‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 4)Chapitre 23 sur 63 · DOU · texte numérisé non relu

DOU

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changeänt tont à coup de ton, et prenant un air sé vère : J'ai appris, lui dit-il, que tu es Chrétien : cela est-il vrai ?- Matthieu répondit sans hésiter qu’il étoit Chrétien. Tu as perdu l'esprit, répondit l'Empereur; /u ne sais ce que tu fais. Cette loi est saintes dit Matthieu : e//e nous enseigne la fidélité, l'obérssance , et la pratique de toutes les vertus. L'Empereur jeta quelque temps un regard fixe sur Matthieu, comme s'il'eût eu encore quelque question à lui faire ; puis, sans rien dire davantage , 1l les congédia tous quatre.

Au sortir de là, les eunuques de la présence, qui étoient amis de Matthieu, lui firent de grands reroches , en lui disant que la tête lui avoit tourné , et w'il venoit de perdre sa fortune. S; jene passe aucun Jour , répondit le médecin , sens vous presser d'embrasser le christianisme , comment aurois-je pu déguiser mes sentimens , et nier à l'Empereur que Je suis Chrétien?

Le lendemain Matthieu ne laissa pas d’aller au tribunal , quoiqu'il s'attendit à être exclus du poste auquel il aspiroit: mais il fut agréablement surpris ; lorsqu’en entrant dans la salle, le président vint le féliciter , et lui dire que l'Empereur l’avoit nommé, et qu'il pourroit prendre possession de sa charge quand il lui plairoit. Ne vous l'avois-je pas bien dit, répondit le médecin , que le Seigneur du ciel me protégeroit , et vous ne voulez pas me croire, lorsque je vous exhorte à embrasser sa loi ?

On dira peut-être qu'il n’y a rien en cela d’extraordinaire , et que ce Chrétien n'a fait que son devoir : je l'avoue , maïs c’est justement en quoi consiste la difficulté, L'enfer n’est rempli que de gens qui n’ont pas fait leur devoir, et le ciel n’est plein que de ceux qui ont satisfait à leurs obligations. Il faudroit savoir combien un Chinois est petit, lorsqu'il se trouve à genoux en présence de l'Empereur, pour

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manière qui apprêta à rire À toute la ville.

Dans le rapport qu'ils firent à l'Empereur, ils assurérent que tous les biens qui restoient de ces princes, €n ÿ Comprenant leurs terres, leurs maisons et leurs meubles, avoient été estimés par les experts vingt. vans de taëls (c’estun million deux cent mille livres) : les seules terres labourables valoient cette somme et au-delà. L'Empereur qui en étoit instruit » dissimula, et leur donna ordre de partir incessamment pour faire commencer les bâtimens. Après leur départ, il changea les hôtels de ces princes en autant de prisons, pour renfermer les criminels des huit bannières. Pour ce qui est des terres, il les réunit à son domaine, de manière que la plus grosse partie des frais pour la construction de ces casernes, retombera sur les deux mandarins : car ils ne retireront guère que ce qui proviendra de la vente des meubles, Sunjou ne survécut pas long-temps à cette disgrâce. Il] mourut P temps après le prince Joseph , et l'autre monde pour juge, celui dont i cusateur en celui-ci,

Le 6 de septembre, nous apprimes que le Son- Jasse avoit présenté sa délibération à l'Empereur. Elle Portoit que tous les descendans de Sourniama, au nombre de trente-neuf, seroient décapités ; que leurs

20r a d'héroïque dans l’action de ce

uire à leurs frais it les recherches

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femmes et leurs filles seroient mises au nombre des esclaves, qu’on occupe aux plus vils emplois au dedans et au dehors du palais. L Empereur réponditque tous méritoient la mort. Cependant il fut détourné de ratifier la sentence de ce tribunal , par la crainte que l’eflusion de tant de sang ne donnût atteinte à sa réputation. Nous n'avons pas vu par écrit l’ordre qu'il porta alors : mais on en peut juger par ce qui s est passé depuis.

Le 8 de septembre, un Chrétien qui retournoit dans sa maison au sortir de notre église, rencontra en chemin les deux princes Jean et François ‘qu’on avoit tirés de leurs prisons, pour les transférer dans celle où le prince Joseph est mort. Ils étoient chacun sur une charrette et chargés de neuf chaînes. Le troisième regulo, qui n’avoit pas prévu qu'on lui enverroil ces prisonniers, avoit rétabli la prison dans son premier état, et y avoit logé une bande de ses comédiens. Il fallut les faire sortir à l'instant »ettravailler toute la nuit à construire deux prisons, et à élever des murs devant les fenêtres. Ainsi les deux prisonniers passèrent la nuit dans la cour, gardés par des soldats.

Le lendemain , le troisième regulo , le président du tribunal des regulo, et deux comtes du sang royal, se transportèrent dans la prison, et firent venir le prince Louis de la prison voisine où il étoit renfermé. Deux hommes le soutenoient, parce qu’il ne pouvoit porter le poids de ses chaînes, Il fut bien surpris de voir deux de ses frères, et quatre autres princes de sa connoissance. Ces quatre envoyés de l'Empereur déclarèrent aux prisonniers que, quoiqu'ils méritassent la mort, Sa Majesté vouloit bien leur accorder la vie, et qu’elle se contentoit de les punir par une prison perpétuelle.

n ramena ensuite le prince Louis dans sa prison, et les deux autres attendirent que la leur fût prête :

après qu ils y sor Ainsi la vira qu’à üens , e!

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rières qu tement g aucun; un de leu il fit aver Pekin $ qi velle de Îe le véritab à leurs m:

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après quoi on les J ufcrma sans leurôter Je

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Ce fut le même jour que le père Rosario revint À à Pekin sur les cinq heures du soir. Il nous rapporta qu'à son arrivée À Fourdane, il avoit trouvé les bar-

riéres quienvironnentles maisons des princes si exactement gardées, qui

t faire, fut de parler à un de leurs domestiques, ami des ga

il fit avertir toute cette famille de c

> dont ils voyoient bien fl

que ce qui les vue de l'avenir,

fidèles , d’être do

perdre. Hd

leur honneur ; que les mères aurolent souhaité de voir plutôt leurs filles condamnées à Ja mort, et que

les filles auroient préféré mille fois la vie si m

ÿ ouper le nez, les oreilles, pour sauver notre pudeur ? »

Cette occasion fit découvrir parmi ces dames et leurs suivantes une vertu toute nouvelle à la Chine. Outre plusieurs filles qui av

olent fait vœu de chasteté, il se trouva des femmes, qui, du consentement

de leurs maris, avoient fait celui de continence perpétuelle, Elles crurent alors devoir en avertir le Missionnaire. Thérèse en particulier, veuve du prince Joseph, mort tout récemment dans les fers à Pekin, lui envoya dire que quand le prince son époux revint de la guerre pour prendre le deuil du vieux prince Sourniama son père, tous deux s’étoient mis à genoux devant l’image de la Sainte-Vierge, et d'un consentement réciproque, avoient promis à Dieu une perpétuelle continence. Il est à remarquer que le prince n'avoit alors que trente ans, et étoit sans postérité. La princesse ajoutoit qu’ayant eu le bonheur d'être l'épouse d’un confesseur de Jésus-Christ, elle étoit prête à tout-souffrir , plutôt que d'être engagée à aucun autre mortel. Le père répondit avec sagesse à leurs questions, leur donna les instructions convénables, les affermit et les consola le mieux qu’il put, et ne différa pas à sortir de la forteresse, parce que les Chrétiens l’avertirent qu’il n’étoit pas sûr pour lui d'y rester davantage.

Peu de jours après que le Missionnaire fut parti de Fourdane, le général des troupes recut ordre de la cour de renvoyer à Pekin tous les domestiques de la famille de Sourniama , pour être donnés À divers autres princes : ils étoient au nombre de cent quatre-vingt-quatorze, presque tous Chrétiens. Cet ordre qui arriva le 2 septembre, ne surprit pas ces dames. Elles s’y attendoient : mais faisant réflexion que parmi leurs esclaves il y avoit sept où huit jeunes filles chrétiennes , qui, changeant de maîtres, seroient infailliblement données en mariage à des infidèles , avec lesquels elles courroient risque de se pervertir, ces illustres dames les firent marier au plutôt avec de jeunes Chrétiens du nombre de leurs domestiques. A l'égard de celles qui avoient fait vœu de chasteté , elles les renvoyèrent aux conseils et à la direction des Missionnaires. Le général fit enchai-

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Pekin, maitres pour p:

prendre nous Ta les fers, leur ser:

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qu'on y troisième que le gc fans de « et leur a se mettre ter. Voilà bien éloi changer Ë l'on n'ye beaucoup d’être né € C’étoit ces choses ne pouvoi même mo point que | le même enfans qu’ des victim Quand < mille a soi d'imaginer Soutenue a:

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 205 ner toute cette troupe, de Peur que quelqu'un d’eux ne se sauvât en chemin; on les mit sur quarante charrettes, et ils furent esCortés par cent soldats et six officiers.

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leur service; “toi aprè furent sortis

> €t une conduite rope. Il faut en :

en, Ce pays-ci, et je Prendre à estimer

me pour ce monde, empire chrétien.

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C'étoit le 4 ou le 5 de

point que les princesses ne du le même Sort que leurs escla

ssent bientôt éprouver :

ce que cette illustre fa re ans, 1] est difficile preuve, ni qui ait été té plus chrétienne, Des

mille a souffert depuis quat

CT me om

rincesses du sang royal, qui avoient toujours vécu LE l'éc at et l'abondance , se voir tomber comme par degnés us la plus affreuse indigence; n’avoir

plus Mi maris qui les soutiéminent , ni parens qui les secourent, ni amis qui les eonsolent; n’avoir devant les yeux que des fils enchaînés , destinés à la mort, et de jeunes demoiselles plus malheureuses encore , et dont le sort étoit plus accablamt que la mort même ; savoir qu üm Missionnaire est ve#u de si loin pour elles, et ne pouvoir l'entretenir , ni participer aux sacremeng, seule consolation qu’elles pouvoient recevoir dans le triste état où elles se trouvoient; éprouver tous ces malheurs, sans néanmoins que ce déluge de maux ait été capable d’ébranler la foi de ces nouvelles chrétiennes, ni même d’arracher de leur bouche un seul mot de plainte : ne m’avouerezvous pas, mon révérend père, qu'il y a dans cette fermeté quelque chose d’aussi admirable et d’aussi héroïque, que ce que nous lisons de la constance des héros chrétiens des premiers siècles de l'Eglise?

Voilà ce que nous avons pu apprendre des combats de nos illustres néophytes. L'Empereur n’avoit jamais cru devoir trouver en eux tant de courage et de fermeté. Après avoir arrêté le cours de la prédication de l’évangile dans tout son Empire, il vouloit enlever à la religion chrétienne l'honneur qu’elle avoit de compter tant de princes parmi ses enfans ; mais jamais le christianisme n’a reçu plus d'honneur à la Chine que par le moyen dont on s’est servi pour l'y dés'onorer.

Ce qui est surprenant, et qu’on doit attribuer À une providence particulière de Dieu, c’est que l’'Enzpereur , en déchirant les ouailles, n’inquiète pois: les pasteurs, et les laisse tranquilles au milieu de sa capitale; qu’il leur donne quelquefois audience , et les honor* de présens. Au commencement de ceite année, qu 5 un temps de réjouissance où l Erape-

reur fait Maison, a admis à-dire, étoit sur tint sur quoique :

Onneur :

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lorsqu'elles ne ‘VOns supplié orts et Pressa

vécu mme avoir ni les »vant 1iort, 0re , ême ; pour aux it rejent ; ue ce oi de r de erezcelte aussi tance lise?

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Propres , telles que les Chinois Jes Portent à la ceinture, Il nous fit ensuite acco

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être porté, Quelquefois il fait venir les pères qui lent Présenté ; il Jour parle avec

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C’est de ces sor

que nous tâächons

que en faveur du christianisme, S

°uvent nous les avons fait naître lorsqu'elles ne Se Présentoicnt Pas; souvent nous eVONS SUpplié, insisté

et présenté des mémoriaux a défense de la religion, et

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capables de le persuader de son excellence et de sa vérité ; et en cela nous avons toujours plus consulté notre confiance en la protection divine, que certaines règles de prudence, qui sembloient demander plus de ménagemens. Triste et étrange situation , d'avoir affaire à un prince infidèle, puissant, absolu, qui se croit habile , et qui veut avoir raison ! Prince d’ailleurs que le respect, et l’autorité despotique et sans bornes qu'il a dans son empire , empêche d'interrompre, quoi qu’il puisse dire, et qui n'attend pas qu’on lui réponde; qui, lorsqu'il se sent pressé, change de discours, sans qu'il soit permis de l’ÿ ramener; et qui enfin ne manque ni d'esprit ni d’adresse poùr éluder ce qu’or peut lui dire de plus convaincant. Un moment d'attention sur les tempéramens qu’on est obligé de prendre en Europe avec des princes chrétiens, tout religieux qu'ils sont, peut donner quelque idée de l’extrême embarras où se trouvent les Missionnaires en présence de l'Empereur de la Chine. Nous avons grand besoin de vos prières, et de celles de tant de personnes qui ont du zèle pour la propagation de la foi. Je les demande instamment, et suis, etc,

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