‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 4)Chapitre 50 sur 63 · CE · texte numérisé non relu

CE

LE alarme m'empêcha de passer la rivière du côté de Kou-tchin , et de me transporter dans les terres où il y a quantité de familles chrétiennes , à quatorze lieues au nord de cette ville. Deux ou trois Chrétiens un peu chicaneurs, avoient donné lieu à cette alarme. Au lieu de terminer une affaire d'intérêt par un accommodement à | amiable, ue ils pouvoient le faire aisément , ils s Fee #3

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 497 jusqu’à trois fois porter leurs plaintes aux manda-

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Les officiers qui les arrétèrent ne produisirent aucun ordre du mandarin ; ils dirent seulement que l'Empereur avoit proscrit la religion chrétienne , et que Ceux qui la professoient devoient être réprimés par un châtiment exemplaire. Plusieurs Chré.tiens de ce canton-là sont venus me trouver pour faire leurs dévotions : un de ces plaideurs vint avec les autres , et je crus devoir le Punir de sa faute en le privant, Pour cette année , de la communion, Grâces à Dieu , cet orage n'a eu aucune mauvaise suite , et pas un seul n’a chancelé dans sa foi. Quelques-uns abandonnèrent leur récolte » €t disparurent POUr un temps, afin de se soustraire à Ja malignité des infidèles,

Peu de temps après , un ancien néophyte , d’un âge avancé, et dont je n’avois nulle raison de me défier , me causa une nouvelle inquiétude, 11 y avoit six jours que je passois toutes les nuits dans une grande barque à administrer les sacremens à une multitude de fidèles qu’on alloit chercher tous les soirg dans de petites barques couvertes. Le vieillard vint à son tour , et À son air effaré j'entrevis d’abord qu’il

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étoit dominé par quelque passion violente. En effet, il étoit mal content de son fils pour des raisons qui faisoient honneur au fils, ef qui auroient dû couvrir le père de confusion. Il étoit surtout courroucé contre les Chrétiens de ce que, sans avoir égard à ses plaintes , ils avoient choisi ce jeune homme pour présider aux assemblées, et y réciter les prières accoumées. IL me déchargea sur cela son cœur ; et d’un ton menaçant , il m’ajouta que si je confirmois le choix des Chrétiens, je m'en repentirois. Je lui répondis avec douceur, et je tâchai de le calmer. Comme je n’entrois pas dans sa passion, il se retira brusquement , et dit à un de mes catéchistes qu’il alloit me déférer aux chefs du quartier et aux ofliciers du tribunal. Je me retirai à Kouang-hoa , bien plus touché de la malheureuse disposition de son esprit, que du mal qu’il vouloit me faire. Je m'adressai à Dieu, dont je ressentois chaque jour la protection , et je le priai avec larmes de changer le cœur de cet infortuné vieillard. Quelques mois après je repassai par le même endroit, et je m’informai de sa conduite: 17 n’est pas reconnoïssable , me répondit-on ; depuis quelque temps il fait des prières extraordinaires , il pleure, il jeüne, et mène une vie {Très austère ; il s’est parfaitement réconcilié avec son fils : enfin c'estun autre homme , et vous le trouverez tout à fait changé.

En effet, à peine eut-il appris mon arrivée , qu'il vint en-hâte à ma barque ; et se jetant à mes pieds, fondant en pleurs , il me demanda pardon , et me répéta plusieurs fois qu’il ne méritoit pas de vivre. Il me pria ensuite de le confesser; ce qu’il n’avoit pas voulu faire auparavant, ne daignant pas même écouter mes exhortations , ni celles des fidèles. Ilse confessa jusqu’à trois fois, mais il se croyoit indigne d'approcher de la sainte table: je le rassurai, et il communia avec des sentimens de pénitence et de

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Permettez-moi, mon révérend père , de yous communiquer une observation que j'ai faite sur cette rivière vers Che-pai, grosse bourgade qui est à six lieues au-dessous de la ville de Ngan-lo. Quelques lieues au-dessus et au-dessous de ce bourg, la rivière se trouve considérablement diminuée > Sans qu’il se fasse aucun partage de ses eaux ; et à huit ou neuf lieues au-dessous , elle reprend sa première grandeur Sans recevoir de nouvelles eaux que celles de quelques petits ruisseaux qui, la plus grande partie de l’année, sont presque à sec. Vis-à-vyià Che-pai , elle est tellement diminuée, qu'à la réserve d’un canal Voisin qui n’est pas fort large , je l'ai passée et repassée plusieurs fois avec le secours d’une simple perche. J'ai toujours été surpris de trouver là cette rivière si basse et si étroite ; mais Je n’ai pensé à en chercher la raison qu'à l’occasion d’un naufrage que fit une grosse barque qui appartenoit à une Punille chrétienne. Dans léndtait où la rivière diminue presque tout à coup, elle coule avec une extrême rapidité ; et dans le lieu où elle reprend sa grandeur , elle est également rapide, A la 6.e lune » que es eaux étoient grandes et le vent assez fort , la barque dont je parle , arrivant au-dessus de Chepai , fut jetée sur un banc de sable (car entre ces deux endroits tout est plein de sable mouvant qui change

continuellement de place ). Le batelier jeta l'ancre, jusqu'à ce que le vent diminuât et lui permit de continuer sa route; mais un bouillonnement de sable mouvant qui vint de dessous l’eau, jeta sa barque sur le côté, un second bouillonnement lui succé a, puis un troisième et un quatrième , qui mirent la barque en pièces. Sa femme, et un de ses enfans voulant sauver quelques meubles , furent entraînés 32,

à plus d’un /y ( dix lys font une lieue ) par la rapidité de l’eau. Le mari abandonna tout pour aller à leur secours avec son canot, et il leur sauva la vie ; mais il perdit toutes ses marchandises , et il fut réduit à la mendicité. Les Chrétiens , qui con-noissoient sa vertu, l’assistèrent dans ce besoin extrême.

Quand j'arrivai à cet endroit où se fit le naufrage, le temps étoit doux et serein : j'y aperçus de tous côtés des tournoiemens d’eau , dont le centre entrainoit au fond les ordures de la rivière , avec des bouillonnemens de sable. Au-dessous de ces bouillonnemens , l’eau étoit rapide, mais sans aucune chute d’eau. Dans l’autre endroit qui est plus bas , et où la rivière reprend sa grandeur naturelle, on n’y aperçoit point de tournoiemens , mais des bovillonnemens de sable , et la rapidité de la rivière est äccompagnée de chûtes d’eau : on y voit des espèces de petites îles à quelque distance les unes des autres. Ce n’est point de la terre qui paroit sur la surface de l'eau : ce sont des branches d'arbres, des racines, des roseaux , des herbes liées ensemble. Un Chrétien de ce lieu-là , qui étoit sur ma barqu?, me les fit remarquer , et me dit que ces hranchages sortoient de dessous l’eau, sans qu’on püt savoir d’où ils venoient, et que ces masses qui avoient sept à huit toises de face du côté que nous les dépassämes , étoient immobiles , et tenoient au fond de l’eau sans flotter ; qu’il étoit dangereux d'en approcher de trop près, parce que l’eau bouillonnoit tout autour ; que cependant quand les eaux étoient fort basses , les pêcheurs se hasardoiïent à aller prendre ce qui surnageoit, pour s’en servir en guise de bois de chauffage.

Voilà, mon révérend père, ce qui paroît aux yeux. Votre conjecture sera apparemment la même que la mienne. Je juge qu’à l'endroit de la rivière

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 5o1t

qui est au-dessus, l’eau entre dans des gouffres de sable qu’elle fait bouillonner, et qu’elle coule sous terre jusqu’à l'endroit qui est à huit ou neuf lieues au-dessous , d’où elle sort en poussant avec force les ordures qu’elle a précipitées avec elle dans le premier endroit, et forme ainsi ces ilots d'herbes et de branchages qu’on y aperçoit. On connoît des rivières qui se perdent entièrement ou en partie dans la terre , et vont sortir ailleurs. Mais je ne crois pas qu'on ait guère entendu parler de rivière, dont une partie se perde sous son propre lit, pour aller s'y rendre à quelques lieues de à.

Aux environs de Che-pai, il s’est formé une chrétienté nouvelle assez nombreuse que je n’ai pu visiter, parce que toutes ces familles sont au milieu de leurs parens infidèles. J’envoyai avertir le Hoei-chang ou chef de cette chrétienté de venir me trouver, Pour convenir avec lui du jour où ces nouveaux fidèles viendroient s'assembler dans ma barque. Il vint aussitôt accompagné de plusieurs pères de famille ; et à peine fut-il arrivé au bord'de la rivière , qu'il se mit à crier de toutes ses forces: Laoye, Laï-Leao. (Le père est donc venu }? Heureusement, la Providence avoit conduit une barque de Chrétiens auprès de la mienne: je les fis tous passer sur cette barque pour cacher la mienne aux infidèles qui m’environnoïent de toutes parts. J’envoyai ensuite un catéchiste pour leur dire que dans les conjonctures présentes, il y avoit des mesures de prudence à garder, qu'ils étoient venus en trop grand nombre et avec trop d'éclat ; qu’ils retournassent chez eux » et que dans peu de mois je reviendrois les voir: et comme je savois d’ailleurs que plusieurs d’entr’eux n’étoient pas assez bien instruits pour recevoir le baptême, ou pour approcher des sacremens , je leur fis distribuer des feuilles de catéchisme, et des livres qui traitent de la religion, afin qu’ils puissent s’en mieux instruire jusqu'à mon retour.

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Un seul exemple vous fera connoître ce que les fidèles ont à souffrir de leurs parens idolâtres. Un Chrétien, nommé Etienne Ouang , dont j'ai baptisé la famille entière, qui est très-nombreuse , et qu’il avoit parfaitement bien instruite, avoit eu le chagrin de voir mourir un de ses frères. Quelques-uns de ses parens, fort attachés aux idoles, prétendirent faire leurs cérémonies superstitieuses: Ovang s'y opposa avec zèle, et leur dit que son frère étant Chrétien, les cérémonies étoient déjà faites de la manière que la religion chrétienne les prescrit. Il ÿ en a qui assurent qu il lui échappa quelques invectives contre les idoles. Quoi qu'il en soit, ces infidèles se jetèrent sur leur parent, et l’accablèrent de coups; quelquesuns même des plus emportés , le trainèrent à une flaque d'eau qui est à deux pas de la maison, et lui plongèrent lg tête dans l’eau, comme ayant dessein de le noyer. Mais d’autres’ plus modérés accoururent, et le tirèrent des mains de ces furieux. Pendant ce temps-là, ce fervent Chrétien prioit Dieu de venir à son secours, et demandoit pardon pour ceux qui le maltraitoient si cruellement; c’est ce que m'a rapporté son père, âgé de plus de soixante-dix ans, qui vint me trouvér sur ma barque, et qui envioit à son fils le bonheur qu'il avoit eu d’être jugé digne de souffrir des outrages pour la cause de Jésus-Christ, Il m’amenoit une de ses filles , mariée à un infidèle, que je trouvai très-disposée à recevoir le baptème.

Les tristes conjonctures où se trouve la religion porn , et la haine des infidèles pour ceux qui ’embrassent, gênent et fatiguent extraordinairement un Müissionnaire, Les instructions peuvent bien se faire à diverses reprises pendant le jour; mais il ne peut entendre les confessions que pendant la nuit, et la messe doit être toujours achevée avant la pointe du jour. Dans les terres, les familles sont souvent éloignées de l'endroit où le Missionnaire est logé;

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, bo3 outre que ces bonnes gens ne quittent leur travail que fort tard, celui chez qui il loge, a soin de les avertir de ne venir qu’assez a:::1 dans la nuit, et lorsque tous les voisins sont couchés, Il en est à peu près de même sur les rivières. Il n’y a de sûreté que pendant la nuit, parce que durant le jour, tout est à craindre des barques voisines de ceux qui ont leurs maisons sur le bord de la rivière, et du concours des autres qui vont et qui viennent pour leur commerce. On est soutenu dans ces fatigues par la ferveur et la piété des fidèles, que ni la distance des lieux , ni la rigueur des saisons, ni les incommodités des chemins ne peuvent arrêter , quand ils sont avertis de la présence du Missionnaire,

Dans un village, qui est à queiques lieues de Hankeou, je logeai chez un ancien Chrétien, dont le petit-fils, qui n’a que douze ans, me charma par sa ferveur et son zèle. Ce jeune enfant ne désemparoit pas de la porte de ma chambre, et il y demeura constamment matin et soir, lisant à tous ceux qui venoient les instructions faites pour les préparer à la confession et à la communion. // faut bien, disvitil, que je contribue, autant qu'il m'est possible, au salut de leurs êmes.

Mais ce que j'appris en arrivant à Lieou-kia-ke, me blessa vivement le cœur. Le chef d'une riche et nombreuse famille toute chrétienne, venoit de mourir, sans recevoir le baptême, après lequel il soupiroit depuis plusieurs années. Ce lettré faisoit les fonctions du plus zélé catéchiste; il avoit converti toute sa famille, et en: avoit gagné plusieurs autres à la foi: il observoit exactement les jeûnes, et tout ce que prescrit la religion, sans jamais manquer à aucun des exercices de piété ; il se faisoit un honneur de prêter sa maison au Missionnaire pour y tenir ses assemblées ; il ne lui manquoit que la grâce du baptême , qu’on n’avoit pu encore lui

5o4 LETTRES

administrer, parce qu'avant que de connoître la loi chrétienne , 1l avoit épousé une seconde femme du vivant de la première.

La mort de la première femme ayant levé cet obstacle , il envoya aussitôt avertir le catéchiste de cette contrée de venir le baptiser. Le catéchiste étoit engagé dans un voyage, et ne croyant point que la chose pressât, il remit le baptême jusqu'à son retour, qui ne devoit pas être éloigné. Cependant le lettré tombe malade, et est enlevé en peu de jours, sans qu’il se trouvât personne qui sût administrer le baptême. Il mourut, à ce qu'on m'a assuré, dans de grands sentimens de religion, et témoignant le plus ardent désir de le recevoir.

A peine sut-on là mou arrivée que le fils du défunt vint me trouver, accablé de douleur de la perte qu’il avoit faite, et encore plus de ce que son père

avoit été privé de la grâce du baptême. Il me pria de baptiser au plutôt sa mère. Un moment après cette dame m’envoya un de ses premiers domestiques, dont toute la famille est chrétienne, pour m'inviter à prendre mon logement dans sa maison. Je ne crus point devoir accepter ses offres, parce que cette maison est dans la grande rue du bourg, et peu éloignée du corps-de-garde. J’allai donc me loger à l'extrémité de la bourgade, dans une maison écartée et bien fermée. Dès le soir même , cette bonne veuve vint me trouver; elle étoit inconsolable de ce que son mari n’avoit pu recevoir le baptême; elle me le demanda avec instance pour elle-même; et comme elle étoit bien instruite, que depuis bien des années elle vivoit aussi régulièrement que les plus ferventes Chrétiennes , je n'eus point de peine à lui accorder cette grâce. Elle s’étoit fait informer du jour que je devois arriver , et elle avoit fait venir chez elle la fille de la première femme, qui s’étoit mariée l’année précédente à un lettré infidèle, auquel elle avoit été

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 5o5

promise dès l'enfance. Vous savez, mon révérend père , la délicatesse des lettrés, Pour ne pas laisser sortir leurs femmes, surtout quand elles sont jeunes, et le peu d'affection que les enfans d’une première femme ont d'ordinaire pour la seconde: jugez de Ià quelle est la faveur de cette bonne veuve, et quelle autorité elle s’est acquise dans la famille de son mari, La jeune femme se confessa et communia avec beaucoup de piété; elle m’assura qu'elle ne s’écartoit en rien des instructions que je lui avois données, pour ne pas PrERe aux idolâtries et aux pratiques supersutieuses de son mari; que du reste, selon les Conventions. qui furent faites par son père, on ne l'inquiétoit nullement dans l'exercice de sa religion.

Vers Sien-tao-tching » il m’arriva une aventure dans la maison du Chrétien où Je logeois, qui le morüfia fort, et dont je ne fis que rire. Le premier jour que j’y arrivai, il survint une grosse pluie qui dura toute la nuit; il pleuvoit de tous côtés dans la chambre qu'il avoit préparée, et il fut obligé d’avouer luimême qu'il n’étoit pas possible de dresser l'autel pour dire la messe; il pleuvoit également dans l'endroit où il avoit placé des planches pour y étendre mon lit. Tout ce que Je pus faire, après avoir oui les confessions, fut de m’asseoir dans un coin, de mettre une espèce d’auvent sur ma tête, au moyen duquel la pluie couloit en bas, et de tenir les jambes bien serrées l’une contre l’autre ; dans cette posture , toute génante qu’elle étoit, je ne laissai pas de prendre un peu de sommeil. Le temps s'étant mis au beau le lendemain , je fus bien dédommagé de ce petit accident, et par l’aflluence des Chrétiens qui vinrent de plusieurs endroits assez éloignés, et par la consolation que me donna ensuite, à une lieue plus loin, la con-

version d’un chef de famille, qui depuis plusieurs

années étoit de la secte de Peer , Secte fort décriée dans l'Empire, et défendue par les lois. Ceux qui la

suivent attendent un grand conquérant, qui subjuguera tout l’univers.

Ce sectaire fut d’abord détrompé de la métempsycose en lisant avec attention le livre du père Ricci, sur la véritable idée du premier Etre, que lui avoit prêté son gendre , qui étoit Chrétien ; mais la lecture quil fit ensuite d'un livre du père Verbiest, qui explique les dix commandemens de Dieu et l’incarnation du Verbe, acheva tout à fait sa conversion. Il y avoit déjà long-temps qu'il avoit renoncé à toutes les pratiques de sa secte, et ce ne fut qu’après bien des épreuves, que je l’admis au baptême. Je trouvai toute sa famille, composée de vingt personnes, trèsbien instruite des vérités de la religion ; il n’y avoit pas jusqu'aux enfans de cinq à six ans, qui ne me récitassent par cœur les prières et le catéchisme. Cette conversion fera grand bruit, et sera d’un grand exemple dans tout ce canton, où il s’est acquis beaucoup de réputation.

En parcourant la rivière du côté de Tong-tsingouan, pour visiter les différentes chrétientés de cette contrée, une femme âgée de soixante-dix-sept ans, arriva sur sa barque, et la fit placer à côté de la mienne, pour se confesser. J’y allai pendant la nuit; elle avoit pour lors une oppression de poitrine assez légère ; mais le lendemain vers midi le mal augmenta tout à coup, et devint dangereux. Elle m’envoya chercher pour lui donner l’extrême-onction; comme c'étoit en plein jour , et qu'il falloit aller de ma barque sur la sienne, on me fit un chemin en espèce de voûte avec des nattes, afin que je pusse m'y glisser sans être aperçu. Je la trouvai en effet fort oppressée; elle se confessa encore, et reçut l’extrême-onction ; sur le soir elle rendit paisiblement son âme à son Créateur. Providence singulière du Dieu des miséricordes, à l’égard d’une ancienne Chrétienne, qui s’étoit toujours distinguée par la ferveur de sa piété!

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f ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 507

Comme je pensois à remonter la rivière pour aller visiter d’autres chrétientés » On vint m’avertir qu'il étoit venu, la nuit précédeute, un ordre aux mandarins d'arrêter les barques pour les gens de la suite du nouveau vice-roi, qui venoit de la province de Chen-si, On me représenta qu’en remontant la rivière, ma barque seroit infailliblement visitée par les officiers des mandarins, et que n'y trouvant point de mar- Chandises, ils auroient droit de la retenir; que d ailleurs, ce qui étoit le plus à craindre, je courrois risque d’être reconnu pour Européen ; c’est pourquoi l'on me conseilloit de descendre la rivière, et de me tenir à quelque port éloigné, jusqu’à ce que le viceroi fût passé.

Je suivis ce conseil , et jedescendislarivière jusqu’à un port, qui est à sept ou huit lieues de Siang-yang, d’où je me rendis chez un Chrétien nommé Ting , qui demeure à trois lieues de là dans les terres. C’est un homme d'esprit, fort accrédité dans ce canton, et très-affectionné à la religion, Comme sa maison est assez écartée, je lui proposai de me faire construire à mes frais, dans un coin de sa cour, deux chambres, peutes à la vérité, pour ne pas frapper les yeux de ses voisins; mais suffisantes pour y loger deux personnes avec moi, afin que je pusse m'y retirer dans les mois des grandes chaleurs, ou dans des temps d'alarmes; il y consentit très-volontiers, J'ai encore un asile à peu près semblable dans le district de Kouang-hoa, chez un Chrétien nommé Cher, dont J'ai déjà parlé; il m’a fait bâtir une petite chambre de briques non cuites » Etcouverte de chaume, et une autre grande à côté pour y dire la messe et entendre les confessions. Ces deux maisons sont comme le centre où tous les fidèles des environs viennent se rassembler, et d’où je pars pour aller chez ceux qui ne peuvent pas s'y rendre; ce qui est un grand avantage pour le Missionnaire et pour les Chrétiens.

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C'est de cet endroit que j’allai à Tamo-cham, qui est de la dépendance de la ville de Kou-tchin. Ce lieu situé dans des montagnes, est d’un difficile abord; 1l me fallut passer la rivière qui est dans cet endroit: là dangereuse , parce qu’elle est pleine de courans, de roches et de gros galet$; et après ce passage, je trouvai pendant deux lieues dans ces montagnes, des sentiers très-étroits et extrêmement raboteux. Enfin, j'arrivai chez un néophyte nommé Fang. C'est dans sa maison que les Chrétiens s’assemblent plusieurs fois chaque mois, pour y réciter les prières accoutumées , et entendre les lectures de piété. L'endroit où sa maison est située , est entouré de petites collines bien boisées, et arrosé d’un ruisseau, où l’eau ne manque jamais. Du reste, on n'y vit que de millet, de poisson salé, et des herbes que fouruissent les jardins. Ces montagnes ne sont pas assez peuplées pour qu'on ait pu y établir des marchés publics; et si l'on veut du riz, de la viande, ou du poisson frais, il faut aller les chercher à trois lieues de là, et traverser la rivière. Ils ont de la volaille, et l’on y recueille de petits grains, et du coton en abondance. Je trouvai là une chrétienté bien instruite, et j'y passai quelques jours pour la consolation d’un grand nombre de fidèles qui participèrent aux sacremens,

Aussitôt que j'eus satisfait à tous les devoirs de mon ministère , quelques Chrétiens me conduisirent à Lao-ho-Keou , grande bourgade qui est de l’autre côté de la rivière , où ils vont faire leur commerce. Lorsque nous arrivâmes à cette rivière, nous trouvâmes les eaux fort baissées , en sorte que le petit bras , dont les eaux étoient si grandes quand je le traversai , étoit presque à sec , et on le passoit à gué. Les Chrétiens qui m’accompagnoient , et qui ne connoissoient pas bien ce gué , avancèrent les premiers pour le sonder. Ils n’étoient pas encore fort loin , lorsque tout à coup une de leurs bêtes enfonça

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jusqu’au ventre dans les sables mouvans. Ils ÿ accoururent au plus vite , et ils enlevèrent toute la charge de l'animal, qu'ils rapportérent au bord, mais ce ne fut pas sans danger , car ils enfonçoient jusqu'aux genoux dans ces sables , et ils y seroient restés s’ils avoient été moins vigoureux ; l’animal déchargé se retira peu à peu sans tomber. Nous étions toujours

sur le bord , à attendre quelqu'un qui pt nous en-

seigner le gué, car il n’y avoit point de maisons aux environs, lorsque heureusement des paysans passant avec leurs bœufs nous montrèrent le passage. J'étois peu éloigné de l'autre bord, lorsque les deux pieds de devant de mon cheval trouvèrent du sable mouvant et y enfoncèrent. Il fit un effort pour se urer; mais ayant les pieds de derrière élevés sur du sable ferme , il enfonça encore davantage, et se trouva la tête à demi dans l’eau. Je n’eus pointd’autre parti à prendre que de me jeter dans l’eau moi-même, où heureusement je trouvai du sable ferme , et je gagnai le bord. Le cheval se dégagea peu à peu, et vint nous joindre, Ces bons néophytes étoient désolés de ce petit incident; je leur dis en riant qu'ils devoient bien plutôt remercier les saints Anges, dont la protection nous avoit délivrés de ce danger ; et tandis qu’assis sur l'herbe, nous travaillions à

secouer le sable et à nous séchér au soleil » je

leur racontai diverses histoires de piété, propres à les distraire de la tristesse et de l'abattement où ils étoient; Ensuite nous trayersâmes l’île pour gagner le bac, mais il étoit de l’autre côté de la rivière au bas de Lao-ho-Kéou , et il nous fit attendre plus de deux heures. Parmi tous ceux qui passérent en grand ndmbre avec moi, je ne crois pas qu'il y en ait eu un seul qui se soit aperçu que j'étois Européen.

À peine étois-je entré dans ma barque , qui m’attendoit au port de Lao-ho-Keou, qu'un Chrétien

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nommé Tehing ; m'invita à venir dans sa maison, où plusieurs fidèles devoient se rendre. J'y allois tous les soirs, et je revenois de grand man sur ma barque, avant que le peuple fût en mouvement dans les rues et au port; car ce lieu-là est fort peuplé, et il s’y fait un grand commerce. Tching , chez qui

je passois toutes les nuits, a une grande maison

ien bâtie. Sa probité connue l’a mis dans une haute réputation , et il est fort considéré des officiers du gouverneur , de manière que quand il ÿ a quelque parole à porter en faveur des Chrétiens, c’est à lui qu'on a recours , et il s'intéresse pour eux avec beautonp de zèle. Je parcourois de la sorte assez tranquillement toutes les chrétientés de cette province, et je me disposois à entrer dans celle de Ho-nan , lorsqu'on vint me dire que les gouverneurs de cinq villes dépendantes de Siang- yang , faisoient faire des recherches dans toutes les maisons des Chrétiens, où ils soupçonnoient qu’il y avoit quelque Européen caché. Ils visitèrent entr'autres la maison d’un nommé Ting , où j'avois logé quatre jours auparavant , et si jy fusse resté tout le temps qu'il vouloit me retenir , j'aurois été infailliblement découvert. Ceux de qui je tenois cet avis , en avoient été secrètement informés par des infidèles leurs amis, qui avoient accès dans les tribunaux.

Pour ne point prendre l'alarme mal à propos , je chargeai un Chrétien intelligent , nommé Pao , d'examiner toutes choses , et de me dire son sentiment. Sa réponse fut que ces bruits étoient fondés, et que dans deux jours un mandarin de Siang-yang devoit faire la visite du port. Après avoir prié Dieu de m'éclairer sur le parti que j avois à prendre, je crus que pour ne point effrayer les Chrétiens par ma retraite précipitée, ni les exposer eux et moi par une hardiesse déplacée , je devois me retirer à un port qui est à six lieues au-dessous, et de la dé-

pendance bruits fus lui-mêm sûr ; qu’i verneur , quelque avis de t« Presqu côtés qu’ les distric Kouang-] ciers des par ordre plusieurs ton setq ils se cach ces officie gion , ma gent, et faire la soi yang n'a tribunal , point d’oi croire qu ordonnées il étoit arr et l’on se | darin auro m'en assur et j'écrivis est oflicier à mon exf attendant ; dans les te n’assistant et les Chre ports où je

on, lois "ma dans plé , qui ison aute s du Ique à lui eaurannce , lan , cinq faire hréque son jours qu'il dépient mis,

s, je 740 ,

ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, Bt

pendance d’un autre mandarin » jusqu’à ce que ces bruits fussent éclaircis. Peu après Pao vint me trouver lui-même , et me dit que je prenois le parti le plus sûr ; qu’il avoit des amis dans le tribunal du gouverneur , qui ne lui dissimuleroient pas s’il y avoit quelque ordre , et qu’il me donneroit promptement avis de tout ce qui viendroit à sa Connoissance, Presque en même temps , il me revint de tous côtés qu’on avoit fait de semblables recherches dans les districts de Nan -tchang, de Kou- tching, de Kouang-Hoa ; qu'on avoit été informé par les officiers des tribunaux > Que ces recherches se faisoient par ordre de l'Empereur, qui avoit été informé que plusieurs Missionnaires ne paroïssoient plus à Canton , et qu’ils étoient entrés dans les provinces où ils se cachoient dans les maisons des Chrétiens ; que ces ofliciers n’avoient point déclamé contre la religion , mais qu'il avoit fallu leur promettre de l’argent, et que les Chrétiens s’étoient cotisés pour faire la somme promise ; que le gouverneur de Siang- Yang n’avoit point affiché cet ordre hors de son tribunal , et que pareillement ses officiers n’avoient point d'ordre par écrit selon la coutume, Cela fit croire que les recherches avoient été simplement ordonnées par l'officier général des troupes , à qui il étoit arrivé tout récemment une fâcheuse affaire ; et l'on se persuada que tout finiroit dès que ce mandarin auroit été déposé ou justifié, Cependant pour m'en assurer davantage, j'envoyai un exprès à Pekin, et j’écrivis à deux Chrétiens de confiance, dont l’un est oflicier dans un tribunal de la capitale. Je donnai à mon exprès des rendez-vous sur la rivière, et en attendant son retour , je résolus de ne point entrer dans les terres, et de me tenir caché sur ma barque , : n'assistant que les familles qui sont sur la rivière ; et les Chrétiens que je trouverois sur les différens ports où je m’arréterois pendant quelques jours.

Mais je ne fus pas long-temps sans recevoir des nouvelles qui m’accablèrent. Je vis arriver plusieurs barques de Han-Keou , toutes remplies de Chrétiens

ui reconnurent ma barque , et vinrent faire leurs

évotions. Ils me confirmèrent ce qui m'avoit été dit de l’ordre de l'Empereur pour la recherche des Européens cachés. Ils ne me dirent rien de plus; mais apparemment , selon le génie chinois, 1ls s’ouvrirent sur bien des circonstances à mes catéchistes, Je m’aperçus que ceux-ci changèrent de visage, qu'ils parurent tout à coup interdits, rêveurs , parlant peu ensemble et à voix basse : ils vinrent ensuite l'un après l’autre me demander le reste de leurs gages, à quoi ils ne pensoient pas auparavant. Que/ parti prenez - vous, mon père , me dit l’un d'eux ? ce n’est pas simplement un ordre de l'officier genéral des troupes , c’est un ordre de l'Empereur méme. Attendons , lui répondis - je, /e retour de l'exprès que j'ai envoyé ; nous serons plus sérement instruits. Il arriva le 28 novembre à l’un des rendezvous que je lui avois marqués. Il m’apporta des let tres de Pekin , et des réponses fort détaillées des deux Chrétiens auxquels j’avois écrit. Le père Parennin me mandoit qu’un officier tartare avoit présenté à l'Empereur une accusation contre les Chrétiens ; qu’elle contenoit, entr’autres choses , que des Européens étoient entrés secrètement dans les provinces, et s’y étoient cachés chez leurs disciples ; qu'il étoit certain que l'Empereur faisoit faire des recherches par les mandarins des lieux ; que si j'étois découvert , les suites en seroient funestes à la religion , et qu'il me conseilloit de me retirer à Canton ou à Macao , jusqu’à ce que cet orage fût dissipé ; qu’alors je, pourrois retouruer comme à l'ordinaire dans ma mission.

Les lettres des deux Chrétiens disoient la même

chose , à cela près qu’ils ne croyoient pas que l’ordre fût

fût ven lement l'Empir et que subalter leurs o!

ajoutoie mandari exactem ait un 6 neur de aucun k effet il n de lattes suite il $ seul res les mêm conféré 1 au gardie mesures , le manda:

Louis Se depuis lo:

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üen à la Vou-tchar Toutes Après avc humilité E dans de si chistes , et ion et de temps ; qu tout si les :

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 513 fût venu immédiatement de l'E lement de la part d’un des pr

mpire , qui en avoit été chargé par Sa Majesté,

et que c’ oit par cette raison que les mandarins Subalternes n’avoient pas donné par écri

leurs officiers > Mais seulement. de vi

qui la garde du’ gouver- ; que sur ce qu’il nioit qu'il y eût

Ç auparavant , les mêmes chefs de Quarter et les voisins avôient

conféré long - temps ensemble, et avoient déclaré au gardien de l'église qu'il n'avoit qu’à prendre ses

» Mais que Pour eux, ils alloient informer le mandarin de leurs SOUpÇons ; que sur cela Je père Louis Segueira , jésuite portugais , depuis long-temps , fut insta gardien de se retirer au plutôt, ce l'heure , Prenant sa route vers la

de la province, où il alla se Cacher chez un Chré-

Toutes ces nouvelles me vinrent coup

sur Coup.

Après avoir adoré le Dieu des nätions avec une aumiité profonde , et avoir imploré son secours

lemps ; que cet orage tout si les recherches qui se faisoient avec tant d’ar-

LL [2 Le

retrouver et travaillér plus'sûrement à leur sanctification. Ils me répondirent en pleurant que j'avois raison ; que les Chrétiens auroient de la peine à me recevoir chez eux, et à permettre qu’on y tint les assemblées : qu'ils ne manqueroient pas de prétextes pour s’en excuser, et que pendant tout ce mouvement, non - seulement je ne pourrois faire aucun fruit, maïs que j'exposerois les Chrétiens à la plus rude persécution.

Il me falloit nécessairement aller à Han-Keou et à Vou-tchang pour y.trouver une barque propre à me conduire à Siang-tang ; qui est à plus de cent Keues de Vou=tchang : car ma barque étoit trop faible et trop petite pour naviguer sur ces gros fleuves. Je risquois bearcoup dans ces deux endroits, parce qu'y ayant demeuré dix-sept ans, j'étois connu, des officiers des tribunaux, où j'étois allé souvent rendre visité aux mandarins. Maïs grâces à la divine Providence , je touvai à Han - Keou la barque d’un Chrétien , où j'entrai avec deux catéchistes. Je fis venir quelques-uns des principaux fidèles, auxquels je communiquai les raisons de mon départ ; en leur faisant espérer mon prochain retour. Je les instruisis de la manière dont ils devoient se comporter avec leurs frères; je réglai l’impression et la distribution du calendrier pour Fannée suivante : car tous les ans nons distribuons aux Chrétiens un calendrier, où , suivant les lunes qui partagent l’année chinoise , sont marqués les dimanches , les fêtes et les jeûnes. Je passa le lendemain à Vou-tchang , où je vis le gardien de l'église , qui me confirma tont ce que les deux Chrétiens de Pekin m'avoient mandé.

Le batelier dont j'avois loué la barque , et qui me connoissoit, me conduisit à cinquante lieues audelà de Siang-tang , jusqu à une petite rivière où äl faut louer de petites barques. Îl versa bien des

larmes civilité connu ] paquets 1 naire at à barque, 4 moi. Je pression 1 queroien 4 témoins. à Soir à ur Ja nuit s eut à ess lier , qui de respec vêtu dar que j'étoi paroître.

èn condu où toutes Ce ne | incommo quitte sa ë faire pour 1 l'hôtellerie Pour mon qu'il adres il transcrix main. Tou teurs sont respondant A peine que je donn lequel à sa tale, où k font leur co Où je suis b

ti larmes en me disant adieu; mais il Jui échappa une 08 civilité indiscrète , qui me mit en danger d’être re me L: connu pour Européen. Outre qu'en arrangeant mes les Paquets , :l fit parcître un zèle qui n’est pas ordi tes naire aux bateliers infidèles quand on quitte leur ve-

barque, il se mit à genoux en prenant congé de un À moi. Je Je relevai au Plus vite, sentant bien lim lus M pression que de semblables démonstrations ne man ueroient pas de faire sur les infidèles qui en furent

È témoins. En effet, lorsqu'il fallut nous arrêter le e à soir àun bourg selon la co

utume , pour ÿ passer

ent Ja nuit sous un Corps-dé-garde, mon domestique rop eut à essuyer diverses questions que lui fit le hate ros ier , qui insistoit principalement sur les marques en- € respect qu’on m’avoit données , uoique je fusse ns ; vêtu d’une toile assez grofsière , et qui en concluoit tois que j'étois quelque chose de plus que je ne voulois ces paroître, Le domestique se tira habilement d'affaire, \ la en conduisant le batélier à un petit cabarét voisin , té Où toutes les questions finirent.

aux Ce ne fut qu'après douze jours d’une navigation de incommode que j'arrivai à Tching-tcheou. Là , Où ain quitte sa barque, et l'on a deux jours de marche à de . faire pour traverser une montagne. Le maître dé me MA l'hôtellerie où je logeai, me fournit des porteurs nee

| Pour mon bagage, après lui en avoir donné la liste, AUX 1 qu'il adressa à son correspondant à Y-tchang ; puis QU À il transcrivit cêtte liste, Ja signa, ét me la mit en

an main, Tout me fut rendu à mon arrivée. Ces porain (À teurs sont très-fidèles; s'ils ne l’étoiènt pas, le cor- QU 1 respondant répond de tout ce qui léur a été confié. kin 4 A peine fus-je entré dans l'hôtellerie d'Y-tchang,

. M] queje donnai des SOUpçons à un marchand da Canton, TU A lequel à sa maison dans un quartier de cette Capi- 40 À tale, où logent les Francais et les Anglais qui

où

À fontleur commerce, 1! tira mon domestique à part : des MmpE , lui ditil, o2 ce viéitlord esé

Européen. Bien qu'il soit accoutumé à nos manières, il y a je ne sais quoi duns sa physionomie, surtout dans 565 Yeux ; qui me le persuade. Mon domestique ne répondit que par un éclat de rire, en lui remettant devant les yeux plusieurs Chinois qui avoient ces marques extérieures , auxquelles il me prenoit pour un Euro éen. Le marchand se retira, mais en homme qui n’étoit pas tout à fait détrompé.

Comme d’Y-tchang on va par eau jusqu'à Canton, te louai une barque pour deux jours, laquelle étoit d’une structure particulière. Les Chinois, à ce qu'ils prétendent , ne peuvent pas en avoir d’autres à cause des roches et des chutes d’eau presque continuelles. Le fond de cale de la barque est toujours plein d’eau. On met par-dessus une espèce de claie en forme de gril, faite de cannes de roseau , sur la-

uelle on étend des peaux ou autre chose semblable, afin de pouvoir s'asseoir et se coucher. Il n’y a rien qui ferme ces barques , même aux deux bouts , où ‘doivent être les passagers , parce que le milieu se réserve pour les coffres , afin de garder équilibre dans les courans. S'il vient du vent, de la pluie , de la neige, c’est aux passagers d'y pourvoir. Ces bateliers descendent comme un trait à travers les roches , qu'ils frisent de si près qu'on peut les toucher de la main ; ilest étonnant de voir avec quelle adresse ils manient leurs perches et leurs petites rames , pour éviter et pour suivre les détours de ces pierres qui occupent tout le canal, S'ils manquoient leur coup , la barque se briseroit en mille pièces , et c’est ce qui n'arrive presque jamais. Après ces deux journées, je me trouvai à Loichang, où l’on se sert de grandes barques de toutes les façons ; j'en louai une pour me conduire à la capitale : je passai heureusement la douane à Chaotcheou , où l’on ne me fit aucune question , et j'ar-

‘rivai à tourne:

esoin ticulièr sacrific(

A l'an lettre qu l’année d recueil d vous ren une de n elle a été aveë un g continue même suj satisfaire | ment des des exem}

nn (1) Gette vembre, lo:

pas , fut dép

Bi

à: rivai à Canton le 21 janvier 1730, J'espère de reun 1 tourner l’année prochaine dans la province de Houre | guang, lorsque tout y sera plus tranquille ; j'y aurai lois 1 Desoin plus que jamais d’une protection toute parsil 1 üculière de Dieu : aidez-moi à l'obtenir par vos saints Les 34 sacrifices, en l’union desquels je suis , etc. fait D Lon 4 M # L E T d à R E

ils "5 . . , n * Es i Du père Contancin » MISSIonnaïre de la Compagnie Îles ; de\Jésus, au père Duhalde , de la méme Comein i Pagnie.

een À | De Canton, ce 19 d'octobre 1730.

* la-

le #4 “er MON RÉVÉREND PÈRE, > Où La paix de NS.

u se à £ LI Q . .

libre M À l’arrivée de nos vaisséaux français , j'ai reçu la uie, "A lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire

Ces M l'année dernière, Vous ÿ aviez joint le dix-neuvième s les 4 recueil des Lettres édif:

tes et curieuses, dont jé

tou- * vous rends mille grâces. J’ai trouvé dans ce recueil uelle ! une de mes lettres sur le gouvernement chinois : stites | elle a été fort goûtée , me dites-vous , et on l’a lue s de ! avec un grand plaisir ; vous souhaitez même que je man- M Continue à vous en envoyer de semblables sur le mille Æ même sujet; heureusement je suis en état de vous . M satisfaire (1). Celle-ci vous entretiendra unique Lo. | ment des ordres, ‘des instructions, des règlemens, outes Æ des exemples de vertu qui ont été publiés dans tout à la a

>hao- (1) Cette lettre étoit prête à partir dans le mois de notjar- vembre, lorsque le père Contanciu, qui ne s’y attendoit pas, fut député pour venir en France, Il l’apporta lui-même.

YEmpire ; si Dieu me conserve, je répondrai par une deuxième lettre aux autres points sur lesquels vous demandez des éclaircissemens.

Dans celle que j'écrivis en 1727 , et qui est insérée dans le dix-neuvième recueil , je parlois d’un proche parent de l'Empereur, nommé Zong-co-10, qui avoit été condamné à mort par le souverain tribunal des affaires criminelles, Lorsque je fermai ma lettre pour être envoyée en France , l'Empereur , à qui ce jugement avoit été présenté , n’avoit point encore donné ses ordres ou pour adoucir ou pour confirmer la sentence. Peu de temps après, je lus dans la gazette chinoise ce qui suit:

Le 14.° de la 10.° lune de la cinquième année du présent règne, les princes du sang, les autres princes, les grands de l’Empire , les ministres , les présidens , les assesseurs des cours souveraines , et les principaux officiers des autres tribunaux qui composent le grand conseil , furent appelés au palais, et introduits en présence de l'Empereur. Sa Majesté , les larmes aux yeux , leur parla en ces termes :

« Les quarante et un articles sur lesquels Longco-tu est condamné , sont autant de crimes griefs. J'avoue qu’il mérite la mort, et que le nombre et la griéveté de ses crimes le rendent indigne de toute grâce. Mais mon cœur est attendri, lorsque je pense à ce triste jour auquel mon paie s’éloigna de nous pour monter au ciel. Ce jour-là même, il fit assembler autour de son lit tous mes frères avec le seul Longco-to , etil déclara que j'étois celui à qui il donnoit l'Empire : ainsi entre tous les grands, Long-co-to a été le seul qui ait reçu cet ordre de la bouche même de mon père. C’est pourquoi à présent qu’il s’agit de le punir de mort , quoique selon les lois de l’état il la mérite, mon cœur souffre , je l'avoue, et j'ai de la peine à y consentir.

» Le malheureux Long-co-to a poussé l'ingratitude

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