‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 4)Chapitre 49 sur 63 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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464 LETTRES qu’il est bien difficile d'accorder cela avec la chronologie même des Septante, qu’on ne peut plus reconnoître l'universalité du déluge, et qu'on attribue aux premiers empercurs chinoïs des inventions gue l’Ecriture attribue à d'autres. Mais que fait tout cela contre le calcul astronomique d’une éclipse de soleil, vue et observée à la Chine 2155 ans avant Jésus-Christ ? Je lui abandonne volontiers les temps plus reculés ; et m’en tenant à cette époque, tout ce que dit cet abbé s'évanouit de lui-même. Pour ce qui est de la version grecque , nous n'avons pas la même délicatesse que les écrivains protestans , et nous ne craignons point de nous égarer, en suivant une chronologie que l'Eglise romaine adopte dans son martyrologe. Quant aux inventions qui le choquent, comme elles ne se trouvent que dans des temps mythologiques , "je ne m’y arrête pas.

IL. C’est surtout aux lettres hiéroglyphiques dont se servent les Chinois, qu’en veut M. l’abbé R**, Ila pour ces lettres un souverain mépris, et il est effrayé de leur multitude. Ne trouvant point d'A B C pour se conduire, il ne sait à quoi se tenir, et il proteste que cette manière d'écrire est la plus sotte chose qui soit au monde. Si M. R*** savoit le chinois comme il sait l'arabe, peut-être auroit-il plus d’estime pour des monumens que leur antiquité doit rendre respectables. Il est bien vraisemblable que les premiers hommes qui, après la confusion des langues, prenant leur route vers l’orient , eurent la Chine pour partage , y apportèrentavec eux les livres qu'ils avoient reçus de leurs pères , et qu’ainsi ils ne s’'amusèrent point à chercher d’autres lettresque celles de ces monumens antiques. On sait que les Babyloniens, les Egyptiens et autres anciens peuples, avoient leurs lettres hiéroglyphiques; mais je crois que la plupart n’étoient que de pures peintures énigmatiques ; témoin l'inscription que l’on voyoit gi

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la porte du temple de Diospolis : un jeune enfant, un vieillard, un épervier , un poisson et un crocodile, le tout pour exprimer cette sentence morale : O vous , qui naïssez et qui mourez Presque en même JMpS ; souvenez-vous que Dieu a en haine l'impu-

ence. Du moins c’est ainsi que Clément Alexandrin l'explique. Ce que les Égyptiens exprimoient d’une façon si obscure » Si diflicile, si bornée et sans aucune règle certaine, les vrais hiéroglyphes de la Chine le font d'une manière plus aisée, plus noble , plus universelle et plus méthodique : je dis plus aisée ;. car il est bien. plus facile d'écrire ce Caractère #, que si l'on vouloit faire un arbre tout entier; plus noble, car avec peu de traits on peint les idées les plus sublimes ; plus universelle, car ils comprennent tout ; et plus méthodique, car ce ne peut pas être le fruit du hasard, Ils ont été faits sur des règles cer taines , et il y a des classes générales auxquelles ils doivent-se rapporter.

IL est certain que plus les intelligences sont par faites, plus elles pensent et communiquent leurs pensées avec des espèces plus générales, plus fécondes, et en même temps plus simples, Attachés à un corps matériel, nous avons besoin de sons et de paroles POUr entretenir commerce les uns avec-es autres. Les Anges, d’un ordre plus élevé, n’ont pas besoin d’un secours si grossier, Les hiéroglyphes dont je parle tiennent comme le milien. Les yeux ne sont Pas si purs ni si légers que lesprit; mais ils vontet plus vite et plus loin que l’ouie. Les hiéroglyphes ne sont point du ressort de l'oreille, c’est par les yeux qu'ils vont à l'esprit; et dans les peintures raccourcies qu'ils lui présentent, il conçoit d’une manière vive et claire ce que la bouche ne pourroit lui dire qu’imparfaitement avec le secours de beaucoup de paroles.

Si donc M. l'abbé R*** a raison de dire ue l’invention des vingt-deux lettres de l'alphabet hébreu,

paroissant au-dessus des forces de l’homme, doit venir d'inspiration divine, cela doit se dire de même des hiéroglyphes; mais il soutient qu’il est bien plus merveilleux d’avoir composé une infinité de mots avec vingt ou trente figures, que d'en multiplier les Jigures en si grand nombre, que la vie de l'homme ne suffise pas pour les connoître toutes ; c'est ce qu'ont fait les Chinois qu'on admire tant ; et avec leurs soixante ou quatre-vingt mille caractères , il leur manque encore quelques lettres , comme R. Sans doute que M. R*** s'imagine que ce son qu'on a donné à nos lettres, entre dans l'essence des hiéroglyphes chinois , parce qu’il ne sait pas que n'étant point faits pour parler aux oreilles , ils n'ont d’euxmêmes ancun son, et qu'on pourroit les connoître tous , sans le secours d’aucune langue , s’arrêtant aux seules idées qu’ils présentent à l'esprit.

Mais quand M. R*** admire comment , avec un alphabet de vingt-quatre figures, on a pu former tous les mots de la langue grecque ou arabe; s’il savoit ce que c’est que les hiéroglyphes , il admireroit avec bien plus deraison, comment de trois élémens, savoir le point unique — , la ligne de deux points ——,et la ligne entière ——— qui en contient trois, on a pu tirer ce prodigieux nombre de divers caractères. Au reste, toutes ces figures ne doivent pas tant l’effrayer ; c’est vouloir effaroucher les gens à plaisir , que de leur présenter quatre-vingt mille lettres à dévorer , s'ils veulent apprendre le chinois. Avec le peu de facilité que j'ai, je me suis mis en état, en trois ou quatre ans , de lire et d’entendre les livres de la Chine. Quand on sait cinq ou six mille lettres , il n’y a presque plus de livres qui arrêtent; et c’est par la lecture , que ces lettres revenant sans cesse , s'apprennent peu à peu et sans qu’on y fasse presque réflexion. Je suppose que M. R°* sait le grec ; il conviendra pourtant qu'il est

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obligé de recourir de temps en temps à son /exriron. Il en est ici tout de même : il faut bien quelquefois consulter les dictionnaires. it

M. R°** assure que sz l'on ajoutoït les inflexions que reçoivent ics noms et les verbes , qui ont un caractère particulier dans lo langue chinoïsé , le nombre en seroït infini, er SurpasSeroit de beaucoup celui des caractères chinots. Je Croyois d’abord qu'il vouloit dire, qu’il ÿ à à la Chine dés caractères particuliers pour chaque modification des verbes et des noms , et cela me Paroissoit assez plaisant; mais j'aime mieux avouer que je n’y comprends rien. Il me donne au moinsoccasion d’avertir en passant, qu’encure que la grammäire chinoise soit dégagée de la plupart des épines que présentent les nôtres, elle a Pourtant ses règles, qu'il fant tâcher d’abord de bien apprendre ;: sans quoi l’on s’imagine entendre tout ; lorsqu'on n’entend rien; ét si l'on veut se mêler de traduire du chinois, on fait à Coup sûr presque autant de fautes qu'on écrit dé mots.

Pour ce qui est des lettres nouvelles, que les Jésuites , selon M. l'abbé R**, furent contraints de faire, pour enseigner aux Chinois les mathématiques, de même que cet alphabet inventé par les mêmes Missionnaires , pour suppléer à ce qui manquoit à celui des Chinois; tout cela doit se mettre au rang des trompettes , et de la corde d’une lieue des marchands arabes. Les Chinois n’ont jamais eu et ne peuvent avoir d’alphabet, Ils réduisent leurs lettres sous diverses classes, allant toujours des plus simples aux plus composées.

Or peut distinguer trois sortes de langages chez les Chinois : celui du peuple, celui. dés ‘honnêtes gens, et celui des livres. Bien que le premier ne soit pas si peigné que les deux autres, je ne vois pas comment il est si fort au - dessous de nos langues d'Europe , puisqu'il n’a cert&inementéaucun dés

468 LETTRES défauts que lui prête M. l'abbé R***, Quelques Européens missionnaires , peu habiles, trouvent des équivoques où il n’y en a pas l'apparence ; et ne s'étant point gênés d'abord à bien prononcer les mots chinois avec leurs aspirations et leurs accens, il arrive qu’ils n’entendent qu’à demi ce que disent les Chinois, et qu'ils ont beaucoup de peine à se faire entendre eux-mêmes. C’est une faute en eux , et ce n'est point un défaut dans lalangue , qu’ils devoient mieux étudier. Le père Trigault, que M. l'abbé R*** cite, aura trouvé dans quelques:mémoires , que les letirés tracent souvent avec le doigt ou,avec l'éventail, des lettres sur les genoux ou en l'air, ce qu'ils font par vanité ou par Coulume; et voilà toute l’occasion u’il a eu d'avancer ce fait.

Au-dessus de ce langage bas et grossier, qui , quant à la prononciation , se varie en cent.manières, et qui ne s'écrit presque jamais, 1l y en à un autre

lus poli et plus châtié, qui s'emploie dans une in- {inité d'histoires vraies ou feintes , d’un goût très-fin et très-délicat, L'esprit , les mœurs, l’urbanité, les peintures vives, les caractères, les contrastes: rien n'y manque. Ces petits ouvrages s'entendent et se lisent sans beaucoup de peine. J’en ai lu un assez grand nombre , et je suis encore à y remarquer une expression louche; mais jy ai senti partout une netteté et une politesse qui ne le cèdent guère à nos livres les mieux écrits.

Après ces deux manières de s'exprimer, l’une pour le petit peuple, qui est moins soigneux de Farrangement de ses paroles, et l’autre qui devroit être celle des mandarins et des lettrés , vient le langage des livres, qui ne sont point écrits en style familier ; et il y adans ce genre-ci bien des degrés pour parvenir à la briéveté majestueuse et sublime des anciens livres appelés Xing. Ce n’est plus ici une langue quise parle , muis seulement qui s'écrit, et

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qu'il ne seroit pas aisé d’entendre sans le secours des lettres qu’on a sous les yeux , et qu'on lit avec plaisir : Car On trouve un style net et coulant ; on ne sentrien qui choque une oreille délicate ; et la variété des accens ménagés avec art, rend toujours un son harmonieux et doux.

M. Vossius avoit raison de dire ; que l'abondance de la langue chinoise vient de la multitude des caräcières, Îl faut ajouter qu’elle naît aussi des sens divers qu’on leur donne et de l'assemblage qu'on en fait, les mariant le plus ordinairement deux à deux, assez Souvent trois à trois , et même quelquefois quatre à quatre. J'ai un dictionnaire fait par les ordres du feu Empereur : il ne comprenoit pas toute la langue, puisqu'on a été obligé d'y ajouter un supplément en vingt-quatre volumes, et cependant il avoit déjà quatre-vingt-quinze tomes, la plupart fort épais et d’une écriture très-menue. I] n'y à pas, je crois, de langue au monde qu'on ne püt épuiser en beaucoup moins de tomes. Il n'y a donc point de langue au monde, ni qui soit plus riche que la langue chinoise, ni qui puisse se vanter d’avoir régné plus de trois ou quatre mille ans » Comme elle règne encore aujourd’hui.

XL. Pour venir aux sciences des Chinois , et à l'antiquité de. leurs livres, M. l'abbé R** ne fait nulle difficulté de mettre le savant Vossiué bien au-dessous de ses deux marchands arabes ; et il regarde cet habile critique comme un homme entière ment livré à la prévention. C’est Je Jugement d'un homme, dit-il, qui n'avoit jamais été à la Chine, qui ne connoissort ni la langue ni les livres du pays, que par des traductions dont il n’étoit pas capable de juger. Or les Arabes auteurs de ces deux relations étotent allés à la Chine ; Us avotent connoïssance de la langue, et Par conséquent ils étoient plus capables de juger de la science des Chinois, que

arme

M. Vossius, dont la prévention étoit excessive. M. l'abbé R*** n’avoit pas prévu sans doute que ce raisonnement se tourneroit contre lui-même : car enfin est-il allé à la Chine ? connoït-il la langue et les livres du pays ? est-il capable de juger des traductions qui en ont été faites ? Il faut donner une légère idée de ces livres si anciens, que Confucius, Mencius , et les autres philosophes n’ont fait qu’interpréter , et qui ont toujours été , et sont encore dans la plus grande vénération parmi les Chinois. Il peroït que M. l'abbé R*** n’en a jamais eu de connoissance,

Ces livres, si respectés de la nation chinoise, . s'appellent Xzng , qui signifie une doctrine sublime, prate et solide. {] y en a principalement trois d’un ordre supérieur , et admirés de tous les Chinois dans tous les témps, sans distinction de sectes et d’opinions particulières, Le premier s'appelle Fi-King ; c'est un ouvrage purement symbolique ; c’est une image de ce monde visible. Le peuple ignorant ne voit que ce qui frappe les sens, un ciel, une terre, des plantes, des animaux, etc. Les sages y découvrent bien d’autres merveilles. Le deuxième s'appelle Czu- King : il décrit les vertus de divers héros , que les grands empereurs prennent pour leurs modèles. Le troisième , qui s'appelle CÆr-King, est un recueil de cantiques , au nombre de trois cents, qui, sous les images que la poésie fournit, chantent le même objet, On prétend qu’autrefois il y en avoit encore deux de la même beauté et de la même autorité. L'un s’appeloit Li-King , et établissoit des cérémonies, afin de régler l’extérieur. L'autre se nommoit Fo- King, et traitoit de la musique, afin de mettre la paix au-dedans. Ces deux derniers livres ne sont point venus jusqu’à nous. |

C’est avec raison que le savant Vossius avoit loné l'antiquité de ces livres. M. l’abbé R*** croit-1l l'avoir

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 471 réfuté par /’:mprimerie qui n’est pas si ancienne qu'on le dit, par le Papier chinois qui est trop fin Pour durer long-temps, et par le ais conte d'une vieille qui colla contre sa muraille les livres de Confucius et de Mencius, alors écrits sur de l'écorce, €: par Ce moyen les sauva dufeu de l'empereur Ching?

Les Chinois n’ont jamais songé à écrire sur de l'écorce. Maisavant l'invention du papier, les planches de bois et les tablettes de bambou sur lesquelles ils gravoient et écrivoient leurs Kings, étoient beau- Coup plus durables que le plus fort et le meilleur parchemin d'Europe. On écrivit donc d’abord avec un poinçon de fer sur des tablettes de bambou : ensuite on se servit du pinceau pour écrire sur du satin. On grava de plus les ings , sur de dures et de larges

ierres. Enfin, sous la dynastie des Han, on inventa à papier qui n’est point si fragile que croit M. R***, Mais fût-il beaucoup plus fin qu’il n’est, les planches de bois demeurent entières ; quand la brosse commence à les user, on les renouvelle.

Au reste Tsin-chi-hoang , en faisant brûler ces livres, n’avoit en vue que de se maintenir dans la tranquille possession du trône dont il s'étoit rendu maître. Les lettrés de ce temps-là ne pouvant souffrir un roi qui vouloit être absolu, abusoient du C4v- Atng ; et ayant sans cesse À la bouche un Tching-tang qui chassa l’infâme Kï6, et un Vou-vang qui détrôna le tyran Tcheou, ils Souflloient de tous côtés le feu de la révolte ; c’est ce qui engagea le nouveau monarque à ôter aux lettrés chinois des livres qui entre leurs mains causoient du trouble. Le Li-king néanmoins fut épargné, parce qu’étant moins intelligible que les deux autres, il étoit moins dangereux. On conserva de même les autres livres de médecine ÿ d'agriculture, etc. Ce fut alors que plusieurs lettrés voulant sauver du feu des monumens qui leur étoient si chers , ouvrirent les murs de leurs maisons et les

472 Ps LETTRES

ensevelirent là comme dans un tombeau de briques, dame d'où ils espéroient les retirer quand l'orage seroit | ancie passé. Voilà ce qui a fondé le conte, rapporté sur la ensei foi des Arabes, de cette vieille qui colla contre sa rain, muraille les livres de Confucius. : tife,.

Le peu de connoissance que M. l'abbé R***a de £ c'est ces livres, paroît par ce qu'il dit page 346. La table À fice f des combinaisons des lignes au nombre de soixante- À c'est quatre, est une énigme assez inutile, et de laquelle À de la on peut tirer tel sens qu'on voudra. Maïs outre qu'or qu’elle n’apprend rien , il est aïsé, de connoitre que | toute c'est une mauvaise copie de quelques fragmens du | regar Timée et d’autres écrits des pythagoriciens. Etun | et ell peu plus bas, après avoir cité un endroit du père |! tienn Martini, qui devoit lui ouvrir les yeux, il ajoute : ce no Lorsqu'ensuite on trouve que les philosophes chinois | que t prétendent tirer de ces lignes combinées non-seule- | Il ment les principes de la physique, maïs encore les | autres règles de la morale, on a peine à croire que ceux moni( qui débitent de pareïlles visions le fassent sérieu- sont sement. que di Quoique M. R** parle d’un ton décisif, ilparoït | comm néanmoins qu'il ne sait seulement pas quelle est la donné construction de cette table : car ce nombre de 64 servir qu’il nous donne, doit-il s'entendre des lignesou bien des combinaisons? mais dire, comme il fait, qu'il est aisé de reconnoître que c’est une mauvaise copie des écrits des pythagorigiens , c’est ce qui ne se con- noissai çoit pas; car il est constant que cette suite nécessaire a été de 64 symboles de six lignes chacun, et qui en donne ont to: 384, dont la moitié, c’est-à-dire 192 sont entières | vénére et formées de trois points, et les 192 autres sont et ils brisées , et seulement de deux points; il est, dis-je, une so constant que ce monument existoit plusieurs siècles a-t-1l } avant que Pythagore vint au monde. | aposto IV. La religion de la Chine est toute renfermée mot 7 dans les Ang. On y trouve quant à la doctrine fon- Ciel,

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damentale, les principes de la loi naturelle que les anciens Chinois avoient reçus des enfans de Noé. Ils enseignent à connoître et à révérer un Etre souverain. L'Empereur y est tout ensemble et roi et pontife, comme étoient les patriarches avant la loi écrite ; c'est à l'Empereur qu'il appartient d'offrir le sacrifice pour son peuple en certain temps de l’année ; c'est à l'Empereur d'établir les cérémonies et de juger de la doctrine. I n’y a proprement que cette religion qu’on puisse appeler Ju-kiao (la religion de la Chine): toutes les autres sectes répandues dans l'Empire sont regardées comme étrangères, fausses et pernicieuses, et elles n’y sont que tolérées. La seule religion chrétienne étoit autorisée par un édit public; mais sous ce nouveau règne elle a été proscrite de la manière que tout le monde sait.

Il est clair que depuis la loi de grâce, les deux autres lois ayant été abolies par rapport à leurs cérémonies, et perfectionnées dans leurs dogmes, elles Sont maintenant inutiles au salut: elles ne peuvent que disposer les peuples à embrasser le christianisme, comme Clément d'Alexandrie dit que la loi avoit été donnée aux Juifs, et la philosophie aux Grecs » pour servir aux uns et aux autres de pédagogue, afin de les amener tous à Jésus-Christ.

Cependant M. abbé R** rebat sans cesse que les Chinois sont des athées, et qu'ils n’ont nulle connoissance de l’Etre souverain. Ceste question, dit-il, a été agitée de nos jours ei décidée. Les Jésuites Ont toujours eu et auront toujours la plus profonde vénération pour les décrets émanés du saint Siége, et ils les observent avec une entière obéissance et une soumission parfaite, Mais en quel décret cet abbé a-t-1l lu que les Chinois sont des athées ? Le précepte apostolique veut que pour exprimer Dieu, au lieu du mot Tien, qui peut être équivoque et qui veut dire Ciel, on emploie le mot Tren-tchu > Qui signifie

Seigneur du ciel. Est-ce dans ce précepte qu'il a trouvé l’athéisme des Chinois? y

Il est vrai que passant légérement sur cette preuve, il s'attache à une autre qui lui paroït démonstrative : c'est qu’il n’y point de mot dans la langue chinoise pour exprimer Dieu; d’où il conclut que les Chinois sont athées; il a recours pour cela à l'inscription chinoise du Chen-si. S7 ceux qui l'ont faite, poursuit-il, avoient trouvé quelque mot qui signifidt l'Etre souverain , ils s’en serotent servis plutôt que du mot syriaque ALOHO. Ils firent donccomme les Espagnols ont fait depuis, en se servant du mot Dios, pour instruire les Américains.

S'il trouve le nom propre de Dieu dans 4/0h0 , que signifie la comparaison de Dios enseigné par les Éspagnols aux Américains? Ne sait-il pas que Dos vient de Deus, Deus de Theos, Theos de Theeïn, qui signifie courir ? D’autres trompés par la vue du ciel, dit Clément Alexandrin, et charmés du cours des planètes, les mirent au nombre des dieux, Theous ek Thoun Theeïn onomasantes. M. l'abbé R** prétend-il que ce soit là le nom de l'Etre souverain, qui ne se trouve point dans la langue des Chinois? le mot chinois Tao, qui n’est pas fortéloigné de Theos, au moins pour le son, n’a-t-il pas un sens qui pouvoit aussi lui convenir? car enfin cet hiéroglyphe dit dans son analyse cheou (la tête, le commencement); et /cko (de tout mouvement), c’est-à-dire, le premier moteur. Mais quand on accorderoit à M. l'abbé R*** que son 4/00 est la même chose que Jehovah, À doit savoir que Jehovak signifie l'Etre nécessaire , l’Etre de lui-même , celui qui est, oon; et que si on appelle cela le nom propre de Dieu, c’est qu'il n’y a proprement que Dieu qui soit; Ego sum qui sum. Les Chinois disent aussi de l'être suprême , qu'ilest Tseë (a se): yeou(ens }1 être de luimême ; Tou-yeou ( totus ens) , l'être tout être,

Mais ne pet de Di ropr Le . vouloi non P menti tout e1 une ir ture s:

positic qu'il e qu'il € a tout entent récom rité, € qu'il e éclaire qu’on livres eût eu seigne sur l’a Mai comm page :

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 475 Mais ni ces noms chinois, ni Aloho, ni Jehovah, ne peuvent dans la rigueur passer pour le nom ropre de Dieu, étant très-certain que Dieu n’a point de nom propre, et qu'on ne le connoît que par des attributs. Ce seroit une extrême folie, dit S. Justin , que de vouloir donner un nom à Dieu. Deo nomen umpon non potest; quod st quis id contendat, summe dementiæ est. Dieu seul est donc Anonumos , et il est tout ensemble Po/vonomos ; car on peut lui donner une infinité de noms divers , en disant avec l’Ecriture sainte qu’il est un, qu’il est simple et sans composition, qu'il est immuable , qu'il est intelligent, qu'il est bon et miséricordieux , qu’il est puissant, qu’il est terrible, qu’il est juste, qu'il est sage , qu’il a tout fait, qu’il a soin de tout, qu'il voit tout, qu'il entend tout, qu’il se souvient de tout, qu'il punit et récompense tout, qu'il est pur esprit, qu’il est la vérité, qu’il est la vie, qu'il est roi, qu'il est seigneur, qu'il est père, qu'il est le maître intérieut qui nous éclaire, etc. Or il n’y a aucnn de ces divins attributs qu'on ne voie clairement marqué dans les anciens livres de la Chine appelés X ing. Si M. l'abbé R** eût eu quelque connoissance de ce que ces livres enseignent, peut-être n'eût-il pas siaisément prononcé sur l’athéisme des Chinois.

Mais si, selon cet abbé, les Chinois sont athées, comment peut-il dire qu’ils sont idolâtres ? C’est à la page 370 qu’il attribue au peuple ve idolétrie plus simple et plus grossière, et aux Philosophes, une idoldtrie plus fine et plus raffinée , mais qui n’en est pas moins criminelle, ni moins superstitieuse. Si les Chinois adorent de fausses divinités , comment se peut-il faire qu’ils ne reconnoissent aucune divinité et qu'ils soient athées ?

Je comprends aussi peu ce que dit cet abbé, lorsqu'il avance, page 371, que les Chinois sont persuadés que l’âme meurt avec le corps, et qu'ils s’ima-

ginent grossièrement que l'esprit de Confucius et ceux de leurs ancêtres viennent se reposer sur des tablettes. Comment se peut-il faire que ces âmes viennent se reposer sur des tablettes, s1 elles ne subsistent plus après la mort ? C'est à M. l'abbé R** à s’accorder avec lui-même.

Au reste, nous autres Missionnaires, nous lui sommes bien redevables de la peine qu'il veut bien prendre , à la page 394 , de nous enseigner comment nous devons prècher l'Evangile. Il trouve que zous flattons wop Les Chinois, et que par complaïsance nous ne faisons qu'augmenter leur orgueil. Les Athéniens, poursuit-il, avotent bien autant d'esprit qu'eux: Saint Paul n'entreprit pas de leur prouver qu’ils connoïssotent le vrai Dieu, puisqu'il leur déclare au contraire qu’il leur étoit inconnu. Il auroit cependant pu leur prouver que leurs poètes et leurs

hilosophes avoient reconnu l'Etre souverain avec plus de facilité que ceux qui ont entrepris de prouver que Tien et Chang-ti, étorent le souverain Etre ; car au moins les philosophes avoicnt une idée confuse de Dieu.

L’aversion que M. l'abbé R*** a conçue pour les Chinois, lui fait voir jusque dans le livre des z°tes tout le contraire de ce quon y lit. Pou. s'en convaincre , il n’y a qu’à lire les quatre premiers vers du poète Aratüs , que saint Paul cite aux Athéniens , lesquels commencent par ces mots : Æc Dios archomestha , etc.; ce que Virgile a heureusement renfermé dans ce vers: |

Ab Jove principium, Musæ , Jovis omnia plens.

Saint Paul y fait manifestement allusion, quand il dit: Zn ipso vivimus, et mcvemur , et sumus. C'est-àdire , selon l’idée d’Aratus et des Athéniens, Jupiter ou Fair que nous respirons, remplit tout; il nous environne de toutes parts; c’est lui qui nous anime;

c’est dan, tement a sommes a Est-ce de sans le co rendre oc conduite saint Pau droit des ment mêlé Par celle- Dieu, qu’ on ne peu l'air qui re dit-il aux connoître!

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croyolent ( pouvoit fai pour le pe n’étoit aut el cogitatt.

Or, Dieu M. l'abbé | un, les Eu apostolique aux Gentil voyoient p:

Grecs toi Ce seroi:

attention à de la Chine régnoit plus Christ, c'e qui n’a été après la ver morale des

id 1l st-àjiter ous me;

ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 477 c'est dans lui que nous vivons. Aratus dit immédia-

tement après {ou gar ca genos esmen ; car nous

sommes aussi de sa race, /psius enim et genus sumus. Est-ce donc là ce Dieu que les Athéniens adoroient sans le connoître? M. l'abbé R***, en pensant nous rendre odieux , fait la plus belle apologie de notre conduite qu’il puisse faire, puisqu'il nous en donne saint Paul pour garant. Il eût dû voir dans cet endroit des Actes, la théologie symbolique admirable mentmélée avec la théclogie dégagée de toute figure. Par celle-ci, on ne peut pas mieux faire connoître Dieu , qu’en disant qu’il est inconnu , et par celle-là, on ne peut pas apporter un symbole plus juste, que l'air qui remplit tout. Mais Pourquoi donc saint Paul dit-il aux Athéniens qu'ils adoroient Dieu sans le connoître? Ils l’ado-oient, puisqu'il: lui avoient élevé un autel: et ils ne le connoissoie. : pas, puisqu'ils croyoient qu’un sculpteur avec du métal et des pierres pouvoit faire sa ressemblance. Sculpturæ artis. Voilà pour le peuple, et parce qu'ils s’imaginoient qu’il n’étoit autre chose que l’idée qu'ils s’en formoient ; et cogitationis homints , voilà pour les Philosophes. Or, Dieu n’est rien de tout cela, Ainsi, selon M. l'abbé R***, les Clément, les Origène, les Justin, les Eusèbe, les Théodoret, tant d'autres hommes apostoliques, et les À pôtres mêmes, lorsqu'ils citoient aux Gentils leurs philosophes et leurs poètes, ne voyoient pas que c’étoit nourrir l'orgueil dont les Grecs étoient pleins.

Ce seroit perdre le temps que de faire la moindre attention à ce que dit ie même abbé, que la religion de la Chine vient des Indes , et que Fo-hi, qui y régnoit plus de 2000 ans avant la naissance de Jésus- Christ, c’est l’idole indienne qu'on appelle Foë, qui n’a été connue à la Chine que soixante-cinq ans après la venue de Jésus-Christ. Ainsi je passe à la morale des Chinois.

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V. Supposant que la langue chinoïse n’a point de terme qui rétidhde à Aloho , M. l'abbé R*** conclut de ce principe que les Chinois sont athées, et quê par conséquent leur morale ne peut être que détestable. Pour moi, quand je n’aurois jamais lu dans les livres chinois que les principes de morale qu'ils enseignent, je conclurois que les Chinois ne sont point athées, Des athées ne parlent point comme eux.

Celui qui sait se régler soi-même, dit saint Denis

écrivant à Démophile , sait aussi régler les autres. Il règle donc sa famille ; réglant sa famille , il règle la ville , et enfin toute la nation. K'aï gar o taxas eauton , kaï eteron taxei kaï o eteron , kaï oïcon , kaï o aïcon , kaï polin , kaï o polin , kaï ethnos. Le texte chinois dit la même chose. Il fait passer de la même manière l’ordre que l’homme a établi dans son cœur jusqu’à la famille , et de la famille à la ville, et de la ville à tout le royaume. La morale chinoise ne se propose point d’autres bornes que de perfectionner tout l’Empire ; mais elle veut que l’on commence par se perfectionner soi-même, Il faudroit, pour en convaincre , faire le précis de leurs livres , ce qui n’est pas possible ; mais des traductions qui ont été faites récemment de plusieurs ouvrages des Chinois, quoique modernes, et qu’on imprimera sans doute , feront voir que c’est là tout le but de leur morale.

VL. J’abandonne volontiers à M. l’abbé R*** toute la physique des Chinois modernes , mais à deux conditions : la première , qu'il ne conclura pas qu’elle est si mauvaise : Car enfin, hypothèse pour hypothèse , il me semble qu’on est aussi avancé en disant que là raison de tel effet, c’est qu'il y a trop d'y ou trop d’yang , comme disent les Chinois , que si l’on disoit avec le fameux Descartes , qu’il y a trop de matière rameuse , ou trop de matière subtile. La seconde , qu’il conclura encore moins que ces Chi-

nois son!

tel , il far suprême :

certainem chinoise.

Quand je n’ai pa et je les a leur a plu tirées du signifient tâcher de D’habiles et ont dén à la moral ayant pou faut faire méditer st couvrir les de méditat tion et de rieurs don l’homme hberté , b gereux ob) Ke-oue. C le mot Ke.

vanité et d J’ai dit q avec leurs le feu et la :

de sûr et q point faire Mais n’ot c'est l’œuf «

lui qui sait lant exprim

Ar

nois sont aihées; car pour être justement réputé tel , il faut nier positiv ment l'existence d'un Etre suprême , et ne la .«onnoître nulle part. C'est certainement ce qu’il ue vérifiera pas de la nation chinoise.

Quand donc J'abandonne ces auteurs , c’est que je n’ai pas besoin de leurs explications physiques , et je les abandonne surtout dans le sens erroné qu’il leur à plu de donner à ces deux lettres Ke-oue, tirées du livre Tahio , quand ils veulent qu’elles signifient raisonner sur la nature des choses , et tâcher de les pénétrer toutes les unes après les autres. D'habiles Chinois se sont élevés contre ce sentiment, et ont démontré que Ke-ove appartient uniquement à la morale , le Takio ou la grande étude du sage ayant pour objet la culture du cœur. Or, ce qu'il faut faire pour purifier le cœur, ce n’est pas de méditer sur la machine de ce monde pour en découvrir les secrets. On peut s'appliquer à cette sorte de méditation , et avoir le cœur rempli de corruption et de ténèbres, qui naissent des objets extérieurs dont il est l'esclave. La première chose que l’homme doit donc faire » C’est de se mettre en liberté, bannissant loin de son cœur tous ces dangereux objets : et voilà ce qu’on doit entendre par Ke-oue. C’est la même idée que dans le CAz-king le mot Ke-Feisin , se défaire d’un, cœur plein de vanité et de mensonge,

J'ai dit que je n’avois pas besoin de ces physiciens avec leurs cinq élémens , le métal , le bois , l’eau , le feu et la terre ; parce qu'une physique qui n’a rien de sûr et qui ne rend pas l’homme meilleur , ne doit point faire l’étude du sage. |

Mais n'oublions pasle bel endroit de M. l'abbé Re, c'est l'œuf de Pouan-kou. 1] faut qu’il ne sache pas, lui qui sait tant de choses, que les Egyptiens voulant exprimer que le premier de leurs dieux nommé

Kneph,avoit produit le monde par sa parole, le représentoient avec un œuf sortant de sa bouche. Il trouveroit dans cet emblème quelque sens profond ; mais dans les Chinois, c’est une idée iroquoise. Ces sausages disent aussi ( c’est la remarque de cet abbé } qu'autrefois vers le lac ‘es Hurons , un œuf tomba du ciel, qu’en tombant il se cassa , et que du blanc naguirent les hommes, et du jaune les castors. J'ai bien lu dans les livres chinois que l'univers ressemble à un œut; que le jaune qui est au centre et qui flotte dans ce blanc, c’est la terre ou plutôt l'orbe planétaire tout entier , dont la couleur est jaune à cause du soleil qui en est comme lle roi, et que le blanc est cet élément fluide qui s’étand depuis la superficie de la terre jusqu’à la coque, symbole du plus haut des cieux; mais pour l’œuf de Pouan- Kou, je ne:sais ce que c'est.

VIL. Enfin c’est sur le gouvernement de la Chine que tombent les derniers traits de M. l'abbé R°**. IL me semble néanmoins qu’un gouvernement qui suhsiste dans sa même forme depuis un si grand nombre de siècles , devoit échapper à sa critique. Il prouve ce qu’il avance, sur ce que des mandarins gouvernent mal le peuple ; d’où il conclut que les lois du gouvernement chinois ne valent rien. Il me paroït que Confucius raisonnoit plus juste , lorsqu'il disoit que si l'homme se comporte mal, on ne doit pas s'en prendre à la loi, En effet , M. l'abbé R*** voudroitil blâmer la loi chrétienne, parce qu’il y a des Chrétiens qui vivent mal?

Le gouvernement chinois est parfaitement monarchique. Il exige une dépendance si absolue entre les diverses puissances qui gouvernent l'état, que rien ne 'seroit comparable à un si bel ordre , si les Chinois , au lieu de suivre leurs passions , se conformoient aux sages lois que les anciens livres pres-

crivent. Les deux Arabes ont dit vrai sans y penser, lorsqu ils

lorsqu'il de chaqr darins es Yerneme S il se 1 montera il perdra petites v pouvoir

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que 1 les conpresnser , qu'ils

ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 481 lorsqu'ils ont donné le nom de ro; aux gouverneurs de chaque ville. En effet , le plus petit de ces maridarins est comme roi dans l'étendue de son gou- Yeérnement : mais c'est un roi facilement amovible. S il se comporte bien , il conservera sa dignité, et montera à une plus élevée; s'il se Comporte mal, il perdra tout ce qu'il possédoit, Les mandarins des petites villes relèvent d’autres mandarins dont le pouvoir est plus grand. Ceux-ci dépendent des offi- Ciers généraux de chaque province ; ces derniers, des tribunaux de la ville impériale ; et les présidens des cours souveraines, devant qui tremblent tous les mandarins de l'Empire , tremblent eux - mêmes devant l'Empereur , en qui réside la pleine puissance,

Mais une autorité si absolue n’est que trop tempérée par celle qu’on veut donner au peuple , en CaS que ceux qui le gouvernent viennent À abuser de leur pouvoir, S’il y a quelque défaut dans le sou- Vernement chinois, c’est qu’il semble que des livres qui renferment cette doctrine , ne devroient pas se communiquer aux peuples , mais demeurer entre les

mains des rois, afin de leur inspirer de la bonté pour leurs sujets; et qu’il en faudroit donner d’autres aux peuples, pour leur enseigner le respect et l'obéissance due aux rois. C’est ce que vouloit faire Ts/nchi-hoang quand il se vit maître de tout l'Empire : mais 1l n'étoit plus temps , et le peuple étoit trop instruit de son prétendu pouvoir. |

Le christianisme remédiera pleinement à ce défaut. D'un côté il apprendra aux rois qu'ils tiennent la place de Dieu, qu'ils doivent être les pères et les pasteurs de leurs peuples , et que Dieu les traitera un jour comme ils auront traité ceux qu'il leur avoit soumis ; et d’un autre côté il apprendra aux peuples qu'il faut obéir aux rois comme à Dieu

même , le remerciant quand il leur donne un bon T, XI. 3t

LÉTITRES

roi, et regardant comme un châtiment dû à leurs péchés , quand il leur en donne un mauvais.

Je crois en avoir dit assez, mon révérend père, pour faire connoître quelle foi on peut ajouter aux relations des deux Arabes, que M. l'abbé R*** à pris la peine de traduire. La simplicité du style de ces deux marchands qui a fait illusion à ce savant abbé , ne manqueroït pas de tromper beaucoup d’autres personnes moins éclairées et plus crédules. Ainsi je devois ce témoignage à la vérité. Je me recommande à vos saints sacrifices , et suis avec bien

du respect , etc.

Du père Etienne le Couteux , missionnaire de la Compagnie de Jésus , au père *** de la même Compagnie.

Au mois de février de l’année 1750.

Mon RÉVÉREND PÈRE, La paix de N. S.

DANS le triste état où se trouvent tant de chrétientés de la Chine , désolées par l’absence de leurs pasteurs qu’on a chassés de leurs églises , nous cherchons les moyens de les consoler , de les soutenir, et de leur procurer les secours spirituels qui leur manquent, C'est dans cette vue , qu'avec la permis: sion de mes supérieurs, je suis entré secrètement dans la grande province de Hou-quang.

Ce fut sur la fin d'avril 1727 , que je partis de Canton pour me rendre aux missions de la partie septentrionale de cette province. Je fis le voyage

jusqu’à S fidèles , :

bateliers grâce sin conjoncti

De là grande b à la capi dont sa b d'y en Lo

, à mon u:

chois ; m ministrer phyte, q donc retc où j'avoi barque te vis un g toutes au) me pren me mené croissant, s'étend le ville de E

Toutes entr’autre Siang-yan afin de d participer là à instru je finissois caution ét pitale , et années. C pas devoi y avoit pe visité les (

ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 483 jusqu’à Siang-tan-hien sur différentes barques d’infidèles , sans être reconnu pour Européen, ni des bateliers , ni de ceux qui présidoient aux. douanes ; grâce singulière de la protection de Dieu dans les Conjonctures où nous sommes.

De là je me rendis à Sien-tao-ching , sur une grande barque appartenant à un Chrétien > Qui alloit à la capitale pour y vendre le charbon de pierre dont sa barque étoit chargée, et mon dessein étoit d'y en louer ou d’en acheter une, qui fût. propre à mon usage. Je n’y trouvai point ce que je cherchois ; mais la Providence m'y conduisoit pour administrer les derniers sacremens à un ancien néophyte, qui étoit à l’article de la mort. Il me fallut donc retourner sur mes pas et aller à Han-Keou , Où j'avois raison de croire que je trouverois une barque telle v je la souhaitois. À mon arrivée j'en vis un grand nombre qui appartenoient presque

toutes aux Chrétiens. Quelques-uns d’eux vinrent me prendre dans une petite barque couverte, et me menèrent dans un petit lac fait en forme de croissant, qui est vis à vis de Han-Keou, et qui

s'étend le long d’une montagne jusqu’auprès de la ville de Han-yang.

Toutes ces barques s’y étoient réunies, et une entr'autres qui étoit sur le point de partir pour Siang-yang, différa son départ de cinq à six jours, afin de donner le temps à tous les Chrétiens de participer aux sacremens. J’employai tout ce tempslà à instruire et à confesser ces bons néophytes, mais je finissois toujours la messe avant le jour. Cette pré caution étoit nécessaire , surtout à la vue de la ca pitale , et dans un endroit où jai demeuré plusieurs années. C'est pour la même raison que je ne crus pas devoir entrer dans la ville, d’autant plus qu'il y avoit peu de mois que le père Dutartre y avoit visité les Chrétiens, et que mes catéchistes m’assu-

BL

rèrent qu'il ne s'y trouvoit aucun malade, Notre église de Han-Kevu , qui jusqu'alors , par la protection des mandarins de Han-yang , n'avoit point encore été employée à des usages profanes, venoit d'être destinée par un nouveau gouverneur à servir de magasin pou le riz, qu’il fait distribuer au petit peuple à bon compte.

Les Chrétiens m’ayant assuré qu'à Siang - yang Je trouverois plus aisément qu'ailleurs une barque à acheter , me déterminèrent à prendre ce parti: pour m'y transporter , ils m'en prêtèrent une fort grande qui se trouvoit vide , et où il n’y avoit que moi et mes catéchistes. Dans la route que je tins jusqu’à Che-pai , le triste spectacle qui se présenta à mes yeux me pénétra le cœur d’une douleur si vive , que je nosois porter mes regards hors de ma barque : les eaux débordées avoient surmonté les digues , et les avoient même rompues en plusieurs endroits ; les terres étoient inondées à plusieurs lieues aux environs , les maisons ou renversées ou abandonnées ; on voyoit quantité de petites barques remplies d'hommes , de femmes , d’enfans à deminus, avec des visages pâles et défigurés par la faim ou par les maladies. Ils s’efforçoient de monter la rivière, pour chercher dans une autre contrée quelque soulagement à leur misère, Vers le soir , grand nombre de Chrétiens , qui montoient ou descendoient la rivière , s’arrêtèrent pour venir passer une partie de la nuit dans ma barque et y faire leurs dévotions. Mon batelier , qui les connoïissoit , avoit soin de les avertir secrètement, Ces bons néophytes ne savoient en quels termes me marquer leur reconnoissance , de ce que je m’exposois à tant de dangers pour leur salut.

Quand je fus arrivé à Siang-yang , dans la petite rivière nommée Pe - ko , les Chrétiens m’achetèrent en peu de jours une barque, Elle étoit solide ; mais

elle ne c faire. Ou qui pouv faire reco:

dans les basses, Je qu'il nes ne pouvo; sans cause prètée , et il ne m'et Après :

qui étoien tientés qu et de Nan Ho-nan. I venus min solation d”\ et parfaitet ranimai la commenço remplis pa ministère. tientés, où raconta en persistoit o; tous les eff Cette dame conversion la religion, que nous r contrée, À :

d’une vieill conservoit e un assez lon, en fût ébrar

DIFIANTES ET CURIEUSES, 485

elle ne convenoit guère à l'usage que j'en devois faire, Outre qu'elle étoit d’une forme singulière , qui pouvoit attirer l'attention des infidèles et la faire reconnoître plus aisément , elle devenoit inutile dans les petites rivières, où souvent les eaux sont basses, Je fus cependant forcé de la prendre, parce qu'il ne s’en trouvoit pas de meilleure , et que je ne pouvois garder plus long-temps celle où j'étois, Sans causer de grands frais au Chrétien qui me l’avoit prètée , etun dérangement dans son commerce » dont il ne m'eût pas été possible de le dédommager.

Après avoir donné plusieurs jours aux Chrétiens qui étoient sur lés barques , j’allai visiter les chrétientés qui se trouvent dans le district de Tang-hien et de Nan - yang, deux villes de Ja province de Ho-nan. Les principaux d’entre les Chrétiens étoient venus m'inviter à aller dans leur pays. J’eus la con. solation d’y trouver grand nombre de fidèles fervens et parfaitement instruits des vérités chrétiennes. Je ranimai la tiédeur de quelques autres , dont la piété commençoit à se ralentir , et À différens Jours je remplis paisiblement toutes les fonctions de mon ministère.

Comme j'allai visiter le chef d’une de ces chrétientés, où je devois Passer quelques jours , on me raconta en chemin que sa mère, qui étoit sur l’âge, Persistoit opiniâtrément dans son infidélité, et que tous les efforts pour l'en retirer avoient été inutiles, Cette dame étoit d’une bonne famille du pays , et sa Conversion pouvoit avoir des suites avantageuses à la religion. Je fis pour elle un vœu à sainte Anne , ! que nous regardons comme la Patrone de cette contrée, À mon arrivée je trouvai une petite femme d'une vieillesse saine et robuste, et dont l'esprit conservoit encore toute sa vigueur. J’eus avec elle un assez long entretien , et il ne me parut pas qu’elle en fût ébranlée. Cependant quelques heures après

elle vint me trouver, et me déclara en présence de toute sa famille , qu’elle vouloit embrasser la foi. Quoiqu’elle assistât régulièrement à toutes les instructions , je ne crus pas devoir lui conférer sitôt le baptême : elle convint avec moi qu'il lui falloit encore du temps pour s'y préparer. Comme elle est d’un esprit ferme, je suis persuadé que sa conversion est sincère, et que Dieu lui accordera la grâce de la persévérance. Mon dessein étoit d'aller jusque vers Nan-yang; mais comme dans cet endroit il n’y avoit pas assez d’eau pour ma barque , je fus obligé de retourner dans la rivière Pe-ho , où j'appris en arrivant qu'un catéchiste venu de Pekin étoit à l’extrémité. J’y envoyai à l'instant , et sur le rapport qui me fut fait, j’allai dès le soir méme le confesser et lui administrer le sacrement de l’extrême -onction. 11 mourut peu après minuit.

Comme c’étoit le temps du radoub des barques, il y en avoit une multitude incroyable sur la rivière. Celles des Chrétiens se rendoient les unes après les autres auprès de la mienne et l’environnoient. La plus grande partie de ces barques étoit destinée à assembler les fidèles. Je fus occupé plusieurs nuits de suite à entendre leurs confessions , à dire la messe, "et à les communier, Tout finissoit avant le point du jour. Cette continuité de travail affoiblit beaucoup ma santé , surtout dans le temps des grandes chaleurs : d'ailleurs , quelque grande que fût la barque, la multitude des femmes avec leurs enfans , et certaines odeurs qu’elles répandent sur leurs cheveux, affadissent le cœur ; et sans un mouchoir trempé dans du vinaigre que je portois de temps en temps au nez, je serois tombé plusieurs fois en défaillance. Le corps souffre dans ces occasions, il est vrai, mais l'esprit est content , et la piété de ces néophytes dédommage au centuple de toutes ces fatigues.

De Pe-ho j'allai à Tong-tsing-ouan , où plusieurs

Chrétien comme | ractère € précautic sur cela que ceux aux asser que ceux les barqu leur jour Je pris tr tien , où meurai c tions , je néophyte À pei tsing-ou:

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Chrétiens m'attendoient dans leurs barques : mais comme les infidèles de ce quartier-là sont d’un caractère dangereux , je crus devoir prendre plus de précautions que je n’avois fait à Pe-ho. Je consultai sur cela les principaux Chrétiens , et il fut conclu que ceux qui étoient sur les barques, n’iroient point aux assemblées , que je tiendrois dans les terres, et que ceux qui sont dans les terres n’iroient point sur les barques; que les hommes et les femmes auroient leur jour marqué , et qu'on m'en donneroit la liste. Je pris mon logement dans la maison d’un Chrétien, où il y avoit un quartier fort retiré : j'y demeurai quelques jours , et moyennant ces précautions, je procurai tous Îles secours spirituels à ces néophytes sans la moindre alarme.

À peine avois- je fini les assemblées de Tongtsing-ouan , que des Chrétiens de Lou-hou, qui sont à deux bonnes journées de là dans le district de Tsao-yang-hien , vinrent me prendre fon aller par terre chez eux. Dès le premier jour, un des chevaux se trouva si fatigué, que le principal Chrétien qui me conduisoit , résolut d’en louer un autre au faubourg de Tsao-yang , où nous devions coucher. A la vue de cette ville, il me dit que s’il n’y avoit pas un détour à faire de deux grandes lieues pour la journée du lendemain , il me proposeroit d'aller visiter une famille chrétienne qui seroit infiniment consolée de me voir. Je me déterminai à y aller sur l'heure. La maison de cette famille est écartée de toutes les autres qui sont dans le même lieu. Quand j'en fus assez proche , j'envoyai un catéchiste pour voir s’il n’y avoit point quelque infidèle du voisinage , eu je m'assis au coin d'une haie pour attendre sa réponse. Il revint peu après , en s’écriant : Gréce singulière de Dieu ! vous êtes venu à temps pour procurer une sainte mort à un bon vieillard qui est sur le point d'expirer : il a encore l'esprit sain , et est

4 lein de connoïssance, Mon catéchiste retourne aus. 1161 + hez le malade , et lui apprend qu’un père spirinel «rive, Un père spirituel, dit le malade! ;/ n’en

est Jam@is venu dans ces quartiers ; eh ! qui l'amène

ici ? Il va à Lou-teou , dit le catéchiste. Ce n’est pas tt le chemin , reprit le malade. J'entrai dans ce wioment-là méme , et je le trouvai levant les mains on ciel pour remercier Dieu d’un si grand bienfait.

Dès qu'il m'aperçut : Un père spirituel, s'écria-t-il,

versant des larmes en abondance , quelle bonté !

quelle providence de Dieu sur moi dans l'état où

Je me trouve ! se confessa avec une présence d'es-

prit admirable , et répondit à toutes les prières de

l'Eglise , lorsque je lui donnai l'extrême - onction.

Enfin un peu avant minuit, après avoir produit tous

les actes que la religion inspire dans ces derniers

momens, 1l expira tranquillement entre mes bras.

Je comptois d'aller prendre un peu de repos dans la salle où l'on reçoit les gens de dehors; car il n'y avoit pas d'autre endroit où je pusse me retirer, lorsqu'il entra un vieillard vénérable par sa longue barbe blanche. Me doutant bien qu'il m’adresseroit d’abord la parole , et que si je liois entretien avec lui, il reconnoitroit que j'étois étranger , je me contentai de lui faire les complimens ordinaires, et sous quelque prétexte je sortis de la maison : j’allai m'asseoir au pied d’un monceau de paille à quelques pas de la porte.

Ce vieillard étoit parent du malade qui venoit d'expirer. À l’âge de plus de quatre-vingts ans, il ne Jaissoit pas d’avoir encore de la vigueur. I! toit chef d'une secte fort décriée dans l’Empire, ai se nomme Pelien-Kiao. La jeunesse de mou caiéciuste lui persuada que par ses invectives contre la religion chrétienne, il le réduiroit bientôt au silence. Il comn. nça par attaquer les mystères de la Trinité et de fu: on, Heureusement il y avoit peu de jours

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qe j'ave il devoit cette sec tions du cipes de les contr notre sai objectio du lieu « cet aveu lumière avouant reillemer jJugemen Missionr tion de | vieillard

Quanc je trouva On med maisons environs mens. À retourna: Chrétien deux jou barques néophyte propre à mais elle je fus trè souffloit :

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de j'avois instruit ce catéchiste , de la manière dont

| il devoit s’y prendre pour confondre les partisans de cette secte impie. Sans s'amuser à répondre aux objections du sectaire , il le pria de l’éclaircir sur les principes de sa secte; il lui en fit voir les absurdités et les contradictions ; il lui prouva ensuite la vérité de notre sainte religion, réfutant par occasion les frivoles objections qu’il avoit faites. J'entendois cet entretien du lieu où j'étois, et je priois le Seigneur d'éclairer cet aveugle volontaire ; mais il ferma les yeux à la lumière ; et pour toute réponse il se retira, en avouant au catéchiste que la loi chrétienne étoit pareillement bonne. J'admirai alors la profondeur des jugemens de Dieu , qui avoit ménagé Je passage d’un Missionnaire, pour mettre le sceau à la prédestination de l’humble néophyte, et à la réprobation du ‘vieillard endurci dans ses erreurs.

Quand je fus arrivé à Chu-Kia, près de Lou-teou, je trouvai une chrétienté nombreuse et bien ramassée. On me donna un logement commode et éloigné des maisons des infidèles, dans lequel les Chrétiens des environs s’assemblèrent pour participer aux sacremens. Après avoir passé huit jours avec eux, je retournai à Tong-tsing-ouan, où je trouvai des Chrétiens de Kouang-hoa qui m’attendoient depuis deux jours, Il y avoit au port un grand nombre de barques nouvellement arrivées, toutes remplies de néophytes. On ne put trouver qu’une seule barque propre à les y assembler et à exercer mon ministère, mais elle étoit si mal équipée et si mal couverte, que je fus très-incommodé d’un vent froid et violent qui souffloit toutes les nuits. C’est à quoi j’attribue la maladie dangereuse dont je fus attaqué, et qui me mit aux portes de la mort,

Le 9 octobre, veille de saint François de Borgia, je fus pris d’une fièvre si violente , qu’elle me fit juger

que la maladie seroit sérieuse, Je balançai si, dans la situation où je me trouvois, il ne seroit pas à propos de différer la visite des Chrétiens qui m’attendoient dans les terres. J'eus honte ensuite de cette pensée : tant de personnes à confesser, me disois-je, tant d’autres à baptiser! Ainsi le 10, je montai à cheval et je me rendis dans la maison qui m’étoit destinée. Mais le mal ne fut pas long-temps sans se déclarer. J’eus, pendant dix-huit jours, une fièvre ardente avec d’affreux redoublemens, qui me prenoient tous les soirs et duroient jusqu’au lever du soleil. Je me trouvois dans un si grand épuisement, qu’il me fallut, pour entendre les confessions, tenir la tête appuyée sur unetable, etm’asseoir sur une chaise pour conférer le baptême. À deux jours différens, on crut que j’étois près d’expirer. Les Chrétiens firent la recommandation de l'âme ; et s’ils eussent trouvé un cercueil assez long pour moi, ils l’auroient acheté, J’eus toujours l'esprit net en cet état, et je gottois intérieurement la plus douce consolation de me voir mourir entre les bras de ces bons néophytes, qui environnoient mon lit, fondant en larmes, et récitant continuellement des prières. C’est sans doute à la ferveur de leurs prières que je suis redevable de ma guérison, La fièvre cessa. Mais il me resta une grande foiblesse d'estomac dont j’eus de la peine à me remettre. Je ne laissai pas de baptiser soixante-dix-sept catéchumènes, et d'entendre les confessions de cent trente-neuf personnes. Îl ÿ eut moins de communions, parce que je ne pus dire que cinq fois la messe, n’osant risquer de la dire plus souvent, de crainte qu'après la consécration il ne me prit une défaillance.

Aussitôt que je fus en état de sortir, j'allai rejoindre ma barque, pour achever la visite des chrétentés de Tong-tsing-ouan. J'y trouvai plusieurs barques de Chrétiens qui m’attendoient, et qui en avoient préparé une grande , très-commode pour y

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tenir nos assemblées. Je ne pouvois aller dans les

terres que pendant la nuit; je m’y rendis plusieurs jours de suite ; Les instructions, les confessions et les baptêmes duroient jusque au-delà de minuit; après quoi je disois la messe pour me retirer sur la barque avant le point du jour. Je descendis ensuite la rivière pourme rendre sur les terres dépendantes de Ngan-lo, J'y trouvai des chrétientés nombreuses, qui se sont maintenues dans une grande ferveur. Puis je passai par Tching-Kiang-tsi, où je m’arrétai quelqne temps en faveur des Chrétiens qui vouloient faire leurs dévotions , et pour baptiser quelques catéchuümènes bien instruits, qui vinrent de l’autre côté de la ri vière pour recevoir la grâce du baptême, à laquelle ils aspiroient depuis long-temps. De là j'allai vers Ngan-lo, où je me rendois tous les soirs pour retourner de grand matin sur ma barque. Je ne m’aperçus point qu’on fit attention à moi , ni sur le chemin ; ni dans les rues, qui sont assez désertes. Mais de quelle douleur ne fus-je pas pénétré à la vue de nos églises possédées aujourd'hui par les infidèles, et réduites à des usages souvent idolâtriques , après avoir été, durant tant d'années, sanctifiées par la présence de Jésus-Christ !

Quand j'eus fini dans ce quartier-là les exercices de ma mission , je fis avertir de mon arrivée les Chrétiens qui sont vis-à-vis Che-pai , grosse bourgade, où je me rendis aussitôt, J’y laissai ma barque , et j'entrai dans les terres pour aller à Ye-Kia-tsi, qui en est éloigné de trois lieues, Cette chrétienté donne de grandes espérances ; elle s’est formée insensible ment par les bons exemples et par la patience de quelques dames chrétiennes , et d’une entre autres qui a été mariée à un infidèle d’une riche et nombreuse famille, nommé Fé, lequel a donné son nom à cette contrée. Celui-ci, plein d’estime pour sa femme, ne la troubloit point dans les exercices de

la religion qu’elle avoit embrassée à son insçu , mais il ne pouvoit souffrir qu'elle allât aux assemblées que faisoit le Missionnaire, Un jour qu’elle profita de l'absence de son mari , pour s'y rendre avec son fils qu’elle avoit converti à la foi, le mari vint la chercher et l'emmena brusquement , sans cependant lui faire le moindre reproche tant il respectoit sa vertu.

Peu après, Dieu accorda aux prières de cette vertueuse dame la conversion de son mari, qui n’étoit retenu dans l’infidélité que par des considérations humaines. Il eut la force de mépriser les railleries de ses amis infidèles ; il recut le baptême ; et au bout d'une année passée dans la pratique des vertus chrétiennes , il mourut dans de grands sentimens de piété. Je logeai dans sa maison , où je confessai treize personnes et donnai le baptême à vingt-six autres e dont vingt-deux étoient de sa famille, J'y laissai plusieurs catéchumènes qui avoient encore besoin d'ins. truction, et que je baptiserai dans quelque temps. En suivant ma route pour me rendre à Yo-Ki- Keou , j'eus la consolation d’administrer les sacremens à un grand nombre de Chrétiens , soit dans les barques , soit dans les terres. La misère causée par l’inondation dont J'ai parlé étoitextrême ; les hommes avoient la plupart quitté le pays, pour aller cher cher ailleurs de quoi vivre ; leurs femmes vinrent me trouver en oi nombre , pâles et défigurées : je crois que plusieurs d’entr’elles n’auront pas survéeu' long-temps aux efforts de leur piété. En allant environ deux lieues dans les terres, pour visiter quelques familles nouvellement chrétiennes, j'entrai dans une maison où se trouvoit une jeune femme, qui m'attendoit , ce semble, pour mourir; à peine eut-elle reçu lrs sacremens de la pénitence et de

lextrême-onction , qu'elle expira. Je m’arrétai un jour entier dans la maison d’une autre famille nom.

breuse, nèrent | la prud Une au composé leurs me consolée commen tion qui ranimé | la paix, pendant quelle il:

Lorsqn aflligé de assemble rut : 1l se qui étoit ter de m toute la c ils me pi faire ven en grand mille, qu instruits € ler penda chrétiente où elles se parce que sûreté sur effet, la cette cont de voleur:

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breuse, où plusieurs vinrent se confesser , et m’amenérent leurs enfans pour leur conférer le baptême ; la prudence ne me

Une autre famille également nombreuse et toute composée de Chrétiens, qui venoient de rebâtir leurs maisons consumées par les flammes , fut bien consolée de me voir , et ces bonnes gens ne savoient

Providence me secouère une grande barque la liberté de m'acquit- Les Chrétiens s’y rendirent de toute la campagne. Comme j'étois sur mon départ, ils me prièrent de le différer de deux jours, pour faire venir les catéchumènes, Ils me les amenèrent en grand nombre, et entr’autres sept pères de famille , qui étoient eux et leurs enfans parfaitement instruits des vérités de la foi. Mon dessein étoit d’aller pendant le jour dans les terres visiter les diverses chrétientés , et m’instruire par moi-même de l’état où elles se trouvoient ; mais les fidèles s’y opposèrent, parce que selon eux je ne pouvois passer la nuit en sûreté sur la rivière vis-à-vis de leurs maisons. En effet, la disette qui duroit depuis trois ans dans cette contrée , avoit attiré une multitude surprenante de voleurs: les barques n'y demeuroient pendant la nuit qu'avec les plus grandes précautions; les maîtres de ces barques les joignoient ensemble , les serroient le plus qu’ils pouvoient, et les lioient les unes aux

autres avec des chaînes, de crainte que les voleurs

ne coupassent pendant la nuit les amarres , et ne les trassent à l’écart pour les piller avec plus de liberté, Les Chrétiens qui en avoient deux grandes, placèrent la mienne au milieu des leurs , auxquelles ils l’attachoient tous les soirs avec des chaînes. Moyennant cette précaution, je passois la nuït dans ma barque , et je pouvois aller le jour dans les terres, Je proposai à quelques-uns d'aller chez eux , pour entendre les confessions de leurs femmes et baptiser leurs enfans qu’ils ne pouvoient pas apporter de si loin. Leur zèle pour ma conservation leur fit naître des difficultés que j'eus bientôt aplanies. Les canaux, disoient les uns , ont été gâtés par les inondations et sont remplis de sable : hé bien, leur répondis-je , j'irai à pied. D’autres m’objectoient que depuis long-temps le riz manquoit dans leurs maisons, et qu'ils n’avoient pas de quoi en acheter; qu'ils ne vivoient que de petits poissons et de racines qu'il leur falloit chercher assez avant en terre. Cela me suflira, leur disois-je. Je visitai donc toutes les familles chrétiennes de cette contrée. Je fus surpris de trouver en vie une petite naine que j'avois vue les années précédentes ; elle avoit plus de quatrevingts ans , et étoit encore saine de corps et d'esprit: elle paroissoit transportée de joie de voir encore un Missionnaire avant sa mort, qu'elle regardoit comma peu éloignée.

La misère n’étoit pas moins grande à Me-ouangtsoui, Parmi plusieurs familles chrétiennes que je visitai, jen trouvai une, composée de huit personnes, qui toutes étoient à l'extrémité; il n’y avoit que la mère qui se portât bien, et qui secouroit tous ces malades. Ceux qui m’accompagnoient ne croyoient pas que je pusse donner l’absolution au chef de cette famille, parce que depuis quelques jours il étoit en délire. On lui dit, à tout hasard , que j’étois arrivé, Comme il me connoissoit depuis long-temps, dès

qu'il enten me tendit gnant les :

grâce qu'il avec un to les assistar il prononç voyoit bie:

années. Je je confessa de la mère Dieu , dan:

ses enfans.

Dans le ci-devant I maintenant les arbres s Les hommi auparavant m'apportèr Et vos fem de cette con ils, sous $ barque , et comme aut vous. En possible de parce que Keou , et q fût divulgu Chrétiens « je différai que je vien secrétemen moyens qui pour établi:

désolées : ai

qu'il entendit mon nom , il se tourna de mon côté, me tendit la main, se leva sur son séant , et joignant les mains avec respect, il remercia Dieu de la grâce qu’il lui accordoit. Il récita ensuite ses prières avec un ton de voix si forte et si distincte, que tous les assistans en furent frappés d’étonnement ; puis il prononça plusieurs actes si couramment , qu'on voyoit bien qu'il s’y étoit exercé depuis plusieurs années. Je lui administrai les-derniers sacremens , et je confessai toute cette famille, J’admirai la fermeté de la mère, et sa parfaite résignation à la volonté de Dieu , dans cette afiliction générale de son mari et de ses enfans.

Dans le district de Hang-tchuen, la digue étoit ci-devant bordée de maisons et de grands arbres ; maintenant on n’y voit nul vestige de maisons , et les arbres sont coupés ou déracinés par l’inondation. Les hommes que j’avois fait avertir un ou deux jours auparavant, vinrent se confesser sur ma barque, et m'apportèrent leurs petits enfans pour les baptiser : Et vos femmes, leur disois-je , seront-elles privées de cette consolation ? Quel moyen , me répondoientils, vous savez qu'elles ne peuvent venir à votre barque , et vous ne pouvez pas passer ici la nuit comme autrefois ; il n'y auroit point de sûreté pour vous. En descendant la rivière, il ne me fut pas possible de visiter les chrétientés de Han-yang , parce que la plupart étoient trop voisines de Han- Keou, et qu'il étoit à craindre que mon arrivée ne fût toits imprudemment , n ayant pu avertir les Chrétiens des précautions qu'il y avoit à prendre : je différai cette visite à un autre temps. Le détail que je viens de faire de la manière dont j'assemble secrétement les fidèles , fait assez connoître les moyens qui se prennent en ce temps de persécution, pour établir et maintenir la foi dans ces chrétientés désolées : ainsi, sans entrer davantage dans les mêmes

496 LETTRES détails, je m'attacherai à ce qui m’est arrivé de plus

ier. PR pa à la protéction particulière de Dieu, j'ai rempli assez paisiblememt les fonctions de mon ministère ; il n’y a eu que deux ou trois on :

j'ai couru risque d’être découvert. À ne fois, échappa imprudemment à un jeune ue quelques paroles en présence de plusieurs infidèles qui pouvoient le rapporter aux soldats de la garde , et ceux-ci seroient venus aussitôt me chercher dans la maison où je logeois : j'en fus averti à temps , et je partis sur (aie pour aller à vingt-quatre lieues de B, dans le district de Kouang-hoa. Pour gagner la rivière , il me fallut essuyer une grosse pluie, et marcher dans des chemins très-boueux et très-plissans. Je demeurai près d’un mois à Kouang-hoa, chez un ancien Chrétien nommé Cher. Chaque jour étoit marqué pour tant de familles, dont le nombre étoit fixé, afin d'éviter un trop grand abord , qui auroit pu faire naître des soupçons. Je partois le soir, pour me ‘rendre vers le commencement de la nuit aux chrétientés des environs , accompagné d'une seule personne qui marchoit assez loin devant 1e afin de persuader aux passans, que je connoissois les chemins , et de mieux détourner l idée qui auroit pu leur venir que j'étois Européen. C est une pratique qui ma été suggérée par des Chrétiens, et que j'observe assez ordinairement dans mes voyages

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