LE
Mais comment s’y prit-il, et quels termes employat-1l? c’est ce que nous ignorons; ce que nous savons de certain, c'est qu'il parla en leur faveur, et que deux jours après son arrivée, il y eut ordre de renvoyer à Fourdane les princes exilés dans les provinces, Cet ordre fut donné au Ping-pou, c’est-àdire au tribunal des troupes , qui ne se pressa pas de l’exécuter.
Le neuvième prince, encore infidèle, étoit prisonnier à Tai-yuen-fou , capitale de la province de. Chan-Si. Ses hauteurs avoient forcé les mandarins à le traiter plus durement qu'ils n’auroient fait s’il eût été plus modeste dans sa disgrâce. Il se souvenoit trop qu’il étoit né prince du sang , et il affectoit des airs trop fiers et trop impérieux avec des gens de qui il dépendoit, et qu'il ne cessoit pas de regarder comme ses esclaves.
Lorsque l’ordre fut arrivé de le renvoyer à son premier poste, les mandarins le tirèrent de son cachot, lui ôtèrent ses chaînes, lui permirent de se faire raser, l’équipèrent assez mal, et le firent conduire par une petite escorte jusqu’à Fourdane, d’où il étoit plus près que ses frères. Il y arriva le trente de la sixième lune de l’année dernière. Le général, qui est en faveur à la cour, bien qu'il soit de la même famille impériale , se trouva embarrassé , parce que l'Empereur n’avoit pas expliqué nettement ses intentions, Dans la crainte qu'il eut d’être disgracié lui-même, s’il traitoit trop favorablement le prince son parent, il ordonna qu'on l’enfermât dans {a même prison où étoient son fils et ses neveux. Cet ordre fit entrer ce neuvième prince dans une espèce de fureur; il ne fut plus maître de lui-même, et prenant ce ton de fierté qui lui étoit naturel : « L'Empereur, mon maître et le vôtre, lui dit-il, » vient, par un bienfait singulier , de me délivrer » de mes chaînes; avez-vous ordre de me les rendre?
Princes exilés,
» Si vou » ne l’av échappa pouvoien passion.
Le tris ral, émut ’outre- p de le gar quoique p infortuné les: Chrétie ligion ins} noire, qui Le général fut là un Tou son fil Si édifiant ] patience, q lui ont dor Cousins, qn son, renden Le quatri exilé à Cai - Ho-nan, a lune. Les m:
assez propre les rigueurs mettant pres dération d'y tenir compas
| prince disgre
distingué qui Cet emploi re nans-générau; doute le géné dans un logen
loyaavons 2tque e renpr LS St-4sa pas
tprice de, rins à 1l eût enoit it des ns de arder
à son nn Ca— de se con- , d’où trente néral, de la assé , ment 2 disent le | dans ‘veux.
ne es- Ême , urel :
lit-il , livrer ndre?
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, » Si vous avez cet ordre » ne l'avez pas, je suis a échappa quelques autres paroles indiscrètes, Pouvoient partir que d'une tête troubl Passion, Le triste état de ce prince , loin d'aigrir le géné- » Émut sa COMpassion ; mais il craignoit toujours outre- passér ses Pouvoirs. Le parti qu'il prit, fut de le garder dans son tribunal, Ce traitement , quoique plus modéré, parut encore trop dur à cet infortuné Prince, qui n’étant Point soutenu , comme les: Chrétiens , par les motifs surnaturels que la re ligion inspire , tomba bientôt dans une mélancolie noire, qui dégénéra peu à Peu en une vraie manie.
; Si vous ussi libre que vous. » Il Jui
» Montrez-le moi
qui ne ée par sa
ral
Tou son fils, qui est chrétien.
Si édifiant par sa douceur patience, que ses gardes, tout infidé lui ont donné Je Surnom de saint. ]
æS princes ses COuSIns , qui demeurent avec lui dans
son, rendent le même témoi
itale de la province de Ho-nan, arriva à Fourdane le 21 de la Septième
lune. Les mandarins de Cai - fong l’avoient équipé e5SeZ Proprement, [ls avoient tâché de lui adoucir les rigueurs et les amertumes de sa prison, en per-
mettant presque tous les jours à des gens de considération d'y entr
tenir compagnie ; ils respecloient encore dans ce prince disgracié
distingué qu'il exerçoit à l’armée lorsq Cet emploi répond à peu près à celui nans-généraux, Les mêmes doute le général À le recevoi dans un logement séparé, jus princes exilés,
Le général faisoit semblant d'ignorer que, des six princes qu’on attendoit, il men restoit plus qe quatre, et que deux avoient déjà passé à une meilleure vie, savoir le second prince nommé Jean Lou, qu'on avoit exilé à Tsi-nan-fou , capitale de la province de Chan- tong; et le dixième nommé Paul Chou, qui étoit relégué à Nankin. Il n’y !
donc plus que deux qui devoient retonrner à cle dane , savoir Stanislas Mou, qui étoit le dernier se tous (1) et l'héritier de sa famille, qu’on avoit éxi à Sou-tcheou, dans la province de Kiang-nang; et le prince fils aîné de ce prince Xavier, qui mourut saintement en arrivant à Fourdane. Ce fils ainé avoit été relégué à Han-tcheou, capitale de la parie de Tche-Kiang. Des raisons d intérêt l'empêc at de suivre l'exemple de son père, et d'embrasser . foi. Il s'est imaginé que dans un changement ù e règne , 1l obuendra la place qu'occupoit Fe cat père, et celte chimérique espérance, dont ilse L eh encore, le retient dans linfidélité. Ces deux princes en revenant de leur exil, passèrent presque aux portes de Pekin, dont l enceinte leur fut interdite. Ils furent reçus à Fourdane à peu près de la même manière
uatrième prince. . Mere ps cette fille qui y ont toujours resté prisonniers , crurent toucher enfin au moment où l'on alloit rendre leur captivité plus douce; mais ils furent bien étonnés, lorsqu'ils apprirent que le général vouloit paroître ignorer lk mort des deux princes js manquoient. À la vérité, on ne la lui avoit pas fait savoir par une voie authentique et se ie être informé juridiquement, il écrivit au tribuna es troupes
(1) Selon la coutume des Mant-cheoux ; le ennier ou celui de la famille qui se trouve encore à la maison SU le père meurt sans qu'il ait eu son partage, hérite de tous les biens qui restent.
qui est à on lui m:
nan-fou, le généra sur la ma étoient c prendre } il crut q!
une secon mander c les prince fans, leur.
étoient dé his, ar n’étoit pas que le trib riaux à !
voie de la Jugeroit à } S'il se fi on se seroi port ; mais renvoyoit « devoir du { détermina reur, On n.
voici quelle 13.€ lune, cette année » que vous » Pour sip Cette rép à la discréti une nouvel d’être trop qu'il prit le qui d'ailleur
, des s que meil- Lou, pro- Paul
avoit
ourer de exilé g 5; et aurut avoit vince èrent er la it de andflaite inces ortes irent nière
pri-
Fon rent vous qui $ fait e Injupes
er ou rsque > tous
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 23t qui est à Pekin, Av bout d’un mois|, il reçut réponse: on lui mandoit simpl ment que l’un étoit mort à Tsinan-fou, et l’autre à Nankin. Nouvel embarras pour le général, qui s’attendoit à recevoir des instructions, Sur la manière dont il devoit traiter ces princes qui étoient confiés à sa garde, Ne sachant quel parti prendre pour se mettre à couvert de tout reproche, il crut que le plus sûr pour lui étoit de s'adresser une seconde fois au même tribunal , et de lui demander. comment il devoit se conduire, tant avec les princes revenus de leur exil, qu'avec leurs en fans, leurs neveux, leurs femmes et leurs filles, qui étoient détenus encore en prison. Après bien des délais, la réponse du tribunal fut que cette affaire n'étoit pas de son ressort; que le général, de même que le tribunal, avoit le droit d'adresser des mémo-
rlaux à 1'Emperenr ; qu'il pouvoit employer cette voie de la manière qu'il lui plairoit, et quand il le
Jugeroit à propos.
S'il se fût agi d’une affaire agréable à l'Empereur, on se seroit disputé l'honneur de lui en faire le rap- Port; mais celle-ci étant d’une antre nature , on se [a renvoyoit de part et d’autre, Dans le fond , c’étoit le devoir du général, et après bien des réflexions il se détermina enfin À envoyer son mémorial À l'Empez. reur, On ne sait en quels termes il étoit Conçu; mais voici quelle fut la réponse qu’il reçut le 24 de la 13.€ lune, qui étoit la troisième fête de Pâques de celte année : « Disposez de ces gens-là de la manière » que vous jugerez la plus convenable : falloit - il » pour si peu de chose avoir recours à moi ? »
Cette réponse équivoque abandonnoit ces princes à la discrétion du général , et c’est ce qui lui causoit une nouvelle inquiétude. I] craignoit également d'être trop sévère ou trop indulvent, Dieu voulut qu'il prit le parti que lui süggéra la compassion, et qui d’ailleurs pouvoit lui faire le plus d'honneur dans
le public , et dans l'esprit des princes sortis tous de la même tige, qui sont en grand nombre à Pekin. Il commença par ôter les chaines aux princes, et il leur permit de se faire raser, ce qui est pour des Tartares une consolation presque aussi grande que celle de se voir délivrés de leurs fers. Les dames eurent permission de sortir de leur enceinte, pour aller voir, les unes leurs époux , les autres leurs fils, leurs filles, leurs pères , etc. Vous devez juger que dans cette première entrevue, et après une séparation de tant d'années, il se répandit bien des larmes. Ces illustres confesseurs de Jésus - Christ rendirent à Dieu tous ensemble des actions de grâces pour cette première faveur, qui devoit, ce semble , être suivie de quelques autres. Îls auroient bien voulu terminer une si belle journée par un petit repas de conjouissance ; mais leur pauvreté ne le leur permit pas, et ils se returèrent chacun dans son premier poste, jusqu’à ce qu'on leur assignât un logement. Il est peu important de vous rapporter quel fut l’arrangement que prit le général pour placer toutes ces familles ; mais l'intérêt que vous prenez depuis tant d'années à leurs souffrances, me fait croire que vous ne serez pas fâché d'apprendre jusqu'aux moindres circonstances qui les regardent.
La garnison de Fourdane, comme vous savez, n'est qu'un détachement des troupes des huit bannières qui sont à Pekin ; ce détachement est logé dans des casernes hors de la ville. Le général jugea qu'au lieu de placer toutes ces familles ensemble dans quelque grande maison de la ville, ce qui eût été incommode et gênant pour elles, il valoit mieux les distribuer dans chacun des détachemens qui porte le nom de la bannière dont il est sorti. Voici comme il les distribua. e
Il mit la princesse Thérèse, veuve du feu prince Xavier, avec son fils aîné, la femme de son fils et
leurs « Pierre jaune.
sonnes rouge.
de sep!
tième sous la famille La qua sous la quième mille , furent r Mais le caserne, assigria au fisc, caserne:
Voilà ou print un seul encore, nécessai mens. L une cert pour leu en âge « places d Mais ce pas aux Ces s triste éta les assist.
mais à pi Cours qu légers, €
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pervoir, illes, cette tant Istres tous nière quelne SI nce ; ls se squ'à | Im tque mais leurs L pas ances
vez , banlogé ugea dans tété x les rte le me il
rince ls et
leurs enfans, sous la bannière blanche. Le puiné, Pierre F, fut mis avec sa famille sous la bannière jaune. La seconde famille » Composée de neuf personnes , fut mise sous la bannière blanche bordée de rouge. La troisième et la dixième famille , au nombre de sept personnes, sous la bannière rouge. La huitième et la neuvième famille, de neuf personnes, sous la bannière rouge bordée de blanc. La septième famille , de dix Personnes, sous la bannière bleue. La quatrième et la sixième famille » de huit personnes, sous la bannière bleue bordée de rouge. La cinquième , la onzième, la douzième et la treizième famille , qui ne comprenoient que dix personnes , furent mises sous la bannière jaune bordée de rouge. Mais le général n’ayant Pu trouver de place dans les casernes pour ces quatre dernières familles, il leur assigria dans la ville une maison qui avoit été adjugée au fisc, et qui étoit beaucoup plus commode que les casernes,
Voilà, mon révérend père, soixante-douze princes ou princesses du sang impérial, qui n'ont pas même un seul domestique pour les servir. Trop heureux encore, si on leur fournissoit ce qui est absolument nécessaire pour leur nourriture et pour leurs vêtemens. Le général leur fait distribner tous les mois une certaine quantité de riz; mais elle ne suffit pas pour leur subsistance, I] fait espérer à ceux qui sont en âge de porter les armes, de leur procurer des places de soldats quand il y en aura de vacantes. Mais cette espérance qu'il leur donne ne remédie pas aux besoins présens.
Ces seigneurs eurent soin de nous informer du triste état où ils se trouvoient : nous avons tâché de les assister, non pas selon l'étendue de nos désirs $ mais à proportion de nos facultés » et des légers se- COUrs qui nous sont venus d'Europe, Je les appelle légers, eu égard au nombre de tant de princes et
se
234 LETTRES de princesses, dont les souffrances et les besoins demandoient des secours bien plus abondans.
Peu de temps après qu'on eut élargi les prisonniers, la dame Ursule Ly fut attaquée d'un flux de sang qui l'emporta en peu de jours, sans qu'elle ait pu faire venir aucun médecin , faute d’avoir de quoi payer son honoraire. La princesse Catherine Na me fit savoir cette perte , en me demandant pour la défunte les suffrages de tous les Missionnaires, et les prières des Chrétiens. Elle marquoit que cette princesse leur avoit donné pendant sa maladie les plus grands exemples de piété , de patience, de confiance en Dieu , et de résignation à sa divine volonté ; qu’elle faisoit presque à tout moment des actes de contrition et d'amour de Dieu, et qu’enfin elle avoit rendu le dernier soupir en prononçant les saints noms de JÉsSUS et de MARIE,
La conversion de cette dame est un des traits les plus marqués de la Providence. Elle avoit épousé le cinquième fils du regulo Sourniama , chef de l'illustre famille tartare , exilée à Fourdane, Son mari mourut assez jeune et sans enfans , dans un temps où il n’y avoit encore aucun Chrétien dans sa famille. Cette princesse demeura veuve dans la fleur de sa jeunesse. Elle n'eut pas plutôt achevé le temps de son deuil , qu’elle fut fortement sollicitée de contracter un nouveau mariage. Elle refusa constamment tous les partis qui s'ofirirent, et déclara à ses parens que sa résolution étoit prise de passer le reste de ses jours dans la maison de son époux , où elle ne vouloit s'occuper que de sa douleur. En effet, elle ne sortoit presque jamais de sa maison , et s’étoit interdit toute commu nication avec ses parens , à la réserve de certains jours, auxquels la coutume de l’Empire et la bienséance ne permettent pas de se dispenser des devoirs ordinaires.
Lorsque le regulo, son beau-père, et toute la
famille compr ne ten lien; e elle fût alliance Mais le neveu, que e la fa à son P d’une :
lendem Ce q disgrâc pas plu l’étroit :
chrétier continu qu'on li qu'elle « lui fut instruite Au re après se celles q s’étoit c« le bord Pour ce de fourn famille P jours le Prières € ville à Sir le lieu de Changem Sin-pou-
famille furent condamnés à l'exil , comprise dans cette disgrâce commune , Parce qu’elle ne tenoit plus à cette famille que par un assez foible lien ; et elle en auroit été tout À fait détachée, si elle fût entrée dans une autre famille par une seconde alliance, Elle resta donc tranquille dans sa solitude. Mais le regulo aÿant eu quelques démélés avec son neveu, celui-ci alla déférer cette princesse , à laner On n'avoit pas pensé. Il y eut ordre aussitôt
e la faire parür pour l’exil, et'cet ordre fut donné
Son propre accusateur , qui se chargea avec plaisir d’une si odieuse Commission , et l’exécuta dès le lendemain avec dureté etsans nul ménagement:
Ce que cette princesse regarda alors comme une disgrâce , fut la source de son bonheur. Elle ne fut pas plutôt arrivée à Fourdane » qu'on la logea fort à l'étroit avec ses belles-sœurs et ses nièces > Qui étoient
chrétiennes. Les grands exemples de piété qu’elle eut continuellement devant les yeux, et les exhortations qu’on lui fit À propos, la touchèrent de telle sorte , qu’elle demanda instamment le baptême, Cette grâce lui fut accordée aussitôt qu’elle fut suffisamment instruite des vérités de la relie:
Au reste, le général ne traita pas cette princesse après sa mort, de même qu'il avoit traité ceux et celles qui avoient fini leurs jours dans la prison. I] s’étoit contenté de les fa re enterrer dans le sable sur le bord de la rivière , et sans aucune cérémonie. Pour ce qui est de ceile-ci »1l ordonna aux bannières de fournir aux frais des funérailles, Tous cenx de la famille prirent le deuil > etaprès avoir gardé quelques jours le corps dans un cercueil , ils récitèrent les prières de l'Eglise , et l’accompagnèrent hors de la ville à Sin-pou-tse’, qu'ils ont maintenant choisi pour le lieu de Jeur sépulture , jusqu’à ce qu'un heureux Changement les rétablisse dans leur premier état.
“ePourise est un petit hameau que ces princes
elle ne fut point
se
bâurent quand on les chassa de Fourdane, C’est leseul morceau de terre qui leur reste en propre, et qu’on ne pensa pas à confisquer.
La douzième princesse , nommée Thérèse Hou , digne épouse du prince Joseph Ourtchen, me mandoit , il y a peu de jours, que le grand avantage qu'elle tirera du peu de liberté qu'on vient de lui accorder, sera d'approcher du sacrement de la pénitence , et de recevoir le corps de Notre-Seigneur , ne doutant point que quelque Missionnaire ne vienne incessamment les visiter. Elle ignore l’état de contrainte où nous sommes; car il n’est pas possible à un Missionnaire européen de sortir hors de Pekin. Nous espérons cependant leur envoyer bientôt un père chinois qui passera par Fourdane en qualité de médecin ou de marchand : mais il faut attendre qu'il soit de retour en cette ville. Ces princ2s ne sont pas d’ailleurs tellement libres, qu’on ne veille continuellement sur leur conduite, et c’est ce qui durera apparemment jusqu'à ce qu'ils aient obtenu de l'emploi,
Telle est, mon révérend père, lasituation présente de cette illustre famille, dont je vous ai si souvent entretenu depuis onze ou douze ans, et dont l’on ne sauroit trop louer la foi et la constance au milieu de tant de disgrâces et d’aflictions. Au même temps qu'on apportoit ce léger adoucissement à leurs maux , nous étions à Pekin dans d’étranges inquiétudes. En voici le sujet.
Nous apprimes que deux Missionnaires de l’ordre de saint Dominique venoient d’être arrêtés dansla province de Fo-kien : l’un qui s’y étoit caché depuis environ deux ans, et l’autre qui ne faisoit que dy arriver de Manille, Interrogés l’un et l’autre par le tsong-tou sur le lieu d’où ils étoient partis pour venir dans sa province, le premier dit qu’il étoit venu de Canton , et sur le champ le tsong-tou le fit conduire par des
tiens c sionnai cachés les ame banniss quelque termino informé un licen traite at de mort l’'Emper, la suite « crimes, :
tribunal ou pour Toutes Je por l’Em le plus so la sentenc qu'elle ne Ce gro septième en fûmes avis différ tsong-tou sans aucui lorsqu'il y étoit dang nous trou
gardes à Macao. Le second ayant ré noit de Manille , y fut renvoyé,
Le tsung-tou traita assez humainement ces deux Missionnaires ; ce qu'on attribue à la crainte qu'il eut que les habitans de Manille n’usassent de représailles à l’égard des Chinois qui fréquentent leurs ports ; mais il fit éclater toute sa sévéri tiens chinois qui avoient Slonnaires dans la provi cachés dans leurs maiso
Pondu qu’il ve-
la peine, a diminue ; mais d'ordinaire il laisse rive guère pire.
la sentence telle q qu'elle ne soit conforme aux lois de l’Em € gros paquet du tSoOng-tou arriva à Pekin le
septième de la cinqtième lune.
en fûmes informés , la crainte fut avis différens. Plusieurs croyoient iSong-touseroit simplement confir sans aucune addition, comme c'e lorsqu'il y procède de bonne foi, étoit dangereux ; dans les tristes co nous trouvions, de paroître nou
Aussitôt que nous Commune , et les qne la sentence du mée par le tribunal St assez la coutume Ils ajoutoient qu’il njonctures où nous $ intéresser à cette
affaire ; que ce seroit attirer sur tous tant que nous sommes , une tempête qu'il ne seroit pas aisé d’apaiser , et que le souverain tribunal en étant déjà saisi, il seroit tout à fait inutile d’avoir recours à la clémence de l'Empereur. Je convenois assez de ce dernier article; mais mon avis étoit qu’on ne devoit pas abandonner une pareille affaire aux chou-pan du tribunal, c’est-à-dire , à ceux qui sont chargés de dresser la minute des réponses que fait le tribunal : car ce sont de vraies harpies qui ont cent moyens d’embrouiller une affaire , pour s'enrichir aux dépens des malheureux. Je crus donc qu’il falloit se servir de quelque entremetteur habile qui trouvât le moyen de gagner ces gens-là à peu de frais, et mon sentiment fut suivi, Il étoit temps de négocier avec ces âmes vénales, On trouva qu'ils avoient déjà dressé leur minute avec une malignité capable de mettre la mission dans le plus grand danger où elle ait encore été. Les trois présidens n’auroient pas même balancé à la signer, de peur de paroître favoriser les Européens , dans une affaire positivement contraire aux volontés et aux ordres de l'Empereur.
Îls avoient inséré dans leur minute, que puisque le tsong-tou de la province de Fo-kien , avoit découvert des Européens cachés dans leur province, il étoit naturel de croire qu’il y en avoit pareillement de cachés dans toutes les autres (et en effet il y en avoit plusieurs), et qu’il falloitordonnerles recherches les plus exactes, généralement dans toutes les provinces de l'Empire. Cela seul étoit capable de nous perdre , et eût donné lieu à l'Empereur de mettre en.exécution les menaces qu'il nous fit, dans l’audicnce que nous eûmes le 18 mars de l’année dernière.
Les entremetteurs que nous avions chargés de traiter avec ces gens-là, dissimulèrent adroitement ce danger , et ne firent paroître aucun empressement , surtout quand ils aperçurent que pour réformer la
minute Ïls insi Europ.
ce qui cette al qu'il n Mais il des liai prendre état de nous le égard à souvien se retro positif s pour ré chir dan dirent P ne rien :
d’une so ils, pou:
ils propc La pr sentence tou de fa renvoyé Missionn un homn dans cet corrompt ajoutèren de Fo-kie tou , et de roit le jet bien des .
La seco de dresser
de dresser une nouve'le minute,
mme: considérable, s l'entretien, que les
minute, ils demandoient une so Lls insinuèrent habilement dan
même de nous, ajoutèrent-ils ; des liaisons de parenté et d'amitié n prendre part. Vous savez que nous ne sommes pas en €r notre reconnoissance aussi loin que “nous le souhaiterions; mais si vous voulez bien avoir égard à la médiocrité de notre fortune, nous nous en souviendrons en temps et lieu, et où est-ce qu'onne se retrouve pas? Après quoi, sans rien répondre de positif sur les quinze cents livres qu'on demandoit pour réformer la minute, ils les menérent se rafraîchir dans le cabaret voisin. Là, 1 :
es choupan se rendirent plus traitables qu'au tribunal, et feignant de ne rien vouloir p:
: CUx-mêmes, ils se Contentèrent d'une somme assez uodique , uniquement, disoient-
ils, pour adoucir leurs Camarades ; puis d'eux-mêmes ils proposèrent deux voies d’accommodement,
La première, dirent-ils » C’est de renvoyer cette sentence d’où elle est venue > et d’ordonner au tsongtou de faire savoir à la Cour, par quelle raison il à renvoyé sans châtiment les plus criminels (les deux Missionnaires européens) et a condamné à Ja mort un homme bien moins coupable qu'eux; on insinuera dans cet ordre qu'on le SOupconne de s'être laissé Corrompre par l'argent des étrangers. En même temps, ajoutèrent-ils , il faudra avoir ici, et dans la province de Fo-kien, des gens capables d’accuser le tsongtou , et de soutenir leurs accusations, Alors on pourroit le jeter dans de terribles embarras > Ct lui susciter bien des affaires.
La seconde voie plus courte et moins éclatante , est
où , sans rien ajou-
ter à la sentence que le tsong-tou a prononcée, on dise que cette affaire n’a pas besoin d'autre délibération, et que la sentence doit être exécutée selon sa forme et teneur ; car , ajoutèrent-ils, comme il a jugé selon les lois, auxquelles le tribunal est également soumis, il n’est pas possible de diminuer les peines qu'il a décernées; il n’y a que l'Empereur qui puisse accorder la gräce à un coupable qu’on a condamné à mort. Mais en quoi nous pouvons le servir, c'est en ménageant tellement les choses, que la réponse du tribunal, confirmée par l'Empereur , ne puisse arriver dans la province de Fo-kien assez à tempspour être exécutée dans l’automne prochain. Cette saison étant écoulée , l’exécutton sera nécessairement remise à l'automne suivant, et pendant ce temps-là il peut arriver une amnistie générale, ou bien l’on pourra trouver quelque moyen de faire commuer la peine de mort en celle de l’exil.
Les entremetteurs acceptèrent ce second moyen, et déposèrent en main tierce deux cents livres que nous leur avions données sous main, et dont ces peuts officiers du tribunal se contentèrent. Moyennant quoi ils promirent de faire passer une minute qui n'intéresseroit que ceux qui étoient déjà condamnés, et auxquels on ne pouvoit rendre aucun service.
En effet, ils la dressèrent assez favorable, et la montrèrent au premier président chinois nommé Tchang-tchao. Ce président refusa de la signer, et donna ordre qu'on commençât par lui apporter les anciennes accusations faites contre les Chrétiens par Moan-pao, en l'année 1724, et les ordres que l'Empereur avoit donnés à cette occasion, Cette réponse tendoit à remuer de nouveau une affaire fàcheuse , et c’est ce qu’il étoit très-important d'éviter.
Les chou-pan ne répondirent qu’en termes généraux Sur ces accusations, sans cependant les montrer, et ils promirent de réformer leur minute, à laquelle
laquelle Sant tou ment, « provinc.
mandari cette pr Europée n'étant I les chou Pour la f quoi il n ler avec tribunal, à tout ce Ainsi | 1734), F qu'il pror » tomne:; » sa forr ajouté qu pan euren pêche jus qu’ils fire:
damne àr née, On v prochain A peine arriva une d'ici, dan:
du ressort se nomme nos pères p sécution cc lignité d’un néophyte d de laccuser tribuer à |:
laquelle ils ne changèrent q sant toujours le même sens.
arquer deux uropéens venus de Manille. Le président chinois
n'étant pas encore satisfait de cette nouvelle minute, les chou-pan choisirent un jour qu’il étoit absent Pour la faire signer au président tartare, moyennant quoi il n’osa plus chicaner, de crainte de se brouilér avec le tartare qui tient Je Premier rang dans le tribunal, et donne presque toujours le mouvement à tout ce qui s’y détermine,
Ainsi le septième de la septième lune (5 août 1734), l'affaire fut portée à l'Empereur, et voici ce qu’il prononça : « Que le lettré soit étranglé en au- » tomne; du reste que la sentence s'exécute selon » sa forme et teneur. » L'Empereur n'ayant point ajouté qu’on se pressât d'envoyer l’ordre , les chou-- Pan eurent le pouvoir de différer le départ de la dépêche jusqu'à une vingtaine de jours, et c'est ce qu'ils firent ; au moyen de quoi la sentence qui condamne à mort le lettré, ne s’exécutera pas cette an née. On verra ce qui se pourra faire d'ici à l'automne prochain pour lui sauver la vie,
À peine cette affaire étoit-elle terminée, qu'il en arriva une autre également fâcheuse, à trois journées d'ici, dans deux villes du troisième ordre qui sont du ressort de Pao-ting-fou. La première de ces villes se nomme Cao-yang , et la seconde Gin-kieou , où nos pères portugais ont d'anciennes missions. La persécution commença il ÿ a quelques mois par la malignité d’un infidèle, qui dressa un piége à un bon néophyte de la campagne, pour avoir un prétexte de l’accuser aux tribunaux, Il lui proposa de con-
tribuer à la construction d’une petite pagode qu'j T, XL. 16 ;
vouloit élever dans son village , ou du moins de Jui vendre du bois de chauffage pour faire cuire les briques, les tuiles, et les autres matériaux nécessaires our bâtir cet édifice.
Sur le refus que fit le néophyte , il dressa une accusation remplie de calomnies contre la religion, et alla la présenter au gouverneur de Cao-yang, qu'il savoit être ennemi déclaré des Chrétiens. Celui-ci , sans autre examen, envoya saisir l'accusé, l’enchaina, et on enleva de sa maison les livres, les croix, les images, les chapelets, et les autres symboles de la iété chrétienne, qui furent regardés du mandarin comme la conviction des crunes dont le néo hyte étoit accusé. Dans l’interrogatoire , il lui fit plusieurs questions captieuses;, il lui denfanda, entre autres choses, comment il avoit osé embrasser une secte fausse et réprouvée de l'Empereur : qui l'avoit baptisé; quels étoient ses complices, etc. Toutes ces questions étoient accompagnées de soufilets et de beancoup d’autres mauvais traitemens. Le néophyte, sans se troubler, répondit simplement, que la loi qu’il suivoit étoit très-sainte, et que tous ceux qui la professoient comme lui, s’en faisoient honneur. Cette réponse, loute modeste qu’elle étoit, ne servit qu’à aigrir davantage le gouverneur, qui fit arrêter sur le champ plusieurs autres Chrétiens, et qui informa aussitôt les grands mandarins de ‘: province , de l’heureuse découverte qu’il venoit de faire.
Cet éclat nous jeta dans de cruelles inquiétudes : nous mimes en mouvement tous nos amis, et ce ne fut pas sans faire des dépenses assez considérables ; les Chrétiens qui sont le plus à leur aise en firent encore de plus grandes, sans qu’on ait pu adoucir le gouverneur en faveur des prisonniers. Il n’y en eut que quelques-uns, accablés de maladie ou de vieillesse, qu'il fit élargir sous caution, parce que s'ils fussent morts dans la prison avant l'interrogatoire
juridiqu fächense encore € lances, « Tai vous Vous la contra vons êtr nemis di nous avo la maison droits où présence, aux mori Jions que que nous endroits « parussent père Julie dimanche.
continué nous pren foule, Enf troubles qi n'avons p:
cessé de © çals sont cl puis la on2 née > OR CO enfans qui nions se m rité peu de recueilleroi Providence montagnes Quang, où Chréiens s
de lui re les saires
le ac— n , et ; qu'il uI-Ci y aina , x, les de la \darin phyte sieur$ autres secte bap- >s ces beau- , Sans qu'il | pro- ‘ rév'à aiur le a AUS- ’heu-
udes :
e ne bles ; tencir le n eut vieil- » s'ils toire
juridique et le jugement définitif » il se seroit attiré une âchense affaire, Comme cette Persécütion n’est pas encore éteinte, et que jen ignore bien des Circonslances , ce ne sera que l’année prochaine que je pour Tai Vous en-informer plus en détail.
vérend père, quelle est > €t Combien nous de-
aucune prise aux ennemis du nom chrétien. Depuis le mois de mars
nous avons été long-temps sans oser guère sortir de
la maison , que Pour aller au palais, et aux autres en droits où le service de l’'Emperenr
présence, Lorsqu'il falloit administ aux Mmoribonds, nous autres Euro lions que dans les lieux où il n'y av que nous fussions surpris; mais À endroits où il n’étoit Pas prudent que des Euro
Parussent , on y envoyoit le père Matthieu Lo , où le ptre Jrlien Tchin, tous de
dimanches et les fêtes, les C continué de venir à l'église :
es Uns aux autres, nous On n'a pas les jésuites fran.
à Campagne. De tième de cette an
cessé de cultiver les missions dont Sais sont chargés, soit ici, soit à | puis la onzième lune jusqu’à la hui
nee, OR Compte onze cent cinquante-sept adultes où enfans qui ont été baptisés : le nombre des commu nions se monte À six mille deux cents. C’est à la vérité peu de chose e
recueilleroit si cette mission étoit Providence vient
ren.
ire
Re.
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