‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 4)Chapitre 6 sur 63 · PA OR · texte numérisé non relu

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famille , que dans celle de ses frères et de’ses neveux, qui n’attendoient que la, bénédiction de cette chapelle ,.les uns pour y être baptisés , les autres pour y faire leurs évolions; qu'il me prioit de presser le père Suarez de venir faire au plutôt cette cérémonie ; que de différer d’un seul jour, c’étoit beaucoup perdre, et qu'il attendoit cette grâce avec une extrême impatience. IH ÈS STE Le jour fut donc arrêté pour cette cérémonie : elle se fit avec beaucoupd’appareil. Six Missionnaires Y étoient invités, mais.il n'y.en cui.que quatre qui purent y assister. Nous trouvâmes à notre arrivée que le prince avoit déjà. rassemblé dans son hôtel. ses frères , ses neveux et ses arrière-mevyeux, les uns déjà chrétiens, les autres catéchumènes, avec d’autres fidèles leurs de ses amis. La chapelle fut bénite avec toute la solennité que. prescrit le rituel romain; aprés quoi se fit la prière, que tous récitèrent à genoux, chacun dans son rang.

Quand nous fûmes sur le point de sortir de la chapelle, tous les princes, petits et grands, fléchirent es genoux ; et, battirent la terre du front pour nous remercier; nous leur rendimes le salut à la manière du pays: tout le monde s'étant levé, quelques-uns des pères donnèrent au,prince Paul des reliques bien enchâssées, des croix et des médailles qui portent avec elles des indulgences; il les reçut à genoux dans un profond rèéspect, et avec une joie qui éclatoit sur son visage et. dans ses paroles. Rien de plus édifiant que la confiance que ces princes ont en ces choses saintes ; aussi leur piété at-elle. été técompensée de Dieü par des grâces tontes particulières. De là, nous fûâmes conduits dans une grande salle bien préparée, pour nous y asseoir, et y. prendre le thé. Ce fut alors que la princesse Marie, qui de son côté avoit pareillement rassemblé dans un appartement séparé les dames ses belles-sœurs , ses

Zo LETTRES nièces, etc, lesconduisit dans la chapellenouvellement bénite, pour y faire leurs prières ; après quoi les rameria dans son appartement pour les ÿ traiter , tan dis que son mari le prince Paul nous traitoit dans la que salle. Tous les conviés furent régalés splenidement : le repas fut servi avec un bel ordre et par des officiers proprement vêtus. Le prince Paul en faisoit les honneurs, et tout s’y passa sans la moindre confusion: HONG EN ; .… Si là musiqué et la comédie ne s’y trouvèrent pas comme aux autres festins des chinois , la joie et la piété y régnèrent, L'entretien roula principalement sur la forme et la grandeur de la chapelle qui seroit Construite à là conversion de leur pére : celle-là devoit surpasser toutes les ‘autres , et contenit quelques milliers de personnes, parce que $on'seul exemple seroit suivi du reste’ de là famille , ‘et qu’ane grande partie des parens du côté des femmes déjà instruits, et d’autres ébranlés , se rängeroient tous sous l’éteridard de Jésus-Christ.‘ de dl Comme il est naturel de croire aisément ce qu'on ‘souhaite avec passion, ils parloient de la constructionide cette chapelle, éémime d’une chose prochaine, Afin du répas, les princesses envoyèrent un eunuque; qui, un genoù énterre, demanda de leur part si les pères se portoient bien. Iti là coutume est de se lever, de ré ondre qu’on est en bonne santé, et de demander pareillement si les princesses se portent bien ; après quoi l’envoyé se rétire; c’est urie manière de sahier qui sè-pratique chez tous les gens de’qualité par les dames lorsqu'on ‘va visiter leur mari ou leursénfans , et qu’on est ‘ami particulier de la famille, 5 *P FREINS ; Quand on eut desservi le früit, et présenté de deux espèces de thé à la tartare et à la chinoise , le prince Paul, pour nous entretenir, se fit apporter quantité de peintures qu'il avoit fait faise dans son

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hôtel, et dont'il avoit donné le dessin. C’étoient des énigmes, des emblêmes et des devises. Chaque peinture avoit son explication en vers ou en prose; le sens renfermoit toujours une morale’ utile, ou'l’explication d’un point de la religion. Il se servoit de cette industrie pour engager insensiblement ceux qui venoient le voir , à l'entendre parler de Dieu et de sa loi 4 1° 4

Avant que de nous laisser sortir, ce prince pressa fort le père Suarez de. venir dire la messe dans sa chapelle ponr les femmes chrétiennes qui ne pouvolent pas sortir, Ce, père ne voulut s’engager à rien, de peur qu’on ne lui demandät trop souvent la même grâce, et qu'il ne se vit. obligé: de l’accorder aussi aux frères et aux neveux quitravailloient pareille ment à bâtir des chapelles, chacun dans leur hôtel ; mais le prince Paul l’alla trouver à l'église , et il lui fit tant d’instances, qu'enfin il lui promit d'aller dire la première messe le jour de la Sainte-Trinité , à laquelle sa chapelle est dédiée; il ÿ donna la communion ce jour-là à Cinquante-neuf personnes du sexe qu'il avoit auparavant disposées , et y en baptisa plu siéurs' autres; ce furent à les Premiers fruits qui furent recueillis dans ce saint lieu, sis

‘De si‘belles espérances ne pouvoient manquer d'être travetsées , Selon la déstinée’dé toutes les œuz

vres qui tendent à la gloire de Dieu etai salut des âmes; le démon avoit trop d'intérêt de ne pas perméttre que la religion prit de si fortes racines dans une famille; d’où elle se répandoit de tous côtés, par autant de bouches qu'il y avoit de princes et dé princesses converiis ; et ne pouvänt détruire cette union du troupeau aveé les pasteurs, qui produisoit tant de conversions ; il! a tâch£ du moins de l’affo:blir en séparant l’un de l'autre , et en dispersant le troupeau,

Dieu touiours admirable dans ses desseins , l'a sans

#2 LETTRES doute ainsi permis, pour éprouver etipurifier davantage ses nouveaux serviteurs. Il s’étoit déjà servi d'eux pour relever le courage des plus timides, .et ranimer la ferveur des âmes tèdes; 2 les choisit encore comme les plus forts dans. la foi , Pour servir d'exemple et de modèle à tous deux qui ont à sonffrir pour son saint Nom: on verta qu’ils ont dignement répondu à un choix si glorieux,

Sur la fin de juin de cette anfiée, on ‘nous manda de toutes les provinces, que lés manrdärins , en exécution des ordres de l'Empereur, avoient sighifié aux Missionnaires de Ke tenir Prêts à parti pouf Macao vers le comménceient de septethbre. Les mandarins de Cantoh'pressdientencore plus que les autres ceux de leur ville, dé se pourvoir de Rire heure de maisons A Macao pout ÿ transporter leu bagage , et s’y rendre ha Plus tard avant la mi-séptembre, sol “ ns

Sur ces connoissances, nous, songeâmes à faire un dernier effort pour obtenir de Sa Majesté ; que du moins elle nous Fit la grâce de laisser les Missionnaires à Canton, sans les obliger d'aller à Macao. Nos

raisons sont déduites dans un mémorial que nous :

lui fimes remettre le premier jour “de juillet avec bien de la peine, par le moyen. de ses deux frères, le treizième et le seizième regulo. $a Majesté répondit par un ordre qu’elle donna aux mandarins de Canton, de ne pas presser le départ des Européens, et de l'informer au plutôt sil Y aurou de Linconvénient à les laisser à. Canton. L'Empereur ft passer cet ordre par les quatre gouverneurs de l'Empire; après quoi il nous appela pour la première fois,en sa présence, le père Bouvet, le père Kegler et moi. Il nous fit un discours qu'il avoit réparé, comme s’il eût voulu se justifier , et réfuter És principaux points des écrits que nons lui avions présentés pour notre

St LE fa pra À a ES 1N if

er davan léjà servi mides , et hoisit en- UT servir t à soufnt digne.

15 Mmanda , en exé- L signifié tr pour bre. Les s que Îles e Rue rtér leur mi-Sepani

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let avec frères, réponrins .de opéens, } CON VÉsser cet >; après sa prémoi. Il ime s’il points r notre

défense. Toutes,ces pièces se Lrouxeat dans Ja lettre précédente du père de Mailla. |

Yi y a cependant une chose à remarquer que vous n'y trouverez pas; c’est qu'un peu avant que d’être admis en a présence de l'Empereur, son oncle maternel, lun des quatre gouverneurs de l’Empire, qui se trouvait là, me tira à quartier pour me donner un avis.

Ce seigneur , de même que son père et son aïeul i a toujours eu ‘beaucoup de liaisons avec'les Missionpaires, etes a même logés chez lui plusieurs années; # crut donc que l’ancienne amitié lobligeoit à nous donner des conseils qu'il croyoit nécessaires dans ies conjonctures présentes : « Prenez garde À vous, » me dit-il, et au temps où nous sommes, prêchez » un peu moins votre religion; vous renversez les » coutumes de l'Empire , vous troublez la paix des » familles, vous brouillez les-fils avec es pères. » Je fus d'abord surpris d'entendre ainsi parler un homme , qui, d'ailleurs, étoit instruit des vérités chrétiennes, et de la morale que nous ‘enseign ons aux peuples. Comme je voulois lui répondre, il m'interrompit brusquement, et me dit: « Ne sais-je » pas ce qui se passe dans la famille du vieux Sou- » nou-Peylé, dont les fils ont embrassé votre loi ? » L'Empereur l'ignore-t-il? Je vous le répète , faites » attention à l'avis que je vous donne.» Il n’en dit pas marne > Parce qu'un des autres gouverneurs vint se joindre à nous.

Le méme jour, premier de juillet, arriva, comme nous l'avons su depuis, un mémorial secret adressé à l'Empereur par le famenx Nien-K em-yao , \songfou des deux provinces de Chan-Si et de Chen-Si, grand-général de toutes les troupes envoyées contre Tse-Vam-Raptan , et frère de Nien-si-yao , vice-roi de Canton. Dans ce mémorial 1 accusoit les princes Louis et Joseph de s'être faits chrétiens, d’avoir con-

44 LETTRES tribué de leur argent à la construction d’une église , et de parler souvent en secret au père Mouram.

Nous n'avons pas su les autres articles que contenoit l’accusation; ceux-ci même sont parvenus jusqu'à nous par une voie à laquelle on ne devoit pas S'attendre, Le fils de l’accusateur, qui est aujourd'hui censeur public à Pekin, ayant reçu le mémorial de sou père pour le remettre aux quatre gouverneurs de l'Empire , en donna avis secrètement à un des fils du vieux regulo Sono, qui étoit son allié et son ami. Celui-cien avertit ses autres frères; mais il est vraisemblable qu'ils n’en dirent rien à leur père, de peur de l'aflliger. Je n’ai pu savoir si l'Empereur avoit déjà reçu ce mémorial quand il nous admit en sa présence, ou s’il ne le reçut qu'après qu'il nous

eut congédiés. Il paroît par certaines choses que nous dit l'Empereur, et surtout par celles que me dit son oncle, qu’il lui avoit déjà été communiqué.

Dès le jour suivant les princes chrétiens m’envoyèrent inviter d'aller à leur hôtel; ils étoient curieux de savoir le détail de‘ce qui s’étoit passé devant l'Empereur et avec les grands, avant que Sa Majesté nous.eût admis en sa présence. Je m’en excu- ‘sai pour ce jour-là à cause de quelques occupations qu'il m'étoitimpossible de différer. Dans l’impatience où ils étoient d'être instruits de ce qui s’étoit passé à notre audience , le prince aîné, qui n’étoit que catéchumène , crut pouvoir, avec moins de risque , me venir trouver. Il m’aborda d’un air content, et me dissimula tout ce qu'il savoit du mémorial secret, pour ne point me donner ‘une inquiétude inutile, Je lui fis un détail exact de ce que nous avoit dit Sa

Majesté, sur quoi il fit les réflexions d’un homme d'esprit, et qui avoit une connoïssance parfaite de la disposition de la cour, et de tous les acteurs qui Y jouent actuellement Ieurs rôles, Mais il parla tou

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ne église , )uram.

que contevenus jusdevoit pas st aujourle mémoe gouverment à un on allié et s; mais il eur père, Empereur admit en qu’il nous 10SeS que s que me muniqué.

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homme rfaite de eurs qui arla tou

jours en prince vraiment chrétien , et qui n’étoit plus touché de tout ce qu’on appelle faveur et fortune.

1 me pressa de lui rapporter les expressions mômes dont s’étoit servi l'oncle maternel : je me contentai de lui dire en général , que ce seigneur savoit qu’il y avoit beaucoup de Chrétiens dans leur famille , que l'Empereur ne pouvoit pas l'ignorer, et qu'il falloit agir avec réserve; maïs je lui dissimulai ce qu'il m'avoit dit de plus fort, à peu près par le même motif qui le portoit à me cacher la connoissance qu’il avoit du mémorial secret, Je craignois qu'il n’en devint plus timide, on que sans y penser , il. ne

ortât la frayeur et la crainte dans l’âme des plus Dibles. Mais que je le connoissois mal » et que je lui rendois peu de justice ! Quoique je le regardasse comme un grand homme de bien, idée que j'avois de lui ne répondoit pas à sa vertu, et s’accordoit mal avec les progrès qu'il avoit déjà faits dans les voies de Dieu.

Ce-grand homme, qui prévoyoit le renversement de toute sa famille, le regardoit, non pas comme un état de malheur et de disgrâce, mais comme une source de paix, de bonheur, et de tranquillité qui ne pourroit plus lui être ravie, Il voyoit venir la tempête, et loin d'appréhender d'en être submergé, il s’assuroit qu’elle alloit le jeter dans le port du salut, Ces pensées le remplissoient de la plus douce consolation; à la vérité il dissimuloit les sentimens de son cœur, mais sa joie éclatoit Jusque sur son.

visage, et causoit cet épanouissement avec lequel il

me quitta, et dont la cause ne m’étoit pas connue.

Je savois encore moins que je l’entretenois pour la dernière fois de ma vie, et qu'il n’y auroit plus que l'éternité bienheureuse qui devoit un jour nous rejoindre,

J'allai enfin visiter le prince Jean, et quoique je ne doutasse pas que son aîné ne lui eût appris ce que

46 LETTRES j'avois à lui dîre, jecrus néanmoins devoir lui donne celte marque dt’ considération: et d’'ainitié. Je fus surpris en entrant chez Ini d'y trouver presque tous ses frères, et plusieurs dé ses: neveux. Je Cräignis’ d'abordique quelque fichieux: événement ne les eût rassemblés; mais comme je’ leur’ trouvai cette même gaieté, et cet air aïsé et aghéable qui eut est ordi-maire, jé me rassurai, sachant d'ail eurs que l'union’ étroite qu'ils: ont ensemble lés rétinit souvent dans: le: même hôtel, quoiqu'ils aient chacun leur! paläis: séparé. ; |

La: conversation fût assez: semblable aux précédentes: ils neme parlèrent point dû mémorial secret, dont ils’ avoient connoissarice, mais Je: vis Bien que’ leur aîné ne leur avoïit'rien: laissé ighorer de notre’ dernier entretien. Ee prince Jean nie demanda sil étoit vrai-que denx Jésuites et neuf CHrétienseusserit souffert tout-récemmrent le martyre.dans le Turiquin.

Je répondis que nous en avions reçu avis de Canton, et que nous er attendions’ le détail. Il prit: de là occasion de parlèr du bontieur des martyrs, et de là grâce singulière que Dieu leur fait, de les conduire’ au ciel par une voie si courte, « Mais: qui oserbit: » espérer une telle grâce, ajouta-t-il?"» Phis se* tournant: vers:sès frères:, il’ lèur dit’ d’un” air’ riantt. «Oh! que nous-sommes entrés bien à! propos dans » le bercail de Jésus-Christ l'un peu plus tard la » Porte en étoit fermée: ,, Il faisoit allusion au mémoral qui avoit été’ présenté À l’Emperéur contre lh1 et’contre ses frères; comme onavoit-eu soin de me le cacher, je ne pouvois pas tout À:fait com« prendre ce qu'il vouloit dire ; mais aÿant rémärqué

quelquesimouvemens parmi lesdomestiques, et qu’ils

Venolent souvent parler à l'oreille de‘lèurs maîtres,

je crus que quelque affaire les occupoit, et qu’il étoit.

tèmps: dé me retirer. Je me:levai donc comme pour prendre congé d'eux; mais lé prince Jean qui vir

lai donrret' lé, Je fus sque tÜus e craignis ie les eût tte même.

est ordi-- 1ë l'union’ rent dans: eur' palais:

x précéalsecret,, Bien que de notre:

randa s’il’ s‘eusserit luriquin.

Canton,

rit: de’ là s, et de conduire 1 oserbit:

* Püis se:

ur’ riant,

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s tàrd la:

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maârqué et qu'ils

maîtres ,

w’il étoit:

de pour qui vit

ÉDIFIANTES PT CURIEUSES, mOn embarras, me dit aussitét père étoit part le matin

que le resuio leur Pour aller à la sépulture de

ses ancêtres, et que peu après son départ l'Empereur

de avoit ordonné qu'on le fit venir au palais ; qu'à l'ins-

Ë tant On avoit couru après lui pour le faire retourner ; | qu'il seroit

sans doute déjà arrivé au palais; que selon:les apparences, l'Empereur n’étoit pas content, et qu’ils étoient tous rassemblés Pour en savoir des nouvelles à son retour : il. me Pria ensuite de Je confesser dans sa cliapelle, Ces princes. ont enfin | obtenu après beaucoup de prières la permission de % recevoir Notre-Scigneur tous les huit jours : c’est F. une grâce qu’on ne pouvoit pas refuser à dès néophytes d'une conscience s; Pure, et que Dieu éclairoit d'une façon si particulière,

Je me retirai la tristesse dans lé Cœur ; n'espérois rien, de consolant de l’ordre qui. étoit Vent au regulo. Tous nos pères jugèrent, comme MOI, que nous n’avions point d'autre parti à prendre, que de recommauder cette affaire à Dies, et dé nous conformer à sa sainte volonté:

Le lendemain, nous apprimes-ce au palais. Dès que le recul la garde intérieure 1 où

car je

qui s'éioit passé | 0: parut à {a porte où est | sont assis: les grands, un |

regulo du Premier ordre, fils unique du frère aîné de |

de soixante-dix il lui lut une longue liste des fautes

entr'autres, que quand l'Empereur défunt déposa le prince héritier, et demanda aux grands leurs suffrages pour en élire un autre, il avoit donné le sien au huitième ago (1); que quoiqu'il fût du conseil d'état, il se dispensoit d'y assister , et que tout récemment ayant appris la mort du beau-père du neuvième ago, il avoit soupiré, levé les yeux au ciel, etenvoyé des officiers faire des complimens de condoléance à sa famille, quoiqu'il ne pût ignorer que ce seigneur étoit mort dans la disgrâce de l'Empereur ; que pour toutes ces fautes, on le destituoit de sa dignité, on le privoit de ses appointemens , et on lui ordonnoit de partir dans dix jours avec toute sa famille , ses femmes ,ses enfans, et ses petits-fils, pour aller demeurer à Yeou-oué (2). Parmi ceux qui se trouvèrent présens , lorsqu'un ordre si sévère lui fut intimé, il y avoit beaucoup de parens et d'amis ; mais ils dissimulèrent leur douleur le mieux qu'ils purent : le moindre signe de compassion qu'ils eussent donné, leur eût été aussi préjudiciable qu'à celui qu'ils plaignoïient avec tant de raison. Les courtisans virent clairement que toutes ces fautes qu’on faisoit revivre depuis tant d'années , n’étoient qu’un prétexte pour couvrir le véritable motif d’un traitement si dur : car nonobstant toutes ces prétendues fautes, qu'on n’ignoroit pas il y a deux ans, on n’avoit pas laissé de l'élever à un nouveau degré d'honneur.

Le regulo qui avoit vécu tant d'années à la cour dans les premières charges, et avec la réputation la

PS

(1) C'est le huitième fils de l'Empereur défant ; tous les grands de l'Empire , Tartares et Chinois, lui donnèrent leurs suffrages pour être prince ‘héritier ; ainsi cette faute , si c'en est une, étoit commune à tous.

(2) Feou-oué est un petit lieu où il ÿ a une garnison de soldats tartares, à quatre-vingt-dix lieucs à l’ouest de Pekin, un peu au-delà de la grande muraille.

plus

posa le rs sufle sien conseik out réère du eux au rens de ignorer e l'Em- 2stituoit Lens, et >c toute uts-fils , mi cCeUX 1 sévère rens et e mieux on qu'ils ble qu'à on. Les s fautes r’étoient tif d’un ces préeux ans,

u degré

| la cour tation la

; tous les rent leurs faute , si

rnison de

de Pekin,

plus

plus saine, souffrit impatiemment des reproches si

peu mérités. [Il commençoit déjà à se justifier d’une

manière un peu vive , et 1l lui échappa même cer-

taines expressions où il entroit du dépit, ei qui

eussent été interprétées en mauvaise part: c’est

pourquoi le président, qui étoit son ami, et qui

devoit porter sa réponse à l'Empereur, craignant

que l’accablement d’affiction où 1l étoit ne le fit

tomber dans une faute véritable, lui ordonna de se lever et de penser à loisir à ce qu'il avoit à répondre; il supposa le besoin qu’il avoit d'aller changer d’habit à cause de la chaleur ; mais ce n’étoit qu un prétexte pour lui laisser le temps de rentrer en lui-même, et

de mesurer mieux ses termes. À son retour, il fit un extrait de la réponse du regulo, dont il ne prit que ce qu’il ÿ avoit de plus raisonnable, etil en fit aussitôt le rapport à l'Empereur: mais Sa Majesté ne fitaucune réponse; ainsi le vieillard après avoir attendu longtemps , fut obligé de se retirer dans sa maison, cù l'on étoit déjà informé de ce qui venoit de lui arriver.

Presque tous ses fils le reçurent à sa porte ; et d’un air gai et content ils le prièrent de ne point s’aflliger inutilement et de conserver sa santé, l’assurant qu'ils le suivroient partout avec joie , et qu’ils feroient en sorte qu'il ne manquât jamais de rien. Ensuite le prince aîné portant la parole au nom de tous, lui demanda en grâce qu'il permit à ses autres frères, qu'il n’avoit point vus depuis qu’ils étoient

Chrétiens , savoir , le troisième , le dixième et l’on-

zième , de paroître en sa présence : Allez, répondit le regulo , appelez-les vous-même. Comme ils

. n’étoient pas éloignés, et qu'ils attendoient la ré-

ponse que feroit leur père, ils ne furent pas longtemps sans paroître, Cette entrevue donna quelques instans de joie, et dissipa d'abord la tristesse que

causoit leur exil, Le regulo lui-même oublia pour un Fe 4

5o LETTRES

moment son infortune , et prenant un air agréable ? Nous avons, dit-il, dans notre famille un péché originel; il vouloit parler des reproches qu’on lui avoit faits sur les fautes de ses ancêtres ; après quoi,

il alla se reposer de la fatigne qu'il avoit eu à essuyer 4 au palais , et qui en effet devoit être pénible pour : un homme de son âge, tandis que ses enfans iroient mettre ordre à leurs affaires pour se disposer au départ.

Le lendemain, sur les huit heures du matin , le regulo retourna au palais, et porta un mémoire apologétique qu’il avoit fait faire pendant la nuit; je n'en sais pas le contenu : mais à peine fut-il parti, que son fils aîné, qui portoit déjà le nom de Frangois-Xavier , vint à l'église demander avec empressement le baptême : « Il est à craindre, dit-il, que » l'Empereur, touché des longs services et du grand » âge de mon père, ne lui remette la peine de l'exil;

» si cela étoit , je désespérerois presque de ma con- » version : il reviendroit du palais chargé de tant ’ » d'ordres pour arrêter les progrès de la religion c » dans notre famille, que mes autres frères et moi : » serions liés par de nouvelles chaînes bien plus f » difficiles à rompre, Il n’y a plus à délibérer; je n » veux désormais vivre et mourir chrétien , et ne y » pas abuser davantage de la bonté et de la patience t » de Dieu qui m'attend depuis si long-temps. » Il

reçut donc cette grâce, de même que son neveu , d fils du huitième frère, et chef de sa famille depuis le la mort de son père, qui n’a pas eu le même bonheur, FR C'est un jeune prince de vingt-six ans, qui réunit o! en sa personne les plus belles qualités de l'esprit et m du corps; et ce qui est infiniment plus estimable, P qui est rempli des plus grands sentimens de la reli- qi gion, Îl ÿ a long-temps qu'il imitoit ses oncles dans de leurs pratiques de zèle. Îl avoit instruit tous ceux tr

de sa maison , et plusieurs avoient déjà été baptisés.

agréable :

un péché qu'on lui rés quoi, ‘à essuyer ible pour ins iroient sposer au

matin , le 1oire apoa nuit; je -1l parti, de Franemprest-il > que du grand de l'exil; ma con-

é de tant

: religion >s et moi ien plus bérer ; je n,et ne patience mps. » Il | neveu, le depuis bonheur.

ù réunit "esprit et timable, e la relicles dans US ceux

baptisés.

Après ces deux princes, trois domestiques du second

fils, qui devoient accompagner leur maître dans son

exil, furent aussi régénérés dans les eaux du baptême, Pendant ce temps-là, le regulo présentoit son

mémoire au président du tribunal des princes; mais

il fut fort surpris d'entendre les nouveaux reproches

que ce président, lui fit de la part de 1 Empereur.

«“ Le sixième et le douzième de vos enfans , lui dit-il, (ce sont les princes Louis et Joseph ) ont embrässé la loi chrétienne, et ont fourni de l’argent pour bâtir une église; vous en avez encore d’autres qui ont imité leur exemple : que n’employiez-vous votre autorité pour les en détourner, Ou que ne les défériez-vous À l'Empereur ? On Saura les ranger à leur devoir , puisque vous ne Savez pas les gouverner. »

Le regulo répondit qu'à la vérité

dixième et le onzième de ses enfa

Chrétiens ; mais quil avoit ignor

qu: sitôt qu'il en avoit été info

chasses de sa présenc

tiers il avoit refusé

Li] vrale ou fausse. Ces e

tourna le dos , et on 1

Le 7 juillet, il retourna encore au palais, et il ÿ demeura presque tout le jour aussi inutilement que la dernière fois : « Allez, partez, lui disoit-on , cor- » Tigez-vous, et l'Empereur vous fera grâces; » mais on ne lui disoit pas de quoi il devoit se corriger. Le même jour, j'allai dès le matin À l'église des pères Portugais, me doutant bien que j'y trouverois quelques-uns de ces princes Chrétiens, qui m’instruiroient de l’état où étoient les choses, Effectivement j'y trouvai les princes Jean, François, Paul et Jean- Baptiste , avec le fils unique du prince Paul , âgé de

52 LETTRES dix-sept ans, qui attendoit qu’oi lui conférät le baptême. Quoiqu'il l’eût demandé plusieurs fois et avec de grandes instances, on le lui avoit toujours différé, soit à cause de son âge, et du danger qu'il y avoit qu'il ne se laissât pervertir par les autres princes du même sang, encore infidèles , soit parce qu’il demeuroit encore chez le regulo son grand-père, qui l’avoit élevé dès le berceau > Qui l’aimoit tendrement, ei qui eût porté les choses à quelque éclat, s’il cût su qu il étoit chrétien, D'ailleurs il n’étoit pas inutile chez le regulo; il parloit à ce vieillard avec une liberté que tout autre que lui n’eût osé prendre, et il l'entretenoit sans cesse des vérités de Ia religion, Un jour il l’avertit que le médecin qu'il entretenoit dans Sa maison venoit de mourir c'étoit un vieux Chrétien de la province de Hou-quam); le regulo lui répondit en se servant de l'expression ordinaire des Chrétiens: Dieu l’a recueilli : « Oui, reprit le jeune +» homme, Dieu l'a recueilli, mais il faut savoir que nous mourrons tous comme lui; grands et petits, jeunes et vieux, personne ne peut éviter la mort: mais tous iront-ils dans le même endroit ? L'enfer est la demeure éternelle des infidèles , qui ont refusé le baptème et rejeté la loi de Dien ; les

Chrétiens iront au ciel où ils jouiront d'éternelles

délices : oh ! si vous saviez ce que c'est que l’en- > fer ! nulle expression n’en peut égaler l’horreur.., Le regulo qui ne vouloit pas essuyer le reste du sermon de ce jeune prince, lui imposa silence ; mais il n'en étoit pas plus timide, et il saisissoit toutes les occasions de lui remettre devant les yeux les grandes vérités du christianisme.

Pendant qu’on disposoit toutes choses pour la cérémonie, k nouvelle se répandit que l'Empereur remettoit la peine de l'exil au regulo , et qu’il se contentoit de le dépouiller de sa dignité, Quoique cette nouvelle se soit trouvée fausse dans la suite , elle

fan ee 5 > M me M PO Te SRE

‘rât le bap+ OÏs et avec jours difer qu'il y res princes e qu'il depère, qui idrement, t, s’il eût as inutile cc une lidre, etil igion, Un noit dans ux Chréegulo lui naire des : le jeune avoir que et petits, Ja mort:

? L'enfer qui ont ien ; les ternelles que l’en- Orreur. »»

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devoit, ce semble, causer un mouvement de joie; cependant les princes l'écoutèrent froidement, et parurent peu sensibles, Celui qui étoit prêt à être baptisé, craignit qu’on ne prit de là occasion de différer encore son baptême : « Tout va bien aujour- » d'hui, dit-il, et demain tout ira mal; je ne veux » Pas Courir le risque de sortir de Pekin sans avoir + reçu le baptême ; peut-être que je n’en trouverois » plus l’occasion. » Il fallut donc le satisfaire au plutôt. La cérémonie se fit par le père Fridelli, jésuite allemand, dans une grande sacristie bien ornée. Le prince Jean fut le parrain, et donna au Jeune prince le nom de Michel, comme il le souhaitoit, à cause de la dévotion particulière qu'il avoit envers cet archange, Après la cérémonie , nous entrâmes tous à l'église pour y adorer Notre-Seigneur ; et comme on se retiroit, le nouveau néophyte alla seul à la chapelle de son saint patron pour y faire sa prière, puis il vint nous rejoindre dans la salle ; là il se mit à genoux aux pieds du père qui lavoit baptisé , pour le remercier; il donna les mêmes marques de re- Connoissance aux autres pères qui avoient été présens, à son parrain, à son père, à son oncle, et au prince Jean-Baptiste son Cousin-germain. Le père Fridelli lui donna , Selon la coutume, un chapelet, une croix et une image qu’il reçut à genoux avec beaucoup de respect et d'actions de grâces. On l’obli. gea après de s'asseoir avec tous les autres pour boire le thé, ce qu'il ne fit que par complaisance ; car il étoit dans l’impatience de sortir de la salle, pour aller aussi remercier les catéchistes : il n’y eut pas jusqu'aux domestiques des pères, et À tous ceux qu'il crut avoir contribué à son bonheur, à qui il ne donuât des marques d'amitié et de reconnoissance ; et quoiqu'il sût qu'il étoit fort au - dessus d'eux par sa

naissance , il les regardoit dès-lors comme ses frères en Jésus-Christ,

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