‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 4)Chapitre 42 sur 63 · AO · texte numérisé non relu

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Regis, et après avoir salué M. l'ambassadeur dans son hôtel , nous primes les devants, pour nous rendre aux barques qui étoient sur le canal à sept lieues de Pekis. Les deux grands arrivèrent bientôt après nous , et attendirent son Excellence, qui n’arriva que fort tard. Ils l’invitèrent à passer sur leur barque , où les officiers de la cuisine de l'Empereur lui avoient préparé un magnifique souper. Tous ceux de sa suite furent traités sur une autre barque, Le lendemain matin , les deux grands prirent congé de lui , et s’en retournèrent à Pekin.

En finissant cette lettre , je dois rendre cette justice à M. Metello de Souza , que nonobstant les grandes difficultés qu'il a trouvées dans son ambassade , ila su toujours soutenir l'honneur du Roi son maitre et de toute l’Europe , aux yeux d’une cour qui, jusque-là , n’avoit parlé que de tributs et de tributaires, toutes les fois qu'elle avoit reçu des ambassades par la voie publique des grands tribunaux.

Il avoit fait faire à ce sujet des déclarations qui avoient toujours été regardées ici comme impraticables. Il a montré la justice de ses prétentions par la magnificence avec laquelle il a paru. Sa suite étoit nombreuse et leste : la richesse des habits , qui éclatoit sur tous les gens de sa suite , a surpris la cour, et attiré l'admiration des Chinois. Cette nation n'avoit pas encore vu un si grand nombre d'étrangers , qui marquassent si bien la grandeur des princes d'Europe : aussi nul étranger n’a été reçu et traité À la Chine avec tant de distinction , que M. de Soura. L'Empereur lui a fait rendre, dans les provinces et à la cour , des honneurs extraordinaires.

Mais la vraie piété que M. l'ambassadeur a fait paroître au milieu de cette terre infidèle , Sera toujours l'endroit qui nous rendra sa mémoire précieuse. Parfaitement réglé dans sa personne , il a fait régner un très-bel ordre dans tout ce qui composoit l’am-

bassade, Il à communié publiquement dans la première église de Pekin, et tous ses gens ont suivi Son exemple : il a tenu sa maison et toute sa suite dans une réserve qui à édifié nos néophytes, et w'on peut appe?er une prédication muette aux yeux ke idolâtres. Enfin il a paru très-sensible à la persécution que nos illustres confesseurs de Jésus- Christ ont soufferte : et la somme considérable qu’il a laissée en partant, pour finir une église commencée depuis bien des années, sera un monument durable de son véritable zèle pour la religion. ‘ Je suis, etc.

mans

Du père Contancin | missionnaire de la Com- Pagnie de Jésus, au père Etienne Souctet » de du méme Compagnie,

À Canton, ce 15 décembre 1727.

Mon RÉVÉREND PÈRE, Le paix de N, S.

PUISQUE vous avez lu avec plaisir les diverses pièces concernant le gouvernement de la Chine, que j'eus l'honneur de vous envoyer 1l y a deux ans, et que j'avois tirées de la gazette publique qui se répand dans tout l'Empire , je contisuerai volontiers de vous en faire part. Je vous avoue que je ne me serois jamais imaginé que la lecture de cette gazette pût être aussi utile à un Missionnaire , qu'elle l'est effectivement : et j'ai regret d’avoir passé plus de vingt ans à la Chine sans l'avoir lue. Une raison qui intéressoit la religion et ses ministres, m'engagea

s la prent suivi sa suite

tes, et ux yeux la per- Jésusle qu’il e commonueligion.

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verses hine, deux le qui olonje ne cette u'elle plus aison v'AweR

ÉDIBIANTES ET CURIEUSES, 397 à la lire, poulÿ première fois, en 723. Vous savez qw'alors un sur-intendant de deux Provinces envoya en Cour une accusation contre la loi chrétienne , et contre les Européens qui la préchoient. L’'Empe-

reur , à l'exception des Missionnaires de Pekin,

nous exila tous , d’abord à Macao » et ensuite à.

Canton où nous sommes encore, Tout ce qui se passeit sur une affaire si importante pour nous, se publioit en la gazette. C'est ce qui me donna la curiosité de la lire, J’appris en la lisant, qu elle étoit trés-instructive , non - seulement pour les Chinois, mais surtont pour un Européen. C’est - là qu’on apprend la religion, la doctrine , les lois, les coutumes , les mœurs des Chinois, et par conséquent la manière de s’entretenir et de traiter avec eux. On ÿ apprend aussi les expressions les plus propres, pour bien parler et pour bien écrire sur toutes sortes de matières,

Cependant les Missionnaires européens ont toujours négligé cette lecture ; les uns , parce qu'ils ne savent pas assez la langue ; les autres, parce qu'ils ont à faire des dépenses qu'ils jugent bien plus nécessaires. La plupart même ne la connoissent pas; et au seul mot de gazetle qu’ils entendent, ils s’imaginent qu’elle ressemble À certaines gazeltes d'Europe , dans lesquelles on met ou on fait mettre bon et mauvais, sans nulle distinction : or , en raison— nant ainsi sur la gazette de la Chine, ils se trompent fort; car rien ne s'y imprime qui n’ait été présenté à l'Empereur , ou qui ne vienne de l'Empereur même. Ceux qui en prennent soin » 'oseroient y rien ajouter, pas même leurs propres réflexions , sous peine de punition corporelle, L'année dernière » l'écrivain d’un tribunal , et un autre écrivain qui étoit employé dans un bureau de la poste , furent condamnés à mort pour avoir inséré dans la gazette quelques cir- Sonslances qui se trouvoient fausses. La raison sur

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laquelle le tribunal des affaires crifiinelles fonda son jugement , c’est qu’en cela ils avoient manqué de respect pour Sa Majesté, et que la loi porte que quiconque manque au respect dû à l'Empereur , mérite la mort.

Mais que renferme donc cette gazette de si important ? Je vous en ai déjà marqué quelque chose dens ma lettre de 13 décembre 1725; et, pour vous en donner une idée plus nette, je yous dirai que la gazette chinoïse contient presque toutes les affaires publiques qui se passent dans ce vaste Empire. C'est un recueil qui renferme les mémoriaux et les placets présentés à l'Empereur , les réponses

ue ce prince y a faites , les instructions quil a je » et les grâces qu'il a accordées aux mandarins ou au peuple. Ce recueil s'imprime tous les jours en forme de brochure, qui contient soixante à soixante-dix pages (1). En voici un modèle.

Au 15 décembre, qui sera le 3.e de la 2.e lune, 1.° on mettra pour titres : Mémoriaux arrivés en cour le 3. de la 2 lune, avec le sujet dont il s'agit, mais en peu de mots. Par exemple : Wémorial du vice+roi de Canton, sur les magasins de riz qu'il faut remplir... Mémorial du pt des troupes chinoises de la province de che -Kiang , dans lequel il accuse tel mandarin d'avoir exigé de l'argent de ses officiers subalternes » etc. À la tête de ce recueil, on annonce ordinairement de la même manière vingt ou trente mémoriaux. 2.0 On met Îles réponses que l'Empereur a/ données ce jourlà à plusieurs autres mémoriaux ou placets. Si l’'Empereur n’en a point donné, on y lit: Ce jour-là il n'y eut point de réponse de la part de Sa Majesté,

(1) Geia s'entend de la gazette qui s'imprime à Pekin ; car celle qui s’imprime dans Îles provinces sur celle de Pekin, cst plus courte, parce qu'on y insère moins de mémoriaux,

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* ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 399 3.° On insère les instructions et les ordres que l’Empereur a donnés, ou de lui-même » Ou en réponse aux articles qui lui ont été proposés. 4.0 On y voit les délibérations que les cours souveraines ont pré sentées pour recevoir la confirmation de Sa Majesté. À la fin, viennent plusieurs des mémoriaux qui ont été envoyés à l'Empereur par les grands mandarins des provinces , comme sont les vice-rois , les généraux des troupes soit tartares soit chinoises et les autres officiers du premier ordre. C'est ainsi qu'est disposée la gazette, laquelle fournit par an plus de trois cents petits recueils. Il est aisé de voir que quand on la lit avec attention > On est instruit d’une infinité de choses différentes et curieuses et Pour vous le faire mieux connoître » je vais vous rapporter quelques extraits que J'en ai tirés, et qui Pourront peut-être satisfaire votre curiosité,

Complimens de toute la cour sur le choix et le déclaration de l’Impératrice.

Le nouvel Empereur , deux ans après avoir été élevé sur le trône , choisit parmi ses femmes celle qu'il vouloit faire reconnoïtre pour impératrice. C’étoit une princesse tartare d’un grand mérite , et de la première qualité, Il fit publier dans tout l'Empire ce choix par une déclaration impériale, dans laquelle il faisoit en même temps l'éloge de la personne qu'il honoroit de cette dignité. On auroit dû dès-lors célébrer cette cérémonie ; mais parce que le deuil que l'Empereur doit garder pendant trois ans après la mort de son père , n’étoit pas encore terminé , il y eut ordre de la différer, Ainsi on demeura tout ce temps-là dans le silence. Ce terme étant expiré à la huitième lune de la troisième année de son règne , le tribunal des rites qui est chargé de régler ce cérémonial, représenta à l'Empereur que toute la cour demandoit avec un profond respect la permission de

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