‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 4)Chapitre 55 sur 63 · RS CN A PACA IE · texte numérisé non relu

RS CN A PACA IE

ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 535 sont tombés dans quelque faute, la cour Souveraine qui doit juger, examine le fait, et déclare que pour telle faute, selon la loi, il devroit être abaissé à une charge inférieure ; mais que puisque par ses mérites passés il a obtenu trois degrés, on en effacera deux. Si cependant la faute étoit trop griève, on le casse absolument, sans tenir aucun compte des degrés qu’il avoit acquis. |

Toutes ces délibérations » ces tent à l'Empereur, qui de sa p firme, les réforme, ou fait grâc

jJugemens se présenropre main les con-

Propos. La cour souveraine doit toujours se conformer à la loi, sans avoir égard , ni À l'amitié ni aux services passés, ni à la qualité, ni au rang du Coupable; mais si c’est un grand mandarin, par exemple, un vice-roi qui depuis long-temps ait rendu quelque service, ou qui ait de rares talens ‘ l'Empereur, Pour montrer qu'il n'oublie pas les services passés, ou Pour ne pas se priver lui - même d'un homme de mérite » Se conforme à da loi et le casse de sa charge; mais sans lui donner de successeur , il lui en laisse l'exercice, I] n'est pli: : 2n5é avoir la charge, et il en fait Cependant touies les fonctions, comme s’il l'exerçoit pour un temps en l'absence d’un autre. Cest par là qu’on fournit au coupable un excellent moyen de réparer sa faute passée ; c’est une voie qui lui est laissée pour rentrer en grâce, sans Ôter tout d’un COup au public un habile officier; car s’il fait une seconde faute, il est perdu sans ressource ; mais sil s’acquitte de son devoir avec l'approbation générale , l'Émpereur, après un ou deux ans, quelquefois après six mois, le ré tablira dans sa charge, L'année dernière , un vice. roi de la province de Chen-si > fut promptement ré tabli dans son emploi, dont on lui avoit conservé l'exercice , parce que son fils , qui étoit officier de guerre , fil une belle action. L'Empereur ne crut

e, selon qu’il le juge

pas pouvoir mieux récompenser le fils, qu’en accordant grâce au père.

De l'explication du degré ajouté, il est facile de conclure ce que c’est qu'être abaissé d’un degré. Ce n'est pas toujours être transféré à une charge inférieure , mais c’est avoir mérité de l'être ; quelqnefois le changement s'exécute sur le champ, et un gouverneur d’une ville du second ordre , est renvoyé à une ville du troisième ordre. On peut, par différentes fautes, avoir mérité d’être abaissé trois ou quatre fois , ou pour une seule , être abaissé de trois ou quatre degrés, sans cependant être tiré de son emploi. Ces sortes d’abaissemens se mettent aussi à la honte du mandarin dans tous les écrits qu’il publie : Moi, premier gouverneur de telle ville, qui ai mérité d'être abaissé de trois degrés, ete. Si, par quelque action distinguée , il a mérité une addition de deux ou trois degrés honorables , on retranche même nombre de ses degrés humilians , et ce sont les cours souveraines qui en délibèrent, et qui en jugent sur l'exposé des mandarins supérieurs, mais non pas en dernier ressort : car , comme nous avons dit ci-dessus , toutes les délibérations , et tous les jugemens se présentent à l'Empereur, qui de sa propre main , ou confirme , ou change, ou même rejette la détermination , en ordonnant que le tribunal s’assemble et délibère une seconde fois. C’est pourquoiles premiers présidens, les autres présidens des cours souveraines et les conseillers, sont trèsattentifs à ce qu’ils examinent et au jugement qu'ils portent sur chaque affaire : car ils sont assurés que leur jugement doit être lu par Sa Majesté , qui souvent les reprend , les punit, et les casse même quelquefois , comme des officiers qui ignorent les lois, et qui sont incapables de remplir les devoirs de leurs charges.

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