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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 157 » tir: au contraire , il avouoit d'un air content , » qu’il avoit embrassé cette loi; et il soutenoit ; » Avec opiniâtreté, qu'il avoit eu raison de le faire , ‘» et qu'il ne devoit pas changer. Rien n’est plus » digne de châtiment, C’est pourquoi nous jugeons » que sur le champ Ourichen doit être traité en » rebelle, et être coupé en pièces. C'est le moyen » de faire observer exactement les lois, Nous atten- » dons avec respect les ordres de Votre Majesté. »
Il sembloit qu’on devoit perdre toute espérance d’ébranler ces illustres néophytes. Ceperdant l’Empereur ne désespéra pas d'y réussir, et il se flatta Te Ses promesses ou ses menaces auroient enfin leur effet. Voici l’ordre qu’il donna le même jour.
« Que le regulo , tous les chefs des bannières » Mant-cheoux , et tous les présidens des tribunaux » aillent encore interroger Ourtchen ; qu'ils déli- » bèrent sur ses réponses , et qu’ils m’en fassent le » rapport. »
Aussitôt que cet ordre fut porté, le troisième regulo fixa au cinquième de la même lune (25 d'avril), le jour de l’assemblée générale qui devoit se tenir à Yen -sse- keou , lieu À la prison d'Ourtchen. On envoya des billets dans Les différens quartiers de la ville , pour avertir tous ceux qui devoient assister à cette assemblée : et par ce moyen-là on fut bientôt informé , dans tout Pekin » du jour où ce seigneur devoit être jugé. Le concours du peuple autour de sa prison fut si grand, que les gardes eurent beaucoup de peine à écarter la foule, La curiosité y atüroit les uns ; d’autres ÿ venoient par de meilleurs motifs : plusieurs de ses domestiques y accoururent : l'un d’eux , quoiqu’infidèle , ne doutant point que son maître ne dût avoir la tête tranchée ce jour-là même, avoit préparé une natte et un coussin , afin de recevoir son Corps : d’autres, qui étoient Chré-
158 LETTRES tiens , n’avoient en vue que de recueillir avec réspect ce qu'ils pourroient s'approprier de ses reliques. Un si grand nombre de juges ne potvant entrer dans la prison du prince , ils établirent leur tribunal dans un temple d’idoles qui étoit proche, et y firent venir le prisonnier chargé de ses neuf chaînes. On Jui ordonna d'abord de se mettre à genoux. On lui fit coup sur coup une infinité de questions, auxquelles on l’obligeoit de répondre promptement. Le dessein étoit de l’embarrasser , et de le forcer en uelque sorte à se couper lui-même en ses réponses. Mais Dieu ne permit pas que le mensonge et l'iniquité prévalussent sur la vérité et l'innocence. Ses juges furent bientôt convaincus qu'ils perdoient leur temps et leurs peines : et après environ une heure de combat , où le généreux Chrétien se soutint toujours avec une admirable fermeté , ils le renvoyérent dans sa prison. Ils rendirent compte à l'Empereur de ce qui s’étoit passé : maïs le peu de sucéès qu'ils avoient eu , les empêcha sans doute de présenter un mémorial : du moins il n’ést pas ÿenu à ma connoissance, | | |
Quand le prince Joseph fut de retour dans sa prison ; il raconta une partie de son intertogatoire à Ma-siao-ell , jeune domestique qu’on avoit enfermé avec lui pour le servir, et qu'on a depuis mis en liberté. Je diffère à vous en parler, pour ne pas interrompre les actes authentiques.
Cette seconde tentative , faite avec tant d'éclat, ayant si peu réussi, de même que deux autres particulières et plus secrètes, l'Empereur fut outré d’une résistance à laquelle il ne croyoit pas devoir s'attendre : situation dangereuse dans un monarque peu accoutumé aux contradictions , et qui a tont pouvoir sur la vie de ses sujets ! 11 dissimula néanmoins son chagrin; et faisant semblant qu'on n’avoit
pas compris sa pensée, il prit un autre biais , qui
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Pourtant ne trompa personne. Vous en Jugerez vousmême par l'exposition que je vais faire » en traduisant fidèlement ses paroles,
Le treizième jour de la troisième lune (le 16 mai ), l'Empereur fit appeler Ma-tsi, premier mi. nistre d'état, les présidens des neuf tribunaux , et les grands Mant-cheoux des huit bannières , et leur dit : « Ourtchen se moque de vous, et il a raison à ” Parce que vous l'avez mal interrogé, faute d’avoir » compris ma pensée : écoutez bien ce que je vais » vous dire , et retournez lui Porter mes ordres,
» Le Seigneur du ciel, et le Ciel, c’est une même » chose; toutes les nations du monde honorent le » Ciel, mais chacune a son rite particulier pour lui » rendre ses lionneurs, Le rite des Tartares Mant- » cheoux est le Traôchin (1). Il n’y a personne qui, » le premier jour de l'an, ne brûle des odeurs et du » papier , et cela pour honorer le Ciel.
» Nous autres Mant- cheoux , nous avons nos » rites particuliers; les Montgoux, les .: ‘rôis , les » Moscovites, les Européens, etc. > Ont aussi cha » cun le leur’ qui leur est propre. Quand on fait » attention aux réponses d’Ourtchen, on voit qu'il » se fâche, comme si l'on vouloit qu'il cessât d’ho- » norer le Ciel. Ce n’est pas Ià ce que j'ai prétendu » lui défendre : mais j'ai dit que chacun avoit sa » manière de l’honorer, et que lui étant Mant-cheou, » il devoit suivre le rite des Mant-cheoux. Or, non- » seulement il refuse de s'y conformer, mais il » l’abandonne pour suivre la fausse loi des Euro- » péens; c’est un renversement total de conduite.
» Ourichen ayant donc abandonné le rite de ses » ancêtres, et soutenant contre toute raison que » Celui d'Europe, qu’il a embrassé, est le seul vérinent
(1) Le Tiaochin est une cérémonie qui n’a rien de fixe ni d'arrêté ; chaque famille Ja fait à sa manière. 1
» table, imite la conduite insensée de son père, qui » abandonna son véritable maître pour entrer dans » la faction d’Akina et de Se-sse-ke. Voici sans » doute quel est le raisonnement d’'Ourtchen : C’est » fait de moi, je dois mourir; si, en m’attachant »opiniâtrément à la loi du Seigneur du ciel, l'Em- » pereur me condamne à la mort , je rendrai sa per- » sonne odieuse, et il aura la mauvaise réputation » de m'avoir fait mourir, parce que j'honore le » Seigneur du ciel. Son père et lui ont commis des » fautes énormes, qui méritoient la mort : vous » autres grands, vous me présentâtes un mémorial » par lequel vous me supplüez de les traiter en re- » belles : je n’ai pas encore répondu à ce mémorial. » Si je voulois le faire mourir, ce seroit pour les » crimes de rebellion, dont son père et lui sont » coupables, et non pas parce qu'il honore le Sei- » gnenr du ciel. Vous savez que les grands m'ayant » présenté une requête contre les quatre domes- » tiques qui s'étoient dits Chrétiens , afin qu’on les » jugeñt sévèrement, je répondis que c'étoit une ca- » naille ignorante, et qu’il falioit leur pardonner. Je » n'ignore pas que plusieurs autres font aussi pro- » fession de cette loi : mais il n’y a nul inconvénient » par rapport à l'Empire; çar sil y en avoit réelle- » ment, est-ce que | Émpereur mon père eût souf- » fert les Européens à la cour? et moi-même ne l’au- » rois-je pas défendu dès le commencement de mon » règne? mais parce qu'Ourichen, qui est Mant- » cheou, et qui étoit ci-devant du sang royal , a pré- » féré la loi chrétienne aux rites de ses ancêtres, 1 a non-seulement violé les lois de l'Empire, mais » ila encoreoffensé le Ciel même, et c'est pourquoi j'avois ordonné qu’il abandonnât cette loi, » Au sortir de cette audience , les grands mirent par écrit les paroles de l'Empereur , etavec ces nouvelles
armes , ils allèrent pour la troisième fois attaquer le généreux
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