‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 4)Chapitre 29 sur 63 · EE · texte numérisé non relu

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* ue pour le temps de Iæ minorité du prince , | Montant eur le } jeune torit

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du vieux ministre, avec ce peu de paroles : « C’est » au seizième régulo qu'il faut vous adresser ; votre » affaire me sera ensuite renvoyée , et je vous ren- » drai service. » Je demandai en-particulier à ce domestique si le prince ne s’étoit pas expliqué plus en détail ; « car enfin, lui dis- je, ce que vous nous » dites de sa part a assez l'air d'une défaite ; au » reste, s’il y avoit du risque pour lui dans une pa- » reille démarche , nous n’aurions garde de l'y ex- >» poser, et nous attendrions en patience un temps » plus favorable, » I] nous répondit qu'il ne savoit rien davantage, « Il est vrai , ajouta-t-il, que ce matin , la princesse son épouse m’a fait appeler, et m'a ordonné de vous dire qu'une personne puissante s’y opposoit ; je n’ai pas osé lui en demander le nom, et peut-être n’auroit - elle pas voulu me le dire, »

Je vous laisse À penser ; mon révérend père, combien nous fûmes aflligés de voir nos espérances évanouies de ce côté-Ià. Cependant , pas un de nous ne fut d'avis de recourir au seizième regulo ; ce n’est pas qu'on crût qu’il nous fût contraire : car il nous témoignoit de l'amitié dans l’occasion ; et si l’on ne s'adressa pas d’abord à lui , c’est que nous étions bien informés qu’il n’aimoit pas à entrer dans d’autres affaires que dans celles qui le regardoient immédiatement , et qu'il ne pouvoit pas se dispenser de rs pporter à l'Empereur. Il n’eût pas manqué de nous

répondre, ce qui est vrai, qu’il n’étoit pas chargé.

de nos affaires particulières.

Ce même jour , j'allai sur le soir remercier le vieux ministre des marques qu’il nous avoit données de son affection. Il est certain que s'il n’eût tenu qu'à lui, notre affaire eût été bientôt terminée. Mais 1 ait le nom de premier ministre, son âge

e quatre-vingt-cinq ans ne lui permet plus d’aller au palais , que pour s'informer de temps en temps de

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la santé de l'Empereur , ni de se mêler des affaires publiques » quoiqu'il en seroit très-capable , si les orces de son corps répondoient À celles de son esprit Ce bon vieillard me dit qu'il falloit trouver

nir en repos penant quelque temps , et ajouter de nouvelles prières et d’autres bonnes œuvres, aux me disoit tous les jours dans nos trois églises , depuis le 18 mars de l’année 1733, que l’'Émpereur fut

ge" officier du magasin des porcelaines dans le paals, m'envoya avertir de

e nous faire aucun

des personnes intelligentes s’en informer adroitement au tribunal

intérieur , où vont tous les mémoriaux , dont on y

que des réponses qui y sont

l'Empereur : ils ne purent rien découvrir , non plus qu'au tribunal des rites j

où sont renvoyées toutes les accusations. C’est qu'efsage , on n’en savoit enribunaux ; mais nous ne fûmes pas long-temps dans le donte, Les Chrétiens côtés nous apporter des copies de l'accusation , de la sentence des régens de l'Empire, et de la ratification de l'Empereur par ces deux caractères y y, c’est-à-dire, je consens à la délibération,

Celui qui s’est porté pour accusateur , se nomme Tcha-sse-haï : c'est un assez petit mandarin d’un tribunal nommé tong-ching-ssêe , qui avoit été condamné à l'exil par l'Empereur défunt , et qui à été ensuite compris dans l’amnistie que fit publier son successeur, Au retour de son exil, il invita sa sœur à venir manger chez lui , et à assister à une cérémonie, Cette dame qui est chrétienne , et mariée À un mandarin chrétien , craignant que cette cérémonie ne fût superst'tiense , s’excusa d'y assister, C’est ce qui acheva de brouiller ces deux familles » qui n'étoient pas déjà trop bien d’accord ensemble.

D'autres disent que son accusation étoit déjà faite long - temps avant qu'il fût envoyé en exil ; que même 1] l'avoit fait passer à l'Empereur F. ong-tching; que ce prince l'ayant lue, la rejeta , en disant qu'il s'embarrassoit peu que les gens de bannières se fissent chrétiens ou non ; que d’ailleurs il avoit déjà donné ses ordres sur cette affaire.

Le fond de l'accusation de Trka-sse-haï n’étoit

qu’une répétition des mâmés calomnies » Que d’autres avoient avancées avant lui. Ce qu'il y avoit de parüculier , c’est qu'il insistoit fortement pour que les Mant-cheoux , et les Chinois qui sont sous les bannières (1), n’eussent pas la liberté de se faire chré-

(1) 11 y a huit bannières de Tartares Mant-cheonx, huit autres de Tartares Mongous, et huit de Chinois tartarisés. Les troupes de la maison impériale et des princes, qui sont très-nombreuses, sont sous les trois premières bannières + et font un corps séparé des autres. Ces bannières ont cha cune leur étendard particulier, désigné par les couleurs jaune, blanche, rouge et bleue. Quëtre ont chacune une de ces couleurs, les quatre autres ont ces mêmes couleurs bordées. La bannière jaune , la blanche et la bleue sont bordées d’une baude rouge de quatre à cinq pouces ; la ban. nière rouge est bordée d’ane bande blanche. Chaque bannière a son quartier dans la ville tartare, et sa justice pare ticulière indépendante de celle du peuple,

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 265 tiens. « Car, disoit-il, c’est par le peuple que la » séduction a commencé ; les uns ont été abusés » par des paroles artificieuses, les autres par des » vues d'intérêt ; et ce qu’il y a de plus fâcheux , » C’est que les Mant-cheoux se sont laissé entraîner » peu à peu par l'exemple du peuple et par les mêmes » motifs. Si l'on n'arrête de bonne heure ce dé- » Sordre par des punitions exemplaires , on verra » bientôt notre religion et nos anciennes coutumes » renversées et détruites ; et quoique les Chinois ne » Soient pas de la même origine que nous, Votre » Majesté n’en fait nulle distinction » et elle les » traite avec la même bonté. Il faut donc que la » même défense soit faite aux uns et aux autres, et » qu'on punisse également ceux qui embrasseront » cette religion étrangère. En usant de cette sévé- » rité, nos lois seront observées , et il n’y aura nulle » suite funeste à craindre pour l'Empire. »

Ce pen ou mémorial fut présenté aux régens de l'Empire, dont le seizième regulo est le chef. Au lieu de le rejeter , comme il auroit dû faire s’il eût été bien intentionné , ou qu'il se fût souvenu des bontés que l'Empereur Cang-hi son père avoit eues pour nous, il le reçut , et le présenta à l'Empereur , qui lui ordonna d en délibérer avec les autres régens. La délibération fut bientôt faite > OU, pour mieux dire, elle étoit déjà prête ; car ils ne firent que transcrire l’accusation de Mouan-pao , et la sentence qui l’avoit suivie ; d’où ils concluoient qu’il falloit ordonner aux chefs des bannières d'examiner ceux qui s’étoient faits chrétiens , de les exhorter À abjurer leur religion, et de les punir sévèrement s'ils refnsoient de le faire ; que pour les Européens qu’on laissoit à Pekin , parce qu'ils étoient habiles dans les sciences , et surtout dans les mathématiques, le tribunal des rites auroit ordre de leur défendre d’atürer les gens des bannières et le peuple à leur reli-

gion. Cette délibération fut faite avec beaucoup de précipitation , pour ne pas nous laisser le temps de prévenir la sentence ; elle fut présentée le 24 avril, ratifiée le même jour’, et le 26 du même mois, envoyée au bureau des bannières pour ètre exécutée, puis au tribunal des rites et à celui des censeurs qui &ouvernent le peuple, Dès le lendemain de la publi- Cation de cet arrêt » les Chrétiens vinrent en,grand nombre à nos églises pour se confesser et se disposer à soutenir la persécution,

Elle commença ce jour-là même. Les mandarins meurent pas plutôt reçu le /ckr impérial, qu'ils se mirent en mouvement, non pas tous à la vérité , mais ceux - là principalement qui éloient prévenus contre notre sainte religion , ou qui étoient les plus dévoués au seizième regulo. S'étant informés quels étoient les Chrétiens de leur nirou ou compagnie , ils les citèrent à leurs tribunaux, et là, ils leur déclarèrent le cki où la volonté de l'Empereur , qui leur ordonnoit d’abjurer la religion chrétienne, sous peine d’être punis très-sévèrement.

Tous nos Chrétiens, à la réserve d’un très- petit nombre, qui furent intimidés par l'appareil des supplices, donnèrent des marques d’une intrépidité et d’une constance héroïque au milieu des plus cruels tourmens, Les infidèles en furent étrangement surpris , et la religion bien plus respectée, On avoit beau leur ensanglanter le visage à force de soufflets , les étendre par terre, et les assommer À coups de fouets et de bâtons , ils répondoient constarament qu'ils vouloient vivre et mourir chrétiens. Les juges $e lassant de les tourmenter inutilement, les pres- Soient de dissimuler, au moins pour un temps, leur feligion ; et de se comporter à l'extérieur comme s'ils avoient renoncé à cette loi étrangère, « Ne vous » SuMit-il pas, leur disoient - ils, de la conserver # dans le cœur ? Par ce moyen-là, vous obéirez à

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» l'Empereur, sans préjndicier à votre créance. » Ils répondoient qu'ils étoient très-soumis aux ordres de l’Émpereur ; qu’il ne leur défendoit pas d’honorer le souverain Maître du ciel et de la terre; que la religion chrétienne n’est pas une loi étrangère , et que tous les hommes devroient l’embrasser; que la mort soufferte pour leur foi étoit l’objet de leurs désirs ; qu'en vain les exhortoit-on à la dissimuler ; que la loi chrétienne défendoit le mensonge dans les choses les plus légères ; qu'à plus forte raison ils ne pouvoient ni dissimuler , ni user d'équivoques dans une affaire si importante,

Je voudrois pouvoir vous rapporter en détail tous les traits de fermeté et de constance qui illustrèrent nos Chrétiens; mais je tomberois dans des redites ennuyeuses qui fatigueroient votre patience. Je me bornerai à deux ou trois de ces généreux confesseurs de Jésus - Christ, qui yous feront juger de tous les aulties

Le préiier se nomme Laurent Tcheou. À s’est distingué dans cèute pérséemtion par’ sa fermeté à défendre sa foi, ét por son zèle à encourager les Chrétiens , ét à soutenir les foïbles ; aussi est-il parfaitement instruit de nos saintes vérités. Il n’a que Vingt six ans, et il a si bien ménagé les bonnes

râces de son père et de sa mère, qu'il a obtenu he consentement pour ne point prendre d’engagement dans le mariage , et pour se consacrer entière-

ment à Dieu. Etant allé dans la chambre de son ,

département, où plusieurs s'étaient assemblés pour des affaires particulières , l’un d'eux lui adressant la parole : « Maintenant, lui dit-il, que l'Empereur vous ordonne de renoncer à la religion chréuenne, à quoi vous déterminerez - vous? si vous refusez d'obéir, vous vous susciterez de terribles affaires . au lieu qu'un mot que vous direz, suflira pour contenter les mandarins, et vous n’en conserverez pas

moins votre religion au fond du cœur, Croyez-moi, c'est l'unique parti que vous ayez à prendre.

» 11 y a long-temps, répondit Laurent Tcheou , que je ressens les effets de votre bon cœur pour moi; mais si vous connoissiez la religion chrétienne , ei si vous aviez eu le bonheur de l’'embrasser, vous tiendriez un langage bien différent. Personne ne connoît mieux que les Chrétiens l'obligation où l’on est d’obéir à son prince, paree qu'ils savent que son autorité vient du Dieu que nous adorons » et que transgresser ses ordres, c’est transgrèsser les ordres de Dieu même, Vous avez vu les ordres de l’'Empereur : dit-il qu'il ne faut pas honorer le Tien-1chu ? lui-même l'adore, Cet ordre, comme vous le savez aussi bien que moi, a été donné À l'occasion d’un placet du mandarin Tha-55e-hai » Qui accuse fausse ment la religion chrétienne de ne pas honorer ses ancêtres, de ne point faire les cérémonies accoutumées à son père et à sa mère; À quoi les régens de l'Empire ont ajouté la calomnie de Mouan-pao , qui autrefois nous accusa faussement de nous assembler pêle-mêle, hommes et femmes , dans l'église. L'Empereur n’a pu s'empêcher de condamner de pareils désordres, et d'obliger ceux qui en sont coupables de changer de conduite, Tout ce que la religion chrétienne ordonne , se réduit principalement à deux articles; à honorer Vieu sur toutes choses, et à aimer le prochain comme soi-même. Le premier article de cet amour du prochain est d’honorer son père et sa mère vivans e* morts » €t je doute fort que ceux qui re sont pas Lurétiens, portent cet amour aussi loin que nous. Ce qu'on a eu l'audace d’avancer, que les hommes et les femmes s’assembloient pêle-mêle dans nos églises, est une calomnie avérée, puisqu'il w’est jamais permis aux femmes d'entrer même dans l'église où les hommes ont accoutumé de s’assembler,

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» Cela étant ainsi, dirent ceux qui l’écoutoient avec une grande attention, Tcha-sse-hai a eu grand tort de présenter son accusation contre la loi chrétienne. Très-certainement, répondit Laurent Tcheou. Vous m'exhortiez d’abord à donner du moins quelques apparences extérieures de changement, Je vous le demande, en quoi puis-je changer ? Est-ce en disant qu’il ne faut plus honorer le Maître du ciel et de la terre ? Un Chrétien aimeroit mieux mourir mille fois que d’en avoir la pensée, Vous me disiez encore que j'allois m’attirer de terribles affaires : elles seroient terribles, je l'avoue, si je n’étois pas Chrétien; mais je ne les crains point, et la tranquillité où je suis, j'en suis redevable au bonheur que j'ai d'être Chrétien, C’est aussi ce qui prouve que la religion chrétienne est la seule véritable , et que tout l’univers devroit la suivre : car je vous le demande à mon tour, si une puissance supérieure vous ordonnoit de changer de religion , ‘sous peine de perdre votre solde, qui de vous n'y renonceroit pas pour conserver un peut revenu dont il entretient sa famille ? Mais si l’on vous menaçoit de cruels Supplices, si l'on faisoit une recherche exacte de ceux qui ont embrassé la religion que chacun de vous professe , pour les punir rigoureusement, auriez-vous le cœur tranquille ? Marque certaine que votre religion n’est pas véritable, Vous savez qu'on recherche les Chrétiens; en avez-vous vu quelqu'un qui n’ait pas avoué qu'il l'étoir? Vous savez également les terribles me. naces qu'on nous fait, nous voyez-nous pour cela moins tranquilles ? Est-ce que nous ne sommes pas composés de chair et d'os comme les autres hommes ? Les bêtes mêmes craïsnent leur destruction : pour quoi donc sommes-nous contens au milieu des menaces et des tourmes: ? C’est que nous avons le bon. heur de professer la seule véritable religion; c’est

qne le Dieu que nous servons, témoin de ce que

nous souffrons pour son nom , récompensera notre fidélité par une félicité sans bornes et sans fin. Nul homme n’est immortel: je suppose que vous parveniez jusqu à l’âge de cent ans: il fandra enfin mourir, et paroître devant ce Maître souverain, et juge de tous les hommes; alors dix mille repentirs de ne l'avoir pas servi, viendront trop tard. C’est par un effet de votre amitié pour moi que vous m’exhortez à changer, et moi c’est par le même principe que je vous parle comme je fais. Je prie ce grand Maître que nous servons de vous en faire connoître l’importance, » Ce petit discours fut écouté dans un trèsgrand silence.

Le 25 mai, Laurent Tcheou fut appelé par le mandarin, qui le pressa d’abjurer sa religion, et qui employa toutes sortes de moyens pour y réussir, prières, sollicitations, caresses, menaces. Toutes ces démarches ayant été inutiles, le mandarin, outré d’une résistance à laquelle il ne s’attendoit pas, ordonna à ses gens de ne pas épargner le néophyte. Quatre soldats s'approchèrent de lui pour le prendre et le coucher par terre. « Je suis Chrétien, dit le » néophyte, et je n’aspire qu’au bonheur de souf- » frir pour Jésus-Christ; dites-moi où vous voulez » que je me mette; » et il se coucha tranquillement au lieu qu’on lui marqua. Le mandarin ayant ordonné que deux hommes lui tinssent la tête et les pieds : « Il n’est pas nécessaire , répondit-il; ne crai- » gnez pas que je remue ; un Chrétien est trop heu- » reux de souffrir pour sa foi. » Deux soldats , armés de fouets, Ini déchargèrent plusieurs coups sur le corps de toutes leurs forces , sans qu'il poussât le moindre soupir. Deux autres soldats relevèrent les premiers , et dans l'intervalle Laurent dit au mandarin : « Le plaisir que je témoigne sous tant de conps » redoublés est un témoignage que je rends à la vé- » rité de ma religion. Je mourrai volontiers pour

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» ligion, lui dit le mandarin, et moi je pense à » exécuter les ordres de l'Empereur : » puis il fit signe aux soldats de continuer à Le battre : ils n’eurent nas donné six à Sépi coups que les fouets se rompirent; on les renoua, et deux nouveaux sol dats recommencèrent à le frapper. Enfin, le mandarin plus las de tourmenter le néophyte, que le néophyte ne l’étoit de souffrir, se retira de la salle, et le laissa en repos. Alors quelqu'un avertit Laurent que s’il persistoit dans sa Er on préparoit de gros bâtons pour l’en frapper, Fussent - jls de fer, repondit Laurent Pièces, on n’obtiendra Jamais de moi ce qu'on de- Mande ; le plus ardent de mes désirs est de donner ma vie pour la défense de ma Joi.

La mère de Laurent qui avoit appris la fermeté invincible de son fils, l’attendoit avec impatience à la porte de sa maison. Dès qu'il parut, elle sauta de joie à son cou : Allons , mon cher Sils, lui dit-elle, allons remercier Die: des grâces qu’il vous a faites. Et s'étant mis ensemb.» : genoux devant leur oratoire, ils y demeurèrent longtemps prosternés. Après quoi elle se fit raconter en détail tout ce qui s'étoit passé, ;

Le lendemain 26 mai, une autre sere ne parla Pas avec moins de générosité à son fils cmmé Paul Vang, qui n’a que dix-neuf à vingt ans. Apprenant l'ordre qu'on lui donnoit de venir répondre au mandarin , elle le tira À l'écart, et jetant sur lui les re. gards les plus tendres : Je sais », mon fils, lui ditile, gue vous avez la crainte de Dieu , ainsi j'es-

père que vous vous Comporterez en fidèle et zélé Chrétien. Je suis votre mère, je vous aime tendre- PeRL , VOUS devez m'obéïr ; je me croirois la plus heureuse mère du monde, et je vous regarderois Comme de fils le plus obéissant , si lon m apportoit

» dût-on me mettre en

la nouvelle que vous avez fini vos jours dans les tourmens pour la défense de notre sainte religion. Mais sachez aussi que si vous vous comportez en lâche et infidèle Chrétien, je ne vous reconnois plus pour mon fils, et ne pensez plus à reparoitre desant moi, nt à rentrer dans ma maïson tant que je vivra, Ne craignez point, ma chère mère, répondit ce généreux fils ; quelque foible et quelque jeune que Je sois , j'ai une si grande confiance dans les mérites de Jésus-Christ et dans l'intercession de sa sainte Mère, que j'espère, avec le secours de vos prières , soutenir jusqu’au bout tous les tourmens qu’on me fera souffrir. X] partit à l'instant, et comparut au tribunal avec Luc Ouang , plus âgé que lui, et également ferme dans sa foi. Ils reçurent, par l'ordre du mandarin, plus de quatre cents coups de fouet. Dans le pitoyable état où ils étoient, et presque sans mouvement, on les transporta dans leur maison, d'où ils furent retirés au bout de douze jours pour être jetés dans une prison ; là , ils furent détenus jusqu'au mois de juin, sans que le mandarin ait pu obtenir d’eux d’autre déclaration sinon qu’ils étoient Chrétiens , et qu'ils ne cesseroient jamais d'être Chrétiens.

Le feu de la persécution qui duroit depuis longtémps dans les bannières des Chinois tartarisés , commençoit un peu à se ralentir, lorsqu'il s’alluma dans les troupes de la maison impériale , dont le prince Yun-lo est le chef principal. Celui par qui il commença plus vivement, fut Pierre Tchang, fils de Thomas Tchang, mandarin de la porte du quatorrnème prince, fils de l’empereur Cang-hi. Ce Thomas éloit mort depuis environ trois mois en vrai prédestiné. Pierre son fils est w, très-fervent Chrétien, qui dans çes tristes conjonctures a fait éclater son zèle en parcourant les maisons des fidèles, afin de les encourager à souflrir constamment pour leur

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foi. Etant allé au palais de son prince mandarin , qui lui demanda s’il avoit connoissance de l’ordre impérial qui condamnoit la religion chrétienne, « J’en ai oui parler , répondit Pierre Tchang; mais s’il y a en effet un pareil ordre , on ne manquera pas de le publier, Ï] est tout publié, dit le mandarin ; allez le demander au posko ( c’est une espèce de sergent. ) » Le néophyte alla le trouver, et 1l apprit de lui l’accusation de Tcha-sse-hai, la délibération des régens et l’ordre de l'Empereur. « À

ce que je vois, dit Pierre Tchang, tout se réduit à condamner une religion dans laquelle les $ les femmes s’assemblent en un même lie quelle on n’honore point son père et sa mère après leur mort, on ne témoigne ni reconnoissance ni respect à ses ancêtres , on ne leur fait point les céré monies accoutumées ; or tout cela ne nous regarde point. » ‘

Deux jours après, le mandarin envoya deux sergens dans la maison de Pierre Tchang , pour lui ordonner de sa part de déclarer » Par un écrit signé de sa main , qu’il obéissoit aux ordres de l'Empereur , qu'il n’auroit plus chez lui d'oratoire , qu’il n’iroit plus à l’église, et qu'enfin il renonçoit à la religion chrétienne,

« Je vois bien, dit Pierre Tchang , ce qui tient au cœur de notre mandarin ; il appréhende que ses su périeurs ne s’en prennent à lui de mon ferme attachement à la loi chrétienne ; mais dites-lui de ma part, qu'il n’a qu’à me déférer À leurs tribunaux comme étant Chrétien depuis plus de vingt ans, et marquer

ans SOn accusation , que je suis si fortement attaché

à cette loi, que ses exhortations les plus pressantes,

ct ses menaces même n’ont pu rien gagner sur moi:

par-R 1l se tirera de l'embarras où il me paroït être.

Si quelqu'un devoit craindre, ce seroit moi sans

doute : or, je vous déclare que je ne crains rien ;

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