‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 4)Chapitre 41 sur 63 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

TEST TARGET (MT

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370 LETTRES feuilles de papier, qu’on avoit ainsi Canpées pour ssein particulier, On

on s'y prenoit pour S'il y a quelque particularité qui ppe , les artistes pourront aisément y Sup

pléer.

La pièce de moëlle, plus ou moins grosse et longue selon qu’on vent les feuilles plus ou moins larges, se met sur une plaque de cuivre entre deux autres plaques fort déliées + €t en même temps que d’une main l’ouvrier la fait glisser doucement dans cet entre-deux des plaques , de l’autre main avec Un Couteau semblable au tranchet dont les cordon niers Coupent leur cuir, il enlève une mince superficie qui se développe , de même qu'on enlève avec le rabot des espèces de rubans de dessus une pièce de bois bien polie, Ce qu'on lève ainsi de moëlle | ressemble À de larges bandes de Papier ou de parchemin très-fin; on en fait des paquets qu’on vient vendre à Pekin > et les ouvriers les emploient à faire ces belles fleurs artificielles dont je parle. Sur quoi il faut observer que pour empêcher ces bandes ou pellicules de moëlle de se déchirer en les maniant , lorsqu'il Sagit de les peindre ou de les fa- Çonner , il faut les tremper dans l’eau d’une main léoère , en les y plongeant et en les retirant À l'instant, Îl suffiroit même de les laisser quelque temps avant cette opération dans un lieu frais et humi e. Avec cette précaution , il n'y a point À craindre qu'elles se rompent ou qu'elles se déchirent.

Il y a une autre observation à faire sur les couleurs qu'on applique. Les ouvriers chinois n y emploient que des couleurs douces > Où il n'entre ni gomme, ni mercure , ni céruse »Nialun, ni vitriol ; ces couleurs sont simplement à l’eau et ne sont pas fortes.

upées pour ntra ensuite feuilles. La et je voulus renoit pour ularité qui ent Y sup-

S grosse et $S OU moins entre deux temps que ment dans main avec es cordonmince suon enlève lessus une ainsi de la Papier ou aels qu’on emploient parle, Sur es bandes | les made les faine main it à l’ins- 1e temps humide.

craindre L, couleurs mploient comme , ces Col s fortes.

ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 37t

Je vis dans le lieu où travailloient ces ouvriers diverses petites feuilles auxquelles on ayoit donné une teinture de vert, de rouge , et de jaune ; c’étoit là comme la préparation aux autres couleurs, que difféfens peintres devoient leur appliquer pour les peindre au naturel. Ce travail » lorsqu'on veut y faire de la dépense , est fin et recherché, J'avoue néanmoins que je fus étonné du vil prix auquel se donnoient ces ouvrages : car il n’est pas aisé d’achever en un jour beaucoup des plus petites fleurs avec leurs pieds et leurs feuilles. On leur donne les différentes figures qu'elles doivent avoir, en les pressant sur la paume de la main avec des instrumens faits pour cela, C’est avec des pincettes déliées qu'ils les Saisissent , et ils les unissent avec de la colle de nom , qui est une espèce de riz bien cuit et épais ; le cœur des fleurs, des roses par exemple, se fait de filamens de chanvre très-déliés et colorés. Les petites têtes que portent ces filamens sont de la même matière.

Ayant aperçu des feuilles de plantes lustrées et vernissées d’un seul côté, de même que certaines feuilles qui composent le corps des fleurs , je m'informai de la manière dont ils donnoient ce lustre ; ils me répondirent que c’étoit en appliquant les pellicules du z07g -tsao déjà peintes , sur de la cire fondue ; mais il faut joindre beaucoup d'adresse à une grande attention ; pour que la cire ne soit ni trop chaude , ni refroidie , l’un ou l’autre de ces inconvéniens étant capable de gâter l'ouvrage ; et de plus il faut choisir un jour serein , parce qu’un temps pluvieux n’est point propre à ce travail. Ils ont un autre moyen plus aisé : c'est de tremper un pinceau dans la cire fondue, de le passer délicatement sur la feuille , et de la frotter avec un linge,

C'est avec la moëlle du même arbrisseau qu'ils imitent parfaitement les fruits , les petits insectes qui

s’y attachent , et surtout les papillons; on ne peut rien voir de plus naturel, Voici comment ils s'y Prennent, S'ils veulent , Par exemple , faire une pêche , et la rendre semblable à la pêche naturelle, ils font avec des cannes très-déliées et fendues firiement, la carcasse de la figure et de la grosseur de la pêche ; ils remplissent le dedans d'une pâte composée de sciure de ce bois Odoriférant dont on fait des bâtons de parfum, et ils ÿ mêlent de la sciure d’un vieux pêcher, qui donne au fruit l’odeur de la pêche ; ensuite ils y appliquent la dre > Qui consiste en une ou deux Couches de feuilles de tong- #50 , lesquelles représentent bien plus naturellement la peau ie pêche, que ne fait la soie » et même la cire la mieux préparée ; après quoi ils y donnent les couleurs convenables.

Plus communément ils prennent des bâtons ou des pièces de moëlle de Canne ou de roseau ordinaire ; qu'ils unissent avec de la colle forte, et dont ils font le corps du fruit. Après lavoir perfectionné avec le ciseau , ils étendent une couche d’une pâte de

le fruit, on le cire, et pour le lustrer,

fleurs : .ce sont ces papillons que l'on nomme À la Chine ye-foi ( feuilles volantes ). Il yen a dont les couleurs sont si brillantes et si va donnerois volontiers le nom

ussi est-ce dans les Parterres les mieux fleuris qu'ils s'engendrent,

Je joins à ce que je vous envoie la figure d’un citron peu connu en Europe, et fort estimé à la Chine

on ne peut ent ils s’y faire une naturelle, dues finerosseur de pâte comnt on fait la sciure leur de la qui conde ongrellement et même donnent

tons ou rdinaire , it ils font iné avec pâte de ec, ils y rent enon peint in linge

vaillées Se font ertaines me à la ont les je leur )lantes.

s qu'ils

un ci- Chine

par sa beauté et par son odeur, qui est très-douce et qui dure long-temps. On le confit tout entier avec le sucre, et c’est une excellente confiture. Sa figure extraordinaire l’a fait appeler par les Chinois fo cheou ( main de Fo ). On croit voir en effet les doigts d’une main qui se ferme. Les ouvriers qui imitent ce fruit avec la moëlle du {ong-tsao , mettent sous la matière divers fils de fer qui figurent les doigts. Ce fruit est rare par sa forme; on en trouve de la grandeur des plus gros citrons.

: J'ai quelque idée d’avoir lu dans un livre intitulé Acta philosophica , de l'académie royale d’Angleterre ; ou dans un autre qui a pour.titre Curiosa naturæ , qu'un noble d'Italie fort curieux se vantoit d'avoir un fruit très-extraordinaire par sa figure, On le regardoit comme un prodige de la nature, qui avoit fait presque changer d'espèce à un citronnier. Il se pouvoit pourtant bien faire que ce prétèndu prodige ne fût que l'effet d'une cause naturelle, et que celui chez qui il est arrivé, eût eu des semences d’un fruit qui est très-commun à la Chine. C'est de quoi vous pouvez vous éclaircir > en Comparant celui que je vous envoie avec celui d'Italie, . : suis avec respect, etc,

me

LETTRE Du père Parennin, missionnaire de la Compagnie de Jésus, au révérend père Nyel, de la même

Compagnie, sous - Précepteur des Infans d Espagne.

À Pekin, ce 8 éctobre 1729.

MON RÉVÉREND PÈRE, Lo paix de N. S.

C'EST une chose assez nouvelle en cette cour, que d'y voir un ambassadeur d'Europe. Le roi de Portugal vient d’y envoyer un ministre également sage et éclairé ; dont lambassade a été accompa-gnée de circonstances capables de vous faire plaisir : en voici l’histoire en peu de mots,

Dom Alexandre Metello Souzay Menezes , est celui que Sa Majesté portugaise avoit chargé d’une Commission si importante et si délicate. Il aitiva à Macao avec le père Antoine Magalhaens, qui avoit été envoyé en Europe par l'Empereur Cang-hi, quelques années auparavant, L’ambassadeur eut d'abord des difficultés à essuyer de la part des mandarins de Canton , qui dépéchèrent aussitôt des exprès pour s'informer de sa personne , des gens qu’il avoit à sa suite , des présens qu'il portoit , et du sujet de son voyage. Après les plus exactes perquisitions, ils instruisirent la cour de son arrivée par la voie du tribunal des rites, avouant néanmoins qu’il n'étoit pas sur

Ja liste de ceux qui venoient payer le tribut, Comme le père Magalhaens étoit un envoyé de retour à la Chine, il partit de Macao, dès que sa

Compagnie e la méme fans d Es-

re 1 727.

tte cour, Le roi de également ACCOM p4-re plaisir :

1ez2es , est rgé d’une l'arriva à qui avoit -hi, quelt d'abord darins de rés pour voit à sa t de son ils inslu tribuit pas sur A

voyé de que sa

santé le lui permit, pour se rendre à Pekin. Il y arriva le 19 novembre avec deux Jésuites portugais ; mathématiciens , et il allà d’abord au palais , où je mé trouvai alors avèc deux Missiénnaires , parce qu'on ÿ célébroit le jour de la naissance de lEmpejeur , qui est le 36 de la 10€, lune.

æ treizième regulo , frère de l'Empereur , à qui Sa Majesté a confié les grandes affaires de l’Empire, èt qui est chargé de celles qui nous regardent , questionna beaucoup le père Magalhaens sur le sujet de cette ambassade. Je [ui servis d'interprète, parce qu'il a un peu oublié ce qu’il avoit appris de la langne chinoise. L'arnbassadeur, réponditle père Magalhaens, ne nous à déclaré autre chose, sinon qu’il venoit de la part du roi son maitre complimenter Sa Majesté sur la pérte qu’elle avoit faite de l’empereur Cang-hi, son père , el sur $on avènement À la couronne et en même temps le prier de prendre sous sa protection les habitans de Macao , et ses autres sujets qui demeurent à la Chine,

Cette réponse ne satisfit pas le regulo, Ce prince , ou plutôt l'Empereur, dont il n’étoit que l'organe, craignoit extrêmement que l'ambassadeur n’eûtordre de re parler en faveur de la religion chrétienne, parce que d’un côté il étôit résolu de ne rien accorder sur cet article, et que de l’autre, il ne vouloit pas exposer à un refus public une personne qu'il avoit dessein de bien recevoir : ainsi le regulo , sans s’expliquer clairement , demandoit sans cesse si l’ambas- Sadeur n’étoit pas chargé de quelqu'autre commission fâcheuse , ou s’il n’avoit pas à traiter d'affaire difficile et désagréable. La réponse du père fut qu'il n’en avoit nulle connoissance, après laquelle le regulo rendit compte à l'Empereur de cet entretien. Sa Majesté parut contente, et donna ordre que le père se tint prêt pour l'audience qu’elle devoit lui donner le 24 novembre,

376 LETTRES Les pères Frideli, Pereyra et moi, nous aecom- Pagnâmes ce jour-là le père Magalhaens au palais, Ses présens furent offerts par le regulo, et l’'Empeleur en ayant agréé une partie, envoya au père des plats de sa table. Sur les deux heures après midi, un Mandarin nous fit signe d'entrer; mais après avoir passé la première porte intérieure, l'Empereur ent vOya dire que si le père Magalhaens savoit chinois, il entrât seu > Sinon que je l'accompagnasse pour lui servir SR No devant la porte du milien de la salle, où l'Empereur étoit assis sur son trône. Le p rences, selon la coutume, tandis que j'étois debout la porte orientale : ensuite nous approchâmes du trône , où étant À genoux, | en Portugais, et rendit Compte de sa commission. J'interprétai son discours ; après quoi l'Empereur fit plusieurs uestions, et ensuite m'adressant la parole : « Faites entendre à T cham-nganto, me dit-il,

nneur de quelques autres présens. Le père Magalhaens fit ses remerci

mens selôn l'usage et les cérémonies de cet Empire,

Au sortir du palais, nous nous transportâmes chez le repulo, Le père offrit quelques présens à ce prince, dont il ne reçut qu'une partie, encore se fit-1l beaucoup prier. Comme je lui disois que c’étoit à ses bontés que le père étoit redevable de ses succès: «€ Ïl a fait son devoir, me répondit-il, et l’on est Content de sa conduite, Il me paroit, ajouta-t-il, que

ous accom-- S au palais, et l’'Empeau père des ès midi ,un après avoir ipereur en?

voit parler mpagnasse mes jusque ‘Empereur neuf révéois debout châmes ‘du »mpliment mumission.

npereur fit nt la pame dit-il, té envoyé lt imaintela même suis conlesordres npense. »

porter un ur la tête quelques remerci- Empire.

dortâmes ens à ce ncore se ie c’étoit SUCCÈS :

l'on est il, que

dans cette affaire le roi de Portugal est guidé par la bonté de son cœur : si son ambassadeur n’a rien À proposer de désagréable et de chagrinant, il peut s'attendre que je lui procurerai plus d'honneur en cette Cour, qu'aucun ambassadeur n'en a jamais recu, »

Pendant que ces choses se passoient à Pekin, les

mandarins de Canton pressoient l'ambassadeur de

parür pour la cour. Il s’en excusa sur ce qu'il atten-

doit la réponse d'un exprès qu'il avoit dépêché à

Pekin. Cet exprès y arriva en effet le 26 de novembre,

et apporta une lettre adressée à l'Empereur, par laquelle Son Excellence déclaroit son arrivée ; et fai-

sant entendre qu'il ne venoit point comme ambassa-

deur d'un roi tributaire, il supplioit Sa Majesté de

donner sur cela aux mandarins des ordres conve-

nables,

On me chargea de traduire cette lettre, qui fut aussitôt remise au regulo. Ce prince l'ayant lue, me demanda si je ne savois pas quelque autre expression chinoise, dont on pût se servir au lieu de celle de Isin-cong , qui n’étoit pas du goût de l'ambassadeur, et quel sens on donnoit à ces deux caractères chinois en Europe. « On leur donné un très-mauvais sens, lui répondis-je : ils signifient #r/but, redevance, su- Jétion , dépendance : mais il me semble ajoutai-je, qu'on pourroil trouver quelqu'autre caivctère qui expliquât mieux le sujet de cette ambassade. Il est vrai, dit le regulo , ces caractères ne s'emploient qu’à l'égard de ceux qui dépendent de nous, et qui nous doivent le tribut. Mais s'avisera-t-on jamais de croire que les Européens qui sont au bout du monde

nous soient soumis, et que nous ayons rien à exiger

d'eux? D'un autre côté, vouloir changer l’usage ancien, c’est ce qui peut avoir des suites. Il y a des règles qu’il faut observer ; je vais en délibérer avec l'Empereur ; attendez ici ma réponse. »

378 LÈTTRES Il revint assez tard hôtel: « Je ne puis pas

» €L nous trouvant dans son » dit-il, entrer avec vous dans

‘ »* Un grand détail, Tout ce que je puis vous dire, c’est À » que l'Empereur veut envoyer ün mandarin et un ‘ » Européen au-devant de l'ambassadeur jusqu’à f » Macao, » Le père Magalhaens s'étant offert, le \ regulo fit de la difficulté à cause de la foiblesse de sa 7 santé, et parce qu’il S’agissoit d'y aller en poste, ? « Cetté affaire , répondit le père Magalhaens? ma x » été si fort recommandée Par le roi mon maitre, [ » que je me sens des forces de reste pour exécuter I » ses ordres. » Il fut donc arrêté qu’il seroit du q voyage. En même temps, le regulo m'ordonna d'aller 1 n k -ise , président du tri € S crimes: je n’aurois pas pu mieux P Choisir moi-même; car c’est un parfaitement honnête- k homme, et très-atfeetionné aux Européens, On dé- l libéfa ensuite si l'on feroit venir l'ambassadeur par d eau Où par terre dépuis Nan-tchang-fou (capitale de la province de Kiang-si ) Jusqu’à la cour. Notre avis t fut que le Voyage se fit par eau, non-seulement parce n que lès présens se Consérveroient mieux dans le trans- S port, mais encore parce qu'ayant quarante personnes te à $a suite, il auroit besoin Par terre d’un trop grand IL nombre de chevaux de Poste et de porte-faix. Nos f raisons furent Soûtées : mais ces Messieurs trouvèrent à qu’il avoit trop dé inonde, et qu’une si grosse suite q n'étoit bonne qu’à à pondis qué l’amb p à tranché plus de la moitié L qu’il s’étoit offert d'entretenir à ses frais. Ils ne ré- f Pliquèrent rien , et il fut conclu que le voyage se € feroit par eau.

t dans son : vous dans dire, c’est larin etun Ir jusqu’à offert, le lesse de sa en poste.

lens, ma 1 maitre, exécuter seroit du na d’aller mier mide cette r ce miplir, Le t du triju mieux onnête- On déeur par )itale de tre avis it parce e transrsonnes > grand x. Nos ivérent e suite ur réaignoit nt re— ardes, ne ré— ge se

Le 4 de décembre; les deux envoyés partirent de Pekin; et à peu près dans le même temps, pour des raisons que j'ignote ; l’ainbassadeur étoit parti de Canton satis attendre le retour de son exprès. Ce fut l'Empereur qui nous apprit lui-même cette nouvelle un jour que nous étions en sa présence. « Votre » ambassadeur, dit-il, est parti de Canton, et les » envoyés le trouveront en chemin. Les mandarins » dé Canton ont mal condnit cetté affaire. 5 En étfet, Dom Metello avoit déjà passé la montagne de Moeilim , lorsquié lès envoyés le joignirent. Ïls s’'émbarquèrent avec lui sur le grand fleuve Kiang, ét lui firent réndre sur la route les plus grands honneurs. Pendant ce temps-là, nous primes soin dé faire préparer poür l’ambassadeur un logement propre et commode , qui nôns fut accordé. Nous obtinmes paréillement que lui ét ses gens auroient liberté entière d'aller où ils jugeroient à propos, et qu'ils ne seroient point gardés et enfermés dans letir maison jusqu’à leur première audience, aitisi qu'il se pratique à l'égard des ambassadeurs de Moscovie, de Corée, et des autres royaumes étrangers.

Ce fut lé 12 mai que nous apprimes que dom Metéllo $'approchoit de la capitale. Nous eñmes permission d'aller à unè ou deux journées au-devant de Son Excellence, et l'Empereur m’ordonna dé lui porter de sà part divers rafraîchissemens. Le 14 nous le joignimes à quaité-vingt-dix lys de Pekin (dix lys font une lieue commune). [1 descendit de sa barque à Tchan-kiavan, où nous avions fait conduire les quarante chevaux qu’il avoit donné ordré qu’on lui achetät, et les atitres équipages qu'il avoit souhaités pour fairé son entrée dans Pekin, Ellé se fit le 18 avéc beancoup d'ordre et de magnificence. Le gouverneur-général de Pekin avoit fait débarrasser les

rues, et posté de tous côtés des gardes pour empécher le tumulte, La foule du peuple étoit infinie, et

a ST Rene Ë è ex eee RES ER IR ESEs OR DE PR RE :

il ÿ en avoit qui étoient grimpés jusque sur les toits. Mais ce qui Surprit davantage ce peuple, ce fut la quantité de cruzados que l'ambassadeur sema dans toute sa marche, I] fit la même chose en retournant à son hôtel après sa première audience, Comme il ne

NOUS avoit pas prévenus sur cette sorte de libéralité, qui est nouvelle à la CI

ne fût blâmée de l'Em

dissipa bientôt par le article,

Comme le regulo étoit alors à la campagne , nous

dpi d’avertir Sa Majesté de l’arrivée de l'ambassadeur : il le fit aussitôt, et il eut beaucoup de questions à essuyer, « Quel homme est- ” que cet ambassadeur , demanda l'Empereur ?

» Quel est son génie et son caractère ? Que » tient-il auprès du roi son maître ? Qui l'envoie ? en cette cour? » Le grand-maître qui avoit prévu toutes ces questions, ÿ répondit d’une manière trèsfvantageuse et très-honorable à la personne de Son Excellence.

Le 21 nous vimes le regulo qui étoit de retour de la campagne: il nous parut beaucou

I rang

lettre, et je la « Elle est bonn

1 tout ce que dira son ambassa

ge

» deur, qu'à ce qu'il diroit lui-même, N'est-ce pas e sert pour donner lieu à son

» ministre de parler d’affaires capables de déplaire » à l'Empereur? » Je Ini répondis que c’étoit une formule usitée dans les lettres de créance: mais cette . réponse ne Je guérit pas de ses SoOupçons, surtout 1 Un temps où il voyoit faire le procès à des princes

" les toits.

ce fut la ma dans tournant ime il ne béralité , s an’elle rainte se

sur cet

e, nous de l’artt il eut me est— pereur ?

el ran

ver t prévu re trèsde Son

our de et plus [I nous rtugal e porcette it lue :

on ait Dassa— e pas à son plaire tune cette rtout inces

du sang, à cause de leur attachement à la religion chrétienne.

Le 23 étoit le jour fixé pour l'audience; mais il y eut quelques difficultés de la part de l’ambassadeur , sur la manière dont il devoit présenter la lettre du roi son maître. C’est ici la coutume de la poser sur une table en un lieu de la salle d'audience; et Son Excellence vouloit la remettre immédiatement entre les mains de l'Empereur, ainsi que l’avoit pratiqué l'ambassadeur de Moscovie, On lui demanda d’où il le savoit: « C’est une chose publique en Europe, ré- » pondit-il, et les Moscovites l'ont fait insérer dans » les gazettes. »

Le même jour à sept heures du matin, le regulo nous dit qu’il alloit avec le grand-maître représenter à l'Empereur les difficultés que dom Metello venoit de faire au Z-pou (tribunal des rites), et il nous parla d’un air chagrin, comme si nous avions donné occasion à ces diflicultés, et que nous eussions négligé d’instruire l'ambassadeur de ce qu'il devoit faire. Après avoir demeuré assez lon -temps avec Sa Majesté, il revint nous dire, comme par son ordte, que le Æ-pou s'étoit mépris; et ensuite il demanda si on avoit examiné dans les registres ce qui s’étoil passé à l’égard des Moscovites, Le mandarin ayantrépondu qu’on avoit consulté les registres. « Qu'on s’en tienne » là, répondit le regulo; c’est l'intention de l’Em- » pereur.».

Il entra ensuite dans une chambre , et il nous ordonna de le suivre. Ce fut là qu'il nous fit des reproches dans les termes les plus durs etles pius désagréables. « Prétendez-vous encore rester ici, nous dit-il d’un ton sévère, ou votre dessein est-il d’accompagner votre ambassadeur en Europe ? Si vous voulez rester avec nous, vous devez donc vous accoutumer à nos usages , et en instruire les nouveaux venus. Ÿ auroit-il parmi vous quelque âme assez

382 LETTRES noire ponr donner de mauvais conseils à Metello , et le faire échouer dans son ambassade ? S; j'en connoïssoisquelqu’un de ce caractère, je le ferois mourir. Qui est-ce qui peut empêcher l'Empereur de vous chasser , s'il en a la moindre envie ? Vous ressemblez à des gens qui veulentavoir les pieds sur deux barques: lesbarques viennent à s'écarter, ils tombent dans l’eau, Prenez garde qu'après le retour de l'ambassadeur , Vous ne soyez dans une situation plus triste pour vous qu'elle ne l'étoit avant son arrivée. Puis s'adressant à moi seul; C'estvons, poursuivit-il, quiaveztraduit tout ce qui congernoit l'affaire de Sava (ambassadeur de Moscovie). En quelle considération at-il été en cette cour ? Comment y a-t-il réussi ? Le roi de Portugal nous a-t-il envoyé un ambassadeur pour disputer du point d'honneur avec les Moscovites , et lire leurs gazeltes ? Si ces gazettes disoient que les regulo ont frappé du front contre terre devant {smaliof ; Metello prétendroit-il la, même chose! ? Que nous importe que Metello vienne en cette cour on n ÿ vienne pas ? Yavons-nous gnelque intérêt ? Il est venu » dit-il, Pour remercier l'Empereur .et le féliciter, sur son avènement au trône : cela ne peut être qu'agréable ; mais quand il se seroit dispensé de venir, il n’auroit pas. commis de faute, De quelle utilité ont été les envoyés qui sont'allés au-devant de lui ? fls ont rapporté qu'on étoit d'accord sur joutes choses , et ce. pendant à peine Metello est-il arrivé , qu’il chicane sur des bagaselles : anjourd’hui il forme un incident sur une table, demain il en formera un autre , et ce Sera toujouts'à recommencer, » Le père Magalhaens répondit que l'ambassadenr ne, feroit plus de difficulté, Pour moi, qui n’osois rien promettre , jé demeurai dans ie silence. u

Le regulo nous congédia en m’ordonnant de rap- Porter tout ce discours à l'ambassadeur comme de moi-même , et.non pas de sa part, fl avoit quelque

Metello , j'en conis Mourir, r de vous essemblez barques:

ans J’eau, issadeur , Our VOUS ressant à iduit tout adeur de en cette Portugal puter du ire leurs swulo ont Metello importe ne pas ?

, dit-il, sur son réable ; n’auroit été les ntrapet cehicane icident 2,etce Jhaens e diffije de-

e rapme de 1elque

taison de parler ainsi; car je sentis bien qu’il ne ré pétoit que ce qui Jui avoit été dit par l'Empereur : presque à chaque mot qu'il disoit , il Jetoit les yeux sur le grand-maître, qui avoit été témoin des.ordres qu'il avoitrecus. Nous nous relirâmes fort atiristés, et nous passämes de là chez l'ambassadeur. Nous Jui fimes entendre , ce qui éloit vrai, que son ambassade ne pouvoit être utile à la mission , ainsi qu'il le souhaïtoit, qu’autant que l'Empereur seroit satisfait de lui, et qu'il receyroit À son départ les mêmes honneurs qu'on lui avoit faits à son arrivée, C'est ce qu'ilcomprenoit bien lui-même ; car il nous dit qu'il ayoit déjà jugé par les craintes et les soupçons de l'Empereur, qu'en vain il tenteroit de lui parler en faveur de la relig' n; que c'étoit cependant son dessein, quoiqn'il n’eût nas sur cela de commission spéciale ; que même dans le : aseil qui se tint à Lishonne avant son départ pour la Chine , un des ministres s’opposa fort à cette ambassade, apportant pour rai son que la conservation de Macao n’étoit utile que

pour favoriser l'entrée de la Chine aux Missionnaires, et que cette mission étant presque entièrement lui

née, on ne deyoit plus s'intéresser pour se maintenir en la possession de cette place , et qu'on feroit bien

de l’abandonner. « Le ro} mon maitre , ajouta l’ambassadeur , rejeta cet avis, dans la persuasion où il est, que les temps peuvent changer et deyenir plus favorables à la prédication de l'évangile. Rien de plus digne de l'attention d’un grand rai, répondis-je , et nous sommes infiniment redeyables au zèle et À Ja sagesse de Sa Majesté : soyez sûr que votre arrivée ch celle cour sera très-utile à la mission , pour peu que Votre Excellence contente l'Empereur dans tout ce qui n intéressera pas l'honneur et la gloire du roi votre maître, » by dot

Le 26, l'Empereur décida que l'ambassadeur ne mettroit pas Ja lettre sur Ja table, et qu il la présen-

teroit lui-même. Le même jour, le tribunal qui a Soin d'exercer aux cérémonies les étrangers et tous ceux qui doivent paroître devant l'Empereur, fit appeler M. l'ambassadeur. Son Excellence, qui jugea que cet exercice blesseroit sa dignité, refusa de S'y rendre, Nous mîmes tout en œuvre pour l'en faire dispenser, et nous y réussimes, en assurant qu’il étoit parfaitement instruit de toutes les cérémonies ui s’observent en eette occasion. Le regulo, qui en fn informé, trouva ce refus très-mauvais. « Les princes, dit-il , et les grands qui viennent des provinces , s’exercent dans ce tribunal À faire les révérences; puisque Metello le refuse , il faut qu'il ne soit pas un des grands de son royaume, » |

Une autre difficulté se présenta. Il n’est permis qu'aux regulo de se faire porter en chaise à Pekin par huit porteurs. Son Excellence , qui étoit entrée ainsi dans Pekin , voulut aller de même À l'audience : mais enfin il céda aux remontrances que lui fit le président Teou , et il consentit à faire comme les autres ambassadeurs, auxquels on ne permet cette distinction que dans les provinces.

Ce fut le 28 mai qu'il eut sa. première audience. Vers les sept heures et demie, il sortit à cheval avec son cortége, et entra par la porte du midi jusqu’à la salle du conseil, où on lui donna à diner et à tous ceux de sa suite. Un comte et un des ministres d’état lui tinrent compagnie. De là il passa à une autre salle ; où l'Empereur lui fit dire de faire entrer avec In; deux de ses mandarins..Son Excellence nomma le docteur François-Xavier da Rua, secrétaire de l’ambassade , et M. Fructuosa- Xavier Pereyra Pinto. La marche se fit de la manière suivante, Deux mandarins de la présence précédoient; un assesseur du Li-pou et moi les suivions. L'ambassadeur venoit ensuite , portant à deux mains la lettre du Roi ; puis venoient les deux Messieurs de sa suite , qui

étoient

nal qui a rs et tous ir, fit apqui jugea isa de s’y l’en faire ant qu'il rémonies D, qui en s. « Les des proles révéqu'il ne

t permis à Pekin it entrée udience :

lui fit le mme les et cette

adience.

val avec 1squ’à la t à tous es d’état re salle, avec lui mma le de l’am- Pinto.

X Mman— seur du * venoit a Roi ; te, qui étoient

étoient cc rduits par un mandarin. On marcha dans cêt orut: st en grand silence jusqu’à la salle impériale, dout le perron étoit bordé de chaque côté de deux rangs de mandarins en habits de cérémonie, Lasalle étoit rexuplie des grands de l’Empire, assis des deux côtés sur quatre lignes , et l'Empereur paroissoit au milieu sur son trône. L’ambassadeur entra par la porte occidentale , et étant conduit par l’assesseur , 11 monta les degrés du trône , se mit à genoux et présenta la lettre du Roi. L'Empereur la

‘reçut et la remit à un mandarin > Qui la prit entre ses

mains , et la tint toujours élevée jusqu'à la fin de

. l'audience. L’ambassadeur se leva, et retournant sur

ses pas, 1l sortit par la même porte , et alla devant celle du milieu, qui étoit pareillement ouverte. Ce fut là et sur le Perron, que lui et ceux de sa suite tirent les neuf révérences. Pour moi j'étois debout à côté de son Excellence » pour l’avertir quand il seroit temps de se lever. Je le conduisis ensuite jusqu'aux pieds du trône au-dessus de tous les grands, où l’on avoit fait porter son coussin, J usque-là tout s’étoit passé dans le plus profond silence, et son Excellence avoit charmé tout le monde par sa gravité, par sa modestie et par son exactitude à observer le cérémonial. Il ne manqua à rien , et il ne parut nullement embarrassé, :

Quand il fut arrivé à sa place, l'Empereur me dit de le faire asseoir ; puis il donna ordre qu’on lui apporiât du thé. Un moment après, je l’avertis qu'il étoit temps de parler. Il se mit À genoux sur son coussin , et dit en portugais les paroles suivantes dont voici la traduction.

« Je suis envoyé par le Roi de Portugal, Dom Jean V, pour faire des complimens à Votre Majesté sur son avénement au trône,

» Le Roi mon maître fait tant de cas de l'amitié

de Votre Majesté, qu'il n’a pas cru devoir moins Z, XI. 29

faire, que d'envoyer un ambassadeur des extrémités de l'Occident, pour venir saluer Votræ@Majesté , la féliciter de ce qu’elle a été jugée digne” de succéder au trône de son père , et lui témoigner par les expressions les plus vives, avec quelle passion elle souhaite entreten : une bonne intelligence entre les deux Couronnes, Les magnifiques présens que l'Empereur, père de Votre Majesté, a envoyés au Roi mon maître, Sont une grande preuve de l'affection avec laquelle il daignoït protéger les Portugais qui résident à Macac et dans l'étendue de cet Empire; aussi le Roi mon maître en est-il pénétré de reconnoissance ; c'est pour cela qu’il m'a chargé de venir de sa part assurer Votre Majesté qu’on ne peut être plus sensiblement touché qu’il l’a été de la mort de ce grand Empereur, et que sa douleur n’a pu être soulagée qu’au moment qu'il a appris que Votre Majesté remplissoit le même trône. Ainsi il m’ordonne de rendre mille grâces à Votre Majesté, de la protection qu’elle veut bien accorder aux Portugais ses sujets qui demeurent à Macao et dans cet Empire. Comme je suis peu capable de m’acquitter d’une commission si impor tante, et que je n'ai point d'expressions qui puissent égaler ce que je sens, et ce qui est dû à Votre Majesté, je la supplie d’être bien assurée que si je manque en quelque chose, on doit l’attribuer au peu de connoissance que j'ai des usages du pays, et non pas aux ordres de mon maître, dont les sentimens à l'égard de Votre Majesté surpassent de beaucoup tout ce que je pourrois dire. Votre Majesté est trop éclai- | rée pour ne pas voir que les sujets ne peuvent jamais bien entrer dans les grandes vues de leurs Souverains, Cette lettre les lui fera mieux connoître. »

Après que j’eus interprété le discours de son Excellence, l'Empereur répondit gravement et d’un air content : :

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« L'Empereur mon père, après m'avoir instruit » pendant guarante ans, m a fait monter sur le trône, » et j'ai toujours tâché de l'imiter dans sa manière » de gouverner l'Empire, mais surtout dans l’affec- » tion‘ qu’il avoit pour les étrangers, que j'ai toujours » traités favorablement, Vous en êtes témoin, ajouta- » t-il en m’adressant la parole, et personne n'ignore » que je ne les distingue pas de mes propres Sujets. » Le Roi de Portuga » Suivant les mouvemens de » son bon cœur, l’a envoyé ici de fort loin : deman- » dez-lui si le Roi se porte bien, » L’ambassadeur répondit qu'il étoit en parfaite santé, L'Empereur continua, et dit: « Il a en beaucoup à souffrir dans » un si long voyage : demandez-lui pareillement » Comment il se porte. » Son Excellence fit la révérence ; et répondit qu'après un si long voyage il avoit ressenti quelques incommodités, mais que par les ordres de Sa Majesté, depuis Canton jusqu’à Pekin, on lui avoit rendu de si grands honneurs, et fait de si bons traitemens, qu’il avoit été bientôt guéri; et que le bonheur qu’il avoit de voir Sa Majesté lui faisoit entièrement oublier toutes ses fatigues passées. L'Empereur l'interrompit pour lui faire boire du thé, de même qu’à ceux de sa suite ; puis il me fit signe de nous retirer. A peine étions-nous sur le seuil de la porte, que j’entendis l'Empereur qui disoit aux Grandsquil’environnoient: Cethomme-ciest agréable et poli. En effet, tout se passa à cette audience avec une égale satisfaction de part et d’autre.

Le 7 juin, Fambassadeur alla offrir les présens du Roï à la maison de Campagne où étoit l'Empereur. ls étoient fort beaux ; et si l’on en voit de plus magnifiques, il seroit difficile d’en imaginer de plus propres et de mieux arrangés,

Les caisses qui les renfermoient étoient si belles audehors et ddity. qu'on les porta toutes devant l'Empereur, sans en tirer les présens. Ces caisses

em mt

étoient en effet bien travaillées, couvertes de velours , et ornées de galons et de franges d'or; les clefs et les serrures étoient d'argent. Ce fut après le diner de l'ambassadeur qu'ils furent présentés. L'Empereur, après les avoir vus, envoya les deux grands quiâvoient assisté au diner de l'ambassadeur pour lui dire que la coutume de la Chine étoit de ne pas recevoir tout ce qui étoit offert; qu'il ne savoit pas si c’étoit celle d'Europe, et si l’on seroit fiché qu'il n’en fût reçu qu'une partie. Ma difficulté > ajouta l'Empereur, esz de voir que le Roi de Portugal en agit avec la merldeure volonté du monde. Mais voilà érop de présens ; 1 n'y a pas moyen de tout recevoir.

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dant de vouloir bien tout ac celte grâce à tant d'autres comblé, Les deux un fidèle comp d'entendre ; q son départ, e ger qu’à pren

On étoit lorsque les deux grands me di M. l'ambassadeur, sil n’avoit rien autre chose à proposer à l'Empereur. M. l'ambassadeur répondit qu'il n’avoit plus d’antre affaire que de s'informer de la santé de Sa Majesté, et de la remercier de tant de faveurs qu'il en avoit

e velours, clefs et les diner de

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d'autre 1 esté i | avoit

ÉDIFIANTES ET CURIEUSÉS, 389

reçues, parmi lesquelles il comptoit Pour une des plus grandes, celle d’avoir nommé deux si grands ministres et si honnêtes gens, pour prendre soin de lui. Ces deux seigneurs, en souriant , lui donnèrent les mains à la manière tartare » et l’accompagnèrent quelques pas vers sa chaise, Ils rendirent à l'Empe- Eur Un comple si exact de cet entretien, qu'il parut déposer entièrement les soupçons qu'il avoit, que l'ambassadeur ne voulût lui parler en faveur de la religion chrétienne. I] ordonna que désormais des mandarins lui portassent de deux en deux jours des mets de sa table, ce qui ne s’étoit pas encore fait jusque-là. |

Quelques jours après, l'Empereur envoyaà M. l'ambassadeur un présent de mille taëls, en lui faisant dire que ce n’étoit pas qu’il crût que Son Excellence manquât d'argent, mais qu'il vouloit l’honorercomme un hôte venu de loin » et qui d’ailleurs devoit acheter des curiosités du pays pour les porter en Europe. Je n’étois pas alors à son hôtel; il se servit de ses interprètes ordinaires pour faire son compliment , et demander la permission d'aller remercier Sa Majesté. L'Empereur le lui permit, en ajoutant qu'il falloit lui faire voir sa nouvelle maison de campagne et ses jardins. |

M. l'ambassadeur avoit amené de Macao deux pères portugais, savoir le père de Souza , qui étoit son confesseur , et le père Gaëtano Lopez, qui parle assez

bien le chinois, pour lui servir d’interprète, Son Ex-

cellence eût bien souhaité que ce père eût pu m’ac- Compagner à sa première audience, afin de lui procurer le plaisir de voir l'Empereur, Je le souhaitois pareillement ; mais c’est un usage du Z-pou de ne donner qu'un seul interprète , qui sert en même temps de directeur et d’introducteur, Comme le père Gaëtano ne s’étoit jamais trouvé à une pareille cérémonie , il auroit eu lui-même besoin d'un guide :

car il y a bien de la différence entre parler et ré. pondre à l’Efnpereur dans une cérémonie publique, et s’entretenir familièrement avec des mandarins. M. l'ambassadeur ne s’en aperçut bien qu'après l’audience ; et il m’en fit de grands remercimens, Il avoit encore avec lui un Chinois nommé Jen Tchin, qui étoit domestique de notre maison de Macao, et qui parloit bien portugais; il l’avoit habillé de la même manière que ses gentilshommes, et il s’en servoit Comme d'un interprète ordinaire : car je ne l’étois qu'au palais ou dans son hôtel, quand il venoit des ordres de l'Empereur,

Le 13, M. l'ambassadeur alla remercier Sa Majesté, et il fut traité à diner comme la première fois ; après quoi on le Promena en barque sur les Canaux, pour lui faire voir tous les jardins. Il soupiroit de temps en temps , et disoit: 4 yuoi bon ous ces honneurs, S'il ne m'est Pas permis de

arler en faveur de La religion ! Mais il sentoit bien qu'on étoit déterminé à ne le pas écouter sur cet article, et que d’ailleurs il exposeroit les Missionnaires à être renvoyés avec lui , ou que du moins il fermeroit tout chemin aux demandes qui pour roient être faites dans des temps plus favorables.

M. l'ambassadeur ayant une fois offert son présent, n'eut plus rien à faire qu’à assister aux fréquentes fêtes qu’on lui donnoit, et à attendre qu'on eût préparé dans le pelais les magnifiques présens

e l'Empereur vouloit envoyer au Roi. Il profita de ce loisir pour visiter les églises; il y communia avec ceux de sa suite, et donna des marques de piété qui édifièrent tous les nouveaux fidèles, Son mérite, son habileté , et le bon ordre qu'il avoit mis dans Sa maison , lui ont fait, et à tons les Européens , un grand honneur dans cette cour. On ne vit aucun de ses gens abuser de la 1b rté qu'on leur avoit Recordée contre l'usage, de sortir de leur maison

ambassadeur pour payer le tribut, ou pour faire te

Commerce ? Son unique vue a été de s'informer de ma santé , et de me féliciter sur mon avénement au trône. Ainsi son ambassadeur à fait sagement de refuser cette somme, Si Je lui ai donné mille taëls, Parce que j'étois content de lui, me seroit-il venu dans la pensée de n’en envoyer que trois cents au Roi son maître ? A vertissez -e que non-seulement je serai bien aise qu'à son arrivée il rapporte au Roi ce que je viens de dire , mais que je souhaite encore que tous les autres rois de l'Europe en soient informés, »

Nous arrivâmes au palais dans l’ordre que jai dit, et nous demeurâmes au bas de l'escalier de la grande salle , dont toutes les portes étoient ouvertes. Nous attendions dans un profond silence que l'Empereur vint se placer sur son estrade , faite en forme de petit trône, Le son des tambours » des trompettes, et de divers autres instrumens de musique , nous avertit de son arrivée, Nous montâmes aussitôt l’escalier, et nous entrâmes dans la salle. L'ambassadeur s’assit sur un coussin qu’on lui avoit préparé; tous les autres se tinrent debout, Les officiers portérent à l'Empereur le vin en cérémonie : quand il eut bu , on lui porta une coupe d’or. Il la prit des

eux mains , et en même temps trois grands de l’Empire et moi nous conduisimes M. l'ambassadeur au pied du trône, L Empereur lui présenta la coupe en disant: Buvez tour > SÉ VOUS pouvez ; sinon : Jaîtes comme vous Jugerez à propos. L'ambassadeur reçut à genoux la coupe des mains de Sa Majesté ; el après avoir bu un peu, et avoir remercié Sa Majesté , il fut reconduit à sa place, où on l'invita à manger des fruits dressés en pyramide sur des tables fort élevées. L'Empereur me parla ensuite en tartare, et je lui répondis dans la même langue, Il demanda à l'ambassadeur si son pays étoit aussi chaud

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que la Chine ; et son Excellence ayant répondu que le royaume de Portugal étoit par la même latitude que plusieurs endroits de la Chine , et qu'on y essuyoit de grandes chaleurs : « lorsque vous vous en retournerez , reprit l'Empereur , précautionnez vous bien contre les chaleurs de ce pays-ci, afin que vous puissiez arriver en parfaite santé dans votre royaume. Le Roi qui vous a envoyé de si loin, connoit le mérite de ceux qu'il emploie, IL vous a choisi pour une commission dont vous vous êtes parfaitement bien acquitté ; dites bien à votre Roi que je me suis informé de sa santé, » L'ambassadeur répondit qu’il n’avoit garde d'y manquer, et qu’en même temps il lui rendroit compte des grâces et des honneurs dont on l’avoit comblé depuis son arrivée à la Chine. « Mais ,ajouta-t-il , la plus agréable nouvelle que je lui puisse apprendre après celle de la santé de Votre Majesté , c'est l'assurance que Votre Majesté m’a donnée dans sa première audience, qu’elle traitera les Européens de la même manière que l'Empereur son père les a traités » et qu'elle honorera toujours de sa protection les habitans de Macao et les autres Portugais qui demeurent dans son Empire. » L'Empereur ne répondit à ces dernières paroles que par un signe de tête.

M. l'ambassadeur ayant supplié S. M. de déterminer le jour de son départ : « Je le ferai, répondit l'Empereur; mais aujourd’hui je ne vous ai appelé que pour vous divertir : comme il fait grand chaud, il vous sera plus commode d’aller dans un endroit plus frais, où j'ai ordonné qu'on vous fit bianger avec les grands, et qu'on vous donnât la comédie, » L’ambassadeur se leva pour faire ses révérences, et l'Empereur lui dit encore que le plutôt qu’il pourroit retourner en son royaume seroit le mieux , pourvu qu'il ÿ arrivât en bonne santé. « N'oubliez pas, ajouta-t-il, de demander de ma part à votre

maître comment il se porte , et de lui dire que je suis Content, »

Au sortir de cette audience » On régala M. l’ambassadeur et tous ceux de sa suite. Il reçut quelques curiosités de la part de l'Empereur ; et comme il prenoit la route de Pekin > On lui montra trente cinq coffres qui étoient destinés pour le Roi, et Sept pour lui. &e fut alors qu’il A que l'Empereur avoit fixé son départ au 12 de juillet pour le plutôt, et au 16 pour le plus tard.

Le 9 je me rendis chez M. l'ambassadeur > pour dicter ce qui s’étoit passé à l'audience : car j'étois le seul Européen qui eût entendu l'Empereur. Son Excellence me fit mille remercimens , et m’accompagnant jusqu'à la porte de son hôtel » Où le beau cheval qu'il avoit acheté Pour sa personne m'’attendoit, il m'obligea de l’accepter.

Cependant l'Empereur fit sa réponse à la lettre du Roi de Portugal. M. l'ambassadeur avoit averti les mandarins du /-pou , qu'il ne la recevroit point si elle n’étoit pas écrite d'égal à égal. Je ne sais si celte nouvelle dificulté fut portée à l'Empereur ; mais instruit comme j’étois , qu'on ne change point à la Chine les formules ordinaires , et que d’ailleurs la lettre devoit être remise an président Tong, nommé

our conduire son Excellence » Je me gardai bien pe dans une affaire si délicate. M. l'ambassadeur fut ensuite occupé à recevoir des présens et à en faire à ses amis. Il alla encore une fois au palais pour remercier l'Empereur, quoique Sa Majesté n’y fût pas ; et on lui fit à lui et généralement à tous ceux de sa suite des présens d'arseni ci le soieries,

Le 14, deux grands de l'Empire vinrent , de la part de Sa Majesté , dire le dernier adieu à M. l’ambassadeur, Ils avoient ordre de l'accompagner jusque sur la barque , et de l’y bien régaler,

° 16, je partis de notre maison avec le père

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