles, qui ne le portoient point à Dieu. Digne fils d’un père qui étoit lui-même un modèle de vertu, je ne doute point que Dieu ne l'ait conservé, pour être à Fourdane la consolation de tant de princesses abandonnées par l'exil de leurs maris et de leurs frères.

Le seizième de la septième lune, c’est-à-dire le 13 août , le département de nos prisonniers fut réglé, et on le leur signifia de la manière suivante, Le prince Jean fut exilé à Tsi-nan-fou, dans la province de Chang - tong; le neuvième prince , à Tay-ycen- fou, dans la province de Cham-s1; le prince Paul, à Nankin; le prince Stanislas, à Souicheou , dans la province de Kiang-nang; le fils aîné du prince Xavier, à Hang-tcheou , dans la province de Tche-Kiang; et quand le quatrième arrivera de la guerre, il doit aller à Cai-fong-fou , dans la province de Honan. :

L'ordre donné aux mandarins de ces provinces , porte qu’on les renferme avec leurs chaînes, sans leur permettre la moindre communication au-dehors. Le même jour, on les mit en des charrettes dans le même équipage qu'ils étoient venus à Pekin ; il y eut ordre d'arrêter tous ceux de leurs anciens domestiques qui oseroient les approcher : quatre cavaliers commandés par autant d'officiers , marchoient autour de chaque charrette. |

Quelque soin qu’on eût d'observer les princes chrétiens, ils trouvèrent le moyen de faire avertir le père Suarez qu’ils devoient passer immédiatement devant la porte de son église; ils l'assuroient qu'ils étoient disposés à recevoir l'absolution, et que, ne sachant pas ce qui devoit leur arriver dans la route, ils le prioient de la leur donner au passage. Il étoit près de cinq heures du soir ; ceux qui devoient

vitant

coni- Dieu.

1odèle | cCOne tant maris

ire le rs fut vante.

ans la ice , À -s1; le \ Sou- [s ainé vince era de à pro-

inces , , Sans ehors.

; dans ekin ; nciens tre Cahoient

rinces rtir le ement qu'ils 1e, ne route, | étoit voient

‘À manger au-dehors, d’ tretien. Aussi n’avons-

ÉDIFIANTES ET GURIEUSES, ACCOmpagner ces seigneurs ju les pressoient fort, et voulo toute la nuit, afin d’être ! argent qu on leur donna j plus traitables.

1 Il est à croire qu'à Pekin, ils seront Lrai mais dès qu'ils seront serve la coutume ,onn la bastonnade avant qu Cutera aussi au pied d ù leur sujet, surtout d mens. Mais dans la suite

Squ'à la première poste, lent qu'ils marchassent rlatôt de retour; quelque es rendit plus indulgens et

mesure qu'ils s’éloigneront de tés avec moins de rigueur ; arrivés au terme, si on ob-

Il n'en est pes de même à Pekin » Où les Louis et Joseph, qui furent mis en prison ernière, ÿ Sont encore dans le même état premier jour qu'ils y furent enfermés été permis aux domesti

rinces ose que le ; il n’a Jamais ques qui leur préparent à avoir avec eux le moindre en-

nous pu rien apprendre de l’état où ils se trouvent, Tout ce que j'ai pu savoir, c'est

que le prince Joseph dit une fois à ses yardes, qu'il falloit avertir le troisième régulo, frère de l’'Empereur, qui est préposé à leur garde, qu'un anneau

une des trois chaînes qu'il avoit au cou étoit rompu.

bits propres à

n. Ona remarqué aussi qu'ils s

pés en supputant les jours de la lune pu bien distingner les jours de jeû

‘avec ceux où il est permis de manger de la viande.

Dès le comméncement de leur prison, leurs domestiques ont'eu soin de es servir tous les jours en gras t'en imuigre. Au bout de ‘detix où trois lunes, îls réconniirent par la desserte, que leurs rhaîtres faisoient maigre le dimanche, et gras le vendredi , et qu'ils avoient cointnentcé le ‘carême chacun dans des temps différens.

‘Vos serez peut-être surpris de ne point Voir re- ‘paroître’sur la soëne Marc-Ki, ce ZËlE néophyte qi,

‘par pure charité , fit l'an'passé trois voyages à Pekin

our le servicé de’cés illustres exilés ; je l'ai'été moimême; ét m’étant informé de ce qui le regarde,

“üh m'a dppris les choses:syivanites : Quoiqü'il'ait re-

‘is à son fils son emploi de soldat , il'n’est pas por ceha réritré ans le rang du simple’ peuple; 1ldemeute toujours sous la bannière où il est té, et est soutriis à deux qui la commandent.

‘Le'mandatin de quil dépend immédiateriént, et qui ést'more ‘de religion, fut informé des fréquens voyages'que Marc faisoit à Pékin ‘pour le ‘soulage ment'des princes exilés, et il en craïgnit les suites ‘pôur lui-même ‘( car les mandarins répondent de leurs gens): sur quoi il fit appeler Marc, et après ui avoir fait donner quarahte coups de bâton : « Ecoute , ‘lui dit-il froidement, ce n’est pas pour » obliger à changer de religion ni à adorer es » idoles, que je Tai fait donner cet enseignement » mais c'est pour vapprenüre à ne te pas ingérer » dans les affaires qui ne te regardent pas; ComM- » ‘prends-le bien. Hélas! répondit Marc, je l'aurois » compris à merveille dès le premier coup que vous » m'avez fait donner , si vous vous fussiez expliqué » plutôt. » Dès qu'il ne fut plus sous les yeux du mañdarin, il dit aux Chrétiens qu'il trouva, que puisqu'il y ‘avoit assez de gens libres , et même de “domestiques qui pouvoient aller et venir sans aucun risque, 1L'se tiendroit désormais En repos ; mais die cependant,

lomés- À gras ës, îls es faidi, et ns des

oïr r'ete qui,

Pekin

LÉ moigarde, ait re— is poûr \méure

soutflis

ént,'et équens ulages'suites lent de t après bâton :

15 pour rer Les ement, ingérer ; Coml'aurois tre vous xpliqué jeux du Ja, que ème de s aucun näis tie endant,

cependant, comme il étoit sur l'âge, pas laisser passer l’année sans venir à Pekin, pour S y confesser et communier ; qu’il retourneroit ensuite à son poste, pour attendre tranquillement la mort dans sa maison.

Un fervent Chrétien, nommé Pau/ Sz , est resté à Sin-pou-tse pour garder la chapelle, et avoir soin de quelques domestiques qu'on y a laissés.

L'Empereur n’a pas fait confisquer les maisons ni les terres de ces princes ; mais, ce qui revient presque au même, tous leurs biens sont entre les mains de mauvais domestiques , qui les dissipent sousdifférens prétextes , sans que les maîtres, dans le triste état où ils sont, osent s'en plaindre, Leurs parens qui

Pourroient y metire ordre, se tiennent à l'écart, et

évitent jusqu’au soupçon d’avoir la moindre liaison

avec ces infortunés princes; mais s'ils sont abandonnés des hommes, Dieu sans doute sera leur appui et leur protecteur, et leur donnera: la force de

Soutenir tant d’afllictions et de disgrâces. Je les re

commande à vos saints sacrifices ; en vous suppliant

de n’y pas oublier votre très-humble » etc. :

Da père Parennin , missionnaire de la Compagnie

de Jésus, au père du Halde, de la méme Compagnie.

il ne vouloit

À Pekin, ce 26 septembre 1727.

MON RÉVÉREND PÈRE, La paix de N. S,

Vorcr la quatrième lettre que j'ai l'honneur dé

vous écrire au sujet des princes chrétiens de la Chine; T. XI. 9

ne Me à PRESS

fl | Î j | |

fs continuent à nons donner d’admirables exemples:

des vertus les plus sublimes, et surtout d'une constance à toute épreuve dans la foi. Les personnes de piété à. qui vous en ferez part, en seront sans doute édifiées : et peut-être que, sensibles à la seule consolation qui nous reste dans ce temps de trouble, elles nous aideront, par leurs prières, à remercier le Père des miséricordes, de ce qu’il a bien voulu faire triompher la religion de Jésus-Christ au milieu d'une cour, où elle n'est connue que pour être proscrite et persécutée.

Quoique l'attachement de ces princes à la religion chrétienne ait été la principale cause des mauvais traitemens qu’on leur a fait soutfrir, on n’avoit cependant apporté jusqu'ici d’autres motifs que les fautes prétendues du prince Sourniama leur père; mais aujourd’hui ce vain prétexte a disparu ; on s'explique clairement, et on ne laisse plus ignorer que c'est uniquement de leur attachement à la religion qu'il s’agit.

Dès le: commencement de cette année, l'Empereur a mis tout en œuvre pour les faire renoncer publiquement à la foi; mais ni son autorité, ni ses ordres auxquels il n’avoit jamais trouvé de résistance, nises raisons qu'il croyoit invincibles, ni les députés des grands qu'il leur envoya pour les ébranler, ni les plus cruels traitemens dont on usa à leur égard, ne purent faire la moindre impression sur des cœurs véritablement animés de l'esprit du christianisme. C’est ce que je vais raconter par 0rdre, et dans un détail quine laissera rien à désirer d'essentiel dans un sujet aussi intéressant que celui-ci,

Dans la lettre que je vous écrivis le 24 d'août de Var aée dernière, je vous mandai que cinq des fils du vieux regulo Sourniama , c’est-à-dire , le second, le quatrième ; le neuvième , le dixième , letreizième, et,un fils du prince aîné avoient été transportés dans

re me «

@ 5 os A

ples:

ns s de pute on— ble, cier oulu ilieu OS

gion u vais t ce e les père ; s’exv que igion

mpeoncer ni ses résis- S, ni ur les usa à ession rit du ar Orlésirer Plui-ci.

pût de les fils cond , zième , és dans

ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 134 différentes provinces, pour Y Être gardés aussi étroitement que le sixième et le: douzième l'étoient à Pekin; que le étoient restés libres à Fourdane qualité de. soldats; qu'avant Ja co

et que l'Empereur co donner à examiner au Tout paroissoit donc terminé > du moins pour quelque temps; c’est ce que ie silence de l'Empereur sur ce mémorial nous faisoit juger : mais nous nous trompions, ainsi que vous l'allez roir, Pour vous mettre mieux au fait » il faut vous rap pcler le souvenir de ce que je, vous ai. déjà mandé touchant le zèle du onzième prince nommé Frangois Cou. Ce seigneur, qui a le cœur d’un apôtre, est parfaitement instruit des vérités de la religion: il parle également bien Le chinois et le tartare; et avec J’autorité que lui donnoit sa naissance »+ même dans ses malheurs , il étoit très-propre à annoncer Jésus Christ. Pour avoir OCcasion d'exercer ce zèle, il avoit imaginé un expédient qui lui réussissoit : il avoit étudié plusieurs livres de médecine, et il s'étoit si fort appliqué à cette science , qu’il l'entendoit mieux que la plupart de ceux qui en font profession.

out ce qu'il y avoit de malades dans les huit bannières, linvitoient À venir les voi

modoient fort d’un médecin qui ne le

rogues , et ils S par tolitesse et par

parler des vérités chrétiennes, qu'ils voyoient d’ailleurs être le prinrs profitèrent de ses plus solide qu'il retira, plusieurs enfaus moribonds, auxquels il conféra le baptême.

Ces actions de zèle ne purent se faire long-temps, sans que les mandarins subalternes de sa bannière s’en aperçussent: le ##cam-in (1) l'en reprit plusieurs fois, etle menaça même d'en porter ses plaintes au

énéral. Ces menaces ne produisirent aucun effet : lé prince François se croyoit obligé de faire connoître Jésus-Christ et sa sainte loi à tout le monde, et d'aller secourir ceux à qui ses services pourroient être utiles pour les besoins tant du corps que de l’âme. Îl arriva en même temps que cet officier tomba dans une maladie dangereuse : l’art des médecins ordimaires ne put le soulager; il se voyoit mourir , lorsque la pensée lui vint d'appeler celui-là même à qui il venoit de défendre d’exercer la médecine.

Le prince François y alla volontiers , dans l'espérance de le guérir, et de ménager sa conversion. Il vint à bout de lui rendre la santé; mais quelque touchantes que fussent ses exhortations, elles ne purent rien sur l'esprit d’un homme que la crainte de perdre sa charge , touchoit presque autant que l'amour de la vie. Ce mandarin donna cependant au prince François des marques de sa reconnoissance, mais

ui furent bien différentes de celles qu'il attendoit. 1] alla le remercier dans sa maison , et il L'exhorta à modérer son zèle, où du moins à ne pas sortir de sa bannière , parce que tôt ou tard l'empressement avec lequel :1l parcouroit les différentes bannières ; lui attireroit quelque nouvelle disgrâce: mais ayant vu

que ses remontrances étoient inutiles , il prit le dessein de lui en faire parler par un ami commun, qui auroit plus de crédit sur son esprit. C'étoit pour lors son tour de venir rendre compte à Pekin de l'état de la garnison, et des troupes qui composent les bannières, Là il rendit visite à un médecin chrétien

(1) Cenfenier ou capitaine d’un des corps qui composent une bannière.

» sal » me » gaé

» leu

NX

nommé François Quet, qu’il avoit connu avant que d'aller en garnison à Fourdane, Il savoit les liaisons d'amitié que ce médecin avoit avec le prince François, et qu'il avoit fait les fonctions de médecin et de catéchiste dans son palais et dans celui de $es frères, | RAR Ubu à Ce mandarin commença par lui conter l’histoire € Sa guérison, et la dure nécessité où il se trouvoit

d’accuser son bienfaiteur, ou de perdre sa charge, et peut-être la liberté, « J’allai, dit-il, chez lui pour » Île remercier de ses Seryices : mais au lien de me » recevoir dans la salle ordinaire, comme il se pra- » tique avec les hôtes, il m'introduisit, Pour me faire * plus d'honneur, jusque dans l’intérieur de sa mai- » son, et au milieu de toute sa famille.

» La première chose que. j'aperçus , fut une grande » chapelle ornée d'images, de croix, et de tout.ce qui est à l’usage des Chrétiens. Je fus d’abord ef. » frayé de cet appareil extérieur d'une religion qui » est proscrite, Je le pri de garder plus de me- » sures, et de vaquer plus secrélement etavec moins » d'éclat aux exercices de sa religiôn, Je lui ajoutai » que je ne désapprouvois. Pas son attachement à Ja, » loi chrétienne, pourvu qu'il en fit profession en, » son particulier , et dans l'intérieur de. sa famille. » Enfin, j'allai jusqu'à lui.promettre, de fermer les » yeux sur sa conduite, s’il me.promettoit à son tour; » de n’aller que chez les soldats dont je suis. Chargé ,. » Ou tout au plus chez céux de la même bannière 8, », qu'en cas de recherche, j aurois. de quoi, me, dis- »Culper; mais que s’il continuait de visiter: ipdif- » féremment tout le monde, je ne pouvois pas. me » résoudre à courir un: 1 risque , et que.je ne: le » Sauverois pas en me per ant moi-même. Toutes ». mes remontrances furent vaines, €tJene pusrien. » gagner sur un homme entêté de ses: idées, D'ail-

» leurs, comme il est à moitié sourd , il ne pouvoit

134 "TU TULETTRES

»'''énténdré qu’une partié de ce que je lui disois. C’est » pourquoi je vous prie, vous qui êtes son ami, de 5 Jluifairé connoîtré dans un grand détail toutes les À faisons qui peuvent l’engager À suivre mes conseils : #°$artriste situatiôn mé’tôuche ; quoique maintenant » il dépende de moi, et que j aie droit de lui'com- » 'mändér; jé me souviens toujours du fespect que » ‘jé lui devois autréfois, et je n'oublie point qu'il ne

» in’étoit permisi'de paroïtre devant lui qu'en flé-

ÿ'chissant le genou: Je sérois au désespoir qu'il lui »'ärrivât quélque nouveai malheur. Ecrivez-lui donc

5 ‘d’urie manière qui le persuade , et vous nous sau- » ‘verez tous deux. C'est en vain que je lui écrirois , 5 ‘répondit Frantois Ouei; il faut, pour lé retenir, » une autorité qu'il féspecté , comme celle de Dieu 5 méine: ‘et il n’y 4'que ses pères spirituels qui » puissent régler ses ‘démarches : je’ vais leur en

» parler. LPS à

IL vint effeétigémént noûs proposer , au père Suarez'età moi', la péire de l'officier, et nous crûmes devoir avertir 1e -prinéé François, que, dans l’exercicé ‘dé &ôh zèle 'htr:déhors ; il devoit suivre aveugléent les conseils et la direction du princé Jean, son frère aîné”, dûnt la prtidénce nous étoil parfditement con! hais avabht que nos lettrés pussent arriver x Foufdarle ,'èt’méme ‘avant que l'officier partit de Pékin ün évéhément éhangea la face des choses,-et contribua beaucoup à la persécution présente. Le

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de Chang-tong , qui étoit le lieu de la prison de son maitre, IL étoit veuf, et il épousa une veuve. Il arriva qu’il y eut du tumulte à ses noces, et que la fête en fut troublée, Les mandarins en eurent biertôt connoissance ; et craignant que l'Empereur, qui a partout des espions, n’apprit par quelqu’autre voie que le prince prisonnier avoit été suivi de ses domestiques, ils les firent tous arrêter. On intérrogea le nouveau marié, qui répondit qu'il étoit esclave du prince, 15 « Les autres assurèrent qu'ils étoient domestiques à gages et non sur le pied d'esclaves, : sur quoi ils furent mis en liberté, L'un d'eux, appelé Pierre Fang , fils d'un lettré qui avoit été précepteur chez le second prince, me vint voir À son retour, ét me raconta cet événement. L’esclave n’en fut pas quitte à si bon compte : les mandarins le renvoyèrent enchaïné à Pekin, et le livrèrent au tribunal des crimes : ils en donnèrent en même temps avis à l'Empereur, et telle fut la source de tout le mal. Sa Majesté ayant ordonné qu'on fit des informations, le tribunal des erimes répondit que ces princes coupables avoient été remis sans aucun domestique au tribunal des troupes, pour être conduits au terme de leur exil ceux-ci rejetèrent la faute sur l’ancien général de Fourdane, qui étoit en place quand on y envoya le prince Sourniama et sa famille. Il apportoit pour raison qu’on avoit déterminé que toute cettc famille n’auroit que cent trente domestiques, et que le géné. ral nommé Ov-}y-pou, n’avoit point répondu par écrit au tribunal des troupes touchant ce nombre de domestiques. Cet ancien général étoit pour lors à Pekin, où il exerçoit une autre charge : on le cita pour répondre à l'accusation ; et comme il ne pouvoit pas se rappeler le souvenir de ce qui s’étoit passé dans ce temps-là , 1] lui fallut interroger ses officiers subalternes : il dépécha courrier sur courrier à la for

teresse, comme s’il se fût agi d’une affaire de la dernière importance. Ces courriers qui alloïent et venoient sans cesse, mirent l’alarme parmi les officiers, et leur firent prendrelarésolution d’accuser ces princes sur leur religion, qu’ils regardoient comme l'unique cause de tous ces mouvemens, puisque toutes les autres affaires étoient finies. Ils composèrent un mémorial à ce-sujet, qu’ils présentèrent au général qui commandoit alors dans la forteresse. Ce nouveau général, appelé Chemoute , est prince du sang, et par conséquent de la famille des princes accusés. Il savoit que ces princes étoient Chrétiens , et il faisoit semblant de l’ignorer : mais quand ils lui eurent été déférés comme tels, il craignit de se rendre lui-même coupable, s il ne se donnoit pas quelque mouvement sur une accusation si publique. Îl s’imagina que le moyen le plus, court pour prévenir tout sujet de reproche, étoit de les faire renoncer à leur religion, chose à laquelle il ne voyoit nulle difficulté : il se flattoit même qu’il n’auroit qu’à parler pour être obéi, et que des gens qui depuis trois ans accablés de toutes sortes de maux , voyaient à peine tomber leurs chaînes, que leurs frères portoient encore, seroient ravis de trouver en lui un protecteur qui pût mettre fin à Jeur misère. Mais , grâces en soient rendues au Seigneur , il se trompa : n'ayant pu vaincre la résistance de ces fervens Chrétiens, il assembla son conseil de guerre, en condamna deux à être décapités , et les autres À être emprisonnés. Il envoya ensuite un mémorial à l'Empereur , par lequel il le supplioit de ratifier la sentence. Ce mémorial arriva à Pekin le 8 de janvier de cette année.

Pour vous instruire en détail des demandes et des réponses qui furent faites dans l'interrogatoite , je ne puis mieux faire que de traduire la relation qu'en fit le prince Jean Sou, et qu'il nous envoya. La sim-

î plicité qui y règne porte un caractère de vérité qui

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ne laisse pas le moindre doute. Ce prince, par esprit d'hurnilité, parle de lui-même en troisième personne, Voici :es paroles,

« EL faut vous informer d’uneaffaire qui vient d’ar- » river. Îl n’y a personne ici qui ignore que les » mandarins d'aujourd'hui couvrent la recherche » qu'ils font des Chrétiens, du spécieux prétexte de » Connoître le nombre de nos domestiques , comme » Sileurs prédécesseurs » Par égard pour nous, avoient gardé le silence sur cet article.

» Le 15.° jour de la onzième lune de la quatrième » année de Yong-Tching (le 18 décembre 1726), » des députés en grand nombre, vinrent nous dé- » clarer, de la part du général , qu’il falloit changer » de loi. Nous répondimes que la loi chrétienne que » nous professions étoit la seule véritable » qu'elle ne ». pouvoit être ni changée , ni réformée, et qu'abso- » lument nous ne pouvions pas ÿ renoncer. Comme » ils s’aperçurent qu’ils ne gagneroient rien, soit » par leurs promesses, soit par leurs menaces, l’un » d'eux nous tira À part: Pourquoi, nous dit-il, êtes- ». vous si opiniâtres et si inflexibles ? qui vous em » pêche de penser dans l’âme tout ce que vous vou- » drez? dites seulement de bouche que vous renon-

» cez, Cela nous suffit, Cela même, répondimes-nous,

» nous ne le pouvons pas : le moindre mensonge est » opposé à la loi de Dieu; comment permettroit-il » une si honteuse dissimulation ?

» Le septième fils du prince Sourniama, appelé » Pierre Lo, étoit présent, de même que son fils

aîné Paul. Ils n’avoient reçu le baptême que depuis peu de temps, et n’étoient pas encore assez » bien instruits des obligations du christianisme, Le premier faisant attention à ce que disoit l’oflicier, crut pouvoir suivre l'avis qu’il proposoit, et il dit : Je renonce. Et vous, dit l'oflicier, s'adressant à Paul, » n'imitéz-vous pas votre père? Paul sorüt sas ré-

pondre ; et l’on écrivit sur un registre les noms de ceux qui aveient confessé Jésus-Christ.

» Ce premier interrogatoire fini, on nous ordonna de nous rendre chez le cousaïta (tribun ou colonel }, afin qu'il nous examinât lui-même. Pour lors Jean Sou prit la parole , et dit: Nous autres Chrétiens , nous suivons une loi qui défend tout ce qui est mal, et qui n’ordonne rien que de bien. Elle enseigne la fidélité au roi, l’obéissance aux parens ;, l'amour du prochain, en un mot tous les devoirs, et elle défend tout ce qui n’est pas con-

‘ forme à la raison, Vous voulez que nous renon-

cions à cette loi; dites-nous lequel de tous ces points vous voulez que nous abandonnions? Point tant de discours, reprit le tribun. Voulez-vous renoncer à la loi du Seigneur du ciel, ou né le voulez-vous pas? Nous répondimes tous , qu’il ne nous étoit pas possible d’y renoncer. Cette réponse fut aussitôt portée au général et aux grands officiers. » Le même jour, sur le soir, nos domestiques eurent ordre de se rendre au corps-de-garde : on les intérrogea chacun en particulier , et on leur demanda s'ils étoient Chréuens. Tous répondirent qu’ils se faisoient gloire de l’être: deux d'entr'eux, qui n’étoient encore que catéchumènes, confessèrent Jésus-Christ comme les autres , et la nuit suivante ils furent baptisés: l’un fut nommé Szanislas, et l'autre François. Neuf autres de leurs compagnons reçurent aussi le baptême. Le même jour qui étoit le 1 5.* et pendant une nuit très-obscure, nous fûmes appelés au même corps-de-garde, parordre du général et des grands officiers. On nous demanda comment nous avions connu la loi du Seigneur du ciel , à quelle intention nous l’avions embrassée , et s’il y avoit parmi nous des étrangers. » Les princes Jean et François répondirent qu'ils entendoient les caractères chinois; qu'ils avoient -

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lu plusieurs livres qui traitoient de la religion chrétienne , et qu'après avoir mûrement examiné celte religion , ils avoient reconnu qu'elle étoit la seule véritable, et qu’ils l’avoient embrassée, Nous adorons, ajoutèrent-ils, un premier Etre, qui a créé le ciel, la terre, les anges, les hommes et toutes

» choses, et qui en est le Seigneur universel. La loi

que nous suivons, nous oblige d’être fidèles: au roi, d’obéir à nos parens, d'observer les cinq devoirs, de nous réformer nous-mêmes, d'éviter toute sorte de mal, et de pratiquer toute sorte de bien pendant cette vie, afin de mériter dans l'autre une éternelle félicité. Telles sont nos vues ét nos intentions. Nous prions pour l'Empereur et pour

TEmpire ,'et nous demandons à Dieu qu'il nous

donre la force d'éviter le péché , et de pratiquer la vertu ; du reste il n'ÿ a parmi nous aucun étranger. » Les mandarins nous ordonnèrent de mettre notre déposition par écrit cette nuit-là même , et ils nous renvoyèrent. Les princes étant de rétoui chéz'eux, firent sentir À Pierre et À Paul touté

l'énormité de la faute qu'ils avoient commise,

Vous avéz retioncé Jésus-Christ, leur dirent:ils,

Vous avez apostasié” sa sainte loi. Cés deux néo:

phytes rentrèréñt en ‘eux: mêmes » ét: Sortant

Comme d'un profond! sommeil ; ils comprirent "Qu'ils étoiènt beauconp plus coupables qu'ils’ne

se l’étoient figuré. Leur douleur fut si Yive', que

‘dès le lendemain ils allèrent se présenter à l'ofi- ‘’ Ciér dont feirite douceur les avolt'séduits. Quand

Vous nons avez interrogés , s’écrièrent “ils; nous

‘étions Chrétiens, ‘et ‘nous ‘le sommes encore :

pourquoi changerions-nous ? Nous ne Chanigeons point , nous proféssons la loi chrétienne.

» L'ofliciér ne voulut point lés écouter, et les ren-

voya au tribun: Ils y allèrent, et il$ lui parlèrent

» avec la même fermeté, Le tribun ajouta leurs noms

dans la liste de ceux qui s’étoient dits Chrétiens, et c'est ce qu'ils souhaitoient. Quelque temps après nous allâmes chez le tribun, pour lui lire notre dépusition que nous avions écrite la nuit précédente: il la rejeta, parce que, disoit-il, elle étoit trop longue. Ainsi nous ne savons pas en quels termes il l'aura rapportée au général et aux autres officiers.

» On nous laissa en repos jusqu’au second de la douzième lune, c’est-à-dire jusqu’à la veille de Noël. Ce jour là, le général assembla chez lui les mandarins des bannières, et leur dit : J’ai résolu d accuser à l'Empereur les Chrétiens de la famille de Sourniama. Sourghien (c’est le nom tartare du prince Jean ) est le chef de cette famille: qu'on l’arrète, et qu’on le garde dans un lieu public. L'ordre fut exécuté à l'instant, Aussitôt le prince François accourut; et s'adressant aux mandarins chargés d'exécuter l'ordre du général : L'Empereur est averti, leur dit-il, que,mon dixième frère et moi, sommes Chrétiens, de même que Sourghien : mon dixième frère est absent; mais pourquoi ne m’arrêtez-vous pas avec Sourghien ? François nomma le ‘prince: Paul , son dixième frère, parce qu'ils étoient convenus entr'eux, qu’en cas de persécution , le premier qu'on attaqueroit

Sur le christianisme , déclareroit que l'autre étoit

aussi Chrétien. Votre dixième frère est absent, répondirent les mandarins , ce n’est plus notre affaire : pour vous , attendez; nous allons informer le général de ce que vous venez de dire. Le général. ayant appris ce nouvel incident, fit pareillement arrêter François. . ti Hit

» Les dames et les filles chrétiennes voyant qu’il s’agissoit de prisons , de chaînes, et.peut-être de la mort pour Jésus-Christ, voulurent avoir part au bonheur de souffrir pour la religion. Cécile ,

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# épouse du prince Jean , et cinq autres dames, sa-

» Voir, Marie Ly, Catherine Nan, Marie Cou ,

» Agnès Pé, Michelle Pé » étoient déjà prêtes à

>» partir pour aller se présenter aux mandarins ,

» lorsque Thérèse, veuve du prince Xavier, suivie

» de sa belle-fille , cournt pour se joindre à cette

» troupe. Un des fils de Thérèse > nommé Pierre F,

»» Pria sa mère de rester , lui faisant entendre qu'elle

>» N'étoit pas décemment vêtue Pour sortir; qu’il

» Étoit tard, et que si l'on attendoit davantage, toutes

>» les autres dames voudroient les accompagner , et » Qu'avant qu’elles fussent prêtes , il seroit nuit ; »» que d’ailleurs un trop grand nombre causeroit du » tumulte et mettroit de la confusion ; que même » On refuseroit de les écouter. Thérèse se rendit ; >» €tse meltant à genoux devant Cécile > elle la pria » de donner son nom aux mandarins pour être ins- » Crit dans la même liste. Plusieurs autres dames » €Envoyèrent prier Cécile de la même grâce. Ca- >» therine Sou vouloit suivre sa mère ; Cécile l’en dé » tourna. Catherine Hou envoya un domestique à » Cécile , Pour la prier de se souvenir d'elle, Luce ü Hoang , Marie Lou, Agnès Tchao, Suzanne » Leou, et une de leur suivantes , nommée Ly, » firent la même Pr. re à Cécile.

» Françoise Vans , femme suivante » Vouloit ac-

” COmpagner sa maîtresse; mais comme l’on n’avoit » point encore parlé des domestiques, elle eut ordre » de se tenir tranquille. Il n’y eut donc que les six » dames que j'ai nommées, et qui avoient Cécile à » Îeur tête , qui allèrent trouver les mandarins, Le » prince Pierre les conduisit, Ils furent étrange- » Ment Surpris à la vue de toutes ces dames ; mais » ils le furent bien davantage > Quand ils apprirent ». la raison qui les amenoit, Cécile leur déclara que » ses cinq compagnes , et presque toutes les autres » dames, femmes et filles, qui n’avoient pu venir,

» Ignace Cou , âgé de dix aus; Philippe Té , âgé

étoient Chrétiennes ; qu’elle prioit qu’on en infor-

mât le général , et qu on écrivit leurs noms dans l'accusation qu’il devoit envoyer à l'Empereur. Marie Ly , épouse du prince Paul , l’une des compagnes de Cécile, dit que dès le temps de Cang-hi, son époux aussi bien qu’elle , avoient embrassé la religion chrétienne , et qu'elle prioit que leurs noms fussent écrits sur le registre.

» Ces demandes embarrassoient les mandarins , et ils gardoient un profond silence. Les dames les pressèrent avec autant de force que de modestie. Si c’est un crime à nos époux , dirent-elles , d'être Chrétiens , nous sommes aussi criminelles qu'eux. Nous sommes prêtes comme eux à donner notre vie, plutôt que d'abandonner notre religion. Les mandarins ayant enfin répondu qu’ils n’avoient point d'ordre d'interroger les dames, et qu'ils ne pouvoient recevoir leur déposition, Cécile se mit à genoux, et les conjura les larmes aux yeux, de ne pas lui refuser la grâce qu’elle demandoit. Alors ils promirent d’en informer le général. En même temps, ils donnèrent ordre à Pierre Y de faire une liste de toutes les dames et demoiselles qui étoient Chrétiennes , et de n'écrire les noms que de celles qui le voudroient, Cette nuit- là même, Pierre s'acquitta de sa commission , et le lendemain matin , sur les sept heures , il entra dans la ville , et porta la liste aux mandarins. Le général à qui elle fut présentée, répondit que les femmes suivroient le sort de leurs maris, et qu’il ne falloit pas écrire leurs noms séparément. Dans le même temps , le bruit se répandit que les mandarins , trouvant le nombre des Chrétiens trop grand , avoient déclaré qu'ils me compteroient pas parmi eux les enfans au-dessous de quinze ans. » À cette nouvelle , cinq jeunes gens , savoir ,

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 143 » de quatorze ans ; Philippe Mou » Matthieu Sou , âgé de neuf an » âgé de huit ans, ces deux der Jean Sou , coururent au tribunal , et prièrent les » mandarins de recevoir leurs noms, et de les ins- » crire dans la liste des Chrétiens. Fent - il donc ” Avoir quinze ans , disoient - ils » afin de pouvoir * Mourir pour Jésus - Christ ? Les mandarins ren- » Voyèrent ces jeunes gens , et ne parurent pas faire * attention à leur demande, Mais que durent - ils > Penser d'une religion qui inspire tant d’ardeur et » de courage ?

» Îgnace Sou , qu'une violente maladie a fait » tomber en démence » répondit brusquement à l'interrogatoire , qu'il n’avoit pas embrassé la loi » chrétienne. Jean Lo > Pour qui sa mère avoit ré » Pondu qu'il étoit Chrétien , saisi tout à cou » de frayeur, dit qu'il ne vouloit plus l’être : la » mère en avoit fait informer le mandarin , qui ” Prononça qu'il falloit s’en tenir à la première ré- ” ponse. Mais ce jeune enfant étant instruit, revint » de sa première frayeur , et protesta que quand il » S'agiroit de répandre jusqu’à la dernière goutte » de son sang, il étoit résolu de persévérer dans la » loi chrétienne, » Îl nous est venu plusieurs doutes sur lesquels » NOUS vous Cemandonsdes éclaircissemens. 1,0 Nous » avons plusicurs enfans qui ont été baptisés : il y » en a d'autres qui, après avoir reçu le baptême , » tombent en démence : pouvons — nous répondre » à leur place , et dire qu'ils sont Chrétiens ? 2,0 Le » quatrième jour de la troisième lune de l’année em l'ordre de l'Empereur nous ayant été » signifié pendant la nuit > On nous appela chez le » tribun , où nous apprimes que cet ordre étoit ter- » rible, Comme nous étions encore hors d de la ville, et qu'on ne

» âgé de onze ans; S ; Thomas Sou ; mers petits-fils de

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e la porte HOUS avoit pas enchaînés,

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» Paul Chou baptisa Paul Tou, François Cou bap- » tisa Gabriel Lo , fils de notre quatrième frère. » Quand nous fâmes entrés dans la ville, et qu'on » nous eut chargés de chaînes, Jean Sou baptisa » trois personnes : Jean Lou, Gabriel Lou son fils, » et Pierre Lo. Paul Chou en baptisa cinq autres , » à qui il donna le nom de Paul. Le vingt-troi- » sième jour de la septième lune de la même année ; » notre quatrième frère qu’on ramenoit de l’armée , » pour le conduire en exil , passa la nuit dans une » Eérellerie hors de la ville ; Jean Sou l’alla visiter; » et après l'avoir instruit des vérités de la religion » les plus capitales , et l'avoir exhorté à la contri- » tion de ses péchés, il lui conféra le baptême » qu’il demandoit avec un extrême empressement. » Quand le temps nous le permet, nous ne bapti- » sons personne qu'après l'avoir bien instruit eg » détail de ce qu'il doit croire et pratiquer. Mais » dans ce temps de troubles et de persécution , ou » à l’article de la mort, nous croyons pouvoir en » user autrement.

» Le quatrième jour de la sixième lune , qui fut » un jour de confusion et de tumulte , trois femmes, , savoir : Tchao , Leou et Ly , arrétèrent Joseph » Ca: par ses habits , lui demandant instamment le » baptême , et disant que bientôt il ne seroit plus » temps. Joseph les baptisa , et donna à l’une le nom » d'Agnès, à l’autre celui de Suzunne, et à la » troisième celui de Marie. Le mème jour, Cécile » Tou, Marie Ly et Catherine Nan en bapüsèrent » six autres, tant femmes que filles.

» Quelque temps après, Agnès Tchao qui avoit » été bapuüsée au milieu du tumulte causé par l’em- » prisonnemnent de tous les Chrétiens, tomba ma- » lade, et pria Jean Sou de suppléer à ce qui » pourroit avoir été omis dans son baptême. Jean » Suu, après l'avoir instruite plus à loisir, et lui

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 145 » avoir fait faire un acte de contr » Sous condition, Il en a souvent usé de même : il » demande s’il n’a rien fait en cela de Contraire aux » maximes de la sainte loi , et il vous prie de l’en » instruire. Michel Chou souhaite fort d’avoir le » livre qui contient les explications des saints » évangiles, Donnez - lui » je vous prie, cette satisfaction, »

Voilà, mon révérend père , ce que nous écrit le prince Jean : ces faits nous ont été confirmés par des domestiques et des néophytes venus de Fourdane. Ils nous ont rapporté quelques autres circonstances , entr'autres , que le prince Jean s’étoit fait admirer par son’ égalité d’esprit , par sa modestie, et par la force de ses raisonnemens ; qu’un des mandarins avoit dit au tribun, qu'il eût fait plus sage ment de se taire , que d’accuser des gens qu’on ne pouvoit convaincre d’aucune action mauvaise , et don! :: réponses étoient sans réplique ; que ceg maïtuiinis avoient été très-embarrassés , lorsque les six dames vinrent se présenter pour faire inscrire leurs noms dans le registre ; mais qu’ils avoient été interdits et saisis d’étonnement lorsqu'ils virent ces cinq jeunes enfans les prier de leur accorder la même grâce , et que l’un d’eux leur demanda s’il étoit nécessaire d’avoir quinze ans accomplis , pour pouvoir confesser Jésus-Christ et répandre son sang en témoignage de sa foi, | Je pourrois vous traduire es autres lettres que je reçus en même temps de quelques autres de ces princes ; mais comme elles n'ajoutent rien À celle du prince Jean, Je me contente de vous rapporter le mémorial présenté À l'Empereur de la part du général de Fourdane. Il est bon de vous faire ob server que quand on présente des mémoriaux À l’'Empereur ; On expose à la tête du mémorial le sujet dont il s’agit.

ition , la rebaptisa

Mémorial présenté à l'Empereur par le général de Fourdane , pour faire mourir ceux qui ont

embrassé une fausse loi.

« Nous, vos sujets, Ché-moute, etc. après avoir müûürement examiné toutes choses, nous avons trouvé que Sourghien , troisième fils de Sou-nov, et Courichen son onzième fils avoient embrassé la loi du Seigneur du ciel, de même que leurs fils et leurs frères, auxquels ils ont appris à mépriser les lois, à vivre à leur gré, sans frein et sans nulle retenue. Nous, vos sujets, ayant ordonné sévèrement aux fils et petits-fils de Sou-nou d'abandonner cette fausse loi, Sourghien et Courichen ont répondu qu'ils l'avoient embrassée depuis long - temps , et qu'ils mourroient plutôt que de l’abandonner.

» Nous, vos sujets, nous avons considéré que les fils et petits - fils de Sou - nou étant déjà coupables , ils eussent dû respecter les bienfaits de Votre Majesté, et montrer leur reconnoissance par une attention scrupuleusé à observer les lois. Mais, au contraire , ils sont entrés dans une loi fausse : 1ls vivent selon leur caprice, sans diétrétion et sans règle. Ils ont péché grièvemert léontre les lois. Ainsi Sourghien et Courtchen , qui ont protesté qu'ils mourroient plutôt que d'abandonner la loi du Seigneur du ciel, sont très-dignes de haine, et ont donné des preuves manifestes de leur opiniâtreté ; ils ne méritent pas de vivre. C'est pourquot nous jugeons que Sourghien et Courtchen, comme étant À la tête de ceux qui font profession de la loi chrétienne, doivent être décapités , pour donner un exemple qui retienne tous les autres. Que l’autre fils de Sounou et ses petits-fils Letay, Legen , J.Jamga, Loubequet, Oubequet, Tourtay , Chourtaz, etc. qui ont embrassé la loi chrétienne , soient chargés

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