‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 4)Chapitre 47 sur 63 · FRE · texte numérisé non relu

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seulement dans sa propre ville , mais même dans la province où demeure sa famille ; et si on lui donne un emploi dans une province qui confine avec la sienne , il doit être placé dans un endroit qui en soit au moins éloigné de cinquante lieues , parce qu’un mandarin ne doit penser qu’au bien public : au lieu que s’il exerce une charge due son pays , 1l sera trou blé par les sollicitations de ses proches et de ses amis, lesquelles sont inévitables, et il seroit dangereux qu’en leur faveur il ne commit quelque injustice dans ses jugemens , ou qu'il n'abusât de son autorité > pour perdre ou pour opprimer par esprit de vengeance ceux dont il auroit autrefois reçu quelque outrage , ou dans sa propre personne , ou dans celle de ses parens. On porte même cette délicatesse jusqu’à ne pas permettre qu’un fils, qu’un frère, qu'un neveu, etc. soit mandarin subalterne dans la province où son père , son frère, son oncle » etc. Seroient mandarins supérieurs. Par exemple, un frère est mandarin dans une ville du troisième ordre , et l’'Emreur vient d'envoyer son frère aîné pour vice-roi de la même province : le cadet doit aussitôt avertir la cour , et la cour lui donne dans une autre province un mandarinat du même degré que celui qu’il quitte. La raison de ce règlement , est qu'on doit craindre que le frère aîné ne soit favorable À son cadet inférieur , qu'il ne tolère, qu'il ne dissimule ses fautes : ou que le cadet ne se prévale de la dignité et de la protection de son frère pour exercer son emploi avec moins d'équité et d’exactitude, D’une autre part , il seroit bien dur pour un frère d’être obligé de porter accusation contre son propre frère. Pour lever donc tous ces inconvéniens , on ne permet point qu'ils soient dans des charges, qui mettent entre eux quelque relation de dépendance. Et ce que je dis d’un père, d’un frère aîné , d’un oncle mandarins supé rieurs , à l'égard d’un fils, d’un frère, d’un neveu,

doit s'entendre également d’un fils, d’un frère , d’un neveu mandarins supérieurs , à l'égard d’un père, d’un frère aîné, d’un oncle inférieur, en un mot de tous les proches parens.

Or puisque celui qui est choisi pour être mandarin doit sortir de sa province, si ses parens sont encore en vie, il est dans la nécessité ou de se séparer d'eux , ou de les emmener avec lui. Pour l'ordinaire, les parens suivent le fils qui devient mandarin. Car c’est pour eux une consolation très-sensible , que de voir leurs enfans respectés et honorés de tout le peuple. Mais il arrive quelquefois que le père ou la mère ne sont pas en état de faire un long voyage, ou qu’ils craignent que le changement d'air ne soit contraire à leur santé, et ils ne sont pas toujours d'humeur à vouloir quitter leur patrie, où ils ont leurs proches, lenrs amis, leurs biens, Dans ces occasions, si le mandarin a d’autres frères qui restent à la maison pour les secourir; ou si les parens n'étant pas encore fort âgés, et ne voulant pas l'accompagner, l’obligent cependant pour leur honneur, ou pour leur intérêt particulier, d'accepter la charge, il n’y a pas de difliculté : mais après l’avoir acceptée, si le frère qu’ils avoient laissé pour assister leurs parens en leur absence , vient à mourir; si les parens sont devenus infirmes, ou fort avancés en âge; si le fils est en place depuis long-temps, alors la loi lui permet de faire ses représentations à la cour, et de demander sa démission. Mais parce qu’on pourroit abuser de la permission que donne la loi, pour quitter au plutôt une charge dont on ne seroit pas content, voici ce qui a été réglé.

1.0 Si quelqu'un de ceux qui devroient venir en cour , ou pour tirer un emploi au sort, ou pour rentrer en charge après le deuil de trois ans, vouloit rester auprès de son grand-père ou de sa grand-mère , pour les servir jusqu’à leur mort, il doit averur de

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ÉDIFIANTES ET CURIPUSES. 437

son intention le vice-roi de sa province, lequel en informera la cour. On lui accordera sans difficulté ce qu’il demande ; et comme sa conduite est louable , il pourra dans son temps se présenter , et il rentrera dans son rang.

2.9 Si, sans avoir donné avis de l’âge de ses parens, il a accepté une charge, il l’exercera au moins pendant trois ans. Et si après trois ans il veut se rendre auprès d’eux pour les servir, il avertira le vice-roi lequel fera l'examen ordinaire, dont il instruira la cour. Si ce n’est pas un faux prétexte; s’il n’y a point de malversation ; s’il ne doit rien, etc. la Cour lui permettra de se retirer; et après la mort de ses parens , il li se'a permis de rentrer dans une charge du mê: ie degre,

3.0 Si même prndan! ces trois premières années, il étoit survenu ::1r!que cas extraordinaire ; que ses parens qui se portoient bien, fussent tombés dans quelque infirmité , ou que son frère qu'il avoit laissé auprès de ses parens, fût mort ou hors d’état de les servir; sans attendre le terme de trois ans, il avertira le vice-roi de la province où il est en charge, et ce magistrat enverra au plutôt un écrit avec son sceau au vice-roi de la province originaire du mandarin, par lequel il le priera de faire examiner dans /e7 endroit, si les parens d’un #e/ sont ou infirmes ou âgés, s'ils n’ont point d’autres enfans auprès d eux, et d’en envoyer des attestations dans les formes avec le sceau des mandarins du lieu. Ces informations et ces attestations seront portées en cour , et si elles se trouvent véritables, on entérinera la supplique. L'oflicier, après la mort de ses parens et le deuil de trois ans, pourra, s’il veut, obtenir une charge semblable à celle qu'il avoit quittée pour aller remplir les devoirs de la piété filiale. Cette explication des anciens ordres ayant été lue et approuvée de l'Empereur, fut publiée par toutes les provinces.

Au reste, cette grâce de quitter sa charge s’accorde, quand même les parens seroient très-riches et auroient auprès d'eux un grand nombre de domestiques, parce que , disent les Chinois, il convient aux enfans ; de quelque qualité qu'ils soient, de ne point abandonner à d’autres le soin de leurs parens, ou dans l'infirmité, ou dans la vieillesse. Ils doivent les inlerroger eux-mêmes sur l’état de leur santé #voir leurs besoins de leurs propres yeux , et les servir de eu rs propres mains.

On voit par de si beaux règlemens, l’attention ex-

trême que les premiers empereurs ont eue pour inspirer aux enfans du respect, de l’amour et de la tendresse pour leurs parens, puisqu'ils sont allés jusqu’à permettre à un fils de quitter les emplois les plus illustres , et de s'éloigner de la cour, pour s’approcher de son père et de sa mère, pour les consoler dans leur vieillesse, et les accompagner jusqu’au tombeau. C’est encore Pour entretenir et angmenter cette piété filiale, qu'ils ont établi et ordonné pour les enfans certaines cérémonies extérieures et politiques, par lesquelles ils pussent donner à leurs parens des témoignages perpétuels de leur reconnoissance et de leur souvenir, même après leur mort. En faisant honorer les morts, ils enseignent ce qu'on doit aux vivans; et ce qu'un père fait à l'égard de son père mort apprend à ses propres enfans ce qu'ils doivent à plus forte raison faire pour lui pendant sa vie. En un mot, le respect et l'amour pour les parens est comme la base et le fondement sur quoi porte toute la beauté et la solidité du gouvernement chinois. Et on peut dire sans exagération , que, saper ce fondement, ce seroit absolument renverser l’Empire de cette nation si sage et si polie,

Tendresse paternelle de PE mnpereur pour les pauvres.

La troisième année du règne d'Fong-tching , les

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pluies furent excessives, et les inondations causèrent la stérilité dans la province de Pekin et dans la province limitrophe de Chang-tong. De plusieurs villes de ces deux provinces, une grande multitude de pauvres se rendirent à Pekin même. L'Empereur leur permit d’y rester , et ordonna qu’on tirât le riz de ses greniers publics, qu'on le fit cuire, et qu'on le distribuât par aumône chaque jour, dans différens quartiers de cette capitale, à tous ceux qui seroient dans le besoin. À yant même dans la suite fait réflexion que la ville de Pekin étant très-vaste , ces quartiers serolent peut-être trop éloignés, st que parmi cette nombreuse troupe de pauvres, il y auroit infailliblement des vieillards , des infirmes, des femmes qui auroient trop de peine à s’y rendre, il fit encore ajouter cinq autres endroits à ceux qui avoient été déterminés d’abord. Cette distribution se fit pendant tout l'hiver. Cependant plusieurs de ces pauvres qui étoient venus d’ailleurs, ne sachant où se retirer, étoient réduits à coucher la nuit dans les rues. Ce prince, qui secrètement s’informe de tout, le sut ; et ayant fait venir en sa présence les mandarins qui sont obligés par office de veiller au bon ordre de la ville, il leur parla ainsi:

C'est à vos soins qu’est confiée la police des cinq

grands quartiers. Vous devez les parcourir jour et

nuit, Cette année l'hiver est violent. Or, j'ai appris que la plupart des pauvres, qui sont venus des villes voisines, n'ont point de maison où passer la nuit; que plusieurs ont beaucoup souffert du froid, et que quelques-uns même en étoient morts. Cette connoissance m'a saisi le cœur. J'ai été touché d’une tendre compassion. Quoi! seroit-il possible que parmi les habitans de Pekin, il ne se trouvât personne qui eût assez de charité pour les retirer? Je ne puis le croire. Mais je pense qu'ils vous craignent vous autres qui faites la ronde; ils n’osent retirer des inconnus contre

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les :glemens qui le défendent, C’est l'ordinaire : chacun évite de s’attirer quelque affäre, Je vous avertis donc pour ce temps-c1 d’avoir plus d’indulgence. Laissez sur ce sujet plus de liberté. Il ne faut pas empêcher qu’on exerce la charité, Veillez au bon ordre; mais en même temps faites en sorte que nul de ces misérables ne couche dehors. Il y aura sans doute des gens charitables, qui les recevront chez eux pendant la nuit. Ne vous ÿ Opposez pas. Laissez-les pratiquer cette bonne œuvre. Lorsque nous serons venus à la seconde lune, le froid sera presque passé , le temps sera plus doux; vous pourrez alors être plus rigides. Votre devoir est d'empêcher le mal, de veiller à ce que le bon ordre soit observé; mais aussi faut-il avoir de la tendresse pour les pauvres, et secourir les afligés qui n’ont aucune ressource, Je vous donne cet avertissement, Si dans la suite quelquesuns de ces gens-là meurent de froid » C'est à vous que

je m'en prendrai, Vous serez en faute, et vous mériterez punition,

L'Empereur offre un Sacrifice au commencement du printemps , et va labourer lu éerre , pour obtenir une année abondante.

Une maxime du gouvernement chinois, est que l'Empereur doit labourer la terre » et que l’Impératrice doit filer, L'Empereur donne lui-même cet exemple aux hommes, afin qu'il n’y ait personne qui n'estime l’agriculture ; l’Impératrice le donne aux femmes, pour rendre parmi elles le travail des mains plus ordinaire, Les alimens et les vêtemens sont les deux choses nécessaires à la vie. Si l’homme laboure les champs, disent les Chinois, la famille aura de quoi se nourrir , et si la femme file la famille aura de quoi se vêtir. Les anciens empereurs, qui ont fondé cette belle monarchie, ont pratiqué eux-mêmés cette Goutume de labourer ; la plupart de leurs successeurs

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les ont imités ; et le nouvel Empereur, après que le temps de son deuil fut expiré, déclara qu'il vouloit s'y conformer tous les ans. ÎL avoit déjà publié quelques mois auparavant une instruction signée du pinceau rouge, c'est-à-dire de sa propre main, pour exhorter le peuple à s’adonner sans relâche à l'agriculture.

Au commencement du printemps chinois, c’està-dire, dans le mois de février , le tribunal des mathématiques ayant eu ordre d'examiner quel étoit Le jour convenable à la cérémonie du labourage, détermina le 24 de la onzième lune, et ce fut par le tribunal des rites que ce jour fut annoncé à l'Empereur, dans un mémorial , où le même tribunal marquoit ce que Sa Majesté devoit faire pour se préparer à cette fête. 1.0 Nommer les douze personnes illustres qui doivent l’accompagner et labourer après lui ; savoir, trois princes, et neuf présidens des cours souveraines. Si quelques-uns des présidens étoëgnt trop vieux on infirmes, l'Empereur nomme les a: ”-seurs pour tenir leur place. 2.0 Cette cérémonie ne consiste pas seu lement à labourer la terre, pour exciter l’'émulation par son exemple, mais elle renferme encore un sacrifice que l'Empereur, comme grand pontife, offre au Chang-ti, pour lui demander l'abondance en faveur de son peuple. Or, pour se préparer à ce sacrifice , 1l doit jeûner et garder la continence les trois jours précédens. La même préparation doit être observée par tous ceux qui sont nommés pour accompagner Sa Majesté. 3.0 La veille de cette cérémonie : le monarque choisit quelques seigneurs de la première qualité, et les envoie à la salle de ses ancêtres se prosterner devant la tablette, et les avertir, comme ils feroient s’ils étoient encore en vie (1), que le jour

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(1) Le proverbe dit : Comportez-vous à l'égard des morts comme s'ils étoient encore en vie,

suivant il offrira le grand sacrifice. Voilà en peu de mots ce que le mémorial marquoit pour la personne de l'Empereur, 1] déclaroit aussi les préparatifs que les différens tribunaux étoient chargés de faire. L'un doit préparer ce qui sert aux sacrifices. Un autre, composer les paroles que l'Empereur récite en fai2 sant Le sacrifice, Un troisième , faire porter et dresser les tentes sous lesquelles l'Empereur dinera, s'il a ordonné d'y porter un repas. Un quatrième doit assembler quarante ou cinquante vénérables vieil. lards , laboureurs de profession > Qui soient présens lorsque l'Empereur laboure la terre. On fait venir aussi une quarantaine de laboureurs plus jeunes pour disposer la charrue, atteler les bœufs, et préparer les grains qui doivent être semés. L'Empereur sème cinq sortes de grains, qui sont censés les plus nécessaires à la Chine , et sous lesquels sont compris tous les autres: le froment, le riz, le millet, la fève, et une autre espéce de mil, qu’on appelle cao-leang, Ce furent à%ès préparatifs. Le 24. jour de la lune, Sa Majesté se rendit avec toute la cour en habit de cérémonie, au lieu destiné à offrir au Changdi le sacrifice du printemps, par lequel on le prie de faire croître et de conserver les biens de la terre ; c'est pour cela qu'il l'offre, avant que de mettre la main à la charrue, Ce lieu est une élévation de terre à quelque distance de la ville du côté du midi, Il doit avoir cinquante pieds quatre pouces de hauteur. À côté de cette élévation , est le champ qui doit être labouré par les mains impériales. L'Empereur sacrifia, puis il descendit avec les trois princes ei les neuf présidens qui devoient labourer avec lui. Plusieurs seigneurs portoient eux-mêmes les coffres précieux qui renfermoient les grains qu'on devoit semer. Toute la cour y assista en grand silence. L'Empereur prit la charrue, et fit en labourant plusieurs allées et venues; lorsqu'il quitta la charrue, un prince du sang

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la conduisit, et laboura à son tour; ainsi du reste, Après avoir labouré en différens endroits, l’'Empereur sema les différens grains. On ne laboure pas alors tout le champ en entier, mais les jours suivans les laboureurs de profession achèvent de le labourer. ’

1} y avoit cette année-là quarante-quatre anciens laboureurs, et quarante-deux plus jeunes. La cérémonie se termina par une récompense que l’Empereur leur fit donner. Elle est réglée. Elle consiste en quatre pièces de toile de coton teintes en couleur, qu’on donne à chacun d’eux pour se faire des habits,

Le gouverneur de la ville de Pekin va souvent visiter ce champ , qu’on cultive avec grand soin. Il parcourt les sillons ; il examine s’il n’y a point d’épis extraordinaires et de bon augure. Par exemple, cet été dernier il avertit qu'il y avait telle tige qui portoit jusqu’à treize épis. Dans l'automne, c’est ce même gouverneur , qui doit faire ramasser les grains. On les met dans des sacs de couleur jaune , qui est la couleur impériale ; et ces sacs se gardent dans un magasin construit exprès, qui s'appelle le magasin im pértal. Ce grain est réservé pour les cérémonies les plus solennelles. Lorsque l'Empereur sacrifie au Tien où au Chang-ti, il en offre comme étant le fruit de ses mains : et à certains jours de l’année, il en sert aussi à ses ancêtres, comme il leur en serviroit s'ils étoient encore vivans. |

Instruction par laquelle l'Empereur déclare quel est l'objet de son culte.

Un surintendant de deux provinces écrivit à l’'Empereur, que partout où on avoit élevé des temples à l'honneur du général d'armée Lieou-mong, les sauterelles et certains autres vers ne portoient aucun dommage aux campagnes; et qu’au Contraire les territoires où on ne lui avoit point érigé de temple, se

ressentoient toujours du ravage que ces insectes ont coutume defaire, D’autres grands mandarinsluiavoient aussi proposé différens expédiens superstitieux pour demander ou de la pluie ou du beau temps, selon le besoin. Voici l'instruction que Sa Majesté leur donna pour réponse, laquelle fut publiée par tout l’Empire.

« Surce que j'aiaverti quelques-uns desprincipaux officiers des provinces de prévenir le dommage que les insectes peuvent causer dans les campagnes, on a mal interprété l'intention de mes ordres , et on y a donné un sens détourné qui ne leur convient point. On s'est imaginé mal à propos que je donne dans l'erreur ridicule de ceux qni ajoutent foi à ces esprits qu'on appelle Quei-chin, comme si je croyois que les prières faites à ces prétendus esprits soient un remède à nos afflictions. Voici donc ce que je veux dire,

» l ya entre le Tien et l'homme un rapport, une correspondance sûre, infaillible pour les récompenses et pour les châtimens. Lorsque nos campagnes sont ravagées , ou par les inondations, ou par la sécheresse, ou par les insectes, quelle est la cause de ces calamités? Elles viennent peut-être de l'Empereur même, qui s'écarte de la droiture nécessaire pour bien gouverner, etqui force le Tzen à employer ces châtimens, pour le faire rentrer dans son devoir. Peut-être aussi viennent-elles de ce que les principaux officiers de la province, sur laquelle tombent ces malheurs, ne cherchent pas le bien public, et ne prennent pas la justice pour règle de leur conduite, Ne viennent-elles point aussi, ces calamités, ou de ce que les gouverneurs des villes ne se comportent pas avec équité, et ne donnent pas au peuple les exemples et les instructions convenables , ou de ce que dans telle province, dans tel pays , on viole les lois, on méprise les coutumes , on vit dans le désordre ? Alors le cœur de l’homme étant corrompu , cette belle union qui

doit être corromp!

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doit être entre le Tzen et l’homme, se trouble, se corrompt, et les adversités, les malheurs fondent sur nous en abondance: car les hommes manquant ici-bas à leur devoir , le Ten alors change l’incl:nation bienfaisante qu’il avoit à leur égard.

» Persuadé de cette doctrine, qui est indubitable, aussitôt qu’on m’avertit que quelque province souffre, ou d’une longue sécheresse , ou de l'excès des pluies, je rentre aussitôt dans moi-même; j'examine avec soin ma conduite; je pense à rectificr les déréglemens qui se seroient introduits dans mon palais. Le matin, le soir, tout le jour, je me tiens dans le respect et dans la crainte, Je m'applique à donner au Tien des marques de droiture et de piété, dans l'espérance que, par une vie régulière, je ferai changer la volonté que le 77en a de nous punir.

» C’est à vous, grands officiers qui gouvernez les provinces, c’est à vous à me seconder, C’est à vous, gouverneurs des villes; c’est à vous, peuples, soldats, et autres, de quelque qualité et condition que vous soyez; c'est à vous, dis-je, à vous acquitter aussi de ce devoir. Veillez sur vous-mêmes ; conservez-vous dans la crainte ; examinez votre conduite; travaillez à vous perfectionner; aidez-vous, exhortezvous mutuellement les uns les autres; réformez vos mœurs ; faites un effort; corrigez vos défauts ; repentez-vous de vos fautes; suivez le chemin de la vérité; quittez celui de l’erreur ; et soyez assurés que si, de notre part, nous remplissons tous nos devoirs, le Tien se laissera fléchir par notre couduite bien réglée, et que nous attirerons sur nous sa paix et sa protection; la disette, l'afliction disparoitront; l’abon-

dance , l’alégresse prendront leur place , et nous aurons le plaisir de voir se renouveler de nos jours, ce qu’on admira autrefois sous le règne heureux de l'illustre prince Tching-tang (1). Car je ne puis trop

(1) L'histoire rapporte que voyant son royaume aflligé

, : , Q 4 e , vous le répéter : pour prévenir les calamités, il n y

a pas de moyen plus sûr que de veiller sur soi-même $ de se tenir dans la crainte, et de travailler à sa perfection. Il faut examiner sa conduite, corriger ses fautes, honorer sincèrement et respecter le Tien. C'est par cette attention et ce respect qu’on le touche et qu'on le fléchit. Quand on vous dit de prier et d'invoquer les esprits , que prétend-on ? C’est tout au plus d'emprunter leur entremise, pour représenter au Tien la sincérité de notre respect et la ferveur de nos désirs. Prétendre donc, en quelque sorte, s'appuyer sur ces prières, sur ces invocations , pour éloigner de nous lesinfortunes; lesadversités, pendant qu'on néglige son devoir, qu’on ne veille point sur soimême, qu'on ne tient pas son cœur dans le respect et la crainte à l'égard du T'en pour le toucher , c’est vouloir puiser dans le ruisseau après avoir bouché la source; c'est laisser l'essentiel pour s'attacher à ce qui n'est qu'accessoire. Comment pourriez-vous espérer par une telle conduite, d'obtenir l’accomplissement de vos désirs ?

» De plus, faites réflexion que le Tien , de sa nature, se plait à faire du bien, à répandre ses faveurs , à nous conserver , à nous protéger. S'il emploie la rigueur, c’est l’homme même qui se l’attire , c’est l’homme seul qui est l’auteur de son propre malheur. Et ce qu’il y a de plus déporable, c’est que souvent le vulgaire ignorant et incapable de réflexion , se sentant aflligé , ou par l'excès des pluies , ou par la sécheresse , au lieu de rentrer dans soi-même , d'examiner sa conduite et de corriger ses fautes passées , se livre à la douleur et au dé-

nana

d’une grande sécheresse , il alla sur une colline , et s'offrit au Tien comme une victime pour recevoir le châtiment à la place de son peuple, et que dans ce moment toutes les campagnes furent arrosées d'une pluie très-salutaire.

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sespoir ; et ajoutant fautes sur fautes, crimes sur crimes , il achève par-là de mettre le comble à son infortune. Car tenir un tel procédé , c’est détruire de plus en plus l’union qui doit être entre le Tien et l’homme ; et c’est enfin forcer le Tien à décharger sur nous ses plus redoutables châtimens. Pour moi , je ne doute nullement que la stérilité et les autres calamités que nous avons éprouvées pendant la suite de plusieurs années, n’aient eu pour cause les désordres dont je parle.

» Voici donc , encore une fois, ce que je pense. Je suis véritablement et intimement persuadé qu'il ya entre le Ten et l’homme une union réciproque, et une parfaite correspondance. Je suis bien éloigné d'ajouter foi à ces esprits qu’on appelle Quei-chin. C'est pour vous instruire , vous surtont grandsofficiers de la couronne et des provinces, que je n’ai pas dédaigné de prendre la plume , et d'exposer clairement ma pensée , afin que vous vous conformiez à mes sentimens. C’est là l'unique sujet de cette instruction. »

Je ne pousserai pas plus loin, pour cette année, la traduction de ces extraits. Je crois > Mon révérend père , que vous penserez comme moi , qu'ils sont très-propres à donner une connoissance exacte des mœurs des Chinois et de la forme de leur gouvernement : du moins ne peut-on révoquer en doute la vérité de ces faits, qui sont tirés des mémoriaux , des requêtes, des instructions et des ordres de l’Empereur , dont le public est instruit » et qui se répandent dans tout l’Empire. Je me recommande À vos saints sacrifices , et suis , etc.

Premare . missionnaire de la Compagnie 1: Jesus à la Chine, au Père ***, de la méme Compagnie.

(En 1724.)

MON RÉVÉREND PÈRE, La paix de N,S$.

IL n’y a que peu de mois qu'il m’est tombé entre les wains un livre imprimé à Paris en 1718 , qui a pour titre: Anciennes Relations des Indes et de la Chine, de deux voyageurs Mahométans , traduites de l'arabe. Je ne me serois jamais imaginé qu’un écrivain de la réputation de M. l'abbé Renaudot , eût pu consacrer ses veilles à /zrer de l'obscurité un ouvi age rempli de tant de fables, si je n’avois trouvé son nom dans le privilége du Roi. Mais plu ce nom es célèbre , plus il est capable d’en imposer au public par le grand nombre de faussetés arabesques qu a adoptées, C’est le seul amour de la vérité qui m'engage à les découvrir : et ce même public jugera s’il est ‘ort redevable à M. l'abbé R*** de ce deux vieilles relations qu'il à traduite. de l’arabe , et des éclaircissemens qu'il a cru nécessaires pour renforcer ces deux pièces originales.

Si M. l'abbé R*** ne nous avertissoit , dès le titre de son ivre , que ces Arabes allèrent à la Chme da sle 1X.e siècle , et à la page 341 , que Les auteur d: deux Relations étotent allés à la Clune , ei qu ils avorent connorissance de la ! Ingue ; si, dis-je, il ne nous apprenoit ce fait, je n'auroi

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jamaispu le deviner rla lecture des relationsmêmes; Car non-seulement ces Mahométans ne disent rien de leur voyage et de leur séjour à la Chine; mais de plus tout ce qu'ils en rapportent montre évidemment qu'ils n’y ont jamais mis le pied.

Je ne puis comprendre comment M, l'abbé R*** : étant si habile dans la langue arabe , et ayant acquis une si grande connoissance des livres et du génie de cette infidèle nation, n’a pas fait réflexion qu'il n'y à pas sous le ciel de plus hardi menteur qu’un Arabe, surtout quand il parle des pays lointains, C’est un fait dont J'étois déjà comme persuadé , après avoir lu dans le savant Bochart quelques échanullons de leurs contes : mais Je n'en puis plus douter, après la lecture des relations que M. l'abbé R** à pris la peine de traduire et d’éclaircir,

Supposons cependant avec cet abbé » Que ces deux Arabes ne disent que ce qu'ils ont oui de leurs oreilles , et ce qu ils ont vu de leurs yeux, et. examinons comment ils parlent, Le premier port de la Chine se nomme Can-fn. M. l'abbé R** veut que Can-fu soit Kouang-cheou , comme il assure que Cunbdan est Nankin, Ensuite Par un trait d’érudition chinoise , il nous apprend que /es villes de la Chine Ont cu en divers temps différens noms. Il pouvoit

Er ces noms divers à la tête de chaque ville dans j' du père Martini. Or , ni lui, ni ceux qui lui ont fourni des mémoires > né montreront jamais dans la géographie chinoise , les villes de Can - fu, de Cumbdun, de Cansa et de Hamdou, ; à prenve qu'il üre du monumeut déterré dans le Chen :, et qu'il nous donne pour incontestable > Se tourne contre lui - même : car s’il est vrai que Cumbdan étoit le siége de l'Empire « temps-l}, Cumbdan ne peut pas être Nankin puisque la cour étoit certainement

alors à Tcha S-nghan, Ce -à-dire Stengan - fou , capitale de la p'ovince de Ch: :-si, M, R** eût donc 4 AL

bien fait de retrancher de sa préface l’endroit où il dit que par la Relation des voyageurs Mahométans, on apprend deux faits importans , et qui donnent de grands éclaircissemens sur l'histoire chinotse : de premier , que Cumbdan à été autrefois la capitale de l'Empire ; et l'autre, qu'elle étoit Nankin, ce qui a été inconnu à ceux qui ont le mieux écrit sur la Chine. Revenons aux Arabes.

Il falloit qu'ils eussent l'oreille bien dure , d’entendre Can-fu pour K ouang-cheou , Cumbdan pour Nankin, Difu pour Tchi-fou, Tousang pour Tehihien. Mais Bagboun , pour dire l'Empereur de la Chine, est encore plus curieux ; et pour prouver que Bagboun est un mot chinois , ils ajoutent que des Arabes le prononcent autrement et disent Magboun. C'est dommage que dans la langue chinoise il n’y ait aucun son qui réponde à nos lettres B DR, Car 11 s'ensuit qu’ils n’ont jamais pu dire Bagboun, Difu , Cumbdan , Baichu, Hamdou , et que ces prétendus voyageurs n’ont pu entendre prononcer ces sortes de mots à la Chine , où M. R*** veut qu'ils aient demeuré,

J'ajoute qu'ils n’avoient pas la vue meilleure que l'ouie. En voici quelques preuves. Ils disent que tous les Chinois sont vêtus de soie, et que ceite manière de s'habiller est commune aux princes , aux soldats , et à toutes les personnes de moindre qualité. \\s prenoient appareinment la toile noire ou bleue pour du damas, comme ils prenoient des aiguilles de tête pour des peignes. Car ils disent que des femmes chinoises frisent leurs cheveux , ct qu'elles ornent leurs têtes de plusieurs petits peignes d'ivoire , ou d'autre matière , dont elles ont quelquefois une vingtaine sur la tête. Rien n’est plus singulier que l'invention de ces peignes , et ils feroient bien rire les Chinois , si on leur faisoit part de cette rare découverte des marchands arabes,

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Pour les cheveux frisés , soit hâturellement, soit par art, c'est une chose tellement inouie, que j'ai vu des Chinois douter si les vers lyriques du Chihing (Vun de leurs livres sacrés } avoient été faits à la Chine, parce qu’en parlant des cheveux d’une reine , le poète dit qu’#/s formeient Plusieurs boucles sur ses épaules. Mais écoutons nos Arabes,

Les hommes mettent deux , trois , quatre , cin caleçons et davantage les uns sur les autres. Voil bien des calecons , vu les chaleurs de Can-fu ; je voudrois que la plupart des Chinois en eussent seulement deux contre les grands froids de Pekin.

On voit dans les places publiques une pierre de dix coudées de hauteur, sur laquelle sont gravés des noms de tous les remèdes avec la taxe de leur prix. Les lettres étoient donc bien menues, et la pierre d'üne largeur bien énorme: cat la listé des remèdes chinois feroit seule un justé volume, et je né Conçois pas comment on les eût pu lire à dix coudées de haut sans le secours d’une échelle,

Dans chaque ville, il y à une sonnette attachée à la muraille sur la tête du prince ou gouverneur , et laquelle on peut sonner avec une corde étendue à près d'une lieue , et qui traverse le chemin , afin que tout le peuple puisse en approcher. Cette imagination est des plus grotesques , et elle réjouiroit bien les Chinois. M. l'abbé R*** n’en est point choqué , tant il compte sur la sincérité de ses Arabes ; et pour montrer que cela est vrai, c’est, dit-il , qu’au rapport du père Martini, on voit un tambour à l’entrée du palais des mandarins.

Les bâtimens des Chinois sont de bois , du livu que les Indiens bétissent avec la pierre , le plätre, la brique et le mortier. Les maisons chinoises n'ont point différens étages.

I! faut convenir qu’à la Chine les maisons ne sont point de pierres de taille depuis le bas jusqu'au

haut, ni à quatre ou cinq étages comme en Europe.

Mais M. R*** doit convenir aussi , quoiqu’en disent ses Mahométans , qu’à la Chine les maisons des personnes aisées sont toutes bâties de briques , et que rien n'est plus fréquent chez les gros marchands, que les Zeou, c'est-à-dire, des corps de logis à double étage. Ils ont d'ordinaire leur magasin à celui d'en haut.

T!s enduisent leurs murailles avec une colle particulière, qu'ils font avec de la graine de chanvre , qui devient blanche comme du lait; et en marge MT. l'abbé R*** avertit que cette colle est le vernrs. Du vernis blanc comme du lait! C'est faire mentir le proverbe chinois, qui dit: Noir comme du vernis.

Les cités ou grandes villes ont quatre portes ; comme si les petites ‘en avoient moins, ou que les grandes n'en eussent pas plus. Il y en a neuf à Pekin et huit à Canton.

A chacune desquelles portes il y a Cinq érom-

pettes peintes au-dehors avec de l'encre de la Chine $ dont les Chinois sonnent à certains temps du jour et de la nuit, et qui se font entendre à mille pas

de distance. WU faut mettre ces trompettes avec la corde d’une lieue , et la pierre de dix coudées.

Les Chinois ne battent point d'autre monnaie que de petites pièces de cuivre ; les payemens de ce qui s’achète ou se vend , terres » Meubles , marchandises , denrées, se font en cette monnaïe. Cela veut dire qu’on se sert à la Chine , comme en Europe, de liards de cuivre dans le commerce; et toute la différence entre les Chinois et nous , C’est ‘que nous avons des monnaies d’or et d'argent de

diverse valeur, et que les Chinois n’ont que de l'argent qu'ils coupent par morceanx , et se servent de balances, ajoutant ou diminuant jusqu à la somme dont on est convenu. Le moyen de comprendre que des marchands arabes , qu'on prétend avoir fait

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. © /53 commerce à la Chine , aient pu ignorer une chose si commune !

Les Chinois sont les plus adroits de tous les peuples du monde en toutes sortes d aris , el parficulièrement en peinture, Is disent ailleurs , et M. l'abbé R*** d'après eux, que les Chinois ne savent rien. Quand donc ils sont contens de guelqu'un de leurs Ouvrages , 1ls le portent au gouverneur ; qui le fait exposer en public l'espace d'un an. Ils prouvent cette chimère par la belle re marque d’un bossu , ne voyant pas que cela détruit l'idée qu'ils avoient donnée de l'habileté des Chinois en fait de peinture ; car il ne faut pas être fort habile pour dire avec ce bossu > Qu'un oiseau ne peut se percher sur ün épi de blé sans le Jaire plier.

Les chevaux de poste ont la queue coupée. Les personnes qualifiées ont des cannes dorées de la longueur d'une coudée > Qui sont pèrcées par les deux bouts ; ils s'en servent pour faire de l'eau , et ce tuyau conduit assez loin d'eux.

Voilà une partie des choses rares dont ces arabes ressuscités par M. R*** régalent le public, Pour s'assurer de tous ces faits » et de plusieurs semblables que je ne daigne pas relever , il est clair que ces deux Arabes n’avoient qu’à ouvrir les yeux. Mais puisqu'on n’a jamais rien vu à la Chine de tout cela, n'est-il pas évident que ces deux aventuriers voulant faire des relations, ont pris sans choix et sans goût tout ce qu’une imagination arabesque a pu leur fournir? Ils sont cependant assez résérvés pour ne se vanter nulle part d'avoir demeuré À la Chine , et d’en savoir la langue.

Mais pour vous faire mieux sentir le ridicule de ces relations , ayez, je vous prie, la patience de les souffrir encore un moment,

Les Chinois sont entièrement exempts de la dé-

bauche du vin. C'est-à-dire que la plupart des Chi-

nois ne s'enivrent jamais que quand ils n’en ont pas l’occasion, Il se consomme ici une si grande quanutf de riz et de blé pour fournir du vin et de la raque aux ivrognes , que si l’on pouvoit réduire les Chinois au seul thé, il n’y auroit plus de famine à craindre dans l'Empire,

Les Chinois mettent le péché ubominable av nombre des choses indifférentes. Ws devoient plutôt dire que bien des Chinois ne croient pas que l'ivresse soit un péché : car pour l’autre excès » bien qu’il ne règne que trop, surtout dans le Fo-kien, ils avouent Cependant que rien n est plushonteux. Mais comme les Mahométans sont fort sujets à ce vice abominable , ils. ont, voulu donner à entendre que les Chinois ne s’en font point un scrupule. On condamne pourtant à mort ceux qu sont atteints de ce crime , comme un Mahométan l'éprouya lan passé à King-te-tching , lien où se fait Ja porééliine : car ayant été accusé et convaincu dé sodomie ; 1 fut étranglé par arrêt du feu Empereur,

Ce seroit tromper le public que de dire qu’il n’y a point de courtisanes à la Chine ; mais rien de plus follement imaginé que ce qu'on lit dans la seconde relation (page 57 ) de ces femmes , qui , devant le commandant de la garnison, déclarent en pleine audience l'aversion naturelle qu'elles ont pour le Mariage , el qui , après s'être ainsi déclarées , sont couchées sur l’état, y reçoivent tous les ans tant de falons, c'est-à-dire de liards ; et si quelqu'un S’asisoit de les épouser , il seroit puni de mort.

Vous aurez vingt coups de béton sur le derrière : font-ils dire à un juge chinois, Puis ils ajoutent : ce supplice est tel, que le criminel ne sauroit le souffrir sans mourir. Aussi ne voit-on personne qui ait la hardiesse de s'exposer à un péril si certain. Vingt ou trente coups de canne. sur le derrière , c'est, pour ainsi dire , le pain quotidien des Chinois.

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ÉDIFIANTÉS ET CURIEUSES. 455

C’est une correction paternelle du mandarin, liquelle n’a rien d'infamant, et qu'ils reçoivent avec action de grâces , et sans aucune suite ficheuse, H ne faut presque rien pour être ainsi paternellement châtié. Avoir volé une bagatelle , s'être emporté de paroles, avoir donné deux ou trois coups de poing , etc, si cela va jusqu’au mandarin , il fait aussitét jouer le Ppan-issee : C'est ainsi que s'appelle cette grosse canne fendue et à demi plate, dont on bat les coupables, «

Le prince ne s’'assied point dans son tribunal, qu'il n'ait bien bu et bien mangé , de peur de se tromper en quelque chose. C’est cependant la maxime chinoise , qu’il faut être à jeun quand on traite une affaire importante , de peur que les fumé»s dn vin et des viandes venant à troubler le cerveau , On ne manque en quelque chose à son devoir,

À la Chine, lorsque quelqu'un des princes ow ÉOUvETnéurs des villes , qui sont soumis à l'Empe- VEUT ; Ü 0/NMIS un crime , él est égorgé, ct on Le Mange. EN dlnéral, les Chinois mangent tous ceux Qui SU tubs, M ea assez ordinaire de voir les mandarms perdre leur charge : mais s'agit-il de perdre la vie , céla né va pas si vite, Les Chinois sont persuadés que la vie de Fhomme est quelque chose de si précieux , qu'il n’y a que l'Empereur seul qui puisse condamner à mort; un meurtre commis dans l'étendue du gouvernement d'un mandarin , est capable de le faire casser de son emploi. Pour ces COrps morts qui servent de pâture aux vivans , c’est une vision si fausse et si absurde , qu'on ne doit pas la relever,

L'Empereur de la Chine ne parott en publie que tous les dix moïs, et il tient pour maxime, que les Préncipautés ne subsistent que par le force. Je ne sais ce que veulent dire ces Arabes , par paroître en public tous les dix mois, I est seulement vrai

que , suivant la doctrine chinoise » l'Empereur doit se tenir comme caché , et ne se faire sentir que par ses bienfaits, imitant en cela le Roi des rois , dont il tient la place. Mais il faut être Arabe > pour dire que la maxime des Chinois est g4’on doit employer la force et la violence , afin de maintenir parmi des peuples la majesté de l'Empire. Non , ce n’est point ainsi que doit se gouverner un Empereur de la Chine, qui est, selon leur manière de s'exprimer , le père et la mère du peuple. C’est par sa bonté seule et par ses vertus qu’il doit se faire craindre , à proportion qu'il se fait aimer. Ce sont là les traits dont les Chinois peignent leurs empereurs , et il n’y a qu’à lire leurs livres pour en être convaincu,

Les Chinois mettent de la nourriture auprès des cadavres ; et lorsque le matin ils ne trouvent plus Len , Les simaginent que les morts mangent et qu'ils boivent , et ils disent : Le mort à mangé.

Le second voyageur déclare que la chose n’est pas ‘ainsi, et que certe pensée n’a aucun Jondement, Que! part prendra M. l’abbé R***? A qui de ces deux héros donnera-t-il gain de cause ? Le premier qui rend les Chinois ridicules , a raison. Le second qui les défend , ne sait ce qu'il dit. Cette coutume , dit M. R°**, de servir à boire et à manger aux morts, sur laquelle Abuseïd fait quelque critique) est encore en zsage. C’est détourner la difficulté, I] s’agit de savoir si:?s Chinois s’imaginent que les morts mangent, Voilà ce que le Mahométan d'Arabie plus sincère , déclare n’avoir aucun fondement, M. R** n’osant 1? donner le démenti, croit s'échapper, en disant jd'on sert encore aujourd’hui à boire et À manger s'imaginent grossièrement , que les esprits de leurs ancêtres viennent se reposer sur des tablettes qu'ils mettent sur un autel à leur honneur. Sans doute qu’ils viennent se percher là, pour se repaître

aux morts. Et à la page 371, il dit que /s Chrnors :

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des plus pures exhalaisons du vin et des viandes qu’on leur sert. Si M. R*** ne le dit pas ; il paroît qu'il le suppose,

Autre remarque de ces prétendus voyageurs, Les Chinois n’ont peint de sciences ; leur religion aussi bien que leurs lois tiennent leur origine des indes. Je ferai voir dans la suite de cette lettre , que c’est bien vainement que M. R** s'efforce d'appuyer ce qu’avancent ses chers Arabes. Pour finir en peu de mots ce qui les concerne , je dis hardiment qu’à la réserve d’un petit nombre de faits qu'on savoit déjà, et qui ne sont de nulle importance ; par exemple, que /e riz est lu nourriture ordinaire des Chinois ; que leur boisson est une espèce de vin fait ävec du TEZ ; que leur deuil dnre trois ans ; qu’ils ne croient point que les morts viennent boire ou munger ; que leurs liards ont dans le milieu un trou, par lequel on les enfile ; qu'ils ne portent point de turban , et que la circoncision n’est Pas en usage parmi eux ; tout le reste n’est qu’un tissu d’absurdités et de fables, en ÿ comprenant /c révolte de Baïchu l'an 877, et l'Empereur qui s'enfuit de Cumbdan Jusqu'à Hamdou, ville frontière du côté de la province de Thibet ; le conte burlesque de Ebn-Wahad , Cousin de Mahomet, et sa longue et familière conversation avec l'empereur de la Chine, qui se met humblement au-dessous du roi des Arabes ; et enfin le succès de cet autre Mahométan , qui pénétra jusqu’à la cour, alla droit à la sonnette impériale , et gagna son procès contre un eunuque favori du Roi,

Je laisse à juger si des relations de ce caractère méritoient de voir le jour. Si M. R** en les déterrant, et en y joignant ses éclaircissemens , n’avoit fait qe montrer le peu de connoissance qu'il a de la Chine, cmme quand il dit que le roi Foi, c'est l'idoie Fo que les Indiens adorent, et autres choses semblables , je ne ferois qu’en rire, et je ne perdrois

pas le temps à le réfuter. De même, s’il n’avoit fait que ramasser divers passages de Marco Paulo Veneto, de l'ambassade des Hollandais, du père Navarrette, et d’autres écrivains de même force » persuadé que le mensonge n’est pas moins mensonge pour couler par divers canaux , je me contenterois de ce que j'ai dit pour la défense de la vérité. Mais comme cet abbé enchérit encore sur ces écrivains, la qualité d’ancien Missionnaire de la Chine m'oblige de détruire les pernicieuses impressions que le livre d’un auteur célèbre , et dont le seul nom impose , pourroit faire sur les esprits.

Je dis donc ,en premier lieu , que M. FAbbé R***, sans mauvaise intention à ce que je dois croire, a rendu peu fidèlement plusieurs passages d'écrivains jésuites, et leur fait dire de grandes extravagances. Je n'en donnerai qu'un exemple, car je serois trop long , si je les rapportois tous. Il se trouve à la page 187. Mais pour en connoître le ridicule, il faut entendre les termes , et savoir que tar signifie race , famille, dynastie ; et que dans l’histoire chinoise on trouve de grandes, c’est-à-dire, de longues dynasties ; et d’autres petites , c’est-à-dire , qui ont eu peu de durée. Ou signifie cinq , ou-fai , cinq dynasties. La famille des Tang , qui est une des grandes, puisqu'elle a duré près de trois cents ans, se rencontre justement entre dix petites. Cinq l'ont précédée , et cinq autres la suivent. Sex veut dire devont , et #cou veut dire après. Or il n’y a qu’à jeter les yeux sur use chronologie chinoise , pour voir que la famille des Tsin commence l’an de Jésus-Christ 266 ,; et finit l'an 420. Viennent ensuite cinq familles , qui se succédèrent l’une à l’autre jusqu’à l’an 6:19. Le fondateur de la dynastie des Tang monta cette annéelà sur le trône , et ses descendans le possédèrent tranquillement jusqu’à l'an go7 , où commence la première des cinq familles postérieures Heou-tar,

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