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voici ce qui a donné lieu à ce nouvel établissement,
Lorsque la persécution qui s’étoit élevée dans la province de Fo-kien s'étendit par toute la Chine, et qu’on obligea les Missionnaires de sortir des différentes provinces, et de se retirer à Canton, je fis savoir au révérend père Hervieu , notre supérieur, qui se vit forcé de quitter la province de Hou-Quang, que j'enverrois de temps en temps d'anciens Chrétiens respectables par leur vertu et par leur capacité, pour visiter ces chrétientés, et examiner si les catéchistes qu’il y laissoit, remplissoient exactement leurs devoirs. La première visite que je fis faire, produisit un autre bon effet : elle rendit les catéchistes trèsattentifs à leurs obligations, et fut d’une grande consolation pour les nouveaux fidèles. Les chefs de différentes chrétientés m’écrivirent pour me marquer leur reconnoissance de ce secours , qui leur étoit venu si à propos de la capitale.
Quelque temps après, le chef de la chrétienté de Siang-Yang, cherchant à se dérober aux recherches rigoureuses qui se faisoient par l’ordre des mandarins, prit la résolution de se retirer dans des montagnes qui sont au nord de cette grande province, à sept lieues de Cou-tching, ville du troisième ordre, où l'on entretient une garnison. Il savoit qu'il ÿ avoit là des terres qui n’ont point été cultivées depuis un siècle, que les propriétaires n’y habitoient pas, et qu’ils étoient disposés à s'en défaire à bon compte. Îl y acheta une petite vallée qui ne lui coûta que soixante écus romains, et ayant fait défricher une
artie de ces terres, il les distribua à de pauvres familles chrétiennes.
C'est ce qui me fit naître la pensée d’ÿ faire un petit établissement qui pâtservir de retraite aux Chrétiens de la province, et aux Missionnaires qui y vien-
droient secrètement exercer leurs fonctions. Je chargeai de cette commission un bachelier chréuen,
homme mois fui trat fait sceaux € vallée fo à celle q Ces mon dire, bordées à un plat quine F avoir pa:
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ire un Chrér viencharétien ,
homme habile et expérimenté dans les affaires. Trois mois furent à peine écoulés, qu'il m'apporta le contrat fait en son nom en bonne forme , et scellé des Sceaux du mandarin du lieu. On lui avoit vendu une vallée formée par deux montagnes , laquelle aboutit à celle que le chef des Chrétiens avoit déjà achetée, Ces montagnes se nomment Mou-pan-chan , c'est-àdire, montagnes du plat de bois ; parce qu'elles sont bordées d’arbrisseaux , et que leur sommet ressemble à un plat. Pour y arriver, 1l faut traverser des torrens qui ne peuvent souffrir ni ponts ni barques. Après avoir passé ces torrens , il s’agit de grimper ces montagnes fort escarpées , au travers des broussailles dont elles sont couvertes, depuis la racine jusqu’au som met. Quand on y est parvenu, on trouve un pays fort étendu , rempli de beaux arbres , et dont les terres sont si grasses, que de plus de quatre ou cinq äns il ne sera pas nécessaire d'y mettre du fumier.
Cette affaire fut à peine terminée, que des infidèles qui avoient un riche bachelier à leur tête > Se repenürent de s’être laissé prévenir dans l'achat de ces montagnes, Ils résolurent d’en faire un crime au bachelier chrétien, et allèrent l’accuser aux mandarins dont ces montagnes dépendent, Comme on avoit prévu cette accusation, on prit de si bonnes mesures, que les accusateurs furent déboutés de leur demande, et la possession de ces terres confirmée aux Chrétiens qui les avoient achetées. Malheureusement le bachelier chrétien qui n'étoit pas accoutumé à faire à pied de si fréquens et si rudes voyages , fut attaqué d’une pleurésie dont il mourut, regretté universellement de tous les fidèles. Pour suppléer à cette perte qui m'aflligea beaucoup, je continuai d'y envoyer d’anciens Catéchistes en qualité de visiteurs , qui firent la distribution des terres , qui dressèrent des règlemens , et qui établirent des chefs pour les faire bserver.
En l'année 1729, un grand mandarin du palais
présenta, au mois de septembre, un mémoire à l’Empereur ; par lequel il Ini représentoit qu'il y avoit un trop grand nombre d'Européens à Pekin; que plusieurs étoient inutiles , et ne s'oécupoient qu’à surprendre les Chinois , pour leur faire embrasser la loi chrétienne; qu'il y en avoit dans les provinces qui se cachoient chez leurs disciples; que plusieurs églises n’avoient pas encore été converties en des usages utiles au public, etc. Sur ces remontrances, l'Empereur appela un de ses ministres, et s’étant fait apporter les règlemens qu’il avoit faits, au sujet de l’accusation intentée contre les Européens par le tsong-tou de Fo-kien , 1l donna de nouveaux ordres si secrets, qu'il ne nous fut pas possible d'en rien découvrir, Tout ce que nous pûmes faire, fut d’avertir au plutôt les Missionnaires qui étoient dans les provinces, de se tenir bien cachés, ou de se retirer sur leurs barques. Les recherches se firent dans la province de Hou- Quang ; avec tant d’exactitude, que le père le Couteux, qui y demeuroit depuis quelques années, fut obligé de se retirer à Canton. Cet orage passé, ce père sollicita fortement les supérieurs de le renvoyer dans la province; mais ils lui trouvèrent la santé si affoiblie par l’âge et par les fatigues , qu'ils ne jugèrent pas à propos de se rendre à ses instances. Ils nommèrent le père Labbe pour le remplacer, en lui permettant seulement de conduire son successeur dans la province, de l'installer dans les chrétientés, et de revenir aussitôt à Canton pour s’y rétablir, s’il étoit possible, Ce père étoit mûr pour le ciel: deux jours après qu'il eut quitté le père Labbe , il tomba malade, et eut la consolation de mourir au milieu de ses chers néophytes,
Ainsi le père Labbe est le premier Européen qui ait pénétré dans ces affreuses montagnes, que le père Hervieu appeloi: Les Cevennes de la Chine. 1l en prit
possessi mois (”.
année, | un expr bénédic sement, rens qu: la visite ministre üens, et naire, q les endre met à au ailleurs, converti habitée q u’en so!
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l’'Empit un plut Sur— la loi ?S qui glises sages mpe- PporiCCUtou rels, ivrir, Jutôt s, de ques.
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prit
Possession au mois d'octobre 1731. Il y retourna au mois d'août de l’année 1732, et le 2 mars de cette année, j'ai reçu de lui une lettre qu'il m'a envoyée par un exprès, où il me fait un détail bien consolant des bénédictions que Dieu répand sur ce nouvel établis sement. [IF avoit divisé ces montagnes en huit diité. rens quartiers, qui ont chacun leur catéchiste. Dans la visite quil en a faite, il a eu la consolation d’administrer les sacremens à un grand nombre de Chréüens, et ÿ à fait bâtir une maison pour le Missionnaire, qui servira d'école pendant son absence. Dans les endroits où il n'y a que des Chrétiens, on ne permet à aucun infidèle de s'établir; et sil s’en trouve ailleurs, il espère, avec Ja grâce du Seigneur, de les convertir à la foi; ainsi toute celte contrée ne sera habitée que par les adorateurs du vrai Dieu. I ajoute
u’en sortant de ces montagnes 1l y laissa six cents Chrétiens ; que ce nombre augmentera beaucoup dans la suite, et que Pour cette raison il a écrit au père Supérieur - général , pour le prier de lui envoyer le père Kao, jésuite chinois. Ce père qui n’à guère que trente ans, a l'esprit excellent, et est encore plus estimable par sa Piété, par sa prudence et par sa modestie. Dieu veuille nous procurer parmi les Chinois plusieurs sujets semblables : Je ne vois point d'autre moyen de soutenir cette mission » landis que l'Empereur régnant sera sur le trône, Ces deux pères s’aideront réciproquement l’un l’autre, le père Labbe passera la plus grande partie de l’année dans ces montagnes , et le père Kao visitera toutes les chrétientés e la province sans aucun risque. Je recommande cette mission chancelante à vos saints sacrifices , et suis avec bien du respect, etc.
a ——————— LETTRE
Du père Parennin, missionnaire de la Compagnie de Jésus, au père Duhalde, de la même Comnagnie.
À Pekin, ce 22 octobre 1736.
MON RÉVÉREND PÈRE, La paix de N. 5.
VOUS apprîtes par ma dernière lettre, que l’'Empereur avoit enfin procuré plus de liberté aux princes chrétiens qui ont été si long-temps prisonniers à Fourdane ; qu’il les y avoit laissés sans emploi, et que toute la grâce que le général lear faisoit espérer, c’esi que quand il ÿ auroit quelques places de soldat vacantes , il les donneroit À ceux qui sont en état de porter les armes, |
Dès que ces généreux Chrétiens se virent un peu plus libres, leur premier soin fut de nous écrire. Ils gémissoient sur les conjonctures présentes, qui ne nous permettent pas de sortir de Pekin, et ils nous prioient de leur envoyer du moins le père Louis Fan, jésuite chinois, pour leur administrer les sacremens, et leur apporter quelques secours autant
ue nos facultés pourroïent nous le permettre: car, ne à > “ nous sommes sortis de prison à demivêtus, el nous nous trouvons sans aucune ressource, Nous avons beau solliciter le général des troupes de celte contrée, de demander à l'Empereur ce qu’il veut faire de nous, il remet cette affaire de jour en jour etpar ses délais continuels, il fait assez paroître qu'il n est pas trop bien disposé À notre égard, Après
tout, prêtre combi coupal mettre france:
Tou virent, termes ment d et de I s'imagi pas por à les sa Vieillar( exil, et lettres « fesseurs Pekin P doient, Il s’exc blesse ; tantes p il est tr encore ] Jours av rendu c« commun Jugeoit r Les P avec mo) mettre p avions, t que celle Nous eûr le père L qui depui
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tout, ce qui presse le plus, c’est la présence d'un prêtre, dont nous avons un extrême besoin, De combien de péchés ne sommes-nous pas peut-être coupables aux yeux de Dieu, pour n'avoir pas su mettre à profit les ennuis, les rigueurs et les souffrances d’une si longue prison! »
Toutes les lettres que ces illustres exilés nous écri.. virent, étoient Conçues à peu près dans les mêmes termes, et ils marquoient tous le même empressement de se purifier par le sacrement de la Pénitence, et de recevoir Notre-Seigneur : mais parce qu'ils S Imaginèrent que de simples lettres ne suffiroient PaS Pour vaincre les difficultés qu'on a roit peut-être les satisfaire > ils eurent recour:; à Marc Ki, ce bon vieillard qui leur a rendu tant de service: dans leur exil, et dont j'ai si souvent parlé inc les premières lettres où je vous ai entretenu de ces généreux confesseurs de Jésus-Christ; ils le prièrent d'aller à ekin pour presser l'exécution de ce qu'ils demanolent, et de leur rendre encore ce dernier service,
il est très-pauvre, et ceux qui l'envoyoient étoient encore plus pauvres que lui). Il arriva ici quelques Jours avant les fêtes de Noël. Après nous avoir rendu compte de sa Commission, il se confessa et Communia pour se disposer à une sainte mort, qu’il
Les pères Portugais, que je consultai, conclurent avec moi qu’il falloit renvoyer Marc Ki, et lui re-
avions, tant celles qui nous sont venues de France, que celles que nous avions pu ramasser d’ailleurs. Nous eümes aussi moins de difficulté à leur envoyer le père Louis Fan, Parce que le nouvel Empereur , qui depuis trois mois étoit monté sur le trône, avoit
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un beau naturel, et nous donnoit lien de croire qu'il seroit plus favorable à la religion et aux Européens, que l'empereur Yong-tching son père.
Missionnaire partit avec un domestique peu de jCurs après l’Epiphanie ; il essuya un très-mauvais temps pendant son voyage, et comme il n’est pas d'une complexion robüste, à peine fut-il arrivé à Fourdane, qu’il tomba malade. Il se logea fort à l'étroit chez Marc Ki, dans les casernes mêmes des soldats, où il étoit très-dificile de ke secourir. Les princes chrétiens nouvellement sortis de prison, n'étoient pas logés plus au large dans les maisons de louage qu’ils hebitoient dans la ville. Il n’y avoit que le prince Michel Chou, fils du prince Paul (mort dans les prisons de Nankin), qui fût logé assez commodément avec les petits-fils du troisième prince Jean, et leur mère Agnès. Hs firent transporter le Missionnaire dans leur maisun > Où rien ne lui manqua que de bons remèdes, La foiblesse de son tempérament, jointe à sa maladie » le retint au lit près. de deux mois, sans pouvoir administrer les sacremens , qu'à ceux des deux familles chez lesquelles il logeoit; encore fallut-il pour cela profiter des intervalles où il se trouvoit moins mal. À peine fut-il un peu rétabli, qu'il se livra tout entier à ses fonctions; mais il ne les pouvoit remplir qu'avec de grandes précautions et lentement,
Il en restoit encore quelques-uns, dont il n’avoit pu contenter la dévotion, lorsque des lettres venues coup sur coùûp de Pekin, apprirent la persécution qui venoit de s’y élever contre la loi chrétienne. Elles portoient que dans toutes les bannières, on recherchoit avec une extrême sévérité ceux des Mant-cheoux ou des Chinois qui étoient Chrétiens, qu'on les rouoit de Coups pour les faire renoncer à leur religion , et que les mêmes ordres viendroient bientôt pour Fourdane, La prudence demandoit
que et qu sein ; aux tinrei ses fo qu'à c procl père voyer > voi l'or cha fair lem ‘Trier dre ma exp don Ce prince aux ra manda
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gué. Je tail de et de | vous ré sieurs « Jenc dinaire n'ait P prince] Le père que l’et
que le père Fan quittât sur le champ cette place, et qu’il retournât.à Pekin, et en effet c’étoit son dessein ; mais les princes accoutumés depuis long-temps aux plus rudes épreuves, s'y opposèrent , et le re tinrent encore quelque temps, afin quil continuât ses fonctions. Il ent pour eux cette déférence , jusqu'à ce qu’un des premiers mandarins de Fourdane, Proche parent du prince Michel chez qui logeoit le père Fan, alla voir ce prince , et le pressa de ren- Voyer au plutôt ce Chinois sans aveu. « Au lien de ” Vous en prier, lui dit-il, je pourrois en donn:r » l'ordre; un seul mot de ma part sufliroit pour le » chasser honteusement; mais je ne veux pas vous » faire cet affront : vous savez ce qui se passe actuel. » lement à la cour; vous dites que vous ne craignez » ‘rien , je le crois; car vous n’avez plus rien à per- » dre; mais moi je crains pour mon emploi, pour » ma famille, et encore pour vous-mêmes > Qui vous » €xposez imprudemiment à rentrer dans la prison » «dont vous ne faites que de sortir, »
Ce discours du mandarin n'ellraya rullement le prince Michel , et il eut bien de la peine à se rendre aux raisons du père Fan, qui appuyoient celles du mandarin. Ce Missionnaire craignant de nouvelles opposiuions de la part des autres princes, partit sans
leur dire adieu, et arriva à Pekin extrêmement fati-
gué. Je l’allai voir aussitôt, Je vous épargnerai le détail de tout ce qu'il me dit de la foi, de la constance et de la ferveur de ces nouveanx fidèles. Il faudroit vous répéter ce que je vous ai déjà mandé dans plusieurs de mes lettres.
Je ne puis cependant omettre un trait assez extraordinaire de zèle d’un prince , le seul de sa famille qui n'ait pas encore été baptisé: il est le fils aîné du prince François-Xavier Sou , etse nomme K ajounga. Le père Fan m'a rapporté qu'il le vit aussi empressé , que l’eût pu être le plus fervent Chrétien » Pour pre:
curer à sa mère, à sa femme et à ses enfans, le bonheur de participer aux sacremens. Il fit préparer luimême un endroit décent et commode pour y célébrer le saint sacrifice; il invita à y venir ceux qui étoient intimidés par les recherches qu’on leur faisoit craindre, et il leur releva le courage, en les assurant que s'il s’agissoit de répondre au mandarin, il en prendroit sur lui tous les risques. « Hé quoi!
ajoutoit-il, tant de princes de notre famille sont morts si généreusement pour la défense de la sainte loi, ne sont-ce pas autant d'exemples à suivre? N’allez pascroire que je ne parle d’un ton si ferme ; que parce que n'étant pas encore baptisé, j'aurai une excuse toute prête: d’autres motifs ne m’ont point encore permis de recevoir le baptême, et assurez-vous que s'il ÿ a quelque danger, on ne me verra jamais reculer, »
Le père Fan, avant que de partir de Fourdane, eut la consolation de baptiser la seizième et dernière fille du regulo Sourniama. C’est celle-là même dont je vous parlois dans ma lettre du 24 août 1 726. Je vous marquois alors qu'après avoir fait répudier cette princesse, on l’envoya à ses parens exilés à Fourdane, et qu'étant près d'y arriver, elle rencontra quelques-uns de ses frères, qui étoient conduits enchainés aux prisons de Pekin, d’où ils devoient être dispersés dans les provinces du midi, et enfermés pour le reste de leurs jours.
Cette dame étoit bien éloignée de penser qu'elle embrasseroit un jour cette religion , à laquelle elle attribuoit la ruine de sa famille, et le malheureux état où elle se voyoit réduite, Loin de prêter l'oreille aux exhortations des autres princesses , elle blâämoit leur entêtement, et regardoit leur attachement à la loi chrétienne, comme la cause de sa disgrâce particulière , et de tous les mauxqu’elle alloit souffrir le reste de sa vie,
pati ses f u’il A COuF miss bits; ce q reléo quel voie ‘fut b je le de te frère geoit noi :
de pa pusse El ses fr Vince Stani:
l'aime lontie encor la loi de l’e posoit Franç » mie » not dan mis cha bras
Cependant, peu à peu elle se sentit touchée de la patience et de la tranquillité qu’elle remarquoit dans ses frères et dans ses belles-sœurs. Elle étoit étonnée sn ne leur échappât jamais comme à elle » la moin-
re plainte, quoique leurs souffrances fussent beau Coup au-dessus des siennes: car elle avoit eu la permission d’emporter son argent, ses bijoux et ses habits; d’ailleurs, son mari qui étoit au désespoir de ce que, pendant son absence , on l’avoit répudiée et reléguée à Fourdane, lui envoyoit de temps en temps quélques secours, quand il le pouvoit faire par une Voie sûre, et sans trop risquer sa fortune, Mais il ut bientôt hors d'état de les lui continuer , comme je le dixai dans la suite, Elle se trouva donc en peu
€ temps dans le même état d'indigence que ses frères, et au lieu de recourir à Dieu, qui lui ménageoit cette disgrâce Pour son salut, elle s’abandonnoit à de continuelles plaintes , sans que les exemples de patience qu’elle avoit sans cesse devant les yeux . Pussent faire taire ses murmures.
Elle ne se rendit plus traitable qu’à l’arrivée de ses frères qu’on avoit mis en liberté dans les provinces du sud, et qu'on avoit renvoyés à Fourdane. Stanislas Mou étoit de ce nombre; et comme elle l'aimoit tendrement, non-seulement elle accepta volontiers l'offre qu'il lui fit de loger ensemble, mais encore elle l’écoutoit avec plaisir , lorsqu'il expliquoit la loi de Dieu, et l'obligation qu'ont tous les hommes de l'embrasser et de l’observer. Souvent il lui proposoit l’exemple de ses frères Jean » Joseph, Paul,
rançois, etc, « Vous savez, lui disoit-il, que le pre- »imier passoit pour le plus sage et le plus éclairé de » notre famille; il a Pourtant mieux aimé mourir » dans un cachot » Chargé de chaînes et accablé de » misères, que de témoigner par aucun signe, qu'il » Chancelât dans une religion, qu'il n’avoit pas em- » brassée à l'aveugle, mais qu'il regardoit comme
mn
» l'unique voie d'aller au ciel et d'éviter une éter- » nité de supplices. Craignez-vous de vous tromper » ensuivantson exemple et celui de ses frères, qui ont » souffert comme lui pour la même cause, et qui » jouissent avec lui dans le ciel du même bonheur, » Où sans doute ils prient Dieu de vous éclairer? »
Cette dame se sentoit de plus en plus ébranlée par les raisons et par les exemples qu’on lui proposoit; mais rien ne la toucha davantage que l'exemple de Stanislas , à qui elle pouvoit appliquer une partie de ce qu’il venoit de dire du prince Jean. Ellé‘ne pouvoit revenir de la surprise où elle étoit, de lui voir des sentimens si différens de ceux qu'il avoit avant le baptême ; de ne lui entendre pagker des chaines qu'il avoit portées , des rigueurs de sa prison et de son exil , que comme d’une grâce singulière que Dieu lui avoit faite de le punir si légèrement en cette vie, pour lui épargner dans l’autre de bien plus terribles À me uiues à ses péchés. Elle le voyoit d’ailleurs doux, tranquille , humble et modeste , ne laissant échapper aucune plainte , quoiqu’après avoir eu autrefois toutes les commodités de la vie, il fût réduit à n'avoir pas même le nécessaire.
Tout cela, joint aux exemples et aux exhortations de ses belles-sœurs, lui ouvrit enfin les yeux, ou plutôt Dieu s'en servit pour éclairer son esprit et toucher son cœur. Elle se mit à lire les livres propres à l’instruire des vérités chrétiennes , À apprendre les prières, à garder les jeünes et les abstinences aux jours marqués , enfin à imiter son frère, et à observer la loi chrétienne aussi exactement que sielle l'eût déjà embrassée ; de sorte qu’à l’arrivée du père Louis Fan, elle étoit parfaitement instruite et isposée à recevoir le baptême qu’il lui conféra, en lui donnant le nom de Aosalie.
(1) Nos lettres de l’année dernière vous apprirent
(1) Nous avous placé de suite toutes les lettres qui ren-
la mor 7 octol qui re fils K2 ne püi ce pri:
et qu’i sa for surtou!
qu’il d les fils qui ét our lk blir da recher.
exilés si l’on suite dition.
le peu] ches à ce aui temps :
Fourda u’on € 4 Dan:
fils de 1 le pren agne, le l’armée d’un m
doient c périale , n'a point pereur }
la mort de l'Empereur Fong-tching, laquelle arriva le 7 octobre 1735, peu avant le départ de nos vaisseaux qui retournoient en Europe. L'avénement de son fils Kien - long au trône étoit tout récent, et nous ne pûmes vous mander autre chose , si ce n’est que ce prince étoit d’un caractère doux et bienfaisant , et qu’il avoit déjà donné des marques publiques de sa bonté et de sa clémence envers les peuples, et surtout envers les princes de sa famille. Les ordres qu'il donna au tribunal des princes, marquoient que les fils du huitième et du neuvième regulo ses oncles, qui étoient en prison , ne devoient pas être punis our les fautes de leurs pères; qu'il falloit les rétablir dans leur premier état , et faire pareillement la recherche des autres princes du sang , dégradés et exilés depuis long-temps en divers lieux; parce que si l’on négligeoit cette affaire , il arriveroit dans la suite que par des alliances peu sortables à leur condition , leurs descendans seroient confondus avec le peuple , et qu'ainsi il manqueroit quelques branches à la généalogie du fondateur de sa dynastie, ce qui est d'une grande conséquence. Il fallut du temps pour faire cette recherche, où les princes de Fourdane n’entrèrent que par cette occasion » Sans qu'on eût fait d'eux aucune mention particulière. Dans ce temps-là , le dixième et le quatorzième fils de l'Empereur Cang-hi étoient encore en prison ; le premier , dans la ville , et le second » à la campagne. Ce dernier , lorsque Cang-hi mourut , étoit dans le fond de la Tartarie > Où 1] commandoit l'armée chinoise contre Tchon-Kar. Comme il étoit d'un mérite distingué , et que son fils , âgé de dix-
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doient compte de la situation des princes de la famille im périale , persécutés pour la religion ; c'est ce qui fait qu'on n'a point encore vu celles qui appreuvent la mort de l’Eunpereur Pong-T'ching.
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huit ans, nommé Pok; , étoit tendrement aimé de l'Empereur à cause de ses belles qualités, on ne doutoit point que ce prince ne le nommât pour son successeur au trône ; mais la mort ayant surpris l'Empereur plutôt qu'il ne croyoit, et dans la crainte que s’il nommoit ce quatorzième fils qui étoit {ort éloigné de Pekin , il n’arrivât du trouble dans l'Enpire, pendant le temps qu'il viendroit de si loin prendre possession du trône , il jeta les yeux sur Fong-tching son quatrième fils, frère de père et de mère du quatorzième, Leur inère vivoit encore, et aimoit beaucoup plus celui-ci, qu'Yong-tching qui venoit d’être nommé. C’est ce qui contribua beaucoup à accélérer la perte du quatorzième prince , et
de son fils Foki.
Dès que le wouve! Empereur fut sur le trône , il dépêcha en Tar:"1e courrier sur courrier au nom . de l'Empereur ciunt comme s’il eût été encore en vie, pour lui ordonner de remettre les sceaux à celui qu’il lui nommoit , et de revenir au plutôt à Pekin avec peu de suite, pour délibérer sur une affaire de la dernière importance. Le prince obéit sur le champ, et n’apprit de quoi il s’agissoit qu’à trois journées de la cour. Il n’étoit plus temps de reculer : il arriva donc , et trouva son frère sur le trône , qui l’envoya garder la sépulture de leur père, où l’on se contenta d'observer de près ses démarches, parce que sa mère vivoit encore; mais elle ne fut pas plutôt morte , ce qui arriva peu de temps après, qu'on le fit revenir à Pekin , et ensuite on l'envoya à Tchang-chun-yuen , où il fut enfermé plus étroitement, sans nulle communication audehors , pas même avec son fils Poki, qui fut mis dans une prison séparée. On le changea plusieurs fois de prison, et enfin il fut mis entre les mains de son frère aîné, qui étoit du même père que lui, mais d'une mère diff'rente. Ce prince aussi Mauvais irere
frère un Co bien :
néces:
pereu mière de dé Sa ot ne dit demar Et api perte.
Que ordon:
bunal prince ches, l'ayant ture d pour I surtou:
pect el admis paroles pereur de son mérito:
sa fem un jard sy dix vraie p sortir.
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e,il nom ‘e en ux à tôt à une >béit qu'à s de r le ère , narelle mps e on rmé aum's eurs ains Ali »
\Vais frère
ÉDIFIANTES ÆT, GURIEUSES. 257 frère qu’il avoit été mauvais fil un coin de son palais , où il ne Ini fournissoit que bien modiquement, et encore à regret, ce qui étoit nécessaire à sa subsistance. C'est à ce Poki que l’'Em- Pereur régnant a rendu d’abord la liberté d’une mamière assez singulière, L'année. dernière, au mois de décembre , l'Empereur lui envoya un grand de Sa Cour, qui se fit ouvrir la porte de la prison , et ne dit au prisonnier que ces mots : L'Empereur demande quel ‘+ celui qui vous retient ici : sortez. Et après ce, peu de paroles il se retira > laissant la porte ouverte.
Quelques jours auparavant , l'Empereur avoit ordonné au regulo, frère de Poki » d'aller au tribunal des princes pour y recevoir ses ordres. Ce prince à qui la conscience faisoit de justes repro— ches, ne s’y rendit qu’en tremblant. Le président l'ayant fait mettre à genoux , lui fit entendre la lecture d’un ordre bien humiliant et bien désagréable pour lui. C’étoit un long détail de ses fautes , et surtout de celles qu'il avoit commises con’re le respect et l’obéissance filiale, A l'égard de Poki , il fut admis en la présence de l'Empereur ; il dit peu de paroles , et ne s’expliqua que par ses larmes. L’Em. pereur , pour le consoler , le fit regulo à la place de son frère, qui fut encore mieux traité qu'il ne méritoit : car on se contenta de le faire passer avec sa femme , ses enfans » et quelques eunuques , dans un jardin qu’il avoit fait faire à côté deson palais pour S'y diverur, et qui est devenu aujourd’hui une vraie prison , par la défense qui lui à été faite d’en sortir. Le 17 janvier de cette année » l'Empereur fit appeler le président des regulo : c’est le douzième fils de Cang-hi, Sa Majesté lui donna ses ordres, dont on ne put avoir aucune connoissa
S» le renferma dans
nce ; mais
au sortir du palais, on le vit Partir avec tout son équipage de regulo , pour se rendre à Tchang-tchyn: FT, AR, 17
yuen , où le bruit couroit qu’étoit renfermé le quatorzième fils de Cang-hi , dont on ne parloit plus, et que plusieurs croyoient n’être plus en vie. Il fallut ouvrir bien des portes pour parvenir jusqu’au prisonnier , qui ignoroit encore la mort de son frère, et l'élévation de son neveu sur le trône, parce que les murailles de sa prison étoient si épaisses , qu'il ne pouvoit rien entendre, ni de ce qui se passoit , ni de ce qui se disoit au-dehors.
Je vous laisse à juger , mon révérend père , quelle fut la joie et la surprise de ce prince , lorsqu’ayant été comme enseveli depuis plus de douze ans, on le tira de l'horreur de ses ténèbres. Les passans s’arrétèrent à l'endroit où ils virent l'équipage du regulo, qui étoit entré dans la prison. On eut bientôt découvert de quoi il s’agissoit, et chacun voulut être témoin de la délivrance de ce prince infortuné. La nouvelle s’en répandit aussitôt à Pekin ; et comme le palais de ce quatorzième prince est assez près de la porte par laquelle on ÿ entre , les peuples y accoururent en foule ; et, pour témoigner leur joie,
ils le reçurent à genoux, frappant la terre du front,
et tenant des #zang (1) à la main.
Le prince , qui ne s’attendoit pas à ces honneurs, et qui craignoit même qu’ils ne lui fussent préjudiciables , passa au plus vîte , faisant signe À tout le monde de se iever. Il étoit accompagné du regulo, de son fils Poki et d’un autre seigneur , qui avoient eu ordre de l'aller recevoir. Il arriva ainsi comme en triomphe à son palais, où toute sa maison l’attendoit. Aussitôt qu'il y fut entré , le regulo lui parla quelque temps en particulier. Tout ce qu’on a dé. couvert de cet entretien, est qu’il lui fut dit de se remettre peu à peu , sans sortir sitôt de son palais,
(1) Ge sont des baguettes de parfums qu'on allume par nn bout, et qui se consument peu à peu.
ce no sainte cutée naires après Der la pret ceroit donné qui les n’avior pereur
prendr
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 259 et de laisser à son fils Je soin d'aller remercier l’'Empereur. Le même jour, un autre Prince eut ordr& d'aller mettre en liberté Je dixième fils de Cang-hi, et de le conduire, non pas à son palais, qu'on avoit détruit depuis long-temps , mais dans une mai
ison parliculière , où logeoit le seul fils qui lui restoit , l'aîné étant mort en prison. Cela se fit avec moins d'éclat; mais on lui donna les mêmes ordres qu’au quatorzième prince son frère, Quand ces nouvelles furent publiques , tout Pekin applaudit au bon naturel et à l'humanité de l'Emp
€ nous autres, nous ne fûmes ni nsibles à la grâce qu'on venoit
coup à me louer sions
> Ni par les expliquer d’une manière qui les rendit inutiles, La seconde étoit que nous
n'avions nul moyen de parler nous-mêmes à l'Em- Pereur , el que nous ne voyions personne qui osât prendre sur lui de présenter de not:e part un mé-
morial , où il s’agissoit d’une affaire si délicate, et qui intéressoit les ordres du feu Empereur. Enfin, je proposai à nos pères d’avoir recours au premier ministre Ma-tsi , qui a eu toujours de l'affection pour les Européens en général , et pour moi en particulier , qui s1:5 ©: cciumerce de lettres et en liaison d'amitié avec lui depuis trente-six ans. Mon dessein fut approuvé. Je priai le premier officier de ce ministre de pressentir son maître sur notre affaire, que je lui expliquai dans un grand détail , afin qu’au cas qu'il fût disposé à y entrer , j «lasse en personne solliciter sa protection , et recevoir ses ordres.
Dès le lendemain , le ministre m'envoya dire de dresser promptement un mémorial , pour demander le rétablissement de la religion et des Missionnaires : que rien n’éloit plus raisonnable , et qu’il n’y avoit point dans tout l'Empire de plus honnêtes gens que les Européens. Cette nouvelle nous remplit de joie et d'espérance, Je uavaillai aussitôt au mémorial ; et 1l n’étoit pas encore fini, que le ministre nous l’envoya demander , en nous faisant dire qu'il falloit se presser , et que son dessein étoit de le faire présenter par le douzième regulo , président du iri- Punal des princes et du tribunal des rites 3 mais que pendant le temps qu’on traiteroit cette aflaire, nous ne devions point paroître chez lui , afin qu’elle demeurât secrète.
Ce douzième regulo est gendr. du ministre, pour lequel il a des égards particuliers. L'Empereur se dit également son gendre, quoiqu'il n’ait épousé que sa mièce , fille de son frère ; mais parce que ce frère mourut de bonne heure, laissant sa fille au berceau , le ministre Ma-tsi. son oncle , prit soi de l’élever chez lui, comme c'+ 1 été sa propre fille , et il étoit regardé com père. C’est elle
qui a été choisie préférablement à tant d’auu pour étre l'épouse légitime de l'Empereur régnant,
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dont elle a eu déjà un fils âgé de huit ans
sera sans doute le prince héritier,
uand notre mémorial fut en état au ministre, qui le fit passer
ses eunuques. Ce prince le ut » le trouva bien fait ,
ét ne fit changer que deux ou trois caractères qui
lui paroissoient trop forts contre Mouan-pao , lequel
éloit autrefois tsong-tou de la province de Fo-kien à
et qui, par son accusation calomnieuse , fit chasser
les Missionnaires des Provinces. Le prince étoit au fait de cette affaire, car il étoit président du tribunal des rites » auquel l'accusation de Mouan fut renvoyée, Il ne put alors nous servir, parce qu’il sut que l'accusation venoit de lus haut , et qu elle avoit été faite par un ordre secret; mais à présent SOUS un nouveau règne, il PEUL nous rendre sérvice sans aucun risque, Quoi qu'il en soit , il se chargea de notre mémorial > Sans nous avertir du jour qu’il le présenteroit, Il ne le savoit peut - être pas luimeme , Car il vouloit bien prendre son temps. Mal. heureusement pour nous > il le prit mal, Le jour qu'il alla au palais pour le présenter , il rencontra le seizième regulo son frère, qui est le premier des quatre pouver *eurs ou régéns (1 ) de l'Empire ; if lui fit part de dessein ; il lui montra même notre mémorial , parce 4. /il Je Croyoit son ami; mais if fut bien surpris de voir que ce prince s’opposa fortement à la démarche qu'il vouloit faire en notre faveur,
Nous ne pûmes rien découvi mais le 8 avril dernier , led ENVOYa notre mémorial per le même domestique a he ou LE (1) Quoique les régens ne soi
ISES. 261
» et qui
» je l'envoyai au regulo par un de
de leur entretien ; ième régulo nous