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ÉDIFIANTES ET CURIEUSÉS, 169
était de ne pas garder les Jours d’abstinence, faute de les connoître. Il n’y avoit que moi qui mangeois de la viande. Pour lui, il disoit qu’il étoit un grand pécheur , et qu’il devait iaire pénitence. La rigueur de sa prison, la pesanteur de ses chaînes, et sa contünuelle abstinence , ne l’empéchoient pas de macé- 1. SON COrPS par plusieurs autres austérités, Un bruit d’instrumens qu’un voisin faisoit devant ses idoles à la pointe du jour, nous annonçoit le premier jour de la lune, et nous apprenions le quinzième par le bruit d’une poulie, dont on se sert pour élever Eu le temple voisin la bannière au-dessus du mât dressé à cet usage, Son esprit inventif lui faisoit trouver cent moyens de varier ses exercices: une fois en-
en Creusant dans un endroit, du marbre blanc, &
r, nous nous miîmes à le tailler et à le polir avec d’autres Pierres; et peu
» Vinrent ensuite les interrogatoires. Le troisième regulo entra dans notre prison avec le chef de la ban-
ses ancêtres pour suivre la relivion des Européens. Ces reproches étoient suivis de belles promesses : Quittez cette loi, lui disoient-ils > l'Empereur oubliera vos fautes, et vous rétablira dans vos charges, etc. Mais mon maître répondoit toujours que la religion qu'il suivoit, étoit la seule véritable , et qu’il aimoit mieux mourir que d'y renoncer, Voici l'ordre de l'Empereur , Poursuivoient-ils, lisez-le. Mon maître l'ayant lu, frappoit la terre du front, et répondoit
nr qu’il ne pouvoit pas changer. Ces Messieurs parloient tantôt tartare et tantôt chinois, et je ne comprenois pas tout ce qu’ils disoient; mais je vis bien qu’ils étoient en grande colère , et qu’en se retirant illançoient sur lui des regards menecans, et le chargeoient d’invectives. Une autre troupe de -mandarins vint encore dans sa prison, et l’accabla d'injures. Quelques-uns lui demandèrent en se moquant, s’il étoit fils des Européens ou des Mantcheoux. Est-ce que les jeunes gens, leur répondoit mon maître, qui vont aux écoles de Cong-tse (Confucius), sont pour cela les enfans de Cong-tse? Ils apprennent sa doctrine, et c’est tout.*
» Un de ces mandarins , qui a épousé la sœur de mon maitre, et qui pour cette raison a été dépouillé de sa dignité, sans cependant perdre sa charge, lui a fait la même question par manière d’insulte. Mon Maître lui demanda à son tour s’il étoit fils de Koenlao-ye (1) qu'il honoroit à genoux avec tani de dévotion ? Taisez-vous, lui dirent les autres, c’est par ordre de l'Empereur que votre beau-frère vous parle ainsi : pour lors il se tut, et s'excusa sur ce qu'ik ignoroit cet ordre.
» Enfin on tir2 mon maître de sa prison, pour lui faire subir un troisième interrogatoire. Je ne le suivis pas; mais il me dit à son retour, que quand on doit comparoître devant les tribunaux pour rendre compte de sa foi, il n’est pas nécessaire de préparer ses réponses , et que Dieu inspire alors ce qu'il faut dire. Îls me reprochent, ajouta-t-il, que je suis un rebelle , que je viole les ordres de l'Empereur ; mais
(1) Ge Aoen-lao-ye qui s'appeloit Kaen-yun-tcham, après avoir mené la brouette , -et fait le métier de voleur , devint fameux général, Après sa mort, on lui éleva un temple, et les Mantcheoux qui croient qu’il les a aidés à faire la con quête de l'Empire, l’honoreut d’une facon particulière.
puis-j volter confis qu’en:
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à te fa tien. S TOIS pe déjà to » E maître l’a rac charge:
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Le 25 tien nom
puis-je lui obéir, quand il me commande de me révolter contre Dieu même? Je vois bien qu'on va confisquer mes biens, je m’en mets peu en peine; qu’ensuite on me fera mourir, c’est le plus grand avantage que je puisse désirer. Pour toi, poursuivitil, on te laissera tranquille mais songe sérieusement à te faire bien instruire, et à vivre ea parfait Chrétien, Si cette loi n’étoit pas véritable , je ne porterois pas ces chaînes que tu vois, ou elles seroient déjà tombées depuis long-temps.
» Enfin, ajouta Paul Ma, on vint resserrer mon maître; il fut mis dans un cachot, comme je vous l'ai raconté, et l’on me donna la liberté, Il me chargea de recommander à tous ses amis de prier Dieu pour lui, et de leur dire qu'il se portoit bien, et qu'il étoit content, Il me fit mettre dans mon paquet une vieille veste de soie blanche » Ses bas et ses anciennes bottes ; c’est tout ce qu’il avoit à me donner. Ïl n’est pas possible de trouver un meilleur maitre; je ne l'ai jamais entendu se plaindre > ni donner le moindre signe d’impatience ; je n’ai eu avec lui d'autre peine que celle de le quitter. » Pau Ma a rendu le même témoignage à tous ceux qui l'ont interrogé , et en particulier à M. le docteur Antoine Rua, protonotaire apostolique et secrétaire de M. l'ambassadeur de Portugal , qui a reçu ses dé positions par le canal de l'interprète de son Excelience,
Pendant que ces choses se passoient à Pekin, le cinquième regulo envoyé à Fourdane Pour interroger les autres princes chrétiens qui y étoient arrétés, dépécha un de ses eunuques à la cour. L'Empereur le fit attendre à la porte du palais plus de dix Jours, sans lui donner de réponse, ce qui marquoit que les nouvelles que cet eunuque avoit apportées, ne plaisoient pas à Sa Majesté.
Le 25 de mai, Pierre Yang m’amena un Chrétien nommé Louis Vang, arrivé tout récemment
272 LETTRES de Fourdane, et envoyé par la famille du prince Stanislas. Ce Chrétien me dit que le cinquième regulo , prince d’un génie doux et naturellement équitable , avoit interrogé plusieurs fois les princes Jean et François, en présence du général des armées ; que bien quil eût ordre de faire mourir les Chrétiens ui refuseroient de renoncer à Jésus-Christ, il avoit dé frappé de leurs réponses, et qu’il n’avoit pu se résoudre à condamner à la mort des gens qu'il ne trouvoit coupables d'aucun crime; qu'il avoit pris le arti de recevoir par écrit leurs dépositions et tous Euis moyens de défense , avec les livres de la sainte loi, qu'ils lui présentèrent; qu'il avoit enveyé le tout par un courrier à l'Empereur; et que Sa Majesté, après avoir été long-temps sans faire de réponse , avoit donné l’ordre suivant : « Ces gens-là veulent » disputer; eh bien ! qu’on les amène chargés de » chaînes pour disputer à Pekin; » que cet ordre ne fut pas plutôt arrivé à Fourdane , qu on fit monter les princes Jean et François, chacun sur uné charretle ; que le As de Fourdane fit arrêter en même temps tous les autres Chrétiens, et les fit étroitement garder jusqu’à ce qu'il fût informé des dernières résolutions de la cour. Il m’ajouta qu'il partit deux jours après eux; qu’ils venoient assez lentement; que le cinquième regulo les faisoit conduire par une escorte de soldats, les officiers à leur tête, et qu'il les suivoit de loin. C’est tout ce que je pus apprendre de ce bon néophyte.
Les deux prisonniers arrivèrent le 27, et couchèrent hors de la ville. Le 28 au matin, le cinquième regulo se rendit au palais pour faire son rapport à l'Empereur. Il ne savoit pas que tout s’y disposoit pour l'audience que Sa Majesté devoit donner ce jour-là à l'ambassadeur de Portugal. Deux
rinces , frères de l'Empereur, qui le virent entrer, Petiint de ce contre-temps. Sur l'heure, il
retou:
niers, fit soi couch dience écrit, pèce d ses vu Le 2 pereur sonnie!
enferm cun pat pagné | princes firent d « Nc ghien , l'Empe, ancêtres pures, p » 861 donne « ciel , én mères ; | Connoiss suis fidèl » Vo nous dit vous ord Vous rési pas recor » J'ai vingt ans tude , la et la prat et très-pr
rince e reéqui- Jean nées ; tiens avoit Ju se il ne ris le tous ainte tout esté , nse , ulent #5 de rdré >ater har- \ême oite— ières deux ; que e esil les ndre
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écrit, ce jour-là même , à tous les gr pèce de déclar
quième regulo fit son rapport à l’'Empereur , et le même jour il conduisit les deux prisonniers au Quartier oriental de la ville, où ils furent enfermés dans deux prisons séparées , et gardés cha Cun par vingt soldats. Le 30 » le même regulo, accompagné des grands mandarins, fut envoyé vers les princes pour les interroger, Tél fut Le rapport qu’ils firent de leur interrogatoire,
« Nons nous sommes d’abord adressés à Sourghien , et nous lui avons dit : Vous êtes infidèle à l'Empérér ; vous avez manqué de respect pour vos ANCÈITES ; Vous avez abandonné Ja religion de vos PéI0S, pour vous Hyrer À une loi funeste et proscrite.
» Sur gen à fépoñdu : La loi que je suis, ordonne d'honorés &h premier lieu le Seigneur du ciél ; eh sécond liéu 16 Roi, et ensuite les ères et mères; mais éflé n’honore point Fo. J'ai ë la reconnoïssance pour les bienfaits de l'Empereur; je lui suis fidèle ; je ne sers Point deux maîtres.
» Vous ne reconnoissez pas deux maîtres, avonsnous dit; comment l’entendez - vous ? L'Empereur Vous ordonne de renoncer À la loi chrétienne, et VOUS résistez opiniâtrément À ses Pas reconnoître un autre maître que lui ?
» J'ai examiné, à dit Sourghjien , pendant plus de vingt ans , ayec beaucoup d'applicauon et d’exacti
tude, la doctrine chrétienne, pour m’en instruire
et la pratiquer : j'ai reconnu qu’elle est très-subtile et très-profonde,
» Vous prétendez, avons-nous repris, que cette doctrine est profonde et subtile ; dites-nous quelque chose qui ne se trouve pas dans nos livres ?
» Sourghien a eu de la peine à répondre : après avoir rêvé un peu de temps, il a dit : Sous la dynastie des Han, le Seigneur du ciel se fit homme, descendit sur la terre, fut crucifié, et mourut pour porter lui seul les péchés de tous les hommes. Ce
oint n’est pas dans les livres de la Chine; il est néanmoins très-certain. Les docteurs Européens qui nous le prêchent viendroient-ils de neuf mille lieues, pour mentir et nous tromper ?
» Sur quoi nous avons dit à Sourghien : Ce que vous avez avancé d’un homme qui a porté les péchés de tous les hommes , est incompréhensible. Ce sont là des contes, dont on cherche à amuser le peuple. Notre admirable maître a fort bien dit que vous vous laissiéz tromper par quelque imbécille d'Euro-
éen. Vous devriez bien le comprendre et changer; faites-y réflexion un moment avant que de nous répondre.
» La religion chrétienne, répondit Sourghien , ‘enseigne des choses véritablement merveilleuses. Si l'on veut que’ j'en parle, je prie le prince et les grands de m'introduire en présence de l'Empereur , afin de lui expliquer la loi 8 Seigneur du ciel; rien ne sera plus utile à Sa Majesté.
» Con nent osez - vous parler de la sorte, nous écriämes-nous ? L'Empereur n’a-t-il pas lu tous Îles livres d'Europe ? N’en a-t-il pas pénétré le sens’ le plus caché? Il veut bien vous instruire, et vous ne comp: ….ez pas encore? En parlant comme vous venez de faire, vous vous rendrez coupable d’un crime plus grand que celui de rebellion, Ne vous avisez jemais de rien dire de semblable ; mais répondeznous nettement : Voulez-vous changer , ne le vou-
lez-vous pas?