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es
s'avancèrent près de la table, firent quelques révérences à genoux , et se relevèrent. Un d’eux ayant ris le petit livre, lut d’une voix haute et distincte e compliment que cette auguste assemblée faisoit à Sa Majesté. La lecture du compliment , qui ne doit pas être fort long , étant achevée , et les docteurs s'étant retirés à leur place, l'Empereur descendit de son trône , et rentra dans l’intérieur de son palais. Tel est le compliment hs les grands de la cour firent à l'Empereur pour féliciter l'Impératrice sur son élection. Car , selon le rit chinois, il est rare que les hommes paroissent devant une femme , à plus forte raison devant l’Impératrice, pour la compli-menter. Mais ce qui se fait à l'Empereur dans cette occasion , est censé être fait aussi À l'Impératrice, Cependant après la cérémonie, les seigneurs et les premiers officiers de l’Empire se retirèrent du palais , et le même jour, après-midi, commença la cérémonie des dames de la cour. Toutes les princesses du sang et les autres princesses, les duchesses , les comtesses et autres dames de la première qualité, se rendirent au palais avec les femmes de tous ces grands mandarins dont nous ayons parlé ci-dessus. Chacune en son rang, selon sa dignité, s’avança vers le palais de l’Impératrice. Elles furent conduites par une dame de distinction, qui dans cette sorte d'occasion , fait la fonction de présider aux cérémonies , et est , à l'égard des femmes, ce que les présidens du tribunal des rites sont à l'égard des hommes. Nul seigneur, nul mandarin n’oseroit paroître. Lorsque toutes ces dames furent arrivées près du palais de lImpératrice , son premier eunuque se présenta. Celle qui présidoit à la cérémonie , s'adressant à lui: Je prie, dit-elle, frès-humblement l’Impératrice , de la part de cette assemblée , de daïgner sortir de Son palais , et de venir se placer sur son trône.
S rÉVÉ— x ayant istincte faisoit à ne doit octeurs scendit de son
la cour ice sur st rare , à plus ompli-- Is cette rice.
eurs et ent du nça la icesses es , les nalité , us ces lessus.
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Lorspalais senta.
à lui:
rice , tir de Trône.
Les femmes ne portent point leur compliment dans un petit livre , comme on a fait pour l'Empereur; mais elles présentent une feuille d’un apier particulier , sur lequel le compliment est écrit avec différens ornemens. L'Impératrice sortit et s'assit sur son trône , élevé dans une des salles de son palais.
Après que le papier eut été offert, les dames debout, firent d’abord deux révérences ; et ensuite s'étant mises à genoux, elles frappèrent seulement une fois du front contre terre. C’est ainsi que le tribunal des rites l’avoit prescrit. Alors elles se levèrent , et se tinrent debout avec respect , toujours avec le même ordre, et dans un grand silence, pendant que l’Impératrice descendoit de son trône , et se reliroit,
Le Tribunal des rites avoit aussi arrêté qu'après que toutes ces dames auroient complimenté l’Impératrice , elles passeroient, selon la coutume , au palais de la seconde femme de l'Empereur. Cette seconde est celle qui tient le premier rang après l’Impératrice. Elle est unique de son nom, qui est Quer- Jei. Plusieurs autres des deuxièmesfemmes s'appellent simplement Fes ; mais comme il n’y a qu'une Impératrice , 1] n’y à aussi qu’une Quei-fer. Que signifie précieux , honorable ; Fe est un nom qui se donnoit autrefois aux reines ; mais à présent il se donne à la première d’entre les femmes du second rang.
Ainsi Quei-fei signifie précieuse femme de l'Empereur, celle qu’il estime beaucoup , celle qu'il chérit plus que les autres après l’Impératrice, et souvent plus que l’Impératrice. On devoit donc complimenter aussi cette princesse. Mais l'Empereur ayant lu le détail de cette cérémonie, qui lui fut présenté quelques jours avant par le tribunal des rites , il écrivit de sa main et du pinceau rouge : « J’approuve tout ce que vous avez marqué ; quant
à ce qui regarde la cérémonie déterminée pour la Quei-fei , j'en dispense. » Cette résolution de l’'Em-. pereur n'aura pas été fort agréable à cette princesse ; mais Sa Majesté a voulu faire entendre par-là , que dans un Empire il ne doit y avoir qu'un Empereur et une Impératrice, et qu’il ne se laisse pas gouverner par les femmes.
C’est ainsi que se passa la cérémonie. Au reste : cette assemblée de tous les corps qui viennent faire le compliment à Sa Majesté , est très-auguste pour le nombre, pour la qualité des personnes , pour les habits, et surtout pour le bel ordre qui s’y observe. On n’y dispute jamais du rang ; tout est réglé. Chaque mandarin a sa place déterminée, Cette grande salle d'audience est pavée de grandes pièces de marbre ; et afin que tous ceux qui sont officiers , soit de lettres : soit de guerre , soit anciens, soit nouveaux , Sachent positivement en quel endroit ils doivent se placer, le nom de leur charge est gravé par ordre , en gros caractères, sur ces pièces de marbre. De plus, cette cérémonie du compliment est moins incommode qu’elle n’est en Europe dans de semblables occasions. L'Empereur n’est point obligé de se laisser voir pendant plusieurs jours , et d’essuyer, pour ainsi dire malgré lui, l’importunité d’une infinité de complimens souvent très-fades, et toujours fort ennuyeux pour un prince,
Libéralités de l'Impératrice en Javeur des femmes avancées en âge. -
Après que l’Impératrice eut été publiquement reconnue, elle fit, selon la coutume , Ses libéralités par tout l’Empire à toutes les femmes qui passoient soixante-dix ans. L'Empereur en donna l’ordre setil fut adressé aux vice-rois de chaque province, qui l’intimèrent aux gouverneurs des villes du second et du troisième ordre, C’est ainsi que la chose s’exé-
pour la » l'Emncesse ; à , que pereur Lverner
resle , it faire e pour ur les serve.
haque e salle irbre ; ettres , achent lacer , n gros , cette imode ISIOnSs.
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nt realités olent )etil , qui et ’exé-
cute, On distingue ces personnes âgées en trois classes différentes. La première classe est de celles qui ont depuis soixante-dix jusqu’à quatre vingts ans. La seconde , de celles qui ont depuis quatre-vingts jusqu’à quatre-vingt-dix ; et la troisième est de celles qui Ont depuis quatre-vingt-dix jusqu’à cent ans et au delà. La libéralité est différente selon la différence de ces trois âges. Elle consiste en plusieurs pièces de toile de coton , et quelques boisseaux de riz , répartis dans une proportion qui croît suivant l’âge.
Lorsque le mandarin du lieu a reçu par le viceroi l'ordre venu de la cour, il le publie par des écrits qu’on affiche aux carrefours. Les pièces de toile , et les boisseaux de riz se distribuent à toutes les femmes de quelque qualité et condition qu'elles soient , soit qu’elles se présentent elles-mêmes, soit que leurs parens se présentent en leur place avec un témoignage du capitaine de leur quartier ou de leurs Voisins, qui fasse foi qu'une telle, de telle famille ; demeurant en tel endroit » Est âgée de tant d'années. Que si elle avoit déjà reçu une fois cette libéralité , il n’est point nécessaire de porter un nouveau témoignage. C’est aux officiers, s'ils en doutent , à consulter les anciens registres du tribunal. Tout se fait aux dépens de Sa Majesté, L'argent se prend dans le trésor public, du tribut qui se lève chaque année sur les terres, Le gouverneur de chaque ville , qui fait la distribution de cette libéralité dans toute l'étendue de son district » dresse un rôle exact du nom et de l’âge de toutes celles qui ont reçu le bienfait de l’Impératrice. I] marque aussi le nombre des pièces de toile , des boisseaux de riz, et la somme qui à été employée. Tout s’envoie au vice-roi , et celui-ci l'envoie à la cour souveraine des aides, qui est à Pekin, afin qu’elle passe en compte cette dépense, après avoir examiné avec attention s’il n'ya point eu de fraude ou d’erreur.
La gazette à fait mention du mémorial que le vice-roi de la province de Chan-tong a envoyé sur ce sujet à l'Empereur, et du compte qu'il avoit adressé à la cour des aides Le nombre des femmes
ui passoient soixante-dix ans, étoit de quatre-vingt debat mille deux cent vingt-deux. Celles qui passoient quatre-vingts ans, étoient au nombre de quarante mille huit cent quatre-vingt-treize ; et le nombre de celles qui étoient au-dessus de quatrevingt-dix ans, alloit à trois mille quatre cent cinquante-trots. Qu’il se tronve une si grande multitude de femmes d’un âge si avancé dans une seule province, surtout dans celle de Chan-tong , qui n’est pas des plus étendues , c’est ce qu’on aura peut-être de la peine à croire en Europe. Que sera-ce donc si j'ajoute qu’il y en a encore un très-grand nombre du même âge qui n’ont point de part à sette distribution, parce qu’étant ou de qualité ou de famille ex-mandarine , ou de famille actuellementen charge, elles veulent conserver certains dehors , et auroient honte d'envoyer leur nom , et de recevoir une libéralité qui se fait principalement en faveur des pauvres. Mais ce nombre , dont je viens de parler, n’aura rien de surprenant pour les Missionnäires , qui ont parcouru la Chine. Ils connoissent par eux - mêmes que les provinces sont autant de petits royaumes, que la Chine est très-peuplée, et que , généralement parlant , la frugalité des Chinois les fait vivre plus long-temps que les Européens.
Mais si le nombre des femmes âgées paroît extraordinaire , que doit-on penser de cette somme immense que l’Empereur a fait distribuer dans cette occasion ? Car en se bornant à cette seule province de Chan-tong , qu’on mette les femmes de soixantedix ans à denx écus par tête; celles de quatre-vingts, à trois, et celles de quatre-vingt-dix, à quatre, c’est mettre ce qu'on leur donne au prix le plus bas ; car
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on dit que ces dernières ont la valeur de quatre onces d’argent , qui font environ vingt francs monnaie de France. A cette dépense faite dans le Chantong , qu'on joigne la même dépense , et peut-être une plus grande , qui s’est faite dans les treize autres provinces de la Chine, et dans le Leao-tong, l’on trouvera sans doute que cette libéralité est véritablement impériale.
Ce fut là le bienfait de la nouvelle Impératrice à l'égard des femmes âgées. L'Empereur , dès la première année de son règne, avoit honoré les trois classes des vieillards d'une semblable gratification. C'est ainsi que ces deux têtes couronnées inspirent à tout le peuple , par leur exemple, l'estime singulière qu’on doit avoir pour la vieillesse, Cette estime et ce respect sont portés si loin à la Chine, que si un homme ou une femme riche ou pauvre passe cent ans , il y a ordre d'élever, aux dépens même de l'Empereur, devant la maison de sa famille une espèce d'arc de triomphe et un monument de pierre, sur lequel on grave quelques caractères chinois en
leur honneur, Enfin, si un homme mérite la mort, on va même jusqu’à lui accorder la vie , et cela uniquement afin qu'il nourrisse ses parens dans leur vieillesse. J'en ai vu depuis trois ans plusieurs exemples dans la gazette ; il suflira d’en rapporter un seul exposé dans le mémorial suivant.
Grâce accordée à un homme condamné à mort.
« Nous mandarins du souverain tribunal des affaires criminelles , nous offrons avec respect ce mémorial à Votre Majesté. Il s'agit d’une mère qui demande mort pour mort, parce qu'on a tué sa fille. Dans la ville de Tchang-chou, un homme du peuple nommé Teçav-chin a Ôté la vie à sa propre femme. La mère a porté accusation contre le coupable. Selon les informations et les jugemens du vice-roi de Nan-
kin il est condamné suivant la loi à être étranglé. Voici le fait. Tçao-chin jusqu’à présent a toujours bien vécu avec sa femme Pao. La paix et l’union régnoient dans leur ne La mère de ‘Tçao-chin ayant commandé à sa bru d'aller moudre du froment, la bru, au lieu d'obéir, répondit à sa belle-mère en des termes durs et peu respectueux, Son mari Tçao-chin l'ayant appris fit une sévère réprimande à sa femme : 1l la traita de femme qui manquoit de respect et de civilité, Fe étoit ennemie du travail, et désobéissante, Cette femme, qui auroit dû recevoir humblement cette réprimande et promettre de se corriger, éleva la voix, et ne répondit à son mari que par des injures. Le mari, transporté de colère, prit le pied d’un banc, la frappa sur lecôté, et les coups furent si violens, que le lendemain elle en mourut. Dans l'examen que le vice-roi a fait après celui du lieutenant-criminel, le coupable a toujours avoué et reconnu son crime sans aucune variation. Selon son rapport, Téeao-chin est un mari qui a battu sa femme jusqu’à lui causer la mort; il doit donc, selon la loi,
rester en prison et être étranglé au commencement
de l’automne. »
Mais le même vice-roi représente à la cour, que les père et mère de Tçao-chin sont fort avancés en âge, et n'ont point d'autres enfans pour les servir. Le fait est certain, etil en a tiré des attestations dans les formes. Or, selon une autre loi, il est porté que si un fils est coupable de mort, et que son père et sa mère soient infirmes ou fortavancés en âge, et qu'il ne leur reste ni enfans ni petits-neveux, pour leur rendre les services dus aux parens, le vice-roi doit envoyer en cour l'affaire dont il s’agit avec le nom du coupable, afin wayant été présentée à Votre Majesté, elle en pe selon son bon plaisir.
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 409 Ordre de l'Empereur.
« Je fais grâce « 1çao-chin. Qu'il ne soit pas puni de mort , et que son crime cependant ne soit pas tout à fait impuni. C’est afin qu'il nourrisse, et qu'il console ses parens dans leur vieillesse, que je lui accorde le bienfait de la vie. Qu'il ne oublie pas, qu’il se conforme à mon intention , et remplisse exactement les devoirs d’un bon fils. »
Cette peine de mort fut changée en deux mois de cangue et en quarante coups d’un long bâton plat, dont on frappe le coupable sur la chair nue, après lavoir étendu tout de son long, le ventre contre terre. C’est le châtiment ordinaire dans des cas semblables; et il est très-rare que l'Empereur accorde grâce entière à qui que ce soit, füt-il de la première qualité, quand il s’agit d’un meurtre. Il faut cependant remarquer, que si celui qui a été tué, étout fils unique, et que ses parens fussent pareillement dans un âge avancé, pour garder l'égalité, on ne feroit point grâce au coupable. Les parens du mort n'ayant plus d’enfans pour les servir, il ne convient pas aussi de laisser aux parens du coupable un fils qui les serve. Ils seront traités également. De plus, si le coupable a des frères, ou si les frères ont des enfans qui, soient en âge et en état de rendre aux parens les services que le coupable leur rendroit, on suit la loi qui le condamne à mort. Enfin, cette grâce de la vie ne s'accorde que pour les meurtres ordinaires, qui n’ont rien d’énorme. C’est ainsi que récemment l'Empereur n’a pas voulu faire grâce à une femme qui avoit tué une autre femme, quoique son fils, par une piété qu’on ne peut assez admirer, mais qui n’est pas rare à la Chine, s'offrit de mourir à la place de sa mère. Ce fait me paroït digne d’être rapporté. Le voici tel qu'il est contenu dans un mémorial du vice-roi de la province de Kzang-5r.
Exemple d'un As qui demande la grâce de mourir à la place de su mère.
« Deux femmes, disoit ce vice-roi, se sont battues dans le district de Ja ville de Y-hoang. L'une s’ Vang, l'autre Tchang. Elles de l même village , et étoient voisines.
ang prit la paille de son lit » €t l'étendit dehors pour l'exposer au soleil , et dissipe avoit contractée dans le temps de » Elle ne se contenta pas de l’étendre devant sa porte , elle l’étendit encore devant la maison de Chang, sa voisine, Celle-ci le trouvant mauvais, prend la paille et la jette de l’autre côté. Celle-là sort brusquement, et l’accable d'injures. Vang , trans-
Sa voisine, et lui donne * Elles se prènnent aux ment; de sorte que Vang mourut le jour suivant des Coups qu'elle avoit reçus,
> Tchang, qui a tué l'autre, cé que mort s’ensuive.
supplice, que je la con-
» Cependant elle a un fils âgé de dix-huit ans , qui
ibunaux , et prie avec beau-
mes , qu'on accepte sa vie Pour celle de sa mère.
non-seulement pour l’am
doit la vie, mais encore en faveur de son f
rére qui est fort jeune, et qui a besoin de sa mère
Pour son éducation. Je u'ignore pas que la loi ne permet point
qu'un autre perde la vie > Pour Conserver celle d’un Coupable condamné à mort. Mais cet exemple de piété filiale m’a paru beau, et mériter d'aller jusqu'aux oreilles de Votre Majesté, »
Le souverain tribunal suivit le Jugement du vice-roi, €l porta sentence de mort Contre [a femme Tchang.
e mourir
t battues s'appelle dans le nomme t dehors é qu’elle
>vant sa ison de auvais , là sort transdonne nt aux e Vang reçus.
‘autre, suive, a COn-
S, qui beausa vie lace , qui il e qui r son point d'un e de jus-
-roi, ang.
L'Empereur confirma la sentence, en louant à la vérité la piété du fils, mais en parlant de la mère comme d’un monstre, dont il falloit au plutôt délivrer la terre. Deux femmes se battre, ajouta ce prince! Une femme tuer une autre femme ! on ne peut ÿ penser sans horreur. Il ne faut pas laisser ce crime impunti.
Ordre qui prouve l'attention de l Empereur à soulager son peuple.
En novembre 1725, l'Empereur ayant fait venir en sa présence les principaux officiers des cours sou-
veraines , leur parla en ces termes: 6 a Ville de
« Cette année, plusieurs endroits de 1 Pekin ont été inondés par des pluies extraordinaires. Le menu peuple n’a pas de quoi vivre. Je pense sans cesse aux moyens de le soulager. C’est pourquoi, outre le nouveau riz qu'on apportoit des provinces méridionales, et que j'ai fait garder à Tien-tcing au nombre de cent trente mille grandes mesures (la mesure chinoise pèse cent vingt de nos livres), j'ai encore ordonné qu’on prit dans les magasins de la ville de Tong-tcheou, cent autres mille mesures du riz des années précédentes, J’ai donné aux cinq off ciers que j'ai nommés, le soin de le faire conduire à Tien-tcing, afin que de là il se transporte aisément dans toutes les villes et bourgades qui ont été maltrattées par l’inondation. Mais je me suis informé de ce qui se passoit sur ce sujet, et j'ai appris avec une sensible douleur, que le riz qu’ils distribuent est tout à fait pourri. Pour m’assurer de ce qu’on m’avoit dit, j'ai voulu le voir moi-même, et secrètement je m’en suis fait apporter des deux sortes que l’on distribuoit. Le voici, regardez-le. De ces deux sortes, le meilleur, sur dix parties, n’en a que trois où quatre de bonnes au plus, et la seconde espèce, qui est la moindre,
412 LETTRES n'est pas du riz: c’est de la Poussière , c’est de la terre,
» Quoi! je fais mon possible pour soulager mon peuple afligé , je. gémis sur ses calamités > Il n’est Point de moment que je n’y pense ; et des officiers commis exprès pour présider à cette distribution , Sont si peu fidèles À exécuter mes ordres el à se conformer à Ja disposition de mon cœur! Mon intention est-elle de donner à ne puisse lui servir ?.Est-ce poser à l’Empire riz dans tous |
Ph y ait rien de peupl
t des ingrats, » Je les ai élevés
O1, montre
» et l’assiste manière don
nt regret de leur fante et
utres mesures du riz des qui ne soit Pas corrompu , ou qui OU Sept parties de bonnes sur dix.
» J’ordonne àces mêmesofficiers dont lanégligence €$t punissable , d'avoir encore soin de faire trans-
est de Îa
ver mon il n’est officiers bution , et à se Ton inriz qui en imuer du > Ja ca- : bien, pauvre oivent ngrats.
élevés > ainsi r mes Dientmour s son e ? La uni- Jarce te et ttent rge, âce ; u’on l’exin y des qui nce ns
porter ces deux cent mille mesures jusqu’à Tien-tcing, et que ce transport se fasse à leurs frais. De plus, je n'ignore pas que le riz qu’on a distribué cette année aux soldats de Tien-tcing n’étoit pas bon. Si dans la suite on leur donne du riz semblable, je punirai les officiers qui sont chargés de veiller à la distribution. Il y a quelques années que cinquante mille mesures avoient été transportées en différens endroits, Pour servir dans le besoin : on l’a laissé corrompre. C'est encore la faute des officiers : je leur fais grâce ; qu'ils se corrigent. Les greniers publics ont besoin de réparations ; qu’on prenne de l'argent à la cour des aides et qu’on les répare. Qu'un #7 préside aux réparations. S'il s’acquitte de cette commission avec exactitude , j’y aurai égard, j'oublierai ses fautes passées, et je lui donnerai de l'emploi ; si au contraire il fait les choses négligemment, je le ferai punir. »
On voit par cet ordre, que les moindres affaires vont à l'Empereur. Il est informé de tout ; il entre dans le plus grand détail ; il décide de tout par luimême. C’est ce qui fait la bonté du gouvernement chinois. Un Empereur n’a pas le temps de se diverur. Il faut qu’il mette son divertissement à remplir le devoir d'Enpereur et à faire en sorte par son application, par sa vigilance, par sa tendresse pour ses sujets, qu’on puisse avec vérité dire de lui qu'il est le père et la mère du peuple. C’est l'expression chinoise. Sans cela il tombe dans un souverain mé pris. Pourquoi, disent les Chinois, le Ten (1) l'a-t-1}
(1) On laisse le mot chinois Ter sans le traduire, parce que dans les livres canoniques et dans les MSRDNEte des livres canoniques, selon les différens sujets, il est pris tantôt pour le ciel matériel > €t tantôt pour un être qui voit tout, qui connoît tout, qui gouverne tout, qu'on ne peut tromper , qui récompense le bien » Qui punit le mal, qui est sans commencement , sans fin, sans égal, juste, miséricor. dieux , etc, Les Chinois disent que le père est le Tien du
mis sur le trône? N'est-ce pas pour nous servir de père et de mère?
Mémorial d'un surintendant de deux provinces , qui parle à l'Empereur avec une noble hardiesse.
Dans la troisième année du règne de l'Empereur, un seigneur, qui étoit généralissime de l’armée, et qui avoit rendu des services considérables à l'Empire, dans la dernière guerre que les Chinois ont eue depuis peu contre un prince de Tartarie, s’écarta de son devoir, abusa de l'autorité que l'Empereur lui avoit confiée, parut tramer des intrigues de rebellion , et pour s'enrichir commit des injustices énormes. Il fut accusé. Les accusations portées contre lui demandoient sa mort. Cependant, à cause deson mérite et de sa dignité, l'Empereur voulut que tous les principaux mandarins, non-seulement de la cour, mais de tout le royaume, envoyassent leur sentiment sur cette affaire. Le tsong-tou de Nankin > Qui a la sur-intendance des deux provinces de Kiang-Nang et Kiang- Si, envoya le sien, et il ajouta dans son mémorial : On condamne à mort Nien-Keng-Yao ( c’est le nom de l'accusé), la condamnation est juste. Mais on laisse impunis les crimes de Long-coto, quia tourné le dos à la raison ( expression chinoise), et a violé les lois les plus inviolables de l’état.
Long-coto étoit proche parent de l'Empereur; et depuis l’élévation de ce prince à l'Empire il exerçoit la charge de premier ministre. Ainsi, le monarque dut s'étonner de’ la hardiesse de cet officier, et en ressentir quelque peine. Cependant il n’en témoigna rien. I] lui renvoya son mémorial, après avoir écrit
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fils, le mari est le Tien de la femme , le vice-roi est le Tien de la province, L'Empereur est le Tien du royaume, Dans les autres endroits où on ira le mot Tien, il faut se souvenir de cette note.
ervir de
VINCES ; dresse.
pereur, mée , et mpire, eue dearta de reur Jui ellion , mes. Il demanérite et s prin- *, Mais ‘nt sur sur-In- Kiangaorial :
e nom
ais on
ourné
| violé
ur ; et erçoit arque et en Olgna
écrit
> Tien Dans > sou-
de sa propre main ces paroles: Sz Long-coto est coupable, vous devez l'accuser, non pas en termes généraux , mais en marquant ses fautes , et en produisant les preuves que vous en avez.
Réponse de ce mandarin à l Empereur.
« Pour justifier l'accusation que j'ai portée en peu de mots contre un homme qui a oublié les bienfaits de l'Empereur, et cherché ses propres intérêts dans l'administration de sa charge, Votre Majesté m'’ordonne d'apporter les raisons de cette accusation , et de marquer en quoi Long-coto à tourné le dos à la raison , el a violé les lois. Elle veut que je parle clairement: j'obéis, et c’est ainsi que je raisonne.
» 1.9 Un mandarin est un homme qui doit s’oublier soi-même , et n’avoir en vue que le bien public. C’est À ce qui doit le distinguer des autres hommes. S'il se cherche soi-même il renverse l’ordre » Ilagit contre la droite raison. 2.° Nos lois défendent, sous des peines très-grièves, de prendre de l'argent injustement, de commettre des concussions ; celui qui en commet, viole donc les statuts de l'Empire. Or quelle a été la conduite de Long-coto? quels crimes en ce genre n’a-t-il pas commis? Et qui est ce dans le royaume qui les ignore ? N’en a-t-il pas été manifestement convaincu dans le souverain tribunal des affaires criminelles ? Il a tiré sur le sel des sommes immenses ; il a vendu les charges des officiers du sel; le sel est monté à un plus haut prix qu’à l'ordinaire. Îl a abusé de l’autorité que V. M. lui avoit donnée , et de la confiance qu’elle avoit en lui. Il s’est donné des airs de grandeur. Il n’a mis aucune borne à son ambition. Au-dessus de lui, il n’avoit qu’un maître, qui est V. M.: il l’a méprisé , il l’a trompé, Et pour tous ceux qui étoient au-dessous de lui, enflé de son pouvoir, il les a terrassés , 1l les a foulés aux pieds,
mer emsnamennnnnmnnm ner ie near |
» À quelle extrémité n’a-t-il pas porté son insatiable passion d’avoir de l’argent ? Il en a recu pour avancer celui-ci, pour protéger celui-là : il a pris de toutes mains et de tous côtés. Il a beau dire : Cela s’est fait à mon insçu, ce sont mes domestiques qui secrètement ont fait leur main, je n’en ai point eu connoissance : 11 peut le dire ; mais qui le croira? Personne. Si ces domestiques , à l'insçu du maître, en étoient venus à de si grandsexcès, le maïire seroit toujours censé coupable: il a tort de n’y pas veiller. Ces sortes d’excuses pourroient encore être écoutées s'il ne s’agissoit que de quelques sommes légères; à présent il s’agit de plus de dix millions. Or peut-on croire que si Long-coto en étoit entièrement net etn’y avoit nulle part, ses domestiques en viendroient jusqu'à voler des sommes si excessives ? Et ces marchands du sel, auroient-ils été assez fous et assez aveugles sur leurs propres intérêts, pour remettre tant d'argent entre les mains des domestiques, s’ils n’avoient été bien sürs que le maître en avoit connoissance? Hélas ! si un petit officier reçoit injustement une somme modique , les mandarins supérieurs le destituent de sa charge, l’examinent, lui font son procès ; quatre-
vingts onces d'argent suffisent pour le punir de mort ; et tout seroit permis à Long-coto, qui étant mandarin du premier ordre et ministre de l'Empire, devoit par une conduite irréprochable servir de modèle à tous les officiers du royaume! Quoi donc! Il aura offensé le Tien, méprisé la raison, violé les lois, abusé de vos bontés ; il aura contenté son avarice aux dépens du public; il se sera engraissé du sang du peuple, et tant de crimes demeureront impunis parce qu’il est allié à la famille impériale! Votre Majesté peut bien dire, je lui pardonne, mais les lois lui pardonneront-elles ? C’est l'amour de ces sacrées lois, qui m'oblige à parler et à écrire. Tout ignorant que je suis , j'ai cru que je devois sans crainte exposer mes
mes mén
‘Nier
Maj dun resp paru leur se tr des c diffé Cepe coto.
il lu et l’e de la des !
à cet ajout servi qu'il
d'ef
deux peret
est a affair Maje pour appai mort au li
libér:
satiable avancer e toutes est fait secrèteonnoisrsonne.
étoient oujours s sortes sil ne présent croire y avoit jusqu'à chands les sur argent ent été Hélas !
somme ent de quatre mort ; andae, deiodèle l'aura lois, varice 1 sang punis e Mas lois crées orant poser mes
mes pensées à Votre Majesté, Dans mon premier mémorial, en donnant mon avis sur les crimes de
Nien-Keng-Yao, j'accusai aussi Long-coto. Votre
Majesté m'a ordonné, m'a pressé même de parler dune manière claire: je le fais avec un profond respect. »
L'Empereur ayant reçu ce second mémorial, n’en parut point irrité. Il le fit voir à tous les grands, et leur dit: « Tchabina ( c’est le nom de l'accusateur ) se trompe; 77 compare les fautes de Long-coto avec des crimes de Nien-Keng-Yao : :/ Y a beaucoup de différence entre la conduite de ces deux officiers. Cependant il ne pardonna pas entièrement à Longcoto, Dans la suite il le dépouilla de toutes ses charges, il lui.ôta le titre de comte, il l’éloigna de la cour, et l'envoya pour expier ses fautes dans un endroit de la Tartarie, où Sa Majesté vouloit qu'on défrichât des terres pour le public: il lui ordonna de présider à cet ouvrage et d'en faire les frais. « Long-coto , ajouta-t-il, & de beaux talens; il Peut rendre des
services à l'Empire. Qu'il aille, qu'il s'applique,
qu'il exécute mes ordres avec zèle ; c'est le moyen d'effacer ses fautes passées.
Il a resté plus d’un an dans cet exil: mais il ya deux mois que j'ai appris par la gazette , que l’'Empereur avoit ordonné qu'il fût ramené à la cour. Il y est arrivé; actuellement la gazette marque qu’il est condamné à la mort par le souverain tribunal des aflaires criminelles. Ce jugement a été présenté à Sa Majesté, qui n’a point encore donné ses ordres, ou pour adoucir, ou pour confirmer la sentence. Il ya apparence qu'elle sera confirmée pour la peine de mort, et qu'elle sera adoucie en le faisant étrangler, au lieu de lui faire couper la tête comme porte la délibération du tribunal.
Festin pour honorer dans chaque ville les per-
sonnes distinguées par leur probité et leur bon exemple,
Les anciens empereurs de la Chine ne se sont pas
Contentés, pour inspirer la vertu, de laisser à la postérité des lois très-sages et des maximes de morale très-pures; afin de l’entretenir et de l’augmenter, ils Ontencore réglé certaines coutumes extérieures. Une des plus admirables, est le festin que lé gouverneur de chaque ville doit préparer tous les ans Pour traiter uniquement les personnes recommandables par leur droiture et par une conduite régulière. Ce festin se donne au nom et par ordre de l'Empereur. Le gouverneur, en régalant ces vertueux conviés, est censé tenir la place de Sa Mhjesté, Il ne doit y inviter que ceux qui sont dans l'étendue de son gouvernement. C'est pour cela que ce festin s’appelle Xrang-in (le festin ou le vin pour les gens du pays). C’est une grande distinction que d’être invité à ce festin , et en même temps un thgagement pour se comporter en homme de bien. S'il arrive que dans la suite un (le ces conviés, s’écartant de son devoir, donne mauvais exemple en choses même assez légères, l’honneur qui lui a été fait tourne à sa confusion : on sait bien le lui reprocher. Le peuple le tourne en ridi.cule. [Un el, dit-on » € assisté au festin impérial. Voyez comme il s’est comporté dans telle occasion : il en étoit indigne ; le gouverneur ne le connoissoit pas.
En 1725, le gouverneur de Pekin présenta à l’Em- Pereur un mémorial touchant ce repas. Je crois qu’il peut tenir ici sa place, Le voici.
« Nous voyons que dès les temps les plus reculés, les sages fondateurs de cette monarchie avoient ordonné , comme une coutume qui devoit être éternelle, que chaque année un festin füt préparé dans
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toutes les villes de l'Empire par ordre et aux dépens de l'Empereur , et qu'on y invitât seulement les j ersonnes du pays illustres par leur probité. On prétendoit par - là rendre honneur à la. vertu, Peu à peu cette coutume a été interrompue, Dans plusieurs endroits elle ne s’observoit plus, ou si on l'observoit, ce n’étoit que d’une manière fort superficielle, et qui répondoit peu à la fin d’une institution si utile, À peine Votre Majesté fut-elle élevée sur le trône, qu’elle fit attention à ce beau règlement, et donna une instruction pour le renouveler. Ce fut dans la première année de on règtie , le 1.€* jour de la 9.e lune , que par un ordre exprès, elle commanda que dans la suite on gardât exactement cette cérémonie partout, et qu’on la célébrât avec appareil, C’est pour me conformer aux ordres de Votre Majesté , que j'ai déterminé pour cette fête le 15 de la première lune, On invitera également les Tartares et les Chinois qui se font admirer par leur vertu et par leur bon exemple, afin que tous aient part au bienfait de Votre Majesté, et que cet honneur contribue à la réformation des mœurs. »
Autre règlement pour honorer le mérite.
Quelque temps après, l'Empereur donnaun ordre, qui portoit en substance que ce n’étoit pas assez d'honorer les grands hommes pendant leur vie, qu'il falloit encore les honorer après leur mort: qu'on parcourût donc les histoires de chaque province et de chaque ville, et qu’on examinât, sans aucune distinction ni de sexe, ni de qualité, ni de condition , s’il y en avoit eu quelqu'un qui eût excellé en quelque genre , et à qui aucun honneur n’eût encore été rendu après sa mort. Parmi les hommes , ceux qui auroient été célèbres par leur vertu ou par leur science ; ceux qui auroient rendu quelque service important à l'Empire, soit dans le barreau , soit CLR
dans là guerre ; ceux qui auroient secouru le peuple dans-un temps de calamité ; ceux qui auroient donné leur vie. pour garder la fidélité au prince. Parmi les femmes , les veuves qui, après la mort de leur Mari , auroient vécu long-temps dans la continence, et serolent mortes sans avoir passé à de secondes noces ; les femmes mariées, qui se seroient distinguées par leur respect et leur amour pour leur époux ; les filles qui auroient conservé une pureté inviolable, jusqu’à verser leur. sang plutôt que d'y donner au- Cune atteinte. Sa Majesté ordonnoit qu'on tirât de l'argent du trésor impérial , pour ériger dans leur Pays un monument à leur mémoire ; et que chaque année , à ‘un jour déterminé, le gouverneur allâs leur rendre quelque honneur. En conséquence de cet ordre , des perquisitions se firent dans lés provinces , et les vice-rois envoyèrent en cour les infor mations , avec le nom et le fait illustre de chaque personne qui méritoit cette distinction. Voici un ou deux de ces mémoriaux.
Délibération du souverain tribunal des rites en
Saveur d'une fille qui à estimé la chasteté plus que Sa propre vie.
« Suivant l'ordre que Votre Majesté a fait publier Par tout l’Empire, d'ériger des monumens à l’honneur des veuves, des femmes et des filles qui se seroient rendues célèbres par la continence, par le 7Spect envers leurs parens, par l'amour de la pureté ; le song - tou et le vice-roi de la province de Canton représentent que dans la ville de Seiu-hoeï, une jeune fille nommée Leang s’est autrefois distinguée par une insigne chasteté jusqu’à donner sa vie pour la conserver. Cette fille étoit d’un naturel aimable , d’une grande droiture, d’une rare beauté , et cependant très-chaste. L'année 1 5.e du règne de
Lang-hi, des pirates ayant fait descente sur la côte,